‹ Essai sur le génie dans l'artChapitre 12 sur 41 · Michaud, De Vimaginaiîon · texte numérisé non relu

Michaud, De Vimaginaiîon

Gabriel SéâILLES. — Gitij dans TarU 6

joars les mêmes se présentent toujours dans le même rap* port. Je compose un arbre de la rugosité du tronc noir, de la souplesse des branches flexibles, de la dentelle mouvante des feuilles légères; ces éléments me sont donnés et leur ordre. Chaque fois que j'ouvre les yeux et que je m'élance du pied de Tarbre à son sommet, toutes les parties dont je le construis en moi se présentent tour à tour dans leur rapport invariable. Le mouvement de Tesprit est nécessaire à la connaissance du monde sensible, mais il suit un chemin tracé d'avance et dont il ne peut s'échapper. Au contraire, Timage est souple, légère et vivante ; elle a je ne sais quelle impatience qui ne la laisse pas s'enfermer dans une forme inflexible. Dans une seule image vivent ainsi mille images variées, qui apparaissent plus ou moins précises, puis s'effacent, dont les unes s'arrêtent plus longtemps sous l'œil de l'esprit, dont les autres passent si vite qu'elles sont à peine aperçues. Comme la perception est composée de sensations en accord, l'image est composée d'éléments multiples. Mais, tandis que la perception est un composé stable, l'image est un composé instable, dont les éléments tendent à entrer dans des combinaisons toujours nouvelles.

Ajoutez que l'ordre des perceptions ne dépend pas plus de l'esprit que leurs éléments. Si je parcours un paysage du regard , je vois toujours les mêmes objets dans les mêmes rapports : ici une prairie, plus loin une terre labourée, à l'horizon un bouquet d'arbres, sous lequel ^'abrite un village. Ces taches colorées sont dans un rapport fixe, elles se succèdent dans un ordre imposé, je passe du vert de la prairie au violet vineux de la terre humide et fraîchement remuée pour atteindre la masse assombrie des maisons et des arbres tranchant sur le ciel clair. Les images ne naissent pas au hasard; elles s'éveillent et s'appellent Tune l'autre selon des lois fixes ; mais, comme elles tiennent tout leur être de l'esprit, elles n'ont de lois que ses lois. Elles ne se bornent pas

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