‹ Essai sur le génie dans l'artChapitre 9 sur 41 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

l'imagk et son rappobx au mouvement

La loi générale de la ▼ie spiiitvene, c'est Peffort pour organiser les idées.

— L^esprit ne trouTe pas dans le monde la satisfaction de toutes ses tendances subjectives. — Les phénomènes lui résistent, la vie est une perpétuelle conquête. — Pour que Tari naisse, il suffît que se crée et s^accumule une sorte de matière spirituelle qui, tout en représentant le monde, soit l'esprit même et ne résiste phis à ses lofs.

I. — L'analyse réûéchie ramène notre connaissance du monde à. une combinaison d^éléments subjectifs. — Les états subjectifis, que provoque la présence des objets» se renouvellent spontanément en leur absence. — Des images. — Elles sont d'autant plus vives que le sens auquel elles répondent est plus actif. — L'ouïe et la vue. — Influence de la force, de la répétition, des sensations. — L'image est un élément vivant. — Son rapport avec la sensation. — Il suffit que Tune s'exagère ou que l'autre s'affaiblisse pour qu'elles ne puissent plus être distinguées. — Illusion.

— Hallucination. — DiJGTérences de l'image et de la sensation. — L'image est moins vive, moins nette. — Elle est plus dans ma dépendance. — La perception est pour ainsi dire un composé stable, l'image un composé instable. — Le rapport des perceptions, leur ordre m'est imposé.

— L'Ordre des images dépend surtoot de Tesprit. — Objets et pensées, réelles et idéales, les images sont encore la nature, mais elles sont surtout l'esprit.

H. — La vie est un double mouvement. — Acquérir et dépenser. — Mouvement réflexe. — La contraction continue l'irritation. — La deuxième

" loi que< révèle la Tie dès son apparition, c'est une sorte de mémoire et d'imagination. — L'image, comme la sensation qu'elle ressuscite, est liée au mouvement. — Exemples. — Images d'un état organique. — L'image d'un mouvement tend à produire ce mouvement. — Le pendule explo- ]cateur. — Les tables tournantes. — Le somnambulisme. — Le vertige physique et moral. — Le désir exagère cette tendance de l'image à devenir mouvement. — En résumé, limage est un élément spirituel, mêlé à la vie intérieure, pouvant obéir à toutes ses lois, et l'image tend à

' s'exprimer par le mouvement; là est le germe de l%rt.

Le grand homme n'est qu'un homme grandi dans toutes ses puissances. C'est un tort d'étudier le génie comme un

moDSlre. On évite les surprises en Tétudiant dans la continuité de son évolution. La vie spirituelle est Tactivité continue du génie inconscient et spontané qui s'efforce vers Tordre. La confusion, c'est la folie et la mort. Par cela seul qu'il est et qu'il dure, l'esprit manifeste sa fécondité dans rbarmonie. Les biologistes ont raison, la pensée est la forme la plus haute de la vie : la vie étant création, le génie est essentiellement humain. Il se développe comme la vie, en même temps qu'elle, par l'effort des générations successives, dont les acquisitions transmises par l'hérédité modifient et perfectionnent l'organisme. Il est partout présent : chez les plus humbles comme chez les plus grands, il construit des sensations l'objet, et des objets répandus et ordonnés dans l'espace le spectacle du monde visible. Fortifié par l'exercice, instruit par ses propres erreurs, il travaille dans la science à retrouver les procédés simples que dissimulent les phénomènes complexes. Il fait effort pour comprendre ce qui est dans l'unité d'une pensée en accord avec elle-même, et il s'élève à la conception d'un ordre moral et religieux , qui s'amplifie comme la vie spirituelle et l'univers même, à mesure que la réflexion détruit les poèmes insuffisants, les rêves indignes de la raison et de la réalité.

L'esprit ne se distingue pas de ses idées, et son existence se mesure à leur accord. Le désordre est une souffrance, une blessure; l'effort pour mettre de l'ordre dans le monde c'est la lutte pour la vie. De là nos révoltes contre l'inintelligible, notre optimisme entêté. L'esprit n'atteindrait la plénitude de l'être que si, tout étant intelligible, il saisissait toutes choses en accord entre elles et lui-même en accord avec toutes les choses. En fait, il n'existe jamais, parce que jamais il n'arrive à cette harmonie intérieure, à cette conspiration de toutes ses forces. Sa vie est une vie disputée, incomplète, qu'il ne maintient qu'en la défendant sans cesse contre les contradictions qui la menacent. En lui et dans ses

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semblables, Thomme trouve Tignorance et le péché, dans la nature le désordre , la douleur et la mort. Il faut un effort pour affirmer contre les démentis de la nature que tout est intelligible; il faut un effort plus douloureux encore pour con« former ses actes à cette croyance, pour en faire les preuves vivantes de la vérité. La certitude est une lumière tournante, dont on cherche parfois en vain la clarté ; le doute est toujours possible; la foi de Tesprit en lui-même est un acte de volonté. La vie est une lutte sérieuse, une perpétuelle conquête : tant qu'elle s'exprime par la science et par la morale, par la métaphysique et par la religion, elle n'a pas le loisir de jouir d'elle-même, elle est tout occupée à se maintenir par un acte d'énergie sans défaillance.

L'esprit ne trouve-pas dans le monde la satisfaction immédiate de toutes ses tendances subjectives; en ce sens, il s'en distingue et s'en sépare. La beauté est préparée, vivante dans le génie. Les phénomènes lui résistent, il ne leur communique la beauté qui est en lui qu'en la leur imposant par une sorte de violence. Que faut-il donc pour qu'au monde réel s'oppose le monde de l'art? L'esprit est un organisme qui tend à organiser tout ce qui pénètre en lui, une harmonie vivante qui tend à comprendre et à résoudre en elle toutes les dissonances. Il suffit que dans l'esprit circulent des éléments dociles, que se crée et s'accumule une sorte de matière spirituelle; qui, tout en représentant le monde, soit l'esprit même et ne résiste plus à ses lois. L'art naîtra du libre mouvement de la vie, jouant avec ses propres lois et jouissant d'elle-même.

A. parler d'une matière spirituelle il semble d'abord qu'il y ait contradiction dans les termes. L'objet ne s'oppose-t-il

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pas au sujrt, le monde à k pensée? Un rapide examen des moyens par lesquels nous entrons en rapport avec les choses nous convaincra que Texistence de cette matière spirituelle est non seulement possible, mais nécessaire. L'analyse réfléchie ramène notre connaissance du monde à une combinaison d'éléments sutijectife. Le monde pour nous, c'est Tensemble de nos sensations. Le vulgaire est tenté de croire que les choses entrent directement dans l'esprit : avant d'être en nous, le parfum serait dans k rose, la chaleur dans le feu, le son dans la cloche. Pour le savant comme pour le philosophe, ces quaUtés n'existent que par le rapportde l'objet à la pensée. Il est aussi raisonnable, dit Descartes, de mettre la chaleur dans le feu que d'attribuer à Tépingle une sensation de piqûre analogue à la sensation qu'elle produit en nous.

La science confirme l'analyse psychologique. Les centres nerveux ont une énergie spécifique'^ le centre acoustique traduit tout ce qui l'émeut en son, le centre optique en lumière. La même cause, agissant sur les divers sens, produit des sensations différentes. La sensation dépend donc plus encore de nous que des choses. La théorie de l'unité des forces physiques confirme cette vérité en ramenant au mouvement le son, la lumière, la couleur, la chaleur, l'électricité, qui sont pour les sens autant de qualités irréductibles.

On parle de qualités premières qui révéleraient l'essence de la matière ; on cite l'étendue, la résistance. Ces qualités n'existent pour nous que par nos sensations; nous ne connaissons en tout cas que nos modifications internes. Nos sensations ne sont pas les qualités des choses, elles sont des états intérieurs, des changements qui surviennent en nous. C'est de ces éléments subjectifs que nous construisons le monde. Le monde ne nous est connu qu'après avoir été traduit en une sorte de langage spirituel. S'il en est ainsi, ne suffit-il pas que les états subjectifs, que provoque la présence des objets , se renouvellent spontanément en leur

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