G. Paillard, Rev. Ec. Pol., 1931, p
Le Branchu
possède cinq unités monétaires différentes, seul le franc suisse ayant conservé sa valeur originale) ; la seconde cause tient au plus grand nombre d'états existant depuis les hostilités et possédant leur monnaie propre. Peut-être n’est-on pas éloigné du moment où des états ayant les mêmes intérêts économiques se rendront compte de l’avantage qu’ils auraient à adopter la même monnaie. Ainsi les pays Danubiens : Autriche, Tchécoslovaquie, Hongrie, Yougoslavie et peut-être, la Roumanie, la Bulgarie et la Grèce, devraient, de toute évidence, n’avoir qu’une monnaie. Le change à effectuer chaque fois qu’a lieu une transaction entre ces pays paralyse les relations commerciales. Chaque pays, peut, nous dirions même presque’ doit conserver sa propre banque d'émission, mais celles-ci peuvent passer entre elles des accords, adopter la même unité monétaire, suivre en un mot l’exemple des pays Scandinaves dont les conventions à ce sujet étaient un modèle du genre.
Cependant, malgré cette réelle diversité, des tentatives d'entente ont eu lieu, concernant surtout la circulation internationale des devises. Le commerce des devises fait, dans de nombreux pays, l’objet d’une réglementation légale et des conventions, le plus souvent bilatérales, ont réglé entre deux pays déterminés le commerce des devises.
Des ententes, concernant elles la politique des banques d'émission ont été légalement conclues dans le but de rendre plus effective l’action de celles-ci sur le marché, toutes les banques centrales ayant, depuis la guerre, plus ou moins prôné et mis en œuvre une politique d'économie dirigée.
$ 5 Le revirement actuel
Il semble toutefois qu’à l'heure actuelle, surtout depuis que la crise économique a pris un développement jusqu'ici inconnu, l’opinion publique ait changé et soit quelque peu revenue de son opinion concernant le Gold Exchange Standard. L’abandon par la Grande-Bretagne de l’étalon-or a donné un coup sérieux à l’échafaudage qui s’était lentement élevé depuis la guerre. Seuls quelques pays ont pu conserver leurs positions et garder l’étalon or (Etats-Unis, France, Hollande, Suisse, Belgique entre autres), d’autres pays ne le conservant que théoriquement, avec des restrictions telles qu’elles équivalent presque à son abandon total (Allemagne).
Lorsque le gâchis monétaire qui existe présentement aura fait place à une situation plus nette et plus simple, on peut se demander quelle sera la politique des Etats qui avaient adopté le Gold Exchange Standard, et furent, par la suite obligés de prohiber l’exportation du métal jaune et d’abandonner l’étalon-or. Que feront, par exemple, les Etats Scandinaves dont les finances étaient prospères et la monnaie stable jusqu’à l’abandon de l’étalon-or par la Grande-Bretagne ?
Il y à plusieurs solutions possibles. On peut essayer de rétablir l’édifice tel qu’il existait avant-guerre. On peut au contraire continuer la politique de l’après-guerre, mais en la perfectionnant, en la « rationalisant ». La politique monétaire mondiale n’a pas eu, en effet, malgré les recommandations de la Conférence de Gênes par exemple,de plan d'ensemble. Chaque pays a fait ce qui lui semblait le mieux de son point de vue personnel, sans se préoccuper autrement des répercussions de ses actes sur le marché. Sans doute,
avant-guerre, la politique monétaire fut-elle le plus souvent individualiste et l’on peut rappeler à cet égard l’adoption par l'Allemagne de l’étalon-or après 1870, opération qui précipita la chute des cours de l’argent-métal. Mais, enfin, à cette époque, il y avait entre tous ces pays quelque chose de commun : leurs monnaies étaient stables et l’étalon-or, adopté presque universellement, facilitait les échanges. Or il vaut mieux, en politique monétaire, posséder un régime imparfait mais adopté par tous, que des systèmes s’adaptant parfaitement à chaque Etat, mais différant profondément entre eux. Ainsi l’étalon argent peut convenir et, en fait, convient très bien à l’Extrême-Orient ; l’étalon-or sert admirablement l’Europe, mais le seul fait pour ces deux entités économiques de posséder deux étalons différents, rend les relations économiques entre elles plus difficultueuses. Nous avons l’exemple du Moyen Age et des monnaies de compte à cet époque, nous savons que les banquiers, pour faciliter les règlements, adoptèrent une unité unique, le marc banco, défini par un poids donné de métal.
L'institution du marc banco, celle de la monnaie de compte avaient leur valeur parce qu’elles ne sortaient pas du cadre monétaire de l’époque : ce n’étaient que des traductions de valeurs. De même le Gold Exchange Standard tel qu'il était compris avant-guerre : c'était un moyen que l’on appliquait à tel ou tel pays déterminé, pour diminuer ses difficultés financières et le faire rentrer dans le cadre monétaire international. Comme nous le verrons dans le chapitre suivant, les applications de l’étalon de change-or dont l’après-guerre fut témoin témoignent d’un tout autre état d'esprit, d’une conception différente et quelque peu anarchique de l’économie. Ce n’est pas la chose elle-même qui est critiquable, c’est l’usage que l’on en a fait.