‹ Essai sur le Gold Exchange StandardChapitre 32 sur 110 · Le papier-monnaie · texte numérisé non relu

Le papier-monnaie

2. Nous nous contenterons d’exposer très brièvement et ce schématiser autant que possible cette étude des applications pratiques du Gold Exchange Standard. C’est une question traitée dans de nombreux ouvrages et sur laquelle il ne nous semble pas utile de revenir longuement.

Section première Le Gold Exchange Standard avant la guerre

Contrairement à ce que l’on croit parfois à notre époque, le Gold Exchange était fort répandu avant la guerre peutêtre autant que de nos jours, peut-être même davantage. L'erreur provient de l’aspect différent sous lequel il se présentait.

Afin de rendre plus clair l’exposé des systèmes d’avantguerre, nous les diviserons en quatre groupes : groupe extrême-oriental, groupe américain, groupe européen, groupe colonial (à l’exclusion des colonies européennes d’Extrême- Orient).

$ er Le Groupe Extrême-Oriental

L'application du Gold Exchange aux pays d’'Extrême- Orient résulte de la faiblesse des cours de l’argent et de l’effondrement de plus en plus important du pouvoir d’achat de celui-ci. La baisse de ce pouvoir d’achat est une chose très grave pour le commerce international, puisque l’étalon-argent est l’étalon par excellence de tout l’Extrême- Orient.

La première expérience fut celle de l’Inde-Britannique 3. Jusqu'en 1870, le change de la roupie fut des plus stables. (Pendant vingt-ans 1850-1870, elle oscilla entre 60 7/16 d et 61 1/16 d.), maximum et minimum des moyennes an-nuelles). Mais à partir de 1870 jusqu’en 1893, la baisse commença et fut bientôt considérable. Les réclamations des

3. Un des meilleurs ouvrages concernant la réforme hindoue est celui de

M. Keynes (Currency of India), v. également Arnold, Das Indische Goldwesen.

colons par l’intermédiaire de l’Indian Currency (fondée en 1887) se firent de plus en plus violentes ; une réforme urgente s’imposait.

Une Commission fut réunie à Londres le 21 octobre 1892, sous la présidence de Lord Herschell et son rapport fut publié le 21 mai 1893 4. Il concluait à la nécessité de donner à la roupie un cours supérieur à celui de l’argent métal et indépendant de ce dernier. Ce rapport, communiqué au Gouvernement des Indes, fut adopté et ratifié par la loi du 26 juin 1893. La raison de cette hâte était le début de l’année commerciale, époque de gros commerce du coton 5.

La loi stabilisait la roupie à 15 roupies par £, taux commode qui avait, en outre, l’avantage d’assimiler l’anna indien (1/16 de roupie) au penny anglais. La loi fermait également les hôtels des monnaies aux particuliers.

Le résultat de cette réforme fut l’accentuation de la baisse du métal blanc et la désolidarisation de son cours de celui de la roupie.

Le taux officiel du change (16 d. par roupie) n’était pas fixé définitivement et pouvait être changé ; il fut, en effet, abaissé jusqu’à 15 8/32 d. Mais des moments de panique

firent baisser la cote jusqu’à 12 3/4 d.

La panique se dissipa bientôt et le change remonta dès

En 1900, fut créé le Gold Reserve Fund dans le but de soutenir le cours du change. Le Gold Reserve Fund augmenta régulièrement passant de £ 3.031.000 en 1900-1901 à £ 12.262.700 en 1905-1906 5. Ces fonds étaient placés en rentes d'Etat et en valeurs garanties par l'Etat. Les arrérages en provenant sont capitalisés à leur tour.

4. Report of the commission appointed lo inquire in the Indian Currency.

5. V. Icard. Le Gold Exchange Standard, p. 31. 6. Détieux, La Question monétaire en Indo-Chine, p. 246.

Le Gold Reserve Fund permit de parer au déficit de la balance des comptes qui se produisit en 1907-1908. Son rôle ne doit pas, toutefois, être exagéré : « Il est susceptible de parer seulement à des fluctuations momentanées de ia balance des comptes ; il serait impuissant à enrayer un affaissement par trop prolongé ? ».

A côté du Gold Reserve Fund, se trouve le Currency Reserve (fondée en 1898) qui devait primitivement gager la circulation de papier. Elle se trouva rapidement en possession d’un stock important de métaux précieux or et argent 8. Ce stock passa de £ 170.280 en 1898 à £ 7.023.00 en 1901-1902 et à £ 11.975.000 en 1905-1906. Le Paper Currency Act de 1905 permit le dépôt à Londres d’une partie de ces fonds. La caisse de Londres fut le Currency Chest et, par l’action combinée du Gold Reserve Fund, du Currency Chest et de la Currency Reserve, on put soutenir le change sans déplacement de numéraire. Les council-bills (traites sur l’Inde) passaient de 17.434.000 £ (moyenne 1893-1898) à £ 31.576.000 (moyenne 1907-1908).

Ce régime n’est pas toutefois un véritable Gold Exchange Standard : il n’y a pas de caisse de conversion pour les particuliers. « Le Currency Chest et la Currency Reserve ne sont que des moyens entre les mains du Gouvernement pour maintenir la stabilité monétaire dans la péninsule »°, Enfin, alors que le Gold Exchange Standard ne suppose pas une circulation intérieure, malgré l'interdiction de la frappe libre, on pouvait cependant se procurer de la monnaie métallique.

Le projet Lindsay (1898) repoussé par la Commission

8. L’essai de la mise en circulation de monnaies d’or n’avait pas réussi. 9. Ibid., p. 41.

Fowler 1, tendait à doter l’Inde d’une caisse de conversion et d’un Gold Exchange véritable. Ce projet fut la base de réformes accomplies plus tard dans d’autres pays.

Le système indien dura jusqu’en 1926, date à laquelle le Gold Exchange Standard fut abandonné.

Dans les Straits Settlements, la baisse de l’argent occasionna les mêmes troubles que dans l’Inde et une Commission fut chargée à Londres en 1902 d’étudier et de présenter un projet de réforme #1.

La baisse de l’argent-métal était d'autant plus gênante pour les Etablissements des Détroits que les 3/5 du commerce se faisaient avec des pays à étalon-or 2.

La réforme fut accomplie par la loi du 2 octobre 1903 qui vint entérimer les conclusions du rapport Barbour. Le bon état de la balance des comptes favorisa la stabilité du change que n’affecta pas outre mesure la baisse de l’argent qui survint en 1904.

Au Siam, les mêmes causes déterminèrent des mesures analogues. Le 26 novembre 1902, la frappe libre du tical était supprimée et la parité du tical fixée à 17 ticaux par livre sterling. Ces mesures lésaient de nombreux intérêts et le gouvernement siamois fut obligé de transiger avec les banques (10 décembre 1902). La hausse de l'argent survenant peu après permit d'atteindre le taux primitivement fixé de 17 ticaux par livre sterling.

10. Report of the Commission appointed to inquire in the Indian Currency (Sir Henry Fowler’s Committee).

11. Report of the Straits Settlements Currency Committee (Sir Henry Barbour’s Committee).

Page 1