‹ Essai sur le Gold Exchange StandardChapitre 53 sur 110 · V. en particulier, Gideonse, The International Bank · texte numérisé non relu

V. en particulier, Gideonse, The International Bank

esprits voyaient-ils plus loin et pensaient-ils, par la création de cette super-banque européenne, déterminer un mouvement de solidarité entre les puissances du vieux continent et faciliter ainsi la constitution éventueile de l’Union Douanière Européenne, des Etats-Unis d'Europe que l’on prônait alors vivement.

A côté de ces moyens d'amélioration qui ne s’attachent pas au Gold Exchange Standard en lui-même, mais plutôt à son fonctionnement, on a proposé des mesures plus radicales visant à modifier la législation actuelle du Gold Exchange Standard. Ainsi M. Mlynarski dans deux articles parus dans la Revue d'Economie Politique ®? critique la façon dont sont constituées les encaisses des banques. « Est-il possible, écrit-il, de donner à l’étalon de change-or un caractère permanent et d’en faire une forme plus économique de l’étalon-or d’avant-guerre ?.. Ceci ne saurait se produire que si l’on renonce à inclure dans la couverture des banques d'émission les crédits accordés à des banques étrangères. La couverture ne devrait comprendre que de l’or et des billets de banque étrangers déposés dans les coffreforts de la banque ou earmarked à l’étranger »#. Et 11 est revenu sur ce qu’il appelle « le plus grand défaut du Gold Exchange Standard dans la pratique actuelle des banques d'émission », c’est-à-dire « le placement des devises étrangères en dépôts à court terme chez les banques commerciales étrangères. C'était une pratique contraire aux principes de l’étalon-or »%.

Nous nous trouvons en résumé devant deux groupes moyens d'amélioration bien différenciés entre eux : le pre- 32. R.E.P.,1930,n01et R.E.P., 1932, n° 2.

mier groupe visant à conserver la pratique actuelle du Gold Exchange Standard et seulement à la faciliter par des mesures adéquates ; le second groupe s'attaque au contraire à cette pratique même, à la façon dont on a compris le Gold Exchange Standard à notre épcque.

$ 2 Critique de ces moyens

Il ne semble pas que le premier groupe ee ces mesures ait donné de bons résultats ou, tout au moins, il n’a pas réalisé tout l’espoir qu’on y avait placé. La B.R.I. en particulier, dont la création était une idée originale et pouvait rendre les services les plus étendus, a vu son rôle diminuer dans une notable proportion. Sans doute, est-il logique de chercher dans des accords internationaux un meilleur équilibre des facteurs économiques, des paiements entre autres. Mais ces accords qui seraient peut-être pleinement efficaces en période normale ou quasi-normale, ne suffisent plus en période de crise aiguë comme aujourd’hui.

Peut-être est-il encore préférable de laisser jouer les éléments d’équilibre automatique qui ont été faussés, comme nous l’avons déjà remarqué, par la politique interventionniste. On a beaucoup critiqué, surtout depuis la guerre, les théories classiques de l’équilibre : celle, par exemple, de Jean-Baptiste Say, les produits s’échangent contre les produits, ou celle de Walras, les produits s’échangent contre les services et les services contre les produits. Les expériences contemporaines ont certainement apporté un démenti à ces doctrines simples, trop simples peut-être. À notre avis, il existe pourtant dans le monde une tendance très nette à l'équilibre et cette tendance se trouve

réalisée quand rien ne vient entraver son développement. Cet équilibre n’est pas tant d’ailleurs un équilibre des produits ou un équilibre des produits et des services, qu’un « équilibre des utilités », c’est-à-dire des estimations individuelles et collectives de valeurs. Cet « équilibre des utilités » n’est pas parfait, car le facteur personnel, le facteur psychologique intervient dans sa formation, ce qui explique des erreurs, des déséquilibres plus ou moins prolongés et des essais de raccordements brutaux. La politique interventionniste ne peut que retarder l’échéance en essayant de fausser les estimations : ce n’est que lorsque ces estimations sont faites librement qu’elles deviennent plus ou moins harmonieuses les unes vis-à-vis des autres.

Quant à la mesure proposée par M. Mlynarski, elle nous semble parfaitement logique et propre à éviter quelquesuns des dangers du Gold Exchange Standard actuel, en particulier l’échafaudage de crédits. Il ne semble pas cependant qu’elle puisse, à elle seule, imposer le Gold Exchange Standard comme un régime particulièrement stable.

Quelle est d’ailleurs, à notre époque s’entend, l'intérêt du Gold Exchange Standard ? Il n’en possède pour ainsi dire qu’un seul : permettre la constitution d’un stock de devises productrices d'intérêt ou lieu d’un stock d’or improductif. Si seuls l’or et les billets de banque pouvaient constituer l’encaisse, que deviendrait cet avantage ? Nous pourrions même dire quelle serait la banque assez folle pour adopter un pareil régime ? L'or earmarked à l'étranger possède toutes les qualités des billets de banque étrangers (sauf peut-être une manipulation moins aisée et plus coûteuse) et aucun de leurs inconvénients (danger d’incon-

vertibilité). Les banques centrales qui avaient déjà tendance à liquider leur portefeuille de devises portant intérêt ne conserveraient certainement pas des billets de banque improductifs, sauf peut-être, des sommes très réduites pour parer aux besoins journaliers du change, un certain volant de change, jouant un peu le rôle de la Trésorerie pour l'Etat.

Ce projet, d’autre part, enlève l’avantage que possédait le Gold Exchange Standard aux yeux des partisans des théories de MM. Cassel et Strakosh qui craignent une disette prochaine d’or. Il ne permettrait pas, en effet, la création de crédits suffisants pour parer à cette disette ; ce serait, pour eux, une nouvelle forme de la stérilisation de l'or.

Pour que le Gold Exchange Standard fonctionne normalement, il faudrait une certaine harmonie entre les différents facteurs de l’économie mondiale. Ce qui explique le succès du système américain (assimilable, nous l’avons dit, à un Gold Exchange Standard national%5), c’est que les facteurs économiques américains subissent à peu près les mêmes variations, des variations de même sens et sensiblement de même valeur. Les Etats-Unis sont un tout, une entité économique. Si on envisage, au contraire, l’ensemble du monde civilisé, an est frappé de la divergence des variations : les crises et les périodes de prospérité ne sont pas les mêmes pour tous les pays. L’harmonie nécessaire n'existe plus. La tendance à l’équilibre intervient bien, mais elle n’est pas suffisante pour rétablir immédiatement l'équilibre et les troubles monétaires, le mauvais fonctionnement du Gold Exchange Standard causé par ces crises

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