RECHERCHE DE LA MEILLEURE FORMULE DE L'ÉTALON-OR
Si, comme nous venons de le voir, le Gold Exchange Standard est à écarter, au moins comme étalon général et international, et si on se refuse à adopter les systèmes qui l'ont dépassé (double monnaie, Gold Index Number Standard, Exchange Standard), il nous reste le choix entre le Gold Bullion Standard et le Gold Specie Standard.
Section première Examen critique du Gold Bullion Standard
Le Gold Bullion a été prôné et fondé surtout pour économiser l’or. C’est la grande raison, voire même la seule raison valable de son établissement.
Sans doute, peut-on dire qu’il favorise également la politique des banques centrales et donne plus de valeur à l'intervention de celles-ci sur le marché. En réalité, lorsqu'on étudie les résultats de la politique de la monnaie dirigée et de l’intervention des banques sur le marché, il n'est guère besoin d’opposer d’autres arguments à cette
politique. En matière économique, toute mesure doit avoir un but économique et ce but doit être atteint rapidement ; lorsque ce but n’est pas atteint ou ne l’est pas complètement dans un laps de temps assez long, c’est que la mesure adoptée n’est pas bonne et on doit l’abandonner aussitôt.
Il nous semble donc utile d'étudier le Gold Bullion Standard seulement à deux points de vue : peut-on craindre vraiment une disette d’or ? et, une fois cette question résolue, nous verrons si le Gold Bullion Standard remplit son but, s’il économise l’or et si, avec la même quantité de métal jaune, on peut, sans danger, créer, avec ce système, davantage de crédit.
$ 1er La question de la disette d'or
Nous ne répèterons pas ici les arguments des économistes qui craignent une disette prochaine d’or, en particulier les Prs. Cassel et Strakosh, arguments que nous avons déjà exposés 1.
Il semble étrange, à première vue, que l’on puisse parler de disette ou de famine d’or prochaine, étant donné l’augmentation considérable du stock d’or amassé dans les caisses des banques centrales. Mais, à vrai dire, cela ne prouve pas grand chose, car la circulation d’or qui existait dans beaucoup d'Etats avant-guerre a disparu et, de son côté, l’or thésaurisé a été, dans une grande partie, ramassé par les banques d'émission, ce qui explique l’augmentation considérable de leurs stocks ?.
Influencée par des économistes bien connus, tels que
1. V., supra, partie Ire, chap. II, . ; 2. Cf., Gregory. The Gold Standard and its Future, p. 28.
Le Branchu 10
MM. Cassel, Strakosh, Kitchin, l’opinion publique en est venue à être persuadée que les troubles monétaires sont causés par le manque d’or. Cette idée fut d’ailleurs rendue encore plus générale par le poids que lui donna l'avis de la Délégation de l'or de la S.D.N. « La délégation ne dit pas que ce prétendu manque d’or monétaire est la cause principale de la chute récente des prix, mais elle considère comme tout à fait possible que le manque d’or, pendant ces dix années encore, va faire baisser le niveau des prix et elle exige qu’on prenne à temps des mesures contre cette baisse »°.
Le problème, somme toute, revient à ceci : on a constaté une influence certaine de la production de l’or sur les mouvements de longue durée des prix, cette même influence se faitelle sentir en ce qui concerne les mouvements cycliques?
En réalité, cette disette probable, cette famine future d’or ont-elles des chances de se produire ? Rien n’est moins certain. Lorsqu'on étudie l'exploitation de l’or, le rendement et la technique de l'extraction, l’avenir des mines d’or, toutes les suppositions sont possibles, toutes les hypothèses peuvent se réaliser. L’épuisement prochain des mines actuelles n’a rien qui le fasse prévoir # et certains économistes, comme Lehrfeldt, ont même redouté une trop grande extraction, une inflation de métal jaune. « Nous croyons (ailleurs pour notre part, écrit M. Allix5, qu'il serait prématuré de faire état dès maintenant d’éventulités encore conjecturales. Beaucoup de pronostics auxquels donne lieu l’extraction du métal dans les prochaines années sont hypothétiques. L'activité des mines ne dépend pas