Ibid., art
Cette thésaurisation du papier est un des faits nouveaux de l'après-guerre. Elle n'offre aucune sécurité, mais elle permet, le cas échéant, d'utiliser rapidement l’argent liquide possédé. Un moratoire des banques est, en effet, une éventualité possible. D'autre part, certaines mesures budgétaires relatives au contrôle fiscal et la déclaration par les banques des comptes-courants et des dépôts existant chez elles? ne sont pas de nature à rassurer les détenteurs de billets de banque et à les faire abandonner la thésaurisation.
La circulation de billets a, au cours de ces dernières années, augmenté dans de fortes proportions que ne justifie aucunement un accroissement quelconque des affaires. Ils se chiffraient au 3 février 1933 à 84.562 millions environ #. On a noté, en outre, ces derniers temps, un accroissement très net de la proportion des grosses coupures (1.000 frs. et 500 frs.) par rapport à l’ensemble de la circulation : cette augmentation provient de ce fait qu’à peu près seules les grosses coupures servent à la thésaurisation.
L’encaisse or (monnaies et lingots) a suivi un accroissement parallèle à celui des billets de banque. Elle s'élevait à 81.893 millions quoiqu’en légère diminution (273 millions) sur la semaine précédente.
Les disponibilités à vue à l’étranger (devises) se montaient à 2.930 millions chiffre peu important si on le compare au chiffre maximum de devises détenues par la Banque de France (de 20 à 25 milliards en 1927-1928). D'autre part, les effets négociables et autres emplois à l'étranger
s’élevaient à 1.232 millions.
27. Projets de douzièmes provisoires pour l'exercice 1933. 28. Tous les chiffres que nous citerons sont ceux du bilan hebdomadaire de la Banque de France du 3 février 1933.
À côté des billets de banque, il convient de placer les autres engagements : compte-courant du Trésor (11 millions), de la Caisse d'amortissement (2.090 millions) et des particuliers (18.319 millions). Ce chiffre représente un autre aspect de la thésaurisation, car il est certain que le total des comptes-courants des particuliers et des billets de banque (102.880 millions) ne correspond plus au niveau des affaires, très bas à l’heure actuelle.
Les bilans des banques privées (surtout de celles, qu’à l’imitation des anglais, nous pourrions appeler. les quatre grosses : Crédit Lyonnais, Société Générale, Comptoir d’'Escompte, Société de Crédit Industriel et Commercial) révèlent une situation analogue : une masse très considérable de dépôts à vue ou à court terme nécessitant, de la part de la Banque, des liquidités proportionnelles et très élevées et restreignant d'autant les crédits que pourraient accorder ces banques au commerce et à l’industrie.
Hypothèse d’un rétablissement brusqué
Envisageons l’hypothèse, toute gratuite d’ailleurs, d’un rétablissement brusqué de la circulation de l’or et de sa frappe libre en France.
Comme nous venons de le faire remarquer, rien ou presque rien ne serait à modifier à la loi monétaire : il suffirait de décreter l'obligation, pour la Banque, de rembourser ses billets à vue et en monnaies d’or ayant cours légal, sans fixation de minimum.
On assisterait aussitôt, selon toute évidence (nous en sommes réduits à de simples hypothèses) à une recrudescence marquée de la thésaurisation, mais qui serait alors
une thésaurisation d’or au lieu de billets et de dépôts bancaires. Il y aurait remplacement des billets thésaurisés par de l’or, il y aurait aussisans doute développement de la thésaurisation pour des raisons purement psychologiques.
Cet accaparement de l’or par les particuliers aurait, selons nous, un caractère général et ne serait pas limité aux seuls Français ; il est très possible que des étrangers se servent de la convertibilité des billets de banque français pour s’assurer également une réserve d’or.
Quant à fixer un plafond à cette thésaurisation de l’or, tant nationale qu’étrangère, il est assez délicat de l’essayer. Faisons toutefois remarquer que la thésaurisation de l'or est actuellement possible : d’abord parce que la Banque de France vend des lingots d’or * et ensuite parce qu'il s’est développé d’une façon intense depuis quelques temps une nouvelle profession : celle de courtier d’or, vendant soit des lingots plus petits, soit des plaques d’or, soit des monnaies d’or (louis, livres sterling et dollars surtout).
Essayons de chiffrer tant bien que mal les résultats éventuels de la réforme. Nous prendrons les chiffres du bilan du 3 février 1933 et nous mettrons en face les chiffres correspondant après la réforme. Nous admettons la thésaurisation d’une très forte quantité d’or (40 milliards) chiffre exagéré à dessein. Une réduction égale s’opèrera dans les billets de banque et les dépôts (30 et 10 milliards respectivement). Nous admettons d’autre part qu’une somme importante de billon argent a été émise en même temps et n’est pas thésaurisée (en vertu de la loi de Gresham). Ces chiffres, répétons-le, ne sont que de pures hypothèses :
29. Le lingot type international pèse environ 13 kgr. et vaut environ 220.000 francs.
Au 3-2-1933 Après la
Réforme HACASSE ORNE ER Le RO 81.894 41.800 Billets enicineulationt. 544.04. ARR 84.561 49.56132 Pièces d'orenCirc.eftective ............ 0 94 Piécesid'OnthéSAUTISÉeS ML LA RM EE % 40.000 ATéentenCiTeulAtiOne eee me 0 4.990 APTONITRÉSAUTISEME Lee 2e NT la e eve ? 10 GOMDLET UNITÉS OEM Re Etc roi re Liouraa ere 11 11 Compte Caisse-autonome 1-1, ....:2.7 4. 2.090 2.090 Comptes courants et dépôts ............. 18.318 8.318353 COPIES dIVETS MER EL EE nee e 250 50 Moyens de paiement effectifs30 .......... 77.879381 62.96334 Engasementsavue te eee ee 105.231 61.130 Proportion de l’encaisse aux engagements .. ASS 20 68,36 % D ÉCOUVEL EMEA TEEN PRET NE ee 22.337 19.330
Nous arrivons ainsi à un total de moyens de paiement de près de 63 milliards au lieu de 78 milliards environ aujourd’hui. La proportion de l’encaisse aux engagements à vue serait d’encore plus de 68 % (au lieu de FHÉPABATAE
Remarquons d’autre part qu’une pareille thésaurisation (40 milliards) est manifestement exagérée et ne saurait durer longtemps, même si, par hasard, elle se produisait. Un retour à la normale, une disparition progressive des causes d'inquiétude la ferait rapidement baisser.
Quels seraient les effets d’une semblable réforme sur les prix intérieurs ? Ils ne seraient probablement pas considérables, car, si la masse des moyens de paiement diminue,
30. Sous cette rubrique, nous rangeons billets en circulation, comptes courants et dépôts.
31. En admettant la thésaurisation d’environ 25 milliards de billets et de dépôts.
32. Diminution de 30 milliards du fait de la thésaurisation de l’or et de 5 milliards du fait de l'émission de la monnaie d’argent.
33. Diminution de 10 milliards du fait de la thésaurisation de l’or.
34. Billets en circulation, dépôts or et argent en circulation effective.
35. Rappelons que l’encaisse n’a pas besoin d’être aussi importante avec un régime de Gold Specie Standard qu’avec un système de Gold Bullion, l’or en circulation et même jusqu’à un certain point, l'or thésaurisé jouant le rôle de réserve indirecte.
on pourrait, par des mesures adéquates, augmenter la vitesse de la circulation *.
$ 3 De l'augmentation possible de la vitesse de la circulation
Il ressort nettement des travaux sur la vitesse de la circulation de la monnaie que celle-ci a, normalement, une tendance à l’augmentation. La vitesse de la circulation se trouve réduite en temps de crise, mais reprend, aussitôt après la liquidation de la crise, son ascension régulière. On a même voulu la chiffrer et nous reproduisons ici une page très documentée de M. Rueïf :
« On est en droit de considérer que les variations du montant de la circulation-crédits de banque résultant d’un double mouvement :
19 Une variation sensiblement proportionnelle à celle de la circulation-billets de banque ;
20 Une augmentation uniforme et continue relativement au montant de celle-ci.
Si l’on veut préciser cette décomposition, il suffit d’observer que la courbe M’ pourrait à peu près se déduire de la courbe M par un transport vertical de chacun de ses points, proportionnel à la distance d’origine et égal au bout de six années à la longueur AA’. Après un an le transport effectué sera de 1/6 de AA’, soit 0,011 à l’échelle adoptée pour la mesure des logarithmes.
36. Nous soulignons ici que nous n’avons eu pour but, dans ce paragraphe, que de prouver que logiquement, accompagnée de mesures propres à assurer son succès, une réforme visant à l’introduction actuelle du Gold Specie Standard est concevable. Les chiffres proposés par nous peuvent être sujets à tou-
tes les critiques : nous nous sommes seulement efforcés de montrer que la réforme en question n’est pas une pure idéologie.
On aura donc sensiblement, un an après l’origine : log. M’1=log. M1 +0,011 ce qui donne, si l’on passe des logarithmes aux nombres : M'1=MI1 X1,025 Au bout de la deuxième année, on aurait de même : log. M’2=log. M2+2 x0,011 ou M2 =M'2%x (1,025)?
et au bout de la Ne année :
Mn—Mn x(1,025)2.
Ceci montre que l’on peut admettre, qu’en première approxi mation, que la circulation-crédits de banque varie sensiblement comme la circulation-billets de banque mais se trouve en outre affectée d’une augmentation régulière et continue qui la majore chaque année de 2,5 % de sa valeur pendant l’année antérieure.
Cette augmentation continue traduirait simplement la généralisation constante en France, sous l'effet des causes précédemment énumérées, des procédés de règlement sans mouvements de numéraire, alors que la similitude des variations de petites périodes résulterait de la permanence des habitudes individuelles #7 ».
À cette augmentation de la quantité des dépôts en banque, correspond une double augmentation de leur « pouvoir de paiement » : conséquence d’abord de leur augmentation en chiffres absolus et ensuite de leur multiplication par une vitesse de circulation croissant dans des proportions à peu près analogues.
Personnellement, nous ne croyons pas possible une évaluation aussi exacte. À notre point de vue, on peut indiquer
37. J. Rueff, Théorie des Phénomènes monétaires, pp. 111 et 113, v. planche, p. 112.
le sens de la variation, mais non pas son ampleur. Il semble bien que la vitesse de la circulation ait varié à une époque récente et varie encore dans des proportions considérables : on rejoint ici la thésaurisation et la notion d’ « encaisse désirée », c’est-à-dire la somme moyenne d'argent liquide que chaque particulier désire conserver par devers lui.
Il existe cependant des mesures propres à augmenter la vitesse de la circulation ou du moins, en période de crise, à restreindre sa diminution #. Ainsi il est certain que la création en Angleterre en 1848 * d’un Paymaster General et la suppression des fonctionnaires payeurs * à contribué à son augmentation en Grande-Bretagne.
Des mesures de même ordre relatives au paiement des, fonctionnaires par virements seraient possibles en France Ces paiements par virement existent déjà dans une large mesure, mais il serait encore possible de les perfectionner.
Des dispositions légales concernant le chèque et analogues à la législation anglaise pourraient certainement développer son usage et le faire entrer davantage dans les mœurs. Egalement, une diminution du droit de timbre aurait une heureuse influence.
Il semble aussi que le mandat-contribution ou le chèque contribution pourraient avoir une importance plus considérable
Il serait même possible de créer de nouvelles formes de paiement en modifiant légèrement le chèque postal : on pourrait arriver ainsi à la lettre-chèque, combinant les avantages respectifs de la lettre close et du chèque postal.
38. V. G. Bertrand. « La politique monétaire de la France», dans la Semaine de la Monnaie, 1922, pp. 104 et ss.