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LE GOLD EXCHANGE STANDARD DANS LE CADRE COLONIAL

Dans le chapitre précédent, nous avions envisagé le Gold Exchange Standard dans le cadre général de l’économie et comme moyen transitoire. Ici, tout au contraire, nous l’étudierons dans un cadre restreint, dans le cadre d’un empire colonial (métropole, colonies proprement dites, protectorats, pays Sous mandat)et comme système monétaire non plus passager, mais permanent ou semi-permanent.

Nous consacrerons la première section à l'étude des conditions d'établissement et de bon fonctionnement ; nous verrons dans une seconde et une troisième sections l'organisation et les avantages de ce système, réservant pour une dernière section l'examen du rôle de la Banque centrale métropolitaine comme Clearing House de l’Empire colonial.

Section ÎI Conditions d'établissement et de bon fonctionnement

Le Gold Exchange Standard que nous proposons, outre ses modalités particulières. (V. section IT, même chapitre), ne peut s'appliquer indistinctement à tout empire colo-

nial : certaines conditions sont, à notre sens, nécessaires, différentes, suivant qu’on se place du point de vue politique, économique ou financier.

$ 1er Les relations d'ordre politique entrela Métropole et les Colonies

Ce qui importe ici, ce n’est pas tant la forme de la suprématie métropolitaine que l’existence réelle de cette suprématie. Ce peut être une colonie proprement dite, un protectorat ou même un pays sous mandat de la S.D.N., ce qu'il faut, c’est une certaine hiérarchie entre la métropole et la colonie.

Les dominions anglais, par exemple quoiqu'assujettis nominalement à la couronne britannique, possèdent une indépendance presque complète et ne peuvent guère être classés parmi les colonies : ce sont plutôt des nations associées. Un pays sous mandat au contraire, tel que la Syrie ou plus encore le Cameroun, quoique n’étant que temporairement sous la tutelle française et suivant quelques conditions déterminées, fait cependant partie de ce que l’on pour- ‘ rait appeler la « hiérarchie impériale française ». Il faut donc s'attacher davantage au degré de domination métropolitaine qu’à la forme que revêt cette domination.

Il est également souhaitable, pour l'établissement de ce régime tel que nous le concevons, que la métropole possède une importance économique relative plus considérable que la colonie. Cette importance doit être envisagée à différents points de vue : commercial, financier, démographique même. Car, si l’on suppose une colonie plus puissante que la métropole à tous ces points de vue, elle ne tardera pas à jouer elle-même le rôle de métropole et à

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éclipser la mère-patrie. L'établissement de Gold Exchange entre ces deux pays ne serait au point de vue financier dans ce cas qu’un instrument de plus pour l’assujettissement de l’ancienne métropole.

Il faut enfin que la colonie soit suffisamment évoluée pour utiliser un tel régime, qu'elle ait un commerce extérieur assez important pour justifier une réglementation des changes et des devises.

$2 Relations d’ordre économique

Nous envisagerons surtout, sous cette rubrique, les relations d'ordre commercial existant entre la métropole et ses colonies ou entre ces colonies elles-mêmes. Pour que l’on puisse organiser un système analogue à celui que nous préconisons, et dont nous exposerons ultérieurement le principe et les modalités, il importe que le principal courant d'échanges se fasse entre la colonie et la métropole ou entre la colonie et les autres colonies.

Un système de Gold Exchange Standard impérial ne se concevrait pas, en effet, sans une base solide, sans une raison d’être. Nous avons précédemment assimilé le régime d'émissions américain, dans une certaine mesure, à un Gold Exchange Standard d'ordre national. Ce qui en fait la force et nous irons même jusqu’à dire la possibilité, c’est l'importance du commerce intérieur américain, qui se chiffre à peu près, en période normale, par 90 % du volume total des échanges. |

Si nous envisageons à ce point de vue l’Empire colonial français, il nous paraît que la plupart, sinon toutes les colonies, possèdent un courant d’échanges inter-impérial

suffisant pour justifier l'établissement d’un semblable régime.

L'exemple le plus probant est donné par l’Algérie dont voici le détail du commerce pour 1930 en millions de frs1.

Importations totales DAT Exportations totales 4.272

Importations de France 4.568 soit 79,9 % Exportations en France 3.382 s0it 79,207 Importations des autres colonies 155="soit. 2,77 Exportations vers les autres colonies 346 soit 10,2 %

Importations en provenance l’Empire Colonial français 4.723 soit 82,6 % Exportations vers de l’Empire Colonial français 3.728 soit 89,4 % Sa voisine, la Tunisie, présente une proportion un peu moins forte mais qui ne laisse pas cependant d’être considérable. Voici les chiffres de son commerce en millions de francs pour 1931? :

Importations totales 1.872

Exportations totales 835

Importations de France 1.137 soit 60,7 % Exportations en France ; 529".soit 63,31% Importations d'Algérie LSZMSOIT TON?

Exportati9ns en Algérie 87 soit 10,4 % Importations autres Colonies 6,7-S0it" 0,307 Exportations vers les autres Colonies 0,1 soit 0,3 %

Importations en provenance de l'Empire Français 1.330,7 soit 71 % Exportations vers l'Empire Français 616 soit 73,7%

Pour le Maroc, la proportion est plus faible, conséquence de la pénétration moins considérable de notre influence dans ce pays et aussi de la composition de son commerce (en grande partie, exportations de phosphates concurrencés

1. Documents statistiques réunis par l’ Administration des Douanes sur le commerce de l’ Algérie.

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