Taussing, International Trade, pp
Banque centrale, soit à la banque elle-même. Mais cette réserve de devises n’existait que comme «volant de change », on ne songeait guère alors à en faire une partie de la couverture des billets de banque et des dépôts. Le régime d’après-guerre, caractérisé par la juxtaposition des devises et de l’or dans l’encaisse de la banque d'émission, ne répond pas du tout au but primitif du Gold Exchange Standard. Sans doute, l’idée centrale est-elle la même : assurer la convertibilité à un taux fixe de la monnaie nationale en monnaies étrangères ; mais autrefois, la réserve de devises ne servait qu'à une chose : procurer un stock de devises suffisant pour satisfaire aux demandes des industriels et des commerçants nationaux. Aujourd’hui, en plus de ce rôle fondamental, on veut lui en imposer un autre : agir comme garantie de l'émission fiduciaire. Or, il y a antinomie entre les deux rôles, car si la banque centrale doit livrer et acheter librement les devises à un taux fixe, c’est-à-dire avoir une politique de portefeuille libérale, elle doit, au contraire, dans certains cas, défendre son encaisse par une élévation du taux de l’escompte, voire même par d’autres moyens plus énergiques.
Avec l’étalon-or proprement dit (Gold Specie ou Gold Bullion) une élévation du taux de l’escompte n’agit qu'indirectement sur les commerçants et industriels ayant besoin de devises étrangères, elle n’agit que d’une manière atténuée, progressive, tandis qu'avec un régime de Gold Exchange tel qu'il est conçu aujourd’hui, c’est directement et brutalement que se fait sentir toute réglementation du commerce des devises.
Le Gold Exchange Standard, en résumé, tel qu’on l’a vu appliquer ces années dernières, ne traduit plus la pensée originale de ses auteurs : d’un système temporaire et li-
mité dans son but, on a voulu faire une législation moderne et perfectionnée. On n’a guère réussi qu’à créer un régime bâtard et malaisé à manier, qui a sans doute rendu des services, mais qui est responsable également d’une partie des maux dont nous souffrons. Ce régime moderne n’avait de ressemblance avec l’ancien que son nom de Gold Exchange Standard ou d’étalon de change-or ; encore ne répondait-il plus à sa dénomination ; son appellation allemande toutefois de Golddevisenkernwährung était plus proche de la vérité.