‹ Essai sur le langageChapitre 14 sur 20 · LA SECONDE ÉDITION · texte numérisé non relu

LA SECONDE ÉDITION

AOTES.

1 , p. 1. — Je n'ai jamais pensé , ni parlé anlremenl. C'est donc par erreur qae la Revue de Vlnslraetwn publique (n<^ 3 , 15 juin 1842 , p. 44) ,. dans an arlicle consacré à mon Essai sur la philosophie orientale, écrivait ces lignes : « Avant la Vie de famille, M. Charma pose une vie individuelle où chaque homme est d*abord reslé isolé de tous les autres ; c'est une hypothèse dérmentie par les faits et par la raison. » Je suis complètement d» cet avis , et je m'étonne .qu'on m'ait prêté une opinion qui répugne à toutes mes tendances philosophiques. Quand j'ai dit, dans la préface du livre que cet article concerne ( p. viii et ix.) : « La vie , lorsqu'elle arrive aux conditions qui la font . hu«* maine, affecte cinq formes différentes qui se superposent l'une à l'autre : d'abord , elle s'enferme et se circonscrit dans l'individu ; puis s'étendani par degrés , elle constitue , avec des individus , la famille; avec des familles , la nation ; avec des nations , ce que j'appelle, faute d'un meilleur terme, la «ocie/^f avec des sociétés enfin, \%umanilé ï> , je n'avais, dans cette. partie de ma phrase d'uà-on a fait sortir l'hypothèse justement condamnée qu'on m'impute, d'autre but que de constater la préexistence nécessaire des Individualités qui doivent constituer la famille ; mais si je veux que, pour former on couple , deux unités distinctes soient préalablement données, je ne prétends pas pour cela que ces^deux unités vivent plus ou moins longtemps isolées ; ma doctrine au contraire se hâte de les rapprocher et de les unir. Comme Aristote^je définis

rhomme an animal iocial , tjoXcrcxov ^ûov ( Polilique , liv. i , ch. 2) , et je crois avec Ballanche {Eisai sur Us' inslilutwns so^ ciales, ch. tx) , « que rhomme, s'il était seul , serait ua être iacomplel , sans bat , sans facaUés , sans avenir. »

2, p. 5. — « Schon viele geistreichen mânner haben es vor mir gefùhU, dass die wissenschaft , welche wir grammatik nennen, sich noch in dom zuslande einer chaotischen verwirrong befindet , and sind bemuht gewesen , ordnong and lichl in dièse durch eànander geworfenen massen za bringen. Déjà beaucoup d'hommes d'esprit ont senti, avant moi, que la science , que nous appelons grammaire , se trouve encore dans un élat de confusion qui tient du chaos, et ils se sont efforcés de porter Tordre et la lumière dans ces éléments entassés pèleftiéle. ScffUiTTHEiifimB , Sdenee de Vorigine du langage ( Urspra-» ehiehre), Frànctbtt-sar^lé-Mein , Î826, préface , p. m. » — Et le fragment de Th. Jouffroy Sur les signes (Voy. Nouveaux mélanges^ édit. Damtron) ne suppose-t-il pas aussi que cette science dont il essaie de JeDsr les ïoudeibents est encore à nai> tret Nous nous conttentons de penser qu'ici , comme sur tant d'autres points '^ il nous reste beaucoup à faire.

3 , p'. 6. -- C'est ce que la philosophie savait déjà ou du moins entrevoyait , il y a deux mille ans: i Hé quoi ! ne vois-ta pas quelle triste figure fait une opinion qui ne repose pas sur la science? La meilleure de celte sorte n'est-elle pas sans lumière ? Ceui qui , dans leurs opiniobs , ri^ncontrent le vrai sans le corn* prendre, ne ressemblent-ils pas à des aveugles qui marchent dans le droit ichemin? Platon, République, liv. vl, traduct. Cou* sin , t. X , p. 50. »

4 , pé 6. — Ce Nicétas est fort peu connu. Tout ce que j'ai recueilli sur son compte se borne aux passages qui suivent : c Uicetas ( en note , comme variante Nicetas ] Syracusius , ut ait Theophras* tus, cœlum, bolem, lunâm, slellas, sup^ra deniqueomnia sta-« re censet ; ncque prseter terram , rem irllam in mundo moveri : quœ quum eircum axem se summa celeritate convertat et tor* qoeat , eadem efïlci omnia quasi staute terra cœlum moveretur^ CiGÉaoN, Académiques I, liv. ii, ch. 39, édit. V. Leclerc. >. — « Le premier qui fi( tourner la terre en cercle fut , dit^on^ I^i-

w- 183 — loEaUâ, OD, selon d'aulrcs, Icèlas i)b Syracuse^ Uioafam de Lakite, Sur la vie, (« doclnnei et le* mœuri dei phitoiophei-, liv. vm, ch. 85. t — t PhilolaU« de Crolone... fjisail loorner ta terre autour du soleil comme Vénus el Mercure. Il soDlkii piiu oaverlemeDl celle idée qu'il devait peul-ôire à Pylhagore. NioMas de Syracuse embrasas ce système. Oklaubsb, Histoire de rattronomie ancienne , 1. 1, p. 16. > — Nicèlas esl considéré pnl-ceux qui en oui parlé comme pythagoricien. Voy. B<»ckh , Phi' lalaoi, p- 115. — Nous aïons ailleurs (Voy. le Joitmat den tavanU de Normandie , S- livraison , p. tiOS) relevé l'erreur dans laquelle lorobe ici Dcinmbre, en coofondanl le feu central de l'astronomie pythagoricienne avec le soleil ; ie soleil , pour cette école (ourDail , comme la terre, autour du centre enflammé qu*on appelait la demeure el le poste d'observation de Jupiter; -~- Ce fut , on le sali , le célèbre passage des Académiques, eilé au commencement de ceilc noie et un passage analogue de Plu~ larque [Sur les opinions dei philoiophti, liv. m, ch. 13) qui amenèrent Copernic à penser que te système de Plolemée n'élatt p^s le dernier mol de la science : < Inde igitar (dit-il lui-même dans son livre De nvolutionibus orbium eeeletlium, préface, "p. 4 , après avoir rappelé le passage de Cicéron el cité celui de Plnlarqoe ] occasionera nacing, coepî et ego de terise mobilitatc eogilarc.... >

â , p. 8. — Dacicr , dans m Iraduction de la Républlqae , au liv. VII, et M. Cousin, après lui (Voy. son Phton, i.x, p. 107), font dire à Glaucon : C'etl à la pensée à éclairer lei termes. Induit en erreur par h* forme que nos deux traducteurs préleiil ici à 'l'idée du philosophe grec, j'allais donner celle ligne pour épigraphe à mon livre, lorsque je m'avisai de recourir au teste (anc. édit-, p. m-À; édil. Leipsick. I. v, p. 272-273), où je lus ce qui suit: Hait, dit Secrate , tï ne convient pas , ee me semble , de nom arreïer lur le* nom* , Quand nom auom de ei graves questions à débattre : — lYon certes , répond son interlocuteur où yào ovï , rpn. Ce sont ces mots , oO -/ia t\n , ou ' plutôt la paraphrase obscure dont Ficin , danà sa traduction , a cru devoir les soutenir , — Non certe , nam solam exigunt ad rerum ftuWttm inlerni eonceplas expressionem , — qHi onl été' rendus de ma

niëre à laisser croire que Plaldn auratl déjà soupçonné là relation nécessaire qui lie l^élude des signes à celle des idées. Il n'en est rien' cependant. Celle ëonceplion est toute moderne, et c'est à Port-Royal , si je ne me trompe , que Thonneur en revient ( Voy. la Grammaire géfiérale et raisonnée, édit, PétHot , p. 277 et suiv. ). Depuis, là science a fait presque constamItierK marcher de front cette double étude, et on a remarqué avec raison ( Voy. Thqbot , Discours préliminaire , en télé de sa tradac'> lion de V Hermès d-Harris, p. cm, note-aj que nos ineillëurs gramipai riens , Dumarsais , Condillac (ajoutons-y Desttitt de Tracy) ont été aussi, cot&ine Arnauld, d excellents lo^icielts.— ^ Quanta la nature même des rapports qui- unissent la logique ou l'idéologie à la grammaire , on peut consulter deux livres dont la traduction , celle du premier surtout , serait Un véritable service rendu aux sciences grammaticales , le Organism âèr spra* che de Karl-Ferdinand Becker , 2" édit. Francfort-sur- le-Mein , 1841 ;. $.10, et le Logische unlersuthungen de TRENnELEKBUBG, §. 314 et suiv. -^ Ceux qui les premiers chez les anciens et chez les modernes se sont occupés de la philosophie du langage ^ ont , en général , comme VU{on{ Cralyle, Iraduct. Cousin, t. xi, p. 24 , 79, 108, 109 , etc. , etc. ) et Scaliger (De eausis linguœ lalinœ , lib. m , cap^ 72) , donné , plus ou moins expressément , pour base à leur analyse, la nature, telle qu'ils la comprenaient, des choses représentées par les idées, et non les idées elles-mêmes. Celle méthode avail un grave inconvénient. Puisque l'esprit humain, en se repréWâlant les objets, mêle à celle représentation certains caractères qui lui sont propres et que nos langues reproduisent , ce n'est pas à Tobjet , qui n'est là que pour sa pnrt , mais à Tintelligence qui recueille le phénoiAène entier , qu*il faut en demander tous les éléments. L'objet donne , tout au pluS) la matière de la pensée, il n'en donne pas la forme. Dans l'idée au contraire se retrouvent à la fois et la chose conçue et la manière dont nous la concevons.

6 , p. tO. — Toute organisation de quelque étendue n'est pour nous qu'un vaste assemblage d'organisations plus étroites, mais semblables à celle qu'en s*unissant elles constituent, et par conséquent semblables entre elles. Cette identité des systèmes partiels

avec le système tolal qui en résulte, nous la trouvons dans routes les sphères , parmi les phénomènes de l'ordre intellectuel comme parmi ceux de l'ordre matériel! Voy. no^ Leçons de phûosophie sociale, 2« leçon , p. 21 et 22 ; et 10* leçon , p. 116 avec là note 3 ; nos Leçons de logique^ 12* Leçon , p. 338 et su iv^.; et notre Essai sur la philosophie orientale , préface , p. xi. — A cette loi se rapporte Topinion qui fait de Tbomme un monde en abrégé « un microcosme (Cf. Cousin, Cours de l'histoire de la philosophie. Introduction, 5^ leçon). — On sait comment Platon [République, liv. viii, traduct. Cousin, t. x, p. 125 et suiv.) trouve dans Thommc individuel rimage ou plutôt le type de toutes les formes de gouvernement que son analyse reconnaît. — C'est encore une des applications de cette loi qui est constatée dans les lignes suivantes: « M. de Bougainvîlle dit fort bien que la Grèce est en |)elit l'univers, et que l'histoire grecque est un excellent précis de l'histoire uni^ vcrselJe. On trouve en effet dans ce coin de terre l'exemple de toutes les formes de gouvernement. Ne dirait-on pas que toutes les combinaisons sociales y ont été épuisées pour l'instruction des hommes? BALLA^CHE , Essai sur les inslUuliom io^ates , ch. ii.)

7, p. il. — Nous ne nous lassons pa^s de constatier dans ses innombrables applications cette loi de la vie. Déjà nous l'avions indiquée dans un article sur VObjcl de la science , publié par la Revue littéraire du Calvados, en 1834, p. 208, et que hous avons repro(fuit à la suite de nos Leçcrns de philosophie sociale y p. 271. Plus tard , notre pensée a reçu tout' le développement qu'elle comportait dans notre Essai sur la philosophie orientale , et ailleurs encore. La voilà qui revient ici ! Nous avons besdfn , pour ne pas trop nous reprocher ces redites continuelles, de nous rap«peler que cette sorte de monomanie s'attache partout •, dans les grandes comme dans les petites choses, aux fortes convictions , et que Socrate aussi était accusé de se répéter sans cesse. >

8,. p. 14. — ; Cette prédominance à certains âges de la vie d'un élément donné sur les autres , a été constatée et , autailt qu'il était en nous ^ expliquée dans nos Leçons de philosophie so^ ciale , 15* leçon , p. 164 , et passim.

9, p. 14. — On voit bien clairement par ces lignes que je rajpporte à Dieu la direction de la vie à l'âge où. l'homme n'en

peut - pas encore prendre les rênes. Déjà plus d'ttiie fois , je in*éiais clnirement prononcé sur ce point: « Notre édacation ( ai' je dit dans mes Réponses aux quesiions de philosophie , 2* et 3* édit., qnesl. txxvi , année 1841 , et dans mon Essai sur la philosophie orientale, p. 18, février 1842) marche lentement poor arriver sûrement. Mais nous ne poaToos douter du succès, puisque Dieu lui-même notts conduit. » -^ L'Union catholique qui était tenue de me connaître puisqu'elle voulait me juger , ne devait donc pas , dans l'article qu'elle m'a consacré le 13 juin 1842 , m'accuser, entre autres choses, de livrer l'homme naissant à lui-même et de lui refuser Tassistance divine Voilà comme on .nous met en cause t Mais le jugement de V Union catholique to'ést pas , il est vrai , sans appel t

10 , p. 19. — C'est Laromiguière qui fait sortir Vidée du sen*iimenl , et comme il reconnaît quatre classes d'idées , les idées sensibles , les idées morales , les idées de rapports et les idées des facultés de l'âme , il admet qmtre espèces de sentiments , qu'il appelle le sentiment-sensatiori , le sentiment moral , lé sentiment des rapports et le sentiment des facultés de l'âme. Voy. les Leçons de philosophie, t. ii, 5** et 6* leçons. — C'est M. Cousin qui distingue ces deux sortes de faits sous. les dénominations de wnscience spontanée et de conscience réfléchie , de spontanéité et de réflexion, Voy. dans* les Fragments philosophiques la préface de 1820, et l'article portant pour titre: Du premier et du dernier fait de conscience»

11 , p. 21. — Ces expressions , sons articulés et inarticulés , nous ont paru appeler , comme leur correspondant pleinement , celles que nous hasardons ici geste décomposé et indécomposé. Ce que Cicéron et tous nos grammairiens après lui ont dit de la voix («Eademque (mens) quum accepisset homines ineonditis vocibus inchoatum quiddam et confusum sonantes , incidit has et distinxit in partes, et ut signa qnasdam sic verba rébus impressit. République , liv. m, ch. 1. » ) . il le fallait dire , et nous sommes les premiers , à ce qu'il nous semble du mo»ns , qui l'ayons dit du geste. Le geste décomposé , si on le réduit aux mouvements de la main , comme on le fait souvent, ne serait pas mal nommé parole manuelle^ comme l'a appelé l'abbé Jamct (Voy. ses deux

Mémoires sur IHnslruction des sourds-muels , i" Mém, , 2* édil. , p. 15; 2* Mém, , 1'* édit. , p. 13) , ou , si on lè considère d*un autre point de vue , langage de ta danse , eomme le nomme Condillac (Voy. son Essai sur l'origine des connaissances humaines , 2* part. ^ V* sect. , ch. 1", §• H)-

12, p. 22. — « Omnis enim motos animi saum quemdam à nalura babet vultum , et sonum, et gesluni : totumqne corpus homlnis , et ejos omnis vultus, omnesque voces , ut nervi in fidibos , i(a sonanl , u( a mota animi qooque sant pulsae. Cicébon , De l'orateur , \\\. m, 2i6. )>

i3, p. 23. — Th. Jouffroy, dans son article Sur les signes (Voy. Nouveaux mélanges) , rencontre aussi , après beaucoup d'autres, mais avec sa méthode propre , et reconnaît un langage naturel et UD langage «r/{^cîW. — Les. phrénologo<es, qui admettent également ces deux sortes de langages ; vont quelquefois jusqu'à assigner à Tun et à l'autre des organes spéciaux. Cf. Ad. Garmeb, La psychologie et la phrénotogie comparées , p. 152 et soiv*

14, p. 23. — J'ai surpris à leur tiaissanoe, au moment même de leur formation, quelques-uns de ces signes. Nous hochons la tête à plusieurs reprises, en avant et verticalement pour dir# oui, horizontalement et de droite à gauche pour dire non. Voyez Tenfant se jetant avec avidité sur un aliment qui lui platt ; il porte en avant la bouché pour saisir l'objet qu'il convoite; mais sa faible tête , vivement agitée et ne pouvant soute* nir la secousse qu'elle se donne, tombe pour se relever aussitôt, se relève pour retomber encore ; elle oscille, tendant toujours vers Tobjèt, et par conséquent de haut en bas et de bas en Jiaut : voilà, comme diraient les phrénologoes , la mimique de la volonté, de l'appétit; ce ^gne dit : Je veux; ce signe dit : oui. Qu'un aliment , au contraire , qui déplaît à l'enfant , soit parce que cet alitnent n'est pas de son goût , soit parce qu'il est rassasié, lui soit présenté, qu'arrive- t-il? Il écarte sa bouche autant qu'il est en lui , tournanl la tête de droite à gauche ou de gauche à droite ; si vous insistez , si vous le poursuivez du iàets que vous désirez lui Voir prendre, ce manège continuera aveic plus ou knoins de rapidité; voilà le non dans son prin-

cipo cl à 80ti origine. Avec le (emps, ce double sigtic dé Taffirmation el de la nêgalion se généralise, et s'applique à toutes nos sympalbies, à toutes nos antipathies ; aptes avoir été le OUI et le non de Tenfânt , ce sera le oui et le non de rhomme. Le doule , qui n'est ni la négation , ni l'affirination , mais qui se rapproche plus de la négation que de l'affirmation » est bien fi|garé matériellement 'par ce mouvement de la tète qui la porte de gauche à droite , en l'inclinant légèrement sur l'épaule; il y a là une négation qui se commence, mais qui s'arrête avant de s'achever.

15, p. â4. >- Cf. supra, note 11. Voyez aussî CoOàT de Ge- BKLiN, Monde primitif, t.i m, p. 102 et suiv.

16, p. 28. — C'est ce que Talma avait déjà dit dans ses Mé~ moires de Lekain , publiés en 1825, et faisant partie delà collection des Mémoires dramatiques : « Il est aussi des situations où un être vivement ému sent avec trop d'énergie pour attendre la lente combinaison des mots; le sentiment dont il est oppressé, avant que sa voix ait pu s'exprimer , s'échappe soudainement par l'action muette. Le geste, l'attitude, le regard, doivent donc alors précéder les paroles, comme l'éclair précède la foudre. Ce

tlnoyen ajoute singulièrement à l'expression , en ce qu'il décèle une âme si profondément pénétrée, qu'impatiente de se manifester , elle a choisi les signes les plus rapides. » — Rousseau , dans son Essai sur l'origine des tangues (ch. 1*^) , semble dire tout le contraifc : -<c La seule pantomime sans discours vous laissera presque tranquille ; le discours sans geste vous, arrachera des pleurs. » Mais il comprend ici par discours, outre les paroles que le discours combine, l'accentuation dont la passion les frappe: <c Les passions ont leurs gestes, mais elles ont aussi leurs (tecents, et ces accents'qoi nous font tressaillir, ces accents auxquels on ne peut dérober son organe, pénètrent par lui jusqu'au fond du cœur , y portent malgré nous les mouvements qui les ar« rachent et nous font sentir ce que nous entendons. » Rousseau ne veut, dans ce passage , que comparer, au point de vue de leur action relative sur notre sensibilité, les deux classes de signes naturels que nous employons pour rendre les sentiments qui .nous animent, ceux qui s'adressent aux yeux, et ceux qui

affectent Torcille ; e( il conclal avec raison que si le gesle rend rimitalion plus exacte , Vinlérél s'excite mieux par les sons.

17, p. 38* — Je i^*dî certes pas inventé cette anecdote. Je dois avoaer cependant qae je l'ai en vain cherchée dans les livres qui noos entretiennent da grand acteur , ou plutôt dans les passages qae j*ai autrefois extraits de ces livres , et il m'est impossible aujourd'hui de renvoyer mes lecteurs aux sources où je Tai puisée. Je ne retrouve que quelques lignes dans M*' de Staël (Voy. Y Allemagne, 2« part., ch. 27) qui expriment, mais sous des formes abstraites , à peu prés la même Jdée : « Le son de sa voix ébranle dès quMl parle , avant que le sens même des paroles qu'il prononce ait excité l'émotion Il y a dans la

voix de cel homme je ne sais quelle magie qui , dès les premiers accents , réveille toute la sympalhie du cœur. » — Elle dit pdurtant de lui un peu plus bas : « J*ai ,va Talma déclamer dans la chambre la dernière scène d'OikeUo avec sa femme , dont la voix et la figure conviennent si bien à Dédesmone ; il lui suffisait de passer sa main sur ses cheveux et de froncer le sourcil pour être le Maure de Venise, ei la terreur saisissait à deux pas de lui , comme si toutes leS illusions du théâtre l'avaient environné. »

18 p. 30. — Ce mot est , je crois , de M. -de Bonald. Malheureusement je n*ai pas ses œuvres à ma disposition (les bibliothèques de nos départements sont si pauvres ! ) , et ce qui , dans ma pensée , devait faire la matière d'une note , se trouve réduit par là à cette vague indication.

19 p. 30. Les philosophes se sont souvent prononcés , au

moins en passant , sur les caractères qui distinguent rhomme de la brute. Voici les principales opinions que celle question a fait èclore : — 1*» Il y a dans rhomme une âme qui sent , pense et veut ; la béte n'est qu'un automate , une pure machine. DbsciBTES, Discours de la méthode , 5« part., édit. Cousin, t. i, p. 184-190. — 2*» L'organisation matérielle de la bête est de beaucoup inférieure à la nôtre. Helvêtios, De VesprU , Discours I , ch. 1, note a. - S» L'usage du feu accordé à l'homme et refusé aux animaux met seul entre eux et lui une distance infinie. Ber- WABDW DB Saint-Piebhb , Hatmomes de la nature , liv. i , au paragraphe intitulé : Harmonies végétales de Viwmme, ^ ¥ L'homme

compte , ranimai ne complo pas, Pl^tou ^ EpinomU ,, tradact. CoQsin , 1. xin, p. 8. — ^ 5^ L*animal crie et se roeot ; rhominç seul danse et cbanfe. Platon, Us lùi$. Ut. H, Iraduci. Cousin , t. vu , p. 75. — 6*^ L'homme est un animal raison^ble; la bel» un animal rédoit à rinslinct. Yoy, Condillac, Traifé des animaux , 2<> part., ch. v. — 7^ L'animal ne progresse pas; Tbomme est perfectible. Buffojn , Inlroducljon 4 l'histoire de l'homme ( Nous renvoyons à ce passage, qui suffit après tout, faute d'en avoir maintenant un meilleur sous la main). — 8*^ Seul entre tous les animaux l'homme a le sentiment du bien et du n^al, du juste et de l'injuste. Abistotk , PolUique, liv. i, ch. 8. — 9* La faculté d'abstraire a été refusée à la bêle. Ballakche , Palingènésie $0ciale , 2« part., $. 3, p. 175. — 10<> « Les animaux ne jugent pas proprement; ils ne généralisent point leurs idées; ils n'ont que des notions particulières, parce qp'ils ne sont point doués de la parole , et c'est là ce qui parait les distinguer essentiellement de l'homme. Bonnet , Principes philosophiques , part, v , ch. â. » — ll^" Les animaux ne diffèrent de l'homme que du plus au moins. Condillac, Traité des animaux ^ 2^ part., ch. iv.

20, p. 32. — (( C'est une belle conception. que celle qui tend à. trouver la ressemblance des lois de l'enlendt^mont humain avec celles de la nature , et considère le monde physique comme le

relief du monde moral Ce n'est point un vain jeu de Timagi*

nation que ces métaphores continuelles qui servent à comparer nos sentiments avec les phénomènes extérieurs, la tristesse avec le ciel couvert de. nuages, le calme avec les rayons argentés de la lune,, la colore avec les flots agités par les vents; c'est la ipème pensée du créateur qui se traduit dans deux langages différents, et l'an peut servir d'interprète à l'autre. Presque tous les axiomes 4e physique correspondent à des maximes de morale. Cette espèce de marche parallèle que l'on aperçoit entre

le monde et rintelligence est l'indice d'un grand mystère

M"* DE Staël, De VÀllemagne,^'^ part., ch. x. w —Bien longtemps avant Schelling , dont M*"* de Staël se fait ici l'interprète , quelques hommes supérieurs avaient pressenti ce que le philosophe allemand a pour ainsi dire démontré. « J'appelle raltention sur la phrase suivante, trop peu remarquée , qui étonnerait même

dans LeibnUz , el qui n'est bien intelligible qne dépais la P^tfeififphxB âe la nature : Il y a une analogie intime entre les mouvements des phénomènes physiques et ceux des phénomèt^es intellectuels , et les mêmes procédés par lesquels se développe en nous l'intelligence se retrouvent dans la marche du monde. Cousin , Traduction de Platon , {. viu , p. 474 , notes sur le x® livre des Lois, »

21 , p. 32. — « Au commencement Dieu créa les cieax et la terre , et la terre élait sans forme et vide , et Içs ténèbres étaient sur la surface de Tabîme;... et Dieu séparai la lumière des ténèbres... Dieu fit l'élendue, et il sépara les eaux qui sont audessous de l'étendue d-avec celles qui sont au-dessus de l'étendue, ei Dieu nomma retendue deux... Puis Dieu dit : Que les eaux qui sont au-dessous des cieux soient rassemblées en un lieu et que le sec paraisse, et il fut ainsi. Et Dieu nomma le sec terre^ et il nomma Tanias des eaux mers ; et Dieu vit que cela était bon. Genèse, traduct. D. Martin, ch. i, v..l-tO. » — a Qu'est-ce que ce qui existe de tout temps sans avoir pris naissance , et qu'est-ce que ce qui natt et renaît sans cesse sans exister jamais? L'un , qui est toujours le même, est compris par la pensée et produit ,une connaissance raisonnable ; l'autre , qui natt et périt , sans exister jamais réellement , tombe sous la prise djss sens et non de

rintelligence Avec la substance indivisible et toujours la

même , et avec la substance divisible et corporelle , il composa une troisième espèce de substance , intermédiaire entre la natare de ce qui est le même et celle de ce qui est divers , et il l'établit au B(^iliea du divisible et de rindivisible. Platon , Timée, traduct. Cousin, t. XII, p. 116, 125 et passim. » — CL Amstotb, Physique , liv. i , ch. 2.

22 , p. 33. — Homère appelle indistinctement el^olov ^ fantôme, et âme, T^u^ii , cette apparence humaine qu'il fait survivre au corps : ' f

£id&>)ioy S'fiTéjOWÔsv huipov itoWàyops^sv,

"U\Qe S^eTTt "^yxo ii-nrpoç TiurunBvnxtliQi»

De l'autre côté le fantôme de mon compagn(?n exhalait sa plainte en longs discours ;

Cependant survint Vdme de ma mère morte.

Odyssée , XI, S3.

1/âme, ainsi conçue , peut être atteinte par le glaive ; Ulysse, Tépée à la main , écarte les ombres qui se précipitent , pour le boire, sur le sang d^s victimes qu'il vient d'immoler. [Odyssée , XI, 48.) Pour Virgile , Pâme semble formée d*unc matière plus subtile.; le fer d*Enée ne peut rien sur elle :

Corripit liic subita (repidus formidine ferrum JEoeas, strictamque aciem venientibus offert. £l ni doc(a cornes tenues sine corpore vitas Admoneat volitare Gava sub imagine forinae^ Irruat et frustra fcrrp divcrbcret timbras

Enéide, VI, 2S9.

ce qui d'ailleurs s'accorde mieux avec l'impossibilité oà sont les mortels , selon nos deux poêles , d'embrasser , d'étreindre ces vaines images : « Trois fois, dit Ulysse (Odyssée , xi, 203) , je m'élançai pour saisir cette âme chérie ; trois fois , échappant à mes mains , elle s'envola , semblable à une ombre ou à un songe, o-xe^ ïnùov ri y-vX wî'.p(o, » Suée n'est pas plui^ heureux avec l'âme d'Anchise :

Ter conatas ibi cpHo darel>rachfa circuni ; Ter frustra comprensa pianus effugit imago, Par Icvibus venti» yolucriquc simillima sorono.

Enéide , vi , 69îr.

Quant à la voix que VOdyssée et YEnéide prêtent à ces simulacres, elle est immense , ôecrmscriin ^ dans l'épopée grecque (xi, 43); plus conséquente encore, l'épopée latine la fait petite et îaipuissânte :

Pars tollere vocem ' Eziguam \ inceptus claroor frustratur hianles.

Enéide , vi , 491.

— Nos artistes, au moyen-âge, matérialisent aussi l'âme; il faut voir dans le beau livre de M. Didron ( Histoire de Dieu, p. 216, 2* tirage) ce gracieux tableau , qui nous montre la main divine à demi fermée et contenant , comme déjeunes oiseaux dans leur nid, de petites âmes agenouillées qu'elle prend sur la terre et qu'elle emporte aux cienx. I^a poésie parle comme la peinture et

la dcolpiore. Danslacariease Vision de Fulbert ( Voy. ËDÈLBSTANb DD Méril , Poésies populaires latines antérieures au ébusième Hèdi; p. 2i7-â28} , rame d'an grand péchear Tienl reprocher ao cdTpâ qu'elle a quitté les séductions aoiquelles il l'a exposée...

Juxta corpus spiritus sletit et ploravît ; Id fai« verbis acrîter corpus increpavit.

Puis , quand elle a longuement donné cours à ses plaintes y Postquam Ules anima prompserat moerores ,

deux démons, pice nigriores , la* saisissent avec leurs fourches ,

IslJ eaiD furcinulis animtim carpcerunt ,

eUe, rame, non le corps, dont il n'est pas question , et l'emportent en enfer. LA ,

Quidam (malignî spiritus) cum eorrigiis ipsam perstrintenint ; quidam ancis ferreis ipsàm diituperunt ; ^ quidam plunl^am fervidum in ipsam fuderunt j

Quidam fœtidum stercus in os projecerunt , et quidam in faciem ejas comminxerunt ; quidam suis dtnWhusipsam corroserunt . Et tandem a corpore pellem extraxerunt.

— On retrouve encore quelque chose d'analogue à ces conceptions de la Grèce antique et du moyen-âge dans les l^ervers de Zoroastre. Yoy. notre Essai sur la philosophie orientale, p. 440-442.

23, p. 33. — Voyez, pour le casque (le Minerve, Iliade, y, 743 ; pour le cri qu^ pousse Mars , Ibid., 859 ( Neptune jette un cri semblable, Ibid., xiy, i47)« La marche du dieu des mers est décrite: au livre jm du même poëme , vers 17 et suivants.

24 , p. 34. — Les sensualistes , Condillac entré antres ( Traité des Hnsalkns , dans VEslrêU rqisonné qui ouvre ce livre , p. i , et pastim) , font voir commept « tentes nos connaissances... fie»nem des sens v ; les idéalistes, au eontraire, par exemple Male^ broniïho (De là recherche de la térité, 3"" part., ch. vu, $. 3), démontrent coaiment l'idée même de fa matière nous yient d'une

source sopérieare qui u*à rien de common avec nos organes. Ainsi, chez les anciens , Anaxagore et son ami Mélrodore , «4 plus lard les stoïciens , expliquaient la théologie par la physique; les alexandrins , an contraire , ao lien d'expliquer la mythologie par la nature, expliqu.enl la mythologie. et la nature elle-même par la métaphysique (Cf. Cousin, TraducL de Platon, I. vi, p. 351 , dans les Notes sur>le Phèdre). — Harris admet et concilie , à sa manière, ces deux opinions : « Dans la nature , dil-il [Her^ mes, liv. III, ch. iv, tradud. TJ|urot)^., aussi bien qpedans les ouvrages deTart, il y a des. formes intellectuelles qui ne viennent qu'à la suite des impressions faites par les objets jensibles. Nous voyons par là la vérité de ce fameax axiome de Fécole : Nihil est in inleUectu quod non prius fuit in sensu ;,.. vérité si incontestable qu'elle embrasse jusqu'aux idées de la pure coniemplalion..... Mais (pour ce qui concerne le suprême architecte) nous avons (dans son intelligence) une multitude de foçmes intellectuelles qa^ont véritablement-antérieures à toutes les formes sensibles... Si cela est ainsi, il faut maintenant que nous changions les termes de ra;KioQi.e , et que ,nous dirions; Nihil est in sensu, quod non prius fuit in intellectu,,, Qu'estrce que la. conversation entre un homme et un auire ? C'est on comnjerp^ mutuel et réciproque de discours et d*attentioB. Pour celui qui parle , c'est enseigner , et pour celui qui écoute , c'est apprendre ; pour celui qui paHe , c'est descendre des idées aux ipots ; pour celui qui écoute , t'est s'élever des mots aux idées. »

25 , p. 34. — Port*Royal ( Grammaire générale et raisfmnée , 2* part., ch. i) , et Court deGebelin { Monde primitif , t. ii, p. 10, ou Grammaire universelle, liv. i , ch. v) , distinguent aussi ces deux classes "de conceptions , mais sans en rieniirer pour réclaîrcissement de la question grammaficale.

^ , p. 36. — Noos pouvons envisager la réalitéde deux points de vue différents : i^ du point' de vue du concret ^ nous la prenons alors telle que la nature nous la donne; nous distribaons en genres et en classes les individualités qu'elle nous présente : dexe point de vue, par exemple, je reconnais dans l'onivers trois classes d'êtres , Dieu , l'âme et le corps : 2^ du point de vue de . l'abstrait ; nous la brisons alors et là désorganisons ^ pour

compter les éléments divers dont elle se con^pose. G-est de ce dernier point de vue qo*ici nous avions à la considérer* Qaels sont donc les aspeets véritablement , essentiellement distincts sons lesquels Tanalyse saisit Vùb}«ii , quel qu'il soit , auquel elle s'appliqat? Telle était la qpestion. — Aristote y avait répondu, sans se l'être posée aussi nettepient que nous venons de le faire , par flfes dix catégories : « I^es mots, dli-il, quand ils sont pris isolénaent, expriment chacun r.nne des choses suivantes : ou iubslanee , ou quanlUé^ ou qualité , ou relatitm, ou /î$y , ou iemjw, ou Htualion^ ou étal y on action , ou enfin passion» La substance , c'est , par exemple , afin de parlpr par i(nage : homme ^ cheval; la quantité, c'est : de deux coudées , de trois coudées ; la qualité , c'est : blanc , grammatical; la relation, c'est : àouMe, demi, plus grandi j le lieu j c'est : dans la place pub^que, dans k lycée; le temps, c'est : hier^ Fan passé ; la situation, c'est : être couché^ être assis; l'état, c'est : être chaussé , être armé; l'action , c'est : couper, Mder; la souffrance (sic. Lisez : la passion), c'est : être coupéy être brûlé. Au»- TOTB, Logique, traduct. Barthélémy Saint-Hilaire , 1. 1, p« 58. » — Cette liste était évidemment surabondante ; elle établissait comme opposés plusieurs membres qui , rentrant les uns dans les autres^ devaient être ramenés à un seul; aiasj, l'action et la passion réprésentent au même litre ce qu!on pourrait appeler une modification accidentelle de la substance; la quantité, le lieu, le temps , la situation , l'étal , n'exprinient pas d'autre idée que. celle dont^a relation est le signe ; de telle sorte qu'à un premier aperçu on semblait fondé à réduire les dix catégories péripaléticieimes aux quatre suivantes : substance, qualité essentielle, raoditicalion accidentelle', relation. C'est ce que firent les stoïciens (Voy. RiTTEB , Histoire de la phUosophiêj tradud. Tissot, Lui, p. 463 et suiv.). >> Après eux , la science reste statîoiuMdre , ou plutôt elle rétrograde. Plotin surcharge leur liste d'up cinquième principe , le mouvement , qui se ramène facilement soit à la qualité , si en le considère dans la cause ; soit à l'accident , si , dans l'ef* fet; soit à la relation , si , en lui-même (Voy. Plotin, Ennéaâe \l , liv. m, ch. 3). — Les scholasliques ne connaissent que la liste d'Aristote, à laquelle ils &^en tiennent pour la plupart ; les travaux du portique et de l'école d'Alexandrie n'existent pas poui:

eux (Voy. entre autres Albebt Lb GtiXT^i), Liber de prœdkam&ntù, Iract. I , c. 7 , 1. 1 , p. 103 et suiy. ]. — Comme les docteurs da ih»ypii*ftge , Kant , qui le premier permîtes modernes reprit la question directement et en la posant soos sa forme propre , ne connaît que la liste dressée par Aristole , ou plutôt «elle que lui présentent les commentateurs plus ou moins intelligents de VOr^ gànum (Voy. Albbbt Lb GsAMDf 1. Q.^ et plus bas le Tractatos VU, Ht paUprœdicamentis), Mais malgré son admiration constante pour le fondateur du Lycée , il né Taocepte pas telle qu'elle lui est ofibrte. Il la bouleverse au contraire , et la refait complètement. Son point de vue d'ailleurs n'est plus précisément celui où nous nous plaçons. Ce ne sont pas les éléments de la réalité démembrée par l'analyse , mais les lois qui président au jeu de nos facultés intellectuelles que la Critique de la raison pure prétend compter et systématiser (Voy. Babtb^bmt Sjlint-H|lairb , La logique d* AriêiùU , t. 1, p. Lixi-Lxxxif )• Nous ne mentionnerons donc que pour mémoire , et sans nous y arrêter , les quinze catégories du philosophe de Kônigsberg, le umps et V espace, formes 4a la sensibilité, de 1^ perception sensible; la quantité, qui se détempose e^ unité, pluraliié et iûtoHté ; la qualiiè, c'est-à-dire )a réaUté , la négation et la UmUation ; la relation , qui comprend la substance, la causalité et la réciprocité; la modalité, c'est-à-dire la possibiUii , Vexistence et la néceuité, formes de l'entendement , db la faculté de Juger ; et en^n Vuniversalité ou Vincondilù/imalUé, lorme de la faculté qui saisit l'absolu, ou de la raison (Voy., pevr plus de détails , ]|aq[t , Critiqm de la raison pure , traduct. Tissot , 1. 1 , et mes Réponses aux questions de philosophie , Queslion XUX , sect. yii )> -- Quoi qu^il en soit de ce» lois de l'intelligénce, lorsque chez nous V. Cousin aborda la question des calégones, c'est de C(ette liste dressée par Kant qu'il partit. Pour Jui aussi, comme pour J'auteur de la Critique de la raison pure, les catéigories sont les idées gu» président au développewunt de la raison humaine ( Voy. le Cours de V histoire de la philosophie, introduction , 4« leçon }. Cependant , tput en cherchant les lois de ia pensée, l'illustre philosophe ne perdait pas de vue la réalité, qu'il identifiait en quelque sorte avec l'intelligence elle-même , et yoilà comment^ sans s'écarter de la Critique de la raisen pure.

il se relrouve dans la route ouverte par Aristole el les stoïciens. Après avoir, dans un premier essai (Voy. le Cours de philosophie professé à la Faculté des lellres pendant Vannée 1818 , publié par M. Adolphe Garnier en 1836, 4* leçon}, ramené les catégories germaniques aux deux principes qui représentent , le premier » Vêlre , le nécessaire , Vinfini, V unité; le second , le phénomène ^ le <!onlinijienl , le fini, la variété, c*es(-à-dire â la substance et à la cause, il revint plus tard sur sa pensée , et en 1828 (Cours de. V histoire de la philosophie , Introduction, 4* leçon] il ajouta un élément nouveau à ceux qu'il avait antérieurement reconnus;^ Vinfini, le firii et leur rapport, telles sont les trois idées anx* quelles s'arrêta son analyse. « Le résultat de tout ceci , dit-il (1. c. S"* leçon) , est que ces^ deux termes, ainsi que le rapport de génération qui lire le second du premier , et qui par consé* quent Ty rapporte sans cessQ , sont les trois éléments intégrants de la raison. 11 n'est pas au pouvoir de cette raison » dans sea abstractions les plus hardies , do séparer aucun de ces trois ter<*mes Tun de l'autre. Essayez , par exempte , d'ôter l'unité, et Iq variété seule n'est plusadditionnable, elle n'est plus compréhensible ; d'un autre côté , essayez de retrancher la variété, et vous avez une unité immobile, une unité qui ne se manifeste point et qui à elle seule n'est pas une pensée , toute pensée étant reprësentable par une proposition , et un seul terme ne suffisant à aucune proposition ; enûn, ôlez le rapport qui lie intimement la variété à l'unité , et vous délruisez-encore le lien nécessaire des deux termes de toute proposition. » -^ On aperçoit là assez nettement les trois éléments que, quelques années, plus tard (Voy. mon Essai sur le langage, Gaen , 1831 , p. 51-65) , je reconnaissais à mon toar, en les déterminant avec plus de rigueur, et que je nommais la substance, la qualité, le rapport, La liste des stol* ciens , dont Tun'fque tort était de laisser deux places à la qualité qui n'en voulait qu'une, s^épurait ainsi, et le problème avait reçu sa solution définitive. De ce que je viens d'exposer, on peut naturellement conclure que ma classification des idées m'aura été en partie suggérée , sans que j'en aie eu clairement conscience , par celle dé M. Cousin ; mais ce qui m'appartient bien exclusivement , c'est Tapplicalion que je fis de cette théorie à la

décomposition du langage. Je pouvais donc, je crois, en toute vérité, dire à mon ninstre mattre , lorsque j*é6rivai8 ma thèse , résumant en deux mots la pensée déposée dans nion Essai : « C'est la grammaire de votk'e métaphysique que j'espère bientôt vous donner. »

27, p. 37. — Kos voisins d'outre-Rhin , loin de placer la perfection du sigàe élémentaire de Vidée dans celte pureté , dans celte simplicité que nous lui projfosons comme son suprême idéal, la placent , au Contraire , là où nous ne vbyobs qu'on reste de la confusion prikbitive, dans rorganisation à Taquelle 11 s'élève des deux principes dont , sblon eux , il se compose néaesséirement , du radical , qui représente rélément immobile , identique , sobfliantiel de l'idée , et de la t^rn^inaisOn qui en représente l'élément mobile. Variable, formel. Voilà pourquoi les langues à flexions, les langues indo*germaniques , par exemple , lebr péi'aissént infiniment supérieures aux langues qui emploient les affixes , à la langue chinoise entre autres. Yoy. BECskiB^ Orgdnim der sptack$\ !'• sect'., S. 9, 24 , 32 , 37 , 45.

28 , p. 41. — C'eist une Vérité que déMontre jusqu'à TévidenCé lliistoire de toutes les langues priniitives , de tous les dialecteâ parlés par des peuplades sauvages, a Les plus anciens caractères chinois étaient des dessins grossiers d'objets nia tériels, tels que deux- ci : soUil, tùne , mtmtagne, arbre, chien, poisson. Ces pre^ ibiers caract%reè, dont le Nombre a toujours été très-restreint (c-e Aombre était de deux cents , suivant les recherchés que j'ai faites à ce sujet), se nomment <îan<)f-^m^, c'est-à-dire images. Abbl^ V^MVSJLT , Eléments de ta grammaire chinoise , p. I. »

29 , p. 4) . r~ Hn grec ancieÀ , tods les aliràents apprêtés par rhohime , à TexceptioÀ du pain , s'appelaient B'un terme commun ô^w^those cuite, au verbe £'^&>9 je fais cuire. Comme lès habitants de la Grèce , résidant pour la plupart sur les côtes de la mer , Vivâtènt le ^lus ordinairement dé poisson , le mot ^ov prit bientôt (Voy. ATikÈNÉE, Les deipnosophistes , liv. Vil, édit. Casaubon , 1. 1 , p. 276] la signiGcation exclusive du mets le plus habituel. Depuis, le ^«/se des modernes, formé du diminutif o^dptovf a remplacé eutièrenient le Ix^tjç des anciens. Tout mets était poisson pour les Hellènes. — Les Romains , dont les habi-

Iodes sont guerrièpes , Cirent volonliers des scènes que la guerre leur rend familî^Tes 1^ images sous lesquelles ils peignent leurs idées : « Varro dicit inlervciUa esse spatia qoas sint întec capitavalloruD», id est stipitom, quîbos vallum fit, unde caetera quoqoespatia diconlw CisnoDasc, De orthegvaphia , cap. i. » — Et pourquoi maintenant chez nous, dans un certain monde (ceci s'éerit au commencement de juin de Tan de grâce 1846 ) , ne connait-on , peur exprimer quoi que ce soîl , que le vocabulaire <te9 tports-men et do jockey-kiub ? ^

30 , p. 42. — J'emprunte , comme spefeimen propre à rendra ma pensée, à Gondillac ( Traité da 'sensations, V* part., cb. ii, $. 15 y, et à M. Gatien-ArnouU {Programme d*un cours âe phUo^ Sophie, 2* édit., Psychohtfie, V* part., 7* sect., ch. ii) cette dapble définition do jugement et de la mémoire , sans en garantir ta solidité. On peut voir comment je comprends ces facultés tnlel^ lecloelles dans mes Leçons de kjgiqye., p. 34 et 59»

31 , p. 43. — Deliàerare, délibérer, vient évidemment ée Ii6ra« balance (Voy. le président De Brosses, Traiié de la formation mé' ehanique des langues, ch. xii, $.3). — (.es lignes enfermées ent^ guillehiets appartiennent à peu près textuellement à la belle traduction que M. Eugène Burnouf a donnée au monde savaitt do Bkagavala''purana, liv. I, ch. xvii, 24-25«

B^j p. 43. — Le passage ^. livre sacré de llnde dont cette ligne eat tirée a été cité par Voltaire, dans ï Essai sur. les masurs et-Vespril des nations, ch. m. — Ce que d'ailleurs j'ai dit de 1^ volonté qui crée, il faut le dire de la pensée créatrice dont le^ mêmes livres nous entretiennent constamment. Concret , comme tout le reste , à l'époque à laquelle ces monuments nous reportent , le mot penser , dans cette d(^eptio^ , renferme les troi^ idées qu'aujourd'hui nous exprimerions par les trois termes vèritableraeot abstraits : concevoir, vouloir et faire. On trouve , ei| effet, la création rapportée par le Bhagavala'purana^ ici, à la mé^ ditaiion dans laquelle Bhagavat est plongé (liy. 1 ,4:h. m, 2) ; lé, à sa volonté indépendante ( liv. II , ch. v , 2t ) ; dans un autre passage ( liv, III, ch. XII, 2t ) , ^ aqn énergie. Cela est assez significatif.

33, p. 43. — - le ne sais pas sj réellcoient A<:hille a jamais ilé

désigné par les poëies sous le nom que je loi donne -ici , el je m'en- ioquiéto assez pea. Mes lecteurs comprendront facilemenl Vidée qae celle forme prétend Ggurer ; el la mer Egée , pour la mer en général , U vaiêeeaM fabriqué avec iés piiù du PofU , poor le vaisseau tout simplement , sont des expressions lellement fa* milières aux esprits cuUiVés que je me crois dispensé , pour le moment , de celle exaclilude el de celte précision dont je ine fais d'ordinaire un impérieux devoir.

34 , p. 43. «— La déGnilion dd beau ici mentionnée est une dé celles que Socràte réfute dans ÏHippioi major. Voy. Plàtoii , Iraducl. Cousin , t, iv , p. 1 17.

• 35 , p. 44. — C'est ce premier procédé que je décris dans meé Rfponsee emx queslûmê de philoeophie , Quesl. XIX. Jo n'envisage en cet endroit le problème que sons un de ses points de vne; je cherche à m'y expliquer comment l'iiitelligence qui ne sait rieil encore acquiert les idées générale^ auxquelles elle doit s'élever , et j'allirme avec raison , je pense , que toute généralisation présuppose les notions particulières sur lesquelles elle opère et dont elle exprime le contenu , qu'elle nous livre ensoite sons la tonkie qui lui est propre.

: 36 , p. 44. — Les deux forces opposées auxquelles là physique rapporte les changements qui se produisent dans le inonde ma^ lérlel sont appelées , — par Heraclite (Voy. Aéistotb, Eihique, liv. vm, ch. 2) , opo^byéa, la concorde, et ïptç, la querelle ; — par Empèdecle ( Voy. Eitter , Histoire de la phUotophû , traduct. Tissot , t. I , p. 430 el suiv. ) , l'amour et la haine , ffCkUn et veêxoç

ou ^Ooff.

37, p. 44. — Lorsque rinlclligence est entrée dans les voies de la science , lorsqu'elle en a contracté les habitudes , elle ne monte plus , comme an début , de l'individu à l'espèce , et de 1-espèce au genre ; elle descend au contraire du genre à Tespèce, et de l'espèce à l'individu. Sans fa lumière préalable de la généralité supérieure, la généralité inférieure ou rindividualilé resteraient , pour Tesprit ainsi disposé , d'ane obscurité impénétrable : une fteur est là sous mes yeux ; botaniste , je ne snis satisfait qu'autant que je me représente le genre auquel elle se rattache ; c'est le Pigamon de$ Alpes de Decandôlle , le fkàlicinitm

€i(ptntifit de Linné ! — Ce procédé a été minatieosemenl décrit , pour la première fois sans doute , dans mes LeçoM de logigne , p. 3i7 et siiiv. — Après avoir éclairci , d'une part , le procédé qui va da particulier au général , et d'une autre pari , celui qui va du général au particulier , il me restait à rattacher ces deux branches au même tronc, à en former un système-; ce que je viens de faire dans cette portion do texte auquel les notes 35 et 37 correspondent. — Rien à dire ici sur les Idées de Platon ; la matière, dans ce qu'elle a do moins d'utile et de durable , me paraît épuisée. Yoy. dans le Bulklin de VinUruetion publique, ^® année » t. i , p, 46 et suiv. , mon rapport sar le livre de M. Th. Henri Martin , ^t i^ livre lui-même.

38, p. 46. — Les passages cités dans cet alinéa sont: —le !•% de CoBNEiLLB, Le Cid, acte m , scène 4 ; -— le 2*, de VtnciLK, Eglogues, u, 25; -- le 3% de Yoltaub, Brulw, acte v, scène 5 ; mais Voltaire a écrit : « Au moment où je parle, etc. d ; — le 4' , de Cobneille, Le Cid, acte i, scène 4; — le 5*, de Virgile , Eglogues ^i,6; — le 6*, de Lehiebbb , Le commerce ; . — le 7*, de Lamabtinb , Le dernier ckanl du pèlerinage â^Harold, iàM ; — le 8' , de Raynouard , Les Templiers , acte v, scène 8.

39, p. 47. — C'est un des arguments favoris de Socrate. — Il a été reproduit avec un grand éclat au chapitre 6 d'un petit traité Sur le monde, qui entre communément dans la collection des œuvre9 d'Arislote. Puisque je tiens ce traité , qu'on me permette de dire un mot en passant sur la question d'authenticité soulevée à son propos. Le livre Ilept xô<Tpou n'est pas écrit dans le style habituel de notre philosophe. A la concision , je dirais presque à la sécheresse qui lui est propre , se substituent ici l'abondance des formes , la richesse de Texpressiou , le développement oratoire en un mot. On y trouve tout l'appareil des procédés utiles à là démonstration par le probable : la tradition , le mythe , des comparaisons perpétuelles. Cest bien là le langage que l'enseignement philosophique pouvait alors et devait prendre en s'adressant à la foule. Or , nous savons qu'Arislote avait composé pour elle des écrits dont Cicéron lui-même admirait Tôloquence. Ne serait-ce pas là un échantillon de ces livres , qu'on croU entièrement perdus, et dans lesquels le fondateur do Lycée >avait dé-

posé ses docirioes eiolMqoes? — Tool le inonde coonatl l'imitatioD que Boordalooe a faite de cet argument dans son sermon Sur l0 pro^de^ce , V partie.

40, p. 47. — Cf. ViEBT, article Mémoire, dans le DielUmnaift diê iciences tnédwales, t. xxxii , p. 301-302.

41, p. 50. — J.-J. Rousseau cile ce fait dans^son Essai sur l'origine de$ langues, ch. i. Le voici , tel que Chardin le raconté (Voy. ses Voyages en Perse et aulret lieux, édit. de Rouen; M. occ. xxm, téiY, p. 267, dans la description de la Perse; ch. 19 ) : « C'est quelque chose de curieux de voir comment îl» (les marchands orientaux) font les marchez. Aprèâ avoir bieh^ raisonné et discouru en présence do vendeur; et d'ordinaire dan» sa maison , ils font le prix avec les doigis. Ils se tiennent par la main droite , couverte de leur manteau , ou de leur mouchoir, el s'entreparleot de cette façoA. Le doigt étendu vaut dix ; le doigt plié, cinq; le bout du doigt, un; la main entière, cent; la main pliée, mille. Ils marquent ainsi livres, sols, et deniers, en se maniant la main. Pendant qu'ils traiteht , ils ont le visage rassis et immobile à un point , qu'il est impossible d'y connotlre aucunement ni ce qu'ils pensent , ni ce qu'ils disent. »

42, p. 52. — ^ Voy. Beckeb, Organism der sprache, 2* édit., $. 1. Deux systèmes ici ', l'un qui donné, c'est celui qui articule, sprechorgane ; l'autre qui reçoit , c'est celui qui entend, kôrorgane^ Là où l'un de ces appareils manque, la parole est impossible ; us^û beide in ihrer organischen verbinduog machen eigenllich d'ie sprachorgane aus; tous deux dans leur enchaînement organique constituent proprement le sprachorgane, l'organe de la parole.

43 , p. 55. — Court de Gebelin compte , comme nous , sept voyelles : ce sont pour lui, dans l'ordre où je les rappelle, A,Ê,Ë,I,0,U, OU. La raison qu'il donne de ce nombre auquel il s'arrête mérite d*être signalée : « Comme Touverture de la bouche est susceptible d'un» très- grand nombre de gradations, il existera^ nécessairement un Irès-grand nombre de sons. On peut cependant les réduire à un petit nombre de sons fondamentaux , qui formeront entre eux une octave , prise dans la nature, puisque rinstrumcnt vocal est, relativement à la voix

simple, une vraie flûte, et que toute espèce d'harmonie est renfermée dans l'oetave. Monde primii^, t. m , p. 111. »

44, p. 55. — C'est bien notre E muet qui retentit , pour rendre le sifflement de la corde d'où la flèche vient de partir , dans le B«U' de VIliade (i; 52) j mais il reste confondu ici comme partout , pour la Grèce antique et moderne , avec Tarticuialion à laquelle il est attaché. On sait que dans les langues sémitiques toutes les voyelles sont à peu près traitées de même; elles sd lardent en quelque sorte dans la consonne à laquelle on les réantt, et le plus souvent aucun signe particulier ne les manifeste. « An die consonanten , diesen kôrper der sprache , kntipfl sich die bedeutung ; die vocale deuten nur die modiûcationen derselben an. Auch der heulige morgenlânder wendet weoig sorgfalt anf die auspracbe der vocale , und pronunziirt.sie in der regel sehr umbeslimmt. W. Gesenivs, Hebraische ^rammatik , Halle, 1834,xi«édit., $. 7,n«2. »

45 , p. 55. — Un des hommes qui ont , en France , rendu le plus de services à l'enseignement de la langue grecque , M. Ma* blini ( Il signait habituellement JliaUin) , m'écrivait de Paris , sous la date<lu 2 juin 1831 , une lettre de laquelle j'extrais ce qui suit :

« De l'indiscrétion quand il s'agit de diphthongues ? L'adjectif àûfQoyyfy^y donné à uû signe écrit , indiqne-t-il bien qu'en pronon* çant ce signe on fait entendre deux sons ? — Gui certainement , dit-on'. — Mais "personne n'oserait pi^tendre qu'on fait entendre dénie sons eiii prononçant la diphthongue ou. — Mais il est infiniment probable qu'à l'époque où le mot BitfObyyoç fqt eïnployé potir la "pretnière fois , Tes diphthon'gues se prohonçaicnt déjà comme aujourd'hui. —Mais coniiûenl se fait-il que l'absurdité de cette dSnoTnination n'ait été remarquée par aucun Grec, depuis que leurs diphthongues ont ccàsé d'être Sitffth'fyoi ?

» Le mot BifQoyyoç ne peut-il pas également indiquer que le signe , la combinaison de lettres qui porte ce itiotû , est susceptible de deux (sons) piroûoùciations différentes , peut se prononcer de deux manières?

» Galien dit qire la lettre s est ^'ifSayyoçf parce qu'elle se pro-

npnçail iantél comme é, tantôt comme t. Appliquons a iiné combinaison dé lettre» cg que Galien dit d'une lettre seule; CCJ9 (fa^ etc», né sont point dtfdoyya; cette combinaison de lettres n'est susceptible qiie d'une prononciation. Mais la oombinaisoii . ae 9 ei) 5 6v 9 etc. , est susceptible de deui prononciations différentes; ai> Ev^ bu , sont donc ^ifOoyy^, sont donc des $tfB(r/y^u En effet, je puis , et je dois prononcer selon les cas, «î; eu ^ ou ; é, ef, ou; ou bien «t, cO, oO, aï, éU, oi'(tiJjDoucrajo;^uv]« Ce-que je dis de ces trois diphlhongues, on peut rappliquer à toutes les autres. Gela expliquerait encore la dénomination éHmproprei donnée aux diphthongues a, 1} , u ^ iqu , o>>u , ve. Elles sont ^ifOoyyov TLûLXKxpriçat&ç^ parce que les trois premières ne peuvent se prononcer que d'une manière ; que «^o ne se trouve dans aucun mot de la langue commune , non plus que eoO; qu'ut, presque tonjours suivi d'une voyelle , ne se décompose presque jamais, n'est jamais susceptible de BiKipévstùç. Jai honte de ce fatras, mon savant ami. 1»

Cette manière joriginale d'entendre les diphthongues m'a paru digne de voir le jour. J*ai cru d'ailleurs devoir saisir cette occasion pour payer publiquement à la mémoire d'un maître que j'ai sincèrement aimé, et dont j'ai gardé un bien cher souvenir, le tribut de ma reconnaissance. Qu'on me permette encore de relever en passant une erreur dans laquelle sont tombés à son sujet l^M. Alby et De Grègory ( Voy. la notice qu'ils lui ont consacrée. Biographie unitwteUe, supplément, t; 72). M^ Mablini, disent-^ ils, ne laisse que des manuscrits, Mt Mablini a publié, en 1826 , une Lettre à T Académie royale des sciences de Lisbonne sur le texte desLusiades, et, je ne saurais trop dire maintenant à quelle date , un Mémoire sur la nécessité de la rime pour la poésie fran^ çaise. Ces deux brochures , extrêmement remarquables l'une et l'autre, sont à peine connues. Je trouve cependant la dernière citée dans VEssai philosophique sur les principes et les formes de la versification (p. 133, note 4) de mon savant ami M. Edélestand Du JVléril. M. Ç. Laqdresse a consacré à la première , dans le Bulletin des sciences historiques , de M. De Férussac, n° 8, août 1826 , p. 115 , un article qui se termine par ces lignes : « Cette

brodiiire , qui annonce nne eoniiaissance profonde de Ya langue ei de la litlérâture portugaise , eâl rédigée avec beaueoap de précidiob et de clarté , et il est impossible* d'apporter dans là discussion plus d'orbanité , de bonne foi et de modestie que ne fa fait M. Mablih. »

46, p. 55. --^ Schmittbenner ( Uriprachkhre , §. 26) reconnaît les tf iphihongnes , dreilaute; toutefois, il fait remarquer que a sie in volkommen gegledierfeii sprachen, wie dîe âltercn, fa8t gar nicht vorkommen kônnen. Haufiger sind dreilaute in amerikanbchen sprachen and nnter den eoropaischen jn der iUliânischen , z. b. suôi, galôco »< D'autres les repoussent forinellemenl (PoBT-RoTAt, Grammaire générale el raispnnée , V^ part., ch. 3, Remarques). Legonidee [Gramme^ire eello-bre^ ionne, p. 9) n^en trouve pas une seule dans le breton, et il croit qu'elles sont fort rares dans les autres langues. L;| plupart des grammairiens n'en savent pas même le nom. — Ce nom d'ailleurs avait une origine assez peu sériepsey si ma n^émoire ne me trompe pas sur le sens d'une aneodole que M. Has^ nous racontait à son cours en 1824. Un patHarehe de Constantinople , d'une ignorance extrême , Usant en tète dé l'Evangile le nom de saint Matthieu, MarGacov, prononçait Uatlhayon , au lieu de MaUhêon: on lui en fit la remarque, en lui expliquant la règle de la prononciation relative à^ cette diphlhongue. Le patriarche , que cette observation avait piqué , répondit : Tàç îtyÇoyyovç x«t

roKfBÔY/o^jç iiKnïTQ -^pv^ poO. M. Hase, pour plus d'éclaircissements, nous renvoyait à l'un des historiens de la collection l)yzantine , à Micbei filycas, auquel à mon tour j'adresse mes lepteurs.

47 9 p. 60. — A la rigueur , on pourrait échelonner dans Tes^ pace des voix chargées de transporter la parole d'un, bout du monde à l'autre , comme chez quelques peuples de l'antiquité là prière passait de bouche en boucbe , sans jamais s'interrompre , la nuit comme le jour; c'était, spa3 une antre forme, le feu sacré qui brûlait éternellement snr l'autel. Maisé quelle dépense d'hommes et de forces , s'il nous fallait recourir à de pareils moyens , ne serions-nous pa^ condamnés pour obtenir « fort im-j parfaitement encore , ce qu'à l'aide de nos signes écrits ^ noa$ obtenons avec tant de facilité et de perfection?

48, p. 62. — Pla(on, dans an passage da Phèdre [Tradact. Cousin, 1. VI, p. 130* Cf. lnLellre F//, IraducL Côasin, 1. inr, p. 100 ) , ëmeC la mèiae idée : a Les roetlleors discours écrits ne sont , di(-il , qu'un moyen de réminiscence pourles hommes qui savent déjà. » Il ajoute que si on interroge la parole écrite , elle ne répond point ; qu'elle ne sait pas se défendre si on l'attaque , etc., etc. Nos théologiens pensent comme Platon, et l'Evangile Iqi-mème ne leur parait pas ^e suffire, ce Faites revenir Jésos* Christ enseignant, prêchant, faiaant des miracles, je n'ai ptas besoin de l'Eglise ; mais aussi 4tez-moi l'Eglise , il me faut Jésus* Christ en personne , parlant, préchant, décidant avec des miracles et une autorité infaillible. Mais vous avei sa parole ! Ooi sans doute , naos avops une parole sainte et adorable , mais qui se laisse expliquer et manier comme on veut, et qui lie réplique rien à ceux qui l'entendent mal. Bossubt, Conférence ' avec M. Claude iur îa m^ière 4< rEglise, »

49 , p. 63. — • Qaid facial Philomela ? fugam custodia claudîf ; Striicta rt|;ent solido itabuloriim mœnia saxo ; Oa motum facti caret indice. Grande dolorit Ingeniam e8( , miserisque renît solertia rebuft ! Stamina barbarica tuspeodit c^ndida tela , Parpureasqae notas ûlis intesuit albis , Indicium ^celeria

OyiDB, Métamorphosés , liv. vi, §. 12, t. 38.

SO , p. 63. — « Les officiers de Motéznma avaient amené avec eux (au camp de Cortez] des peintres mexicains qui travaillaient... avec une diligence admirable à représenter les vaisseaux, les soldats, les chevaux, l'artillerie, et généralement tout ce qui était dans le camp : pour cet effet , ils avaient apporté des toiles de coton préparées et imprimées , où ils traçaient des figures, des paysages et d'autres sujets , d'un deésin et d'un coloris qui pouvaient mériter quelque approbation des connaisseurs. Ces peintures se faisaient par l'ordre de Teulilé , qui voulait donner à Motézuma une connaissance entière de tout ce qui regardait les Espagnols. Les peintres y ajoutaient , en certains endroits , quelques caractères , à dessein , comme il semblait , d'expliquer ce qui pouvait pianqner aux figures. C'était leur manière d'écrire ; car ils n'a- ^

.yaienl point encore Tusage des lellres , ni ce! art qoi, par des signes ou des éléments que les autres nations ont inventés , peint la. voix et rend visibles les sons. Antoiqtb de Sous , BUioire de la conquête du Meopique, traduet. Gitri De La Guette, Paris, 1691, in- 4^, liy. ii , ch. 1. » Cf. Robertsojh, Histoire de l'Amérique, liy.,v. -^ Nous avons écrit ici le navire dont Us étaient descendus. Celte locution , nous le savons parfaitement et depuis longtemps, n'est pas du goôt de nos grammairiens. Il faut dire ,^'apré8 eux, ' les aïeux dont je descends, et la montagne d'où je descends. Cest une sobJiililé qu'à mon tour je ne goûte pas. Lorsqu^n mot passe de son sen9, propre à un sens figucé , il emporte avec Hii tout le cortège de conditions grammaticales et autres, dont il s'entourait 80U9 sa signiGcation première ; on dit et on doit dire sans tariapie ; ce.fi^ain que j*ai pesé; ces raisons que j'ai pesées. Si nous avons un progrès à /aire en pareil cas , ce progrès ne consiste pas à indiquer par des signes spéciaux > là surtout oà la chose est suffisamment clair& par elLe-mème , que telle expression est prfie dans son sens propre , ou dans son sena figuré ; il consisterait à n'avoir que des termes constamment et exclusivement employés dans leur signification propre. -Nous^ voulons , en un mot , que la langue n'ait qu'une forme là où la pensée n'a qu'un rnoorêoienf ; et il ne s'agirait ici pour nous que de choisir, une fois poor toutes, çntrexes deux locutions. Or, la locution, dont je suis descendu, roçt parait avoir un avantage sur la locution rivale , d'où je suis ' descendu ; ette va mieux à own ereille dans one foule de cas , et ayec elle nos poètes évitent l'hiatus. Je reste donc de l'-avis de ceux qui ont écrit :

Sur ce trône glissant dont cenï rois descendirent..

VoLTAïaK , Hewriade ^ ch. i.

LIesprit retourne au ciel dont il est descendu...

RÀCiirB le fils , La religion, cb. ii.

Il suit de l'œil ce char don< il est descendu...

LàJiAâTiKS, Méditations poétiques , La solitude.

51 , p. 6$. — Voyez mon Essai sur Us hases et les développemenis de la moralité, 1'* patrt., sect. I, ,ch. ni, $. ^ et 3.

$2,' p. 65. — Voyez ines Leçons de philosophie sociale, 6^ Leçon, p. 63 et daiv.

53 , p. 66« — « Le oom est dn mot qqi par convention signifie qaelque chose..... Abistotb, Hermeneia ou traité de la proposi- (ton» ch. il, S* i > tradaet. Barlh^leniy Saint-Hilàire (Cf. la Poëiique dil mdme philosophe, ch. xx). » — « On a dit plus haut (ajouté Aristble au $. 2 do même chapitre) par convention : attendu que li^ moté n'existent point dans la natore , et qu'ils ne

90b1 qmâqoe chose qu'en devenant signes »

- 54, p. 66. — *- « Gela posé, si l'on compare le langage an morniuee d'iÉD ruisseau ou au fracas d'une cataracte, on trouvera qu'il y a du bf ait dans toutes ces choses : mais le caractère distint lif et esBéntjel du langage e^t d'avoir une signification , d'exprimer des kléès ; or/c'est cette propriété que n?ont ni le murmure d'un roistead i ni le fracas d^uhé cataracte. Comparez encore le langage à la voix des animaux qui n'ont pas de raison : ^atdeax sortes de voix' ont oûe signification, voilà ce qu'elles ojit de compQutt ; tinais ce qui les distingue essentiellement , c'est que Ces sons dans les animaux sont le produit immédiat de leur organisation naturelle , et dans les hommes ils sont le résultat dé kiiir volante et de certaines conventions. Harbis, Hermès, tra« diiol. Thnrot, hy. m, ch« 1. »

. > 55 ) p. 66. — <^ Pour moi , dit Hermogène à Socrate , après en ^ avoir ^^vent ràîsèiuié avec Crâtyle et avec beaucoup d'autres, je ne sauifais me persuader q«e la pMpriété du nom téside ail- Uiukré nûbânuB la convention et le consentement des' hommes. Platon^ Cratyle^ traduct. Cousin, t. xi, p. 4i » ^^ «t Lalslgnification des mots est parfaitement arbitraire. Locke » Essai sur l'entendement humain » liv. lU , ch. i, $. 8. » — « Les paroles ne sont que des sons Hont on fait arbitrairement les figures -de nos pensées. FÉNÉton, Lettre sur les occUpoH&Hs de' l'Académie française, S'k 3.'ï)

56, p. 66. — Voyez une curieuse brochure de 75 pages in-8®, imprimée à ^ire , chez Barbot Hls (sans da(e , mais on sait qu'elle est de 1836) , et portant pour titre : Détail et expUcalùm diè Vétènêtnent arrivé U 3 juin à Aunay, village de ta Faucirie, écrit par Pierre k^ère , aùleurHe cette action, et sur son manus-

erit , p. 54 et 55. Cette brochure commence par ces mots : « Moi Pierre Rivière , ayant égorgé ma mère , ma sœor et mon frère , et voulant faire connaître quels sont les motifs qui m*ont porté à cette action , etc., etc. »

67, p. €6.^ — « On rapporte qu*un prince fort spiritael 4u dix^* bailième siècle a inventé le nom de faXbeAa, que Ie9 femoM». donnent péut-élre encore à une de leurs parures. Il ? isitait une boutique de modes si bien assortie qu^on ne pensait pas qu'il y manquât rien de tous leis ornements d^one toilette élégante. Décidé à pousser à bout l'imperturbable assurance de la marchande, qui était probablement jolie , il forgea dans sa tète le mot le plus bizarre qull lui fut possible de trouver, et demanda des falbalas. Elle se hâta de lui présenter celte garniture de robe qui a pris depuis le nom de volant é cause do sa légèreté , et qui se divisait alors par le bas«n pointes légères et flottantes^ Charles Nodikk, NoUont éUmeniaires de Unguislique, ch. xi» note J. » — Croirait* on qu'après avoir ainsi raconté le fait , le spirituel écrivain , qui en général n'admet rien de eonventionel dans la* formation dn langage (Voy. entre autres un article inséré dans le journal Le Tétnpt, le 18 décembre 1835], ajoute aussitôt pour Tex* pliquer? a II est évident que cette femme avait Tinstinct de la dénomination , si cela est arrivé ainsi ; car falbala vient du pluriel latin /la&^Ua ^ <qui est fait lui-même de flammula, comme fUmbeau et flamboyer sont faits de flamme. Elle entendait mer- Teilleusement le principe générateur du langage, et j'admettrai volontiers qu'elle n'y pensait guère. » — Il y a même des mots qui , quoique Sortis d'Une antre source et ayant nne signification toàte naturelle 9 prennent, dans certaines circonstances, nn sens purement eonventionel. £st*il uAe famîlte qui n'ait pas quelques termes que ses membres seuls comprennent dans le sens particulier qu'ils sont , tacitement ou expressément , convor nus d'y attacher? Ainsi en est-il des partis , des sectes , des minorités qui ont un intérêt quelconque à voiler leur pensée. Le mot maehme, par exemple, est employé par Port- Royal dans un sens que M. Cousin a vainement tenté de pénétrer ( Voy . le Journal des savants , novembre 1842, p. 689).

58, p. 70. — Court ob Gebblin , Monde primUif: t. III , liv.

IV, ch. i , 3 , 4, 5 , 7, 9, li , elc Le président De Brosâeis

semble partager cet avis lorsqu'il écrit ( Traité de la fot motion fiiéchanique des langues, t. i , Disc, prél., p. xu) < que le système de la première fabrique du langage humain et de l'imposition des noms aux choses n*est donc pas arbitrairement conveotionely comme on a coutume de se le figurer, mais un vrai système de nécessité déterminée par deux causes. L'une est la construction des organes vocaux qui ne peuvent rendre que certains sons analogues à leur structure^ L'autre est la nature et la propriété des choses réelles qu'on veut nommer; elle oblige fl*employer à leur nom des sons qui les dépeignent , en établis* sant entre la chose et le mot un rapport par lequel le root puisse exciter une idée de la chose. * Mais un peu plus bas ( J6td., p. XVIII ) il accorde sagement que Vusage, la amvention reçue, VarbUraire ont travaillé sur le premier fond physiquement eî nécessairement donné par la nature. Cf. Ibid,y 1. 1, p. 230, 231 ^ 250 , 252 , 273 , etc., etc. -^ Cette concession faite à l'arbitraire, quelque large qu'elle soit , ne nous suflpr^it point. Ce n'est pas seulement <lans les formes dérivées que nous apercevons son action ; nous la voyons , quoique moins saillante , dans les formes primitives elles-mêmes. Là où Thomme se met , au début de la vie comme dans le reste de son cours , il s'y met tout entier : le caprice n*apparticnt>il pas à Tenfant autant au moins qu'à rhomme ? — Quant à cette autre raison , que De Brosses , pour soiAenir sa thèse, lire de la conformation de nos organes vocaux, nous n'avons rien à en dire : que npus usions de . ces organes comme de tous les autres dans les limites du possible et selon le vœu de notre nature , c'est ce qui est par trop évident ! 59, p. 70. — On connaît le fameux vers :

Al (uba lerrtbili sonitu tarât aniara dixit.

Voy. Robert Kstibnnb, Fragmenta pœtarum veterwn latinorum, p. 96. — C'est Dubartas qui a essayé de reproduire le chant de ralouetle dans le poème intitulé : La Sepmaine, Jour v. Il avait d'abord écrit (édit. de Paris, un lxxix, p. 149) :

La gtinlile aloiiele avec son tire- lire Tire t'irc aus faciles ; ot cl*une lire tire

Vers le Pôle brillant j puis d'un plumage las, Changeant un peu de son se laisse clioiren bas..

Plus lard (édit. de Paris , m dgxi, p. 239) ; à celle forme spus laquelle sa pensée s'élail originairement produite , il avait substitué celle-ci :

La gcn^ile alouette avec son tirelire.

Tire l'ire aux fâchez, et tire-Hrant tir©.

Vers la route du ciel 5 puis son vol v«rs ce lieu Vire , et Jesire dire à dieii Dieu , à dieu Dieu.

Enfin , rédtHon de Genève, m dc xv, p, 124, remplaçait, dans le 2« vers , les mots, otio? fachn , par ceux-ci , à Viré , et, dans le 3", elle substilnait wAAekrtmU^ qui peut-être n'était qu'une fauted'imprcssion. Malheureusement ce ii^est pas dans le poërae lui-même que j'avais primitivement fait connaissance avec ce passage ; je l'avais trouvé dans une note sur le livre m de Vhomme des champs^ par Delille (édit, de Paris, an xin-1805, p. 176), note , il faut le dire , qui n'est pas de Delille , mais de son éditeur anonyme ; celle note m'avait donné ces vers tels que je les transcris :

La gcntile alouetU crie son tire lire,

Tire lire a lire , cl tire tiran lire

A^ers la voulA û\x ciel ; puis son vol vers ce lieu

Vire , et d^re dire , adieu Dieu , adieu Dieu.

C'est de là ^ne le tire tiran lire est passé dans mon texte. Mes lecteurs sont priés de substituer à cette locution, quin'çst très* vraisemblablement qu'une.faute grossière de l'éditeur ou de l'imprimeur , le lire-Ure qui appartient bien à Dubartas,

60, p. 71. — De Brosses pense aussi « que puisque le système fondamental du langage humain et de la première fabrique des mots n'est nullement arbitraire , mais d'une nécessité détermi-i> née par la nature même,.... il existe une langue primitive , or-^ ganique , pb;ysique et nécessaire , commune à tout le genre ha*main , qu'aucun peuple au monde ne connaît ni ne pratique dans sa première simplicité; que tous les hommes parlent néanmoins , et qui fait le premier fond du langage de tous les pays ; fond que l'appareil immense des accessoires dont t1 est chargé

laisse à peine apereevoir Traité ai h formation mèckaniqne

des langues j Disc prél., p. 14*16. » — Nous ne contestons pas Tidenlilé de la nature homaine an physique et au moral ; nous admettons avec le monde entier que les mêmes causes produisent les mêmes effets. Mais , outre que l'homme est libre , et que dans des circonstances parfaitement identiques il peut faire aujourd'hui ce qu'il n'a pas fait hier, ce qu*tl ne fera pas demain, n'estil pas infiniment probable que les points de vue divers sous lesquels un même objet s'offre à l'observation , points de vue dont l'un appelle plus paiticulièrement l'atiention de celui-ci , l'autre de celui-là , onl dû provoquer des noms différents pour des objets dont , malgré leur identité , on se formait des notions différentes. Les Allemands auront vu dans un dé à coudre le chapeau du doigt , et ils rappelleront fingerhut ; d'autres pour* raient y voir le point d'appui des aiguilles ^ et tirer de là le nom qu'ils lui imposeraient. Un esclave , en grec , est un homme ciichatné, doO^oc (^tô^oç), de déu, j'enchaîne; en latin, c'est un homme qui obéit , qui sert , tervus , d'où servio. €es exemples , que je prends au hasard entre ceux qui maintenant me viennent à l'esprit , me paraissent suffire ; il me serait facile , on le conçoit, de les multiplier indéfiniment. — ^^ Nodier a donc eu parfaitement raison de dire, dans ses Nolknu Hémeniaires de linguisliquej ch. n : a 11 ne faudrait pas conclure de ceci que la première langue aurait dû devenir universelle , et que toutes les langues qui lut ont succédé devraient être identiques, parce qu'elfes ont été jetées dans le même moule , et qu'elles otit obéi au même mode de formation. Si on admettait cette hypothèse, l'arbitre intellectuel de l'homme (Nous ne nous chargeons pas d'atcordet Nodier avec Ini-mèrae ; voy. supra , note S7) ne serait plus pour rien dans la dénomînaiion.des oboiies»..*. Seule*aient on remarquera d'autant plus de conformité entre les radi^ eaux que les difiércnlea langues auront appliqués à la dénom:-' nation du même être , qu'il sera plus sîmf^e dans 6on caractère «en^ble , et qu'il offrira des aspects moins variés à la pensée. Les animaux qui n'ont qà'un Cri n'ont pour ainsi dire qu'on nom

sur toutd la terre On ne sera pas étonné que le rossignol, au

contraire , ail reçu dix noms qui différent dans leurs racines ,

ppisque le paticirt omilliophile B6di9teiD, le Duponl de Nemoars do rAUemagne ^ 9 pris la peine de figareç jusqu'à vÎQgt arliculations qoi loi étaient propres. > — Cf. Db Bbossbs , TraUide la formation méehaniqw (k$ kmguei^ ch. ix, $• 19.

. 61 , p. 71 • *^ Gomment s'y prendront poar peindre vos objets * bruyants , qui vont par sauts , par secousses (Voy. p. 70 da texte), les Chinois , pour lesquels Farticolation R n'existe pas ( Cf. AUBL-RiHDSAT, Eléments de là grammaire chinoise , p. 24-33)? -^ « FL, caractère liquide , est affecté an fluide , soit igné, soit aquatique, soit aérieo t /fàmma, /liio, flatus^.... fiot, souffle^

flambeau Db Bbossbs, 1. c, cfa. ti, $. 19. ^ Ainsi, vous

condamnerez les indigènes de TAmérique du Nord« qui ne eonnaissent pas le F ( Voy. ^b. ScaLfiGEL, Essai sur la langue H la phUosophie des Indiens, traduct. Mazure, p. 62) à ne nommer ni le souffle , ni la flamme I Socrate a raison. Après avoir reconnu , à la première^ vue , que la lettre p exprime le mouvement (Platon, Cratyk, tradact. Cousin, t. xi, p. 118) à cause de sa mobilité et parce qu'elle oblige la langue à se mouvoir et à vibrer rapidement (p. 119) ; que la lettre i convient à tout ce qui est fin, subtil, et capable de pénétrer les autres dioses {ihid*); que c'est par les sifftantes ^^ ^f » er et S que se traduit tout ce qoi présente Tidée du souffle (H^id.) ; que le X articulé par la langue lorsqu'elle glisse , entre naturellement dans la compositioa des mots •Xc<r6«év8ev , gUsser , Istùv , lisse (p. 120), etc., ete;r revient bientâ^ sur cette tbéorle, pour la modifier dans ce qu'elle a de trof^ tranchaca ; il reconnaît que souvent les mots expriment des idées eontraires à celles que lui semblaient représenter le» lettres dont ces Biots se composent , ffTtliQpimÇf par qxemple , la rudesse , admettant dans sa composition le "k, qui est l'indice de la douceur (p. 141); il ne veut pas qu'on fasse trop de violence aux lernaies pour les ramener aux règles qu'il a posées, et il déclare formellement que dans certains cas il faut, pour en expliquer et en justifier le sens , en appeler tout simplement à la con\^cntion (p. 143)1 — Mais on a été, dans cette voie périlleuse, bien plus loin encore que De. Brosses et Court de Gebelin. « La voyelle ( écrit une de nos célébrités cootempo-

raines ) la plas simple el la plus profonde , qui esl la racine de loules les autres, c'esU'A. A est rexpression la plas sponlànée, la moins réfléchie, l'expression da premier mouvement centrât dans l'être ; de là le sens de cette parole : Je suis l'alpha et l'o-

• ™^?3 ï-*^ » dans son émission , est le vouloir déterminé , le

son et le ton harmonisés... L'O est l'A pleinement objectivé, comme la sagesse divine est la manifestoUon de Dieu, comme l'univers est la manifestation de la sagesse, comme l'entendement esl la forme spirituelle de l'âme humaine , comme la terre est le déploiement de son centre , comme chaque monde esl la réalisation de son idée, comme une forme organisée est Texpo. sition de son principe vital ,. comme une conclusion est la conséquence de son principe , comme le discours est l'expression de la pensée. Bautain, Psychologie expèrimntaU , t.ii, p. 27Ô et suîv, » Jejaisse à mes lecteurs à juger ce mysticisme grammatical ! - Il y a plus de vérité dans cette remarque de Château^ bnand « que la vocale A s'était pârliculièrement adaptée à la famille des idées rurales, aux mots qui représentent les scènes (le la campagne , de la vie pastorale et du labourage, aux bruits qu on entend dans les pâturages et dans les ramées. Ciiarles NoDiEB , Ao/ibn, ètémentaim de linsuUlique , ch. vi , $, 1. . ; et nos lecteurs, en lisant ces lignes , se rappelleront involontairement le vers de la 2« éclogue de Virgile :

Mollia Idleola pingll Tacciuia caltba.

62, p 71. — Voy. le Dictionnaire des sciences philosophiques l. I, p. 402 ; et supra la note 52.

63 î p. 72. — « Il n'est point invraisemblable que la diyision des catégories fut aussi appliquée (par les stoïciens) aux formes du langage, par la raison qu^en général la logique des anciens se rattachait à leur grammaire: Cependant les raisonï qui paraissent conduire à cette induction sont trompeuses; car quoiqu II y ait accord entre le nombre des quatre catégories et celui des quatre parties du discours admises par les plus anciens stoïciens, l'article, le nom, le verbe et la conjonction, dont 1 ordre semble de plus correspondre aux catégories (Voy plusL haut la note 26), déjà cependant Chrysippe, qui pourtant , à ce

qu'il parait , contribua le plus aux développements do la théorie de|8 catégories, ajouta à ces quatre parties du discours une cin.qaièroe, eif^ivisant les noms subslantifis- en noms propres et noms communs , et ceux qui vinrenl après lui contribuèrent de même à multiplier les parties du discours , ce qui dut nécessaire* naent rendre désormais impossible la comparaison des formes de la pensée avec celles du langage, supposé qu'une semblable comparaison eût jamais eu lieu. Rittbb, J^Mloire de la pMosO" phie, traduct. Tissot , t. m, p. 465. v

64, p. 72. — « From thts time tbe number of parts of

fipeech bas been variously reckoned : you will Ond différent grammarians contending for mare Ihan thkiy. Hoknr-Tooke,

Ettsk TTTe/îosVTa, Introduction. »

65, p. 72. :— a Nous avons deux espèces de signes pour représenter ce qui est au moyen de la voix ce qu'on appelle

les noms et ce qu'on appelle les terbes Nous appelons verbe

le signe représentatif des actions..... et nom le signe vocîU qCi'on

applique à ceux qui font ces actions Par exemple, marche ^

eoitrt, dort, et tous les aniresmots qui signifient des actions

lion , cerf, cheval, et tous les noms qu^on a donnés à ceux qui font des actions. ... Platon, Le sophiUe, tradoot. Cousin , I. xi, p. 302-304. D — Beauzée distingue aussi , dSin autre point de vue, deux espèces de mots : les mots détHnables » c'est-à dire ceux qui admettent des nombres , des cas , dea genres , des personnes , des temps , et dont il compte qaatce espèces , les rijoms , les Tpronome , les adjectifs et les verbes ; et les mots xndéclinaiÀes , ceux qui n'^admettent aueune flexion , aucune modification dans leur forme, et qu'il distribue en trois espèces, savoir : les prê^ potilions , les adverbes et les conjonctions, Yoy. Y Encyclopédie mé^ thodique, grammaire et littérature, article sur le MOT, I. ir, p. 570. Etc., etc., etc. — « En anglais et dans toutes les.langues, il y a seulement deux sortes de mots qui sont nécessaires pour

lu conununication de nos pensées le nom et le verbe Le

nom est le signe de nos impresisions , de nos idées le verbe

en est la communication elle-même le verbe est qcjoo loqui^

mur, lé nom de quo. Hobne-Tooke, Ettêk irTspôîvrKy ch. m. n lIornC'Tooke renvoie à ce passage de Quintilien , Inslilutiones

— Îi6 --.

ertHcri0, \ïh> I) €. 4: Altenim est qaod loquimoTt aUeram de qna loqoimQr.

€6, p. 73. — Voy. sob TrùUé eomjflet ntr la ftopkUion gramwuUmU» — Comment Domergne , qui «ne reeoonatt qae deax mots , peat^il trovYer. dans la proposition les trois termes qa*il appelle le iudteatidtf on le sojet, lej^êdieaUur on lacopnle» et le;«dieal on l'attribnt?

67 y p. 73* — J*ai rencontré cette théorie dans une brochoro în-8°de 45 pages, intitulée Philaaophie de la langue franfaûe ^ par M. B. J., Paris « SédiUot, Ubralre-éditeur, 1830, à la page 7. L'auteor distingue trots espèces de noms, selon qu'ils repré* sentent Tobjet — par l'idée de sa nature , comme Dieu , table, vé* rilé, ce sont les ntbsUmtifi ; — par l'idée d'une qualité, comnae rouge , dur , capable, ce sont les adjeeUfk^ — par le réle qu'il doit jouer dans le discours, savoir, s'il est à la première, i la deuxième ou à la troisième personne , ce sont les prmtme [Ibid*). L'adjectif, ^d'ailleurs, qui ici réprésente l'être comme le substantif, mais sous un aspect diflérent ( p. 9) , n'exprime plus, à la page 14 , que la modîiOcation , et « parce que la qualité ne peut exister sans la substance à laquelle elle appartient, l'adjectif, en tant qu'adjectif, ne peut èlre conçu sans un mot qu'il détermine....» Qae tout cela est vague! — On ne trourera )pas plus de précision , on en trouvera moins encore , s'il est posnble , dans la théorie suivante : < Il n*y a dans la nature que des ètre^ , les inodiGcations qui sont dans les êtres , et l'acte de l'esprit qui juge. Donc il n'y a que trois mots véritablement élémentaires , le subiUinlif^ Vadjeclift le conjoncUf. Lbhabb, Cours de langue froH' çaiscX. 1, i"^* part.,2« édit. >. LetM)njonclif est, d'après 4^emare, c un mot qui joint radjectifau substantif, ou, ce qui est la même chose 9 un mot qui marque FaiTirmation. » C'est la copule de Técole,^ c'est-à-dire le verbe élre. Sans parler de la confusion que fait ici notre grammairien des éléments qui appartiennent au jeu même de la pensée avec les éléments de la réalité à laquelle la pensée s'applique , on voit , d'une part , qu'il refuse au .verbe élre la propriété réservée par lui au nom d'exprimer l'idée de la substance, de l'existence, c'est-à-dire de Vélre; et d'une autre part, qu'il ne dUtingue pas les faits divers que les mots

eU , était , fui» $era , entassent dans leur. signification cainplexe , à savoir , rexîstence , le temps auquel l'existence est rapportée , et le caractère de la croyance qai en accompagne la cohceptioa , ce dernier phénomène frappant senl son regardât représentant à ses yeux le spectacle tout entier, ^-^ M. GatîM-Amoult , malgré sa finesse et sa perspicacité habituelles, n'a pas été plus heci-> reiiS:: * Les termes ou mots» dii-il , étant les Mgnes des notions , doivent se diviser comme elles. Or , parmi les difi*érentes maniéi^ de diviser les notions y les plus générales consîtttent à les distinguer , 1"* en notions de $ub$lance$ » de phénomènes et de rap^ parU; f^ eie.y etc..,» De même, l*» les termes ae divisent en tubstanUfs, signes de notions de aiihstânees; adjeeUfi, signes de notions de phénomènes; ei verb^ê, prépatUitms, ccmfmclioni , signes de nçiions de rapports, etc., etc. Progreanme d'un cours de phUosophie , Psychologie, 1** part., section compléroéntaire , ch. ui, art. 1. >

68 y p. 76. — Dans la langue oquiohna , t'nn des dialectes américains , Tadjectif manque absolument ; il est remplacé par le génitif du substantif; Le mot runap, qui vient de rwsa, l'homme, signifie en même teinps de V homme et Ainnaiii, Fa. ScniEaBE , Essai sur la langue et la phU^sôphie des ïnâism^ traduct. Masure j p. 64. -—Dans le tchouvacfae (les Tchou vaches appartiennent à la grande race des Tchoudes ou Finnois) , comme en turc , en persan, etc., le pronom possessif n'est que le génitif do pronom personnel. Voy. dans le BvJll^n de M. De Fàrussac , section des sciences historiques , n^' 4, avril 1826 , à la page 271 , on article de G. Landisessesur la Grammaire abrégée de la kmgue des Tehouvaches, par feu Lévesque. — Becker a constaté, dans son Orga^nism der spraehe, §. 31 , celte identité de l'adjeclif, et du snbslantif correspondant pris au génitif :€m fûrstliehes liaus ei ein haus eines fursten , pedes anserini et pedes anseris sont des expressions parfaitement équivalentes. Cependant il fait remarquer que Tadjeclif exprinTe constamment une idée d'espèce , tandis que le génitif s'applique parfois à Tindivida ; on peut même , selon lui, opposer, dans certains cas , ces deux formes l'une à l'antre , par exemple : « Dns worl des kôniges ist nicht immei* ein kônigliches wort, la parole du roi n'est pas toujours une parole royale i . Mais»

ccj» disUnc(ion$ soûl loul exlërieures et nonl par conséqueBtrieo do sérieux ; on pool môme ,' au point de vue expérineolal » en contester U solidité : les latins disaient evandrius émis, lepèe évandrienne (V^imilb , Enéide x , 394) , aussi bien ^ne ensisEvandri, Vépée d*Evandrej et nous remplaçons sans difficulté une paroU royale par tme peurole de roi. (Cf. Domarsais, Prmeipes de gram^ maire. Des. noms acyeclifs). Ce qui ne signifie pas dn tout, conline Dugald-Stewart (Estais pkiloBophiqtm sur les sysièmes de Locke, Berkeley, Priestiey , Hame-Tooke, etc., traduct. Ch. Hnrel , p. 289} le reproche à Horne^Tooke qui soutient ( Etteoc wnpùerrecf ch. VI ) Tapinion 4i]ue nous soutenons ici noos-mème, que noas ne faisons aucune différence en$re les doigts et une fourchette , parce que les sauvages , au lieu de foutcheUe , font usage de leurs doigts,

69, p. 78. — La première de ces citations est de Voltaire, dans Le temple du goûl : c'est La Motte qui parle. Voltaire trouve moyen de tourner à la fois ea ridicule dans un seul vers et La Motte et son ami Fontenelle , qui , dans sa Réponse à VEvéque de Xkco» « lorsqu'il fui reçu à l'Àcadimie française, le 6 mari 1732, avait déGoi son ami un poêle si peu frivole, si fort de choses t---» Tout le iponde sait é quel livre la seconde est empruntée. — La troisième est on vers remarquable de notre poète caennais, M. Al-^ phonse.Leflaguais; Voyea, dans Les Neuslriennes , Le château de Falaise , édit. de 1846 , p. 107. -^ Le vers qu*on lit au bas de la page 78 appartient à V Œdipe de Voltaire, act. i, se. i.

70 , p. 84. — Voy., pour ce caractère de Tlsis antique , mon Essai sur la philosophie orientale , p. 335. -rr Je me suis déjà servi de cette métaphore [Leçons de logique , p. 142, note 4) en parlant de la pensée et des facultés spéciales que Taualyse vulgaire et philosophique a trouvées dans la faculté générale de connaître. — Le8 définitions qu'on a données du verbe sont innombrables. La Sociéiè-grammalicale fondée par Domergue en a seule produit, et cela sans être parvenue à se satisfaire , plus de deux cent soixante. ( Voy. le Journaldcla langue française , fondé en septembre 1784), N'oublions pas, au re^te, pour nous expliquer cette in- ^ finie variété, la remarque iiiite plus haut (note 60, p. 212), à savoir qu'un objet n pu recevoir autant de dénominations difiérentcs qu'il présente d'iispccU divers. Ce que nous disions alors dcî

noms , s'applique avec une égale vérilé aux définilions. Autant il y aura pour un objet quelconque , pour le verbe , par exemple , de points /le vue soud lesquels son essence pourra être con« çoe , autant nous en pourrons avoir de définitions distinctes. Or, Dû sait à combien de combinaisons différentes se prête un ensemble dans lequel à tort ou à raison on reconnaît ( comme on lo fait généralement pour le verbe qui exprime à la fois le temps , le nombre , le mode, la personne , la qualité*, Texistence , Tarfirmation, etc. ) jusqu'à huit ou dix éléments : pour huit éléments, c'est 40320 ; pour dix, 3628600 ( Voy. Leibnitz , Dissertatio de arte combinaloria , probL iv, édit. Dutens , 1. ii, l'^ part., p. 383) ! ,

7i , p. 84. — ' Lé verbe s'appelle en allemand le mot du temps, 2e97t(?orl; en chinois,, \e mot vivcmt , ho-tseu (Cf. Suvestbit db Sacy, Principes de grammaire générale , V^ part., ch. i). Selon Port-Royal, son principal usage est de signifier Taffirmalion {Grammaire générale et raisonnée ^ 2? part., ch. xiii). Court* de Gebelin (Monde primitif. Grammaire universelle, liv. li, 2* part., ch. V, §. 4) le définit < un mot qui unit les qualités avec leurs objets, et qui fait voir que les objets dont on parle existent avec telles ou telles qualités qu'on knr attribue, k c Les mots, dit Tabbé Girard ( Voj. Les vrais principes de la langue française, i** discours] , destinés à marquer l'action et les événements qtie te mouvement perpétuel de toutes les parties de l'univers fait produire ou souffrir soit dans la Morale comme dans la Physique... se nomment verbes. > -^ Quelques grammairiens distinguent , avant de les définir, le verbe abstrait du verbe concret : et ils donnant de chacun d'eux une définition particulière : « Le verbe abstrait est l'expression de l'être dans sa plu» haute généralité... Lorsqu'à vcc l'être de la chose sa manière d'être est enfermée dans un même mot, on a le verbe concret. Scbmitthenner ^ Ursprachlekre , §. 50, ii. » Etc., etc.

72 y p. 84. — Le mot esse, disons-nous , .n'indique plus que l'être, aujourd'hui et pour nous. A l'origine, ce mot ou n'existe pas, on le remplace alors par les mots exislere, inveniri (Cf. Becker , Organism der spradbe , §. 58) ; ou sa signification est amcrclc €t grosdcrcmciil malcridle; esse, c'est manger, i Tel.

fut probablement, dit Vico (Principes de la phihiophie de TAw* toire, traducl. Michelet<i p. 221, Itv, n, ch. 7), le premier sens du mol est ium.„ Aujourd'hui même nous ealendons nos pay^sans dire d'un malade , // maître encore , pour , // vit encwe^ • Quant à notre mot ^^re (autrefois e$lre, ei/er), il dérive évidemment du slare des Latins. M. Cousin oubliai! ces détails , lorsqu'il écrivait : « Prenez le mot Je ou mot. Ce mot , au moins dans toutes les langues qui me sont connues , est irréductible , indécomposable , primitif; et il n'exprime aucune idée sensible ; il ne représente rien que le sens que l'intelligence y attache ; c'est un pur , un véritable signe » sans nul rapport à aucune idée sensible. Le mot être est exactement dans le même cas ; il esl primitif et tout intellectuel. Je ne sache aucune langiie où le mot français Ure soit exprimé par un mot correspondant qui représente une idée sensible Counde VhiHoire de la philosophie,

20« leçon. »

7.3 , p. 80. — « Outre ces trois sortes > il y a le verbe nommé substantif, qui est estre : qui ne signifie ne action ne passion ; mais seulement il dénote l'estre et existence ou subsistance d'une chascune chose qui est signifiée par le nom joinct avec lui, comme je suis, tues, Uest, Robebt Estiennb, Tr<tité de la grammaire française, Paris , 1^9, p. 37. » — « Le yeTbeélre, qui n'ex.prime gue l'idée de l'existence avec relation à un attribut indéterminé 9 se nomme verbe substantif ou abstrait. Silvbsteb db. SiCT , Principes de grammaire générale, V' part. , ch. i. » — « Deux ordres de verbes : le verbe substantif et le verbe adjec^ <»/*..... Verbe substantifs qui marque l'existence , sans idée d'aucune qualité. Dblabivièrb, Grammaire française classique, p. 88. i^ — Cette division est descendue jusque dans renseignement tou» jours un peu arriéré des collèges ; voy. Bcrnodf , Méthode pour étudier la langue grecque , !'• part., liv. ii, ch. 2; NoEL.et Chap- 8AL , Grammaire française sur un plan très^méthodique , V^ part., ch. V (mais il ne fallait pas dire qu'on appelle le verbe être le verbe substantif, parce que 50us cette forme le verbe subsiste par lui-même); etc., etc., etc. — Celle dénomination toutefois ne nous satisfait pas complètement ; on. voit bien qu'elle n'est pas pure , et qu'elle représente l'existence dans un de ses rapports ,

rexîàlence comme soutien de qoelqae cho^e , Texistence soas la qaalU^.

74, p. 87. — « Les mots chinois , pris séparément , sont loua invariables dans leur forme ; ils n'admettent aacane inflexion ^ aacun changement , ni dans là prononciation , ni dans récriture. Les rapports des noms, les modifications de temps et de personnes des verbes , les relations de temps et de lieux , la nature des propositions positives , optatives , condilionnelles , ou bien se dëdoiaent de la position des mots , on se marquent par des mots séparés , qui s'écrivent avec des caractères distincts avant ou après le thème du nom ou du verbe. Abel-Rêmusat , EU^ tnents de la grammaire chinoise ^ $. 60 et 61. »

75 , p. 88. — C'est ainsi que dans toutes les carrières où il se porte , l'esprit humain , parti de la confusion et du syncrétisme , marche graduellement , par une analyse de plus en plus puis^ aante , à des distinctions de plus en plus subtiles. L'idéologie fait pour les combinaisons intellectuelles ce que fait la chimie pour les combinaisons matérielles; tel composé donne d'abord à l'etpérimentation un certain nombYe de parties qu'on pouvait re* garder comme indécomposables, mais da;is lesquelles bientôt on verra d'autres parties qui elles-mêmes encore seront loin d'^^lre les éléments auxquels la science s'arrêtera.

76, p. 88. — Tout ce qui affaiblit la puissance vitale d'une nation détend les innombrables ressorts que cette puissance tnet en jeu. La corruption produite par l'aisance , Vesclavage qui suit la conquête , on encore , quand une colonie s'établit sur un sql icoDtre lequel il faut longtemps lutter avant qu'il ne soit soumis, les difficultés que rencontre I» vie matérielle , sont autant de causes qui font reculer une dvîHsatloil , et qui^ehez les peu* plades , bien entendu , dont la langue «'est pas fixée par un système graphique quelconque « peuvent amener celle confusion d'éléments qu'une analyse placée dans des etrconstances plus favorables avait antérieurement distingués.

77, p, 89. — Les pronoms personnels pourraient bien à la rigueur avoir été réunis aux verbes dans la langue sanscrite et plus tard dans la langue grecque qui en est sortie : osmi, ç(T/xt, je suis; oât, ècrtrl, tu es; osHyèrrri, il est, laissent voir assez

«^aûromeal , après le radical qui e^fvimie Vidée d'exisfence , lei prônons mi , si , li , qui indiquent la personne à laquelle celle existence e^t attachée par celui qui parle , el ces langues appartiendraient, par ces signes composés et leurs analogues, â la se-* conde de nos catégories ; mais il est diflScile de rapporter à une combinaison ultérieure du radical et d'une particule exprimant soit le temps, soit un autre rapport , les formes du présent , du passé et du futur, et les chutes diverses des noms. KormU, Je fais; kotiik^fami , ]Q ferai; bkwami, je sois; ohhowm, J^étàis ; yt>iw, j*aime; çt>«<rw, j*aimerai; Xûw, je délie; e).uov, je dépliais ;oAon« syb), moi; moya, /lot', à moi, sont des locutions probablement primitives et qdl ne rappellent ni en grec, ni dans la langue sacrée de l'Inde , aucun signe préalablement chargé de rendre l'idée do la durée particulière qoe les premières expri**ment, ou celle du nominatif et du datif exprimée par les dernières. Mais dans les langues de l'Amérique, les éléments que là plupart des mots juxtaposent se distinguent facilement lés ans des autres et chacun d'eux présente une signification qui lui est propre (Voy. Fb. Schleobl , l^^at sur la langue el la phi^ losophie des Indiens, liv. i , chap. 2, 3 et 4; traduct. Mazure, p: 17, 28-29, 42 et 55). En mexicain ce mot ou plutôt ce titre de vingt-sept lettres, Nollazonuihiuzleopixcaiaizin , dont on salue les prêtres, se décompose aisément en plusieurs termes qui signifient : prêtre vénérable que je chéris comme mon père (Voy. Alcxan- DBE Db Humboldt , Essai politique sur le royaume de la- nouvelle Espagfie, liv. n, ch. 6., 2« édit., 1. 1, p. 353, note "**). La langue des DelawariBs abonde en mois du même genre : Kid^^atkkis, quelle jolie jambe vous avez , < est une expression composée dé la manière suivante : fc est le pronom inséparable de la seconde personne, et peut être rendu par toi ou Ion, suivant le sens; ouH elBt une portion du mot woulU , beau , joli ; gai est la seconde syllabe du mot wickgal qui signifie patte ou jambe, et schis est la terminaison diminutive. Abel^Réhosat^ sur un livre intitulé: Grammar of Ihe language oflhe lenni-lenape of Delaware Jndians , by D. Zeisberger, Iranslated from ihe germon mqnuscript ofthe au- IhoT by P. 5. Duponceau , wilh a préfacé and notes byihe Iransla^ tOK arliclç inséré dans le Journal des Savants , septembre 1828 ,

pr 027-528. v. i 11 nons scmbic, dit Adrien Balbi (IrUroâuclion à l atlas ethnographique du globe, ch. i, p. 30) , qu'on pourrait former un règne de toutes ces langues de l'Amërkiue', qui offrent ce caractère particulier dans leurs formes grammaticales, caractère que le célèbre baron Alex. De Humboldt a très- bien indiqué en les appelapt langues par agglutination i. M. Rémusat, qui acceptait dans l'article cité ci-dessus (p. 527) cette agglutinalions que M. Duponceao appelle poZy^yni^^Mmc , est revenu sur cette opinion dans un autre article consacré au même ouvrage (Toy. te Journal des savanis, octobre 1829) , et il montre comment on pourrait ne reconnaître en- pareil cas que * le mode ordinaire d'agrégation , commun à tontes les langues du monde (p. 592). > — Quant à la langue basque , que j'ai , d'après quelques savants, Fr. Scblegel entre antres (Voy. l. c), assimilée, sous le point de vue qni m'occupe ici, aux dialectes américains , je ne sais trop , maintenant que j'ai fait une plus ample connaissance avec elle, ce qu'ihfaut en penser.. On peut consalter du reste, pour plus dé sûreté, ëogëhe G#rat de Monglave , dans le Dictionnaire de la conversfUion , v* basques; De^ping, ffûtoite .d'Espagne, Iîv« H, 1. 1, p. 168 et suiv.; et Balbi, AUas ethnographique du globe , tableau xi. -

78, p. 90. — ' 4 Que dans une làngqe de ce genre les particule^ se joignent par derrière au. mot radical , comme dans le basque et dans les déclinaisons des langues américaines ; oli bien qu'elles se joignent an contraire par devant, comme dans la langue copbte; OB bien encore que ces deux méthodes s'emploient (oor à tour, comme on en voit l'exemple dçns le mexicain , le péruvien et d'autres dialectes de rAmériqoe ; enfin , que lès particules soient entrelacées dan9 le mot lui-même , comme les exemples n'en seraient pas rares dans d'autres langues américaines... etc., elc; F. ScHLEGEL , l. c. , cfa. 4- , traduct. M. , p. 53. t *— Schfegel cHt plus bas (ch. vi; de la traduction, p. 87) le motcophte p(»,1e maître , qui devient successivement paosy mon maître ;p«/b«^ ton maître ; pesos , son mattre ; etc. — Rapprochez de ces formes là tmèse grecque et latine, où le mot composé se brise* et s'ouvre , pour admettre entre ses deux parties un ou plusieurs termes qui toutefois lui restent étrangers : */«t« 5oéx|ov ^^'ovo-a, z«t« tréova

jUMjjBc" fxqa ) in qae crumUUuê, quô (e cumgti^ ferent fala, elc, etc. ; et encore le are commiuait brum d*Ennias , et les îmitalieos qa*oa en a faites :

O Jo qui terrai de coelo dcspicii hannêi, etc.

79 » p. 90. -- Il me semble qae la langue greeqoe avait instinctivement distingué le radical de la terminaison , comme il * serait , je croîs, à désirer qo'ils le fassent : la désinence n'y est qu'accidentellement accentuée, et c'est sur le radkal que sans doute , à Toriglne, l'accent dut être le plus ordinairement placé; inais tant d'autres lois sont venues i la traverse , que la tendance donl je parle en est perpéluelictnent obscurcie , et ma conjecture m*apparatt presque à moi-même comme une sorte de divination.

SO , p. 92. -*- Voy. PossAET , Gramnuaik der.penUdien sprache, ^ 31. Heitem, je suis; hetlim, nous sommes; nùkm^ je ne suis pas; mtlim, nous ne sommes pas.

81 , p. 93. •— Noos aurions pu subdiviser encore le qoalifica-* tif abstrait et le qualificatif général ; distinguer , par exemple » deux classes de signes, représentant, les uns, VéttU, comme le sommeil, le repos; les autres , VaclUm , comme la vMitt^, la pour-» itttto; nous aurions pu ensuite compter les circonstances diverses dans lequeUes l'action se produit , et former deux groupes de mots qui contiendraient, le premier, ceux qui figurent l'action êwlirieure : danee, courte; le second, ceux qui figurent l'action inlériewre: réfie^cùm, raisownemenl ; et ainsi de suite; mais noua jKHrtirloas des principes pour nous jeter dans les applications ; ce ne serait plus de la pbilosopbie q«e nous ferions , ce serait de la grammaire. — Qu'on nous permette cependant de signaler en passant la division remarquable que Becker propose ( Orgemism (^ epracfiet §• 25) pour les verbes chargés primitivement d'ex« ftimer le mouvement perçu par les aens : selon lui , ces verbes se rangent sous les douze types qui suivent: 1^ gehcn, aller; mouvement de l'être vivant dans le lien : 2^ wuksin, croître; mouvemenl îniérieur de rêtre organisé : Z^ Uuehten, luire ; moo»> yemenl; de la lumière : 4^ lauten , résonner ; mouvement dn son : S* u)^n , souffler ; mouvement de l'air : 6<^ fUesêen , couler ; mon* vemeni de Teau : 7<> geben, donner: 8* n»hmen, prendre : 9^ binr

den » lier : 10* icheiden , séparer : il'' verietxen , blesser : lâ« àet" k^ , coavrir. Les 462 verbes racines comptés par Grioim dans les langaes germaniques sont ramenés par Bedcer ^ ces là idées cardinales (kardinal begriffen).

82, p. 93. — On connaît le flalus vods de Roscelin et de tout le noroinalisme. Cf. Coosiir, Cours de l'histoire 4e la fhiUaofkie ^ 20* leçon ; et Ouvrages inédUs ^Abélard , Introduction y p. cl et suiv. — Nous avons d'ailleurs <)uelqae peine à nous persuader qu'il y ait jamais eu des nominalistes , dans la rigueur du terme; ceux qui ott nié la réalité extérieure du genre et de Tespèce n'en pouvaient hier la conception ^ et le concèptualisme était au fon(f de leur pensée. A vrai dire, c*est le nominalisme qui n'est ^n*on mot.

83 , p. 93. ^- Voici les deux passages auxquels notre texte, fait allusion : a It is impossible we should ever thoroughly understand the nature of the sigm^unleas we first properly consider •and arrange the things gignified» Emec TTrepoevra, Introduction. » « I tfaink he (Locke) i^outd not bave talked of the composition of ideas; but would haVe seen that it was merely a contrivanoe of ianguage ; and that the only composition was in the l^m<; and

eonsequently that it was as improper to speak of a compleœ idea, as it would bç to cali a constellation a eomplex star : apd that they are not ideas , but merely tertns , which are gen&ral and abstracté Itid^, part, i , eh. 2. d

84, p. 94. — « Patelin , pathdin, homme mielleux, souple ,

artiûcieux , flatteur , insinuant pour tromper , pour arriver à ses

fins. Ce mot a été fait du nom du principal personnage de la

jolie farce de PaiheUn/ composée vers la fin du xv* «éole.par

Pierre Blandiet , et remise au théâtre, sous le titre de L'avocat

PatheÙn^ par Brnôis et Palapral. Selon Le Duchat, ce mot se*

rait une corruption de paterin, hérétique vaodéîs qui sédati ses

auditeurs par son beau langage. Le m^t pa(ertitiea patareni, dans

Pueamgey désigne lespateriiii on patelins^ Ifis Vandois d'Italie;

On dit aussi Mathelin pour jtfatÀttfin. Roqobport , DiceûmnaiVe

élgmologique de la langue française, v® patbun. » -— « Taktvfë ^

tarêuffè , hypocrite , faux dévot ; personnage d'une comédie de

Molière , et qui est pris de Titalien tarlufo , tartufolo , qui signi-

Qeùi truffé, Ifuj^e , rase , tromperie; truffer, truffUr, mentfr^ calomoicr^ dui>er. Molière a dooné le oom de Tartufe à on homme Irompearel aossi difficile à pénétrer que \%%îruff€$, qu'on ne trouve et qu*on ne découvre qa*avec beaucoup de difficullè». Nos pères disaient aussi tartuffe pour trtiffe ou truffle^,.,. Le traducteur français de Platine , De honesta voluptate, Paris , 1505, liv. VII, p. 62 et soiv., parle de la truffe sous le nom de tartuffe, truffe noire, aler-tuber, et Ton des chapitres du liv. ix, p. 8^, est intitulé : Des truffle$ et tarlufflea. Id. , Ibid, , y* tbufpr. » — Cf. Etienne, Notice placée en tète de rédition de Tartufe, in-8^, Panckoucke, 1824.

35 ^ p. 94. — « La détermination des noms propres pour désigner chaque objet en particulier, c'esf-à-dire le choix des noms substantifs, serait probablement Ton de^ premiers pas vers la formation d'un langage, s'il n'en existait aucun. Deux sauvages qui , nourris loin de la société des autres hommes , n'auraient jamais appris à parler , commenceraient naturellement à former une langue, à l'aide de laquelle ils pussent se faire connaître mutuellement leurs besoins, en prononçant certains sons, quand ils voudraient désigner certains objets. Ils assigneraient d'abord un nom particulier aux objets qui leur seraient le plus familiers, et dont ils auraient plus souvent besoin de parler ; cette caverne qui leur a servi d'abri contre la rigueur des saisons , cet arbre dont le fruit a satisfait leur faim , cette fontaine dont l'eau a soulagé leur soif, seraient d'abord nommés par eux caverne, arbre, fontaine*,..* Quand ces deux sauvages auraient été conduits par l'expérience à observer davantage , et qu'ils auraient été forcés de parler d'antres cavernes , d'autres arbres , d*autres fontaines, ils leur donneraient «atnrellement les mêmes noms par lesquels ils se seraient accoutumés à désigner les objets semblables qu'ils auraient d'abord connus..... Ainsi chacun de ces mots qui originairement était le nom propre d*un objet individoel , deviendrtiit insensiblement le nom commun d'une multitude d'objets semblables Adam Smith , Coniidéraiions sur l'origine et la formation des langues, traduct. S. Groùchy y* Gondorcet, t. ii, p. 202, » Cf. OudALD Stewabt , Philosophie de Vesprit humain r traduct. P. Prévost , 1. 1 , p. 234, ch. iv , sect. i. — Condillac pense

comme Adam Smith ; Voy. Essai sur Vorigine 4eé connaissances humaines, 2* parL, sect. i, cb. 10; ei Grammaire , f {>art., cil. T.

86 , p. 95. — « Dans toutes les langues, ce n'ésl qu'en yèrtcr â*un usage postérieur que les noms propres acquièrent une àîgniftcalion individuelle, et Ton peut regarder comme un principe général qu'ils descendent tovs de quelque racine qui a un «ens

général et appellatif Tout le roopde sait, par rapport à Thé-

breo , que tous les noms propres de Tancien Testament sont dans ce cas; on peut en voir, la preuve dans une table qui se trouve à

la fin de toutes les éditions de la Bible Vnlgate C'était la

même chose en grec Les noms propres des Latins étaient

dans le même cas Chez nos voisins (les Allemands) c'est la

même chose..... Il n'y a guère de noms propres dans notre langue auxquels on ne puisse assigner une signification appellative..^. Beàozéb, Grammaire générale, liv. ll/ch. i, t. i, p. âid et suiv. ». Voilà pourquoi , disons^le en passant, dans les listes alphabétiques de noms propres français , dans nos listes éleetoraléis, par exemple , la lettre L est si bien fournie comparativement aux autres , Tarticie Le qui se place chez nous devant le nom commun entrant tout naturellement , par suite de la loi ici coustalée , dans la .composition des noms propres. — Cesl aussi l'opinion de De Brosses ( Form. mèeh. , etc., ch. xiii), de Becker (Org^ der spr.y §. 30), de Rosmini [Nouvel essai sur Vorigine des idées, traduct. C. M. André, 1'* part., sect. Ili, ch. iv, art. 8) , etc., etc. Le principe métaphysique de cette théorie est en germe datis Malebranche , qui donne Vidée vague et générale de l'être pour base à toutes lios conceptions particulières et déterminées (Voy. De la recherche de la vérité, liv. in, â* part. , eh. S; Entretiens sur la métaphysique , 2« Entretien , et passim). Ce principe est constamment appliqué par Becker.

87, p. 96. — Aristote avait déjà, pour montrer que l'esprit procède de la confusion à la distraction, noté cette disposition des enfants à a nommer tous les hommes leurs pères et toutes les femmes leurs mères. Physique, liv. i, ch. 1. » — CondiHac (Gram*maire, !'• part., ch. v), et Ad. Smith {Considérations sur Vorigine fi$ la formation des langues j traduct. S. Groucby v* Condorcet,

t. u, p. 3} , ont appliqué plos précisément à la qoestion qai nous occupe îoi cette même observation , qne chacun d'eux sans doute avait faite de son côté , comme nous l'avions faite do nôtre. — U n'y a d'abord pour Tenfant qu'un homme dans rhumanîtë , comme en général pour tout autre que pour le berger il n'y a qa*nn mouton dans le troupeau. — Une de mes petites filles qui voyait tomber de la neige pour la première fois , s'écria : Papa, iucre! — Quel grand lièvre! tel fut le nom dont les Ecossais saluèrent le premier âne qui parut dans leurs montagnes.

88, p. 98* — « Tous les mots de la lanjgue grecque sont dérivés de trois cents mots primitifs , ce qui prouve évidemment que les Grecs formèrent leur langage presque entièrement eux- ■lèmes , et que quand ils créèrent un mot nouveau y ils n'étaient pas accoutumés comme nous le sommes à l'emprunter de quelque langue étrangère , mais à le former soit par la composition , «oit par la dérivation de quelque autre mot y ou de plusieurs antres mots de leur langue même. An* Smith, ConsHéraiûms sur i'o* ri§in$ e$ la formation des langues > traduct. S. Groucby v* Condorcet, t. n, p. 345. »

80 , p. 99. — « Souvent l'emploi du style figuré donne, contre l'intention du narrateur , une couleur surnaturelle à des faits qu'il n'a voulu que peindre. Un parasol est porté au centre de l'Afrique ; les indigènes l'appellent le nuage. De combien de récits merveilleux cette désignation pittoresque ne peut-elle pas devenir la source ? Dslèclvse (?) , dans Le Globe , n<> du 26 février «830. »

90, p. 100 Voy. HÉBOnoTE, liv. iv, 131-133, tradnct.

Lardier 1 1. m , p, 214. — Je n'avais pas , en écrivant ces lignes, le texte sous les yeux , et j'ai pu altérer quelques circonstances , insignifiantes d'ailleurs , du fait raconté par Hérodote : mais le fond , mais ce qui importait pour l'éclaircissement démon idée, ^t fidèlemont reproduit. — Ces formes allégoriques se retrouvent chez tous les peuples au début de leur histoire* Que mes lecteurs se rappeltent — le vase de terre que Jérémte, par Tordre de Jéhovah , brise à la face de tout le peuple, pour figurer le sort qui mena^it Jérusalem (JAatMn , ch. xix, v. 10) ; — les tètes de pavot , que Tarquîn abat devant le messager de Sextus , pour

faire comprendre an prince qn*il lui faat oieKre à mort les pria* cjpanx oiloyens de Gabies (Titb-Livb , Hisloire romaim . I. i ^ ch. 54) ; — la bagaelte blanche, que nos pères brisaient devant Taccosè, pour loi signifier la fatale sentence (j4|e saurais dire maintenant où j*ai pris ce détail) ; etc. , etc. , etc. — €f. Gnu-

ZEUfReligwnêde VantiqmU tradoct. Goigniaot, t. i,Intro«

doction.

91, p. 100. — Racine, Âthalie, act. i , sc^ 1 ; — Boilbao , Satyre ix ; — Gicébon , /n Piaonem , n* 24.

92, p. 100. — a Yerborom translatio institnta est inopiaB causa. CicfiBON, Deoratore^ lib. m, n*" 39. )» Cf. De Bbosibé, Form. mich., etc., ch. xi , $. 13.

93, p. 101. —> Cf. mon Eisai tur k$ basei et le$ dételoppemiMs 4e la moralité, p. 122-123.

94, p. 102. — Vultw, voUui , ancien participe de 9olo. « VuU tus quot animi motos sont , toi significalionés et commutationes potest efficere. Gicêbon, Deùratore, lib. m, n* 219. » « Joreerat (Socrali) semper idem voltns , qoom mentis, a qua is fingitar nolla fleret motatio. Id., Tusculanarum disputatianum lib. m , n« 15. »

95 , p. 103. — Cf. Cousin , dmrs de l'hietohe de la phOaeophie ,

t. II, p. 300-302; et Duoald-Stbwabt, Eesait phUotophiquet

traduct. Haret , p. 273-289 , Essai v , ch. 2. *

96 , p. 108. — Les dénominations manquent nécessairement & toutes les conceptions nouvelles. Si nous déterminons avec plus de netteté qu'on ne l'avait fait encore tel ou tel élément détaché d'un ensemble quelconque , le nom ancien qui /eprésentait cet élément lorsqu'il était encore confondu avec le phénomène voisin dont l'analyse ne l'avait pas Cbmplètement séparé, ne peot plqs lui convenir. Or , presque tous les termes de la langue vul» gaire pèchent par ce défaut de précisioii. Bacon a dit vrai : « Verba plerumque ex eaptu vulgi induntur, atque per lineas, vulgari intelleclui maxime conspicuas, res sécant. Quum autem intellectus acotior , aut observatto diligentior eas lineas transferre velit, utill» sint magis secondom naturam , verba obstrepont. Nûvum organum, lib. i, aph. 59. i».

97, p. 109. — l'ai déjà indiqué cette distinction de rintelli-

gence qai no «MifinaU que Fidée , el de la foi qai au-delà de l'idée reconnaît ki rèaliié dont l'idée n'est qne l'image , dans mes LeçoM de logique, p. 51.

98 , p.. 109^- Cette croyance^ si la réflexion s'y applique , deyient » comme tous les faits dont nous prenons connaissance , la matière (Moi croire) d'on de ces jugements (Je crois) que j'appelle ad^fratfo, ultérieurs (Voy. mes Leçons de logique, p. 59) ; mais ici encore qpe croyance nouvelle se forme que nous abcmdonnons à VobserveUion naturelle, et qui reste enfouie dans on de ces jugements que j'appelle concrets, primitifs. Que si vous analysez et transformez, en le soumettant aux mêmes conditions, ce nouveau jugement (Je crois que je crois) , vous verrez immédiatement s'établir, à ce propos même , un autre jugement primitif qui renfermera la croyance à son état sylleplîque, et dont la réflexion, si elle le marquait de son empreinte , ferait celte proposition : Je crois que je crois que je crois. Ainsi de suite à l'infîni. Vous aurez beau creuser; vous trouverez toujours, audessous du point oà l'art sera descendu , une base donnée par la nature.

99, p. 112. — Ces deux vers, comme on sait, sont de M. De Lamartine (MéditeUûms poBtiques; L'homme); le premier cependant n'est pas entièrement de lui ; je m'aperçois que j'ai substitué au mot borné, qu'il a écrit, le moi fini, qui peut-ètrei le remplacerait avec avantage. C'est une variante que je soumets en toute humilité à Vimmortel poète !

100 , p. 113. — Le syllogisme est bien évidemment l'élément qoi.se redoublei. dans le prosyllogisme , et se multiplie indéfini'ment dans le sorite. Comme , en général , nous débutons par le concret , par le complexe , pour aller graduellement au simple , à l'abstrait , il est probable que l'argumentation naturelle a commencé par le prosyllogisme el le sorite , et que le syllogisme , dans toute sa netteté , n'a été connu que beaucoup plus tard. Le sorite , j'ai eu occasion de le remarquer ailleurs ( Essai sur la philosophie orienteUe , p. 201) , se .rencontre fréquemment dans les livres de Koung'^tseu et de Meng-tseu ; et le syllogisme , lors^ qu'il fait son apparition dans la philosophie de l'Inde (i6ûl., p. 75) , secampose de cinq propositions. Deslutt de Tracy n'est

i)ep«idan( point poor eela fondé à soutenir ( Principes logiques , eb-^n) , « que nos raisonnemenU sont tonjoors ce que dans l'è^ «Ole on appelait des sorites. »

101 , p. 114. — Je m'explique* Le nom par leqoel noos désignons nn objet représente cet objet d'nne manière indéterminéei et sans distinction des attributs divers dont nous le supposons Taguement pourvu» Tout^attribnt particulier que nous ajoutons à son nom le lire de ce. vague , le détermine , et par conséquent le définU** C'est en ce sens que toute proposition cUiributive , toute description , comme je l'entends , est une définition. On pourrait cependant , afin de se tenir plus près des divisions reçues , re<! connaître ici un genre et trois espèces. En tant que genre , la description déterminerait, de quelque manière que ce soit, un^ indéterminé quelconque. En tant qu'espèce, elle, marquerait de tel ou tel caractère particulier cette détermination. Trois modes de détermination habituellement admis : ici , une simple qualiû* cation est ajoutée au nom ; Dieu est juste ; nous avons ce que les grammairiens appellent commjinément une proposition ; là , tous les détails ou. du moins les détails principaux d'une existence donnée sont ënumérés avec soin ; ainsi Bufibn nous entretient de la nature brute et de la nature cultivée ; nous avons ce que les rhéteurs appellent un tableau; ailleurs , enfin , l'objet qu'il s'agit d'éclairer nous est., en quelques mots, révélé dans ses caractères fondamentaux , dans son essence ; V homme est un animal raisonnable; nous avons ce que les logiciens appellent une définition,

102 , p. 117. — « Les stoïciens , dans leurs écrits sur la grammaire , ont pris rinOnitiren telle considération, qu'il est le seul (mode) qu'ils aient regardé commg le verbe naturel , refusant- ce nom à tous les autres. Ils fondaient cette opinion sur ce que le véritable. caractère du verbe existe simplement et sans mélange dans l'infinitif seulement ; ainsi les infinitifs xsspLisKTeïVf ambulare, marcher^ expriment celte action et rien de plus, au lieu que les autres modes y ajoutent certaines affections relatives aux personnes et aux circonstances; ambulo et ambula n'expriment pas simplement l'action de marcher, mais Tun signifie, ^> marche, et l'autre, marche,..,. Harris , Hermès y tradact. Thurot , liv. i , g. 148i I — Ce qu'il y a de singulièrement remarquable dans Ibis-

toire de la langue grecqoe , e'est qu'elle en soit venqe à perdre précisément le mode , que ses grammainens regardaient, et avec raison, comme la forme la plus pore du verbe ; le grec moderne n'a pas d'infinitif; on le remplace liabituellement par le sabjonctif précédé de la conjonction va (Tancien hct) que; Je veux aller se dit : Je veux que j'aille ^ êdu^opae va cjoéyod, et ainsi du reste. Voy. GaÉconi Zalicogios , de Thessaloniqae , Dielionnaire françaisgree-modemej Paris, 1823, Upo^iâOeffiç , p. xd; Geor&es Theo- GHABOPODLOS , do Patras, Grammaire grecque universelle , Paris » 1830, 1'* part., p. 210; etc., etc. — Cependant des hommes influents , M. Goray à leur tête , ont essayé de rendre ao verbe grec cette forme perdae , et de ramener sur ce point comme sur une foole d'autres la langue actuelle à ce qu'elle était au temps de Périclès et de Démosthènes. Ces efforts n'ont pas été stériles » et déjà les actes du gouvernement s'écrivent en grec à peu près hellénique. Serait-ce pour cette raison que Georges Kutoffa , d'Athènes , dans son Compendio di grammatica deUa lingua greca modema, 2« édit., Livourne , 1834 , p. 48, reconnaît, sans explication aucune , l'infinitif, cèTra^cp^aToç, parmi les modes du Terbe? Mais alors il aurait dû ne pas citer exclusivement, ainsi qu'il l'a fait, dans jes deux chapitres intitulés , le premier : Di alcune manière di dire le piu' owie nel comune dtfcorso ; le second : Bei racconti stofiici, des locutions et des historiettes d'o& rinfînitif est constamment exclu.

103, p. 118, — SiLVGSTBE i>E Sacy , Principes de grammaire générale , V^ part., ch. 1.

104 , p. 125. — 11 y a des langues où les verbes n'ont pas de modes. Dans les langées qui admettent cet accident grammatical, le nombre en est très- variable. Ceux dont l'usage est le plus répandu sont rtndtca(t/ d'abord , et enstiite Vimpéralifel le subjonctif (Silyestre DE Sacy , Principes de grammaire générale, 2* part., ch. 8). — L'Académie française (Vqy. son Dictionnaire , 6« édit., 1835) en reconnaît cinq dans chaque verbe régulier : Vindicatif , Vimpéralifi le conditionnel , le subjonctif et V infinitif — Laveaux ( Dictionnaire des difficultés de la langue française ^ au mot verbe) et beaucoup d'autres y ajoutent le participe. — On y joint même quelquefois (Harris, par exemple, dans son Hermès, traduct.

Tharoty liv. i^ ch. 8, p. 133-154) uo mode itUerrogal^; eion admet en ôotce, àcdté de Vimpèratif qvn commande, on dipréeaiif qui prie , et un opUUif qoi exprime le désir. Ces trois modes , les deox premiers surtout, ont été et sont encore confondus dans la plupart des langues sous la dénomination commune iV impératif : de l le mot de Protagoras qui accuse Homère de donner des ordres à la Muse (Miïvcv «ec^e, Usi) , lorsqu'il eroit l'inyoquer : r>;ireo'9ae ocopevoç imrÔLxrtu II aurait tout aussi légitimement pu accuser le même poète' de mettre fort à contre-temps dans la bouche d'Agamemnon s'emportant contre Achille (<^ev7epoé>«) une prière au lieu d'un ordre ! Le sanskrit, plus complet que le grec , s'est donné deux formes distinctes, l'une pour commander, l'autre pour prier (Bopp, KrUîtehe grammcUik det tanskrita' spracke, Berlin , 1834, §. 269) ; et l'arménien ( Voy. Possart , Grammalik der perrisdkn tprache , Leipsick , 183t , §• ^^ ) Q"> » comme le sanskrit , possède ces deux formes , en reconnaît même une troisième , dont on se sert pour défendre , et qui s'emploie dans les cas où nous dirions : Ne faites pas, ne sortez pas, etc.

105, p. 125. — Les accents ont en hébreu une -double destination. L'accent de chaque mot désigne en partie la syllabe accentuée {die tonsyWe) de ce mot , et en partie le rapport de ee mot à toute la phrase (saize), — En tant que signes de la ponctuation , ils y sont non-seulement des moyens de séparation {unterscheidungszeichen) comme notre point et notre virgule (une unserpunct, koîon und komma) , niais encore des moyens de liaison (verbindungszeichen). De là les deox espèces d'accents reconnus dans celte langue par les grammairiens, les uns distinetivi ou domini, les autres conjunclivi ou servi. Les domini se divisent, d'après le degré de force avec lequel ils opèrent la distinction qui est leur but, en imperalores , rcges, duees'ei comités, Voy. Gbsb- Nins , Hebraïsche grammalik y Halle, 1834, 11* édit., $. 15. — L'accent musical varie d'ailleurs, comme on sait, de pays à pays , de province à province. « Ce qu'on appelle l'accent des provinces consiste , en partie , dans la quantité prosodique ; le Normand prolonge la syllabe que le Gascon abrège. Il consiste encore plus dans les inflexions attachées, non pas aux syllabes des mots , mais aux mouvements du langage ; par exemple , dans

l'accent do Gascon , du Picard , da Normand , rioflexfon de \at sorprise, de la plainte, de la prière, de Tironie, n'est pas 1» nième. Un Gascon voqs demande : CommerU vout portez-^wmt ? d'an Ion gai , vif et animé , qui se relève sor la Gn de la phrase ; le Normand dit la même chose d'an son de voix laognissant , qui s'élève snr la pènnltième et retombe sor la dernière , à peo près^ do même ton que le Gascon se plaindrait. MABMOutBL , ElémenU^ de lUlérature , \^ accent. »

106 y p. 126. — « Nolle langoe n'a po être inventée ni par on homme qoi n'aurait po se faire obéir, ni par plusieurs qui n'auraient pu s'entendre. Ce qu'on- peut dire de mieux sur la parole, c'est ce qui a été dit de celui qui s'appelle Pabole. // s'e$t élancé avtmt tous les temps du sein de son principe ; il e$l austi ancien que VèUmilé;..* qui pourra raconter son origine? Joseph De Maistre, Soirées de Sainl-Pélersbourg , 2* entretien*» — « Quant à moi^ effrayé des difficultés qol.se multiplient , cl convaincu de l'impossibilité presque démontrée que les langues aient pu naître et s'établir par des moyens purement humains, je laisse à qui voadra l'entreprendre la discussion de ce diiïicile problème , lequel a été le plus nécessaire de la société déjà liée à l'institution des langues , ou des langues déjà inventées à l'établissement de la société. J. J. Rousseau , Discours sur l'origine el les fondements de VinégalUé parmi les hommes, V^ part. » Cf. Beauzêb, dans VEn^cychpédie méthodique , \^ LAJiQVE y p. 40â; DeBonald, Recher^ ches pIïMosophiques sur les premiers objets des connaissances i^orales, ch. 2; etc., etc.

107 , p. 120. —• « Deos animal nos volnit esse sociale Sed

alii (philosophi) eos homines qui sint ex terra primitos nati, qoom per sylvas et campos erraticam degerent vitam , nec ullo inter se sermonis aot juris vinculo cohaercrent commémorant deinde sermonis initia tentasse , ac singulis quibusque

rébus nomina împoncndo, paulalim loquendi perfecisse- ratio -

nem O ingénia hominibus indigna , quae has ineptias protu-

lerunt I.... Nulla igilur in principio facta est ejus modi congregatio , nec unquam fuisse homines in terra , qui propter infantiam non. loqaerentur , inlelliget cui ratio non deest. Lact.ance , Instilulionum divinarum lib. vi , c. 10. » — « Gomment ceux qui ad«

mènent un Être suprême, et même la création de Thommc , peuvent-ils supposer que cet Être , essentiellement puissant et bon , ait mis Thomme sur la terre pour y vivre en société , sans reconnattre en même temps qu*il a dû loi donner ou lui inspirer, dès te premier moment de son existence , les connaissances né-* cessaires à sa vie individuelle et sociale, physique et.morale?.... Ce qoi est nécessaire , rigoureusement nécessaire à la formation et à la conservation de la société , a dû commencer aussitôt que la sodété ; comme ce qui est nécessaire é la vie de Thomme a dû commencer aussitôt que l'homme. Or, le mouvement, par exem* pie , n'est pas plus nécessaire à la vie de l'homme, que la parole à la formation et à la conservation do la société... Le langage est nécessaire , dans ce sens que la société humaine n*a pu exister sans le langage , pas plus que Thomme hors de la société ; nouvelle preuve que l'homme n*est pas l'inventeur du langage. Ds BoNALD, Recherches philosophiques, etc., ch. 2. » — « Que Tbomme soit né pour vivre en société , c'est ce qu'établissent à la fois et les croyances du genre humain et le fait permanent de son'existence môme. Le fait social de la parole, que Thomme n'a pas inventée, établit invinciblement que l'état de sociabilité est Tétat normal et nécessaire de Texisténce , de la conservation et du développement de la race humaine ; car le monde a commencé par une première langue, comme par une première famille. L'abbé GoMBALOT , Eléments de philosophie calhoUque , 4« part., ch. 9. »

108, p. 127. — a Gomment supposer que l'art de la parole, le plus merveilleux et le plus compliqué de. tous les arts, ail été inventé sans nécessité , et encore au sein des plus profondes ténèbres de Tespril , si toutefois l'esprit peut exister avant la parole qui lui révèle sa propre pensée?.... Tous les jours elle (la parole) tire l'esprit de l'homme du néant , comme aux premiers jours du monde une parole féconde tira l'univers, du chaos ; elle est le plus profond mystère de notre être; et loin d'avoir pu l'inventer,

l'homme ne peut pas même la comprendre Db Bonald, Rech^

phiL, etc., c. 2. » — Cf. J. J. Rousseau, Discours sur Vorigim et les fondements de VinégaUté parmi les hommes , V^ part. .

109, p. 127. — « La parole paraît avoir été fort nécessaire pour établir l'usage de la parole. J. J. Rousseau, 1. c. » Cf. Db

Cardàillac, Eludes élémenlairei de philoiophie, t. 11*,$. 320. —^

« Ce qui estexlraordinaîre et hors de toute nature, c*est la

société entre des êtres sans parole , sans pensée (M. de Bonald ne sépare point la pensée de la parole ) , sans lien par conséquent , et qui , sans s'entendre , conviennent de se réunir , et sans parler., conviennent d*un langage common. DeBonal», Rech, phU., etc., ch. 2. »

110, p. 127» — «Tout nous ramène â une langue primitive dont les autres ne sont qve les filles.... Une recherche scrupuleuse

nous conduit. à une langue primitive, et par conséquent à une race humaine primitive...... H. F. Link, Le monde primilif e$

l'anUqmU expliqués par rhièioire naturelle, Berlin, 1821 , 2 vol. in-8° (allemand), 1. 1, p. 144- 145. » Ce passage est cité dans une Seconde lettre adressée à la smété asiaiique de Paris, par M. LoDis DE l'Or, ancien officier de cavalerie, Paris, 1823, p. 31. M. Klaproth , qui se cache sous ce pseudonyme, adopte pleinement sur ce point les conclusions de M. Link. — Voyez la noie qui suit. *

111 , p. 127. — La question de savoir s'il y a eu ou non uneldngœ primitive d*où les autres seraient sorties , a singulièrement préoccupé les esprits depuis on siècle ; et il n'est pas didéologues et de grammairiens qui niaient dit leur mot à ce sujet. Nous voudrions ramener ces immenses débats à quelques vues générales qui , tout en les résumant , en donneraient pourtant une idée su (lisante.

h Peut*on arriver à savoir s'il y a eu ou non une langue primitive d'où les autres seraient sorties? -^ A. Non, selon les uns : < On démande s'jl a existé une langue universelle et primitive de laquelle les autres dérivent? Cette question n'est évidemment susceptible que d'une réponse conjecturale. P. Prévost, Essais de philosophie, V^ part., sect. III , chap. i, art. 1. » Cf. de Cab- DAILLAC, Etudes élémentaires de philosophie , t. ii, §. 321. p — B. Oui, selon les autres, c'est-à-dire selon les grammairiens qui se mettent à la recherche de celte langue première. Yoy. Coort de Grbelin f Monde primitif. Origine du langage et de l'écriture , liv. IV, di. 1 ; SitARCiN Tubnbr, Mémoires sur l'origine des afinités et'des discordances des langues, en anglais. Londres , 1824.

ÎI. Le problème accepté et posé, comment le résoud-on? Beax solotions diamétralement opposées sont en présence. — A^. Déjà y d'après Epicure , Lucrèce avait dit ( De naiura rerum, lïb. ▼ , V. 1040.:

Proinde putare aliquem tum nomioa distribuisse Bebus , et inde bomioes didicisse vocabula prima , Desipere est ; nam cur blc possct cuncta nolare Yocibti8,.et varios sonitus emittere linguae/ Tempore eodem alii facere id iion quisse putentur ?

Pins tard , un écrivain qui n'avait pas absolument roropa avec les traditions épicuriennes, s'expliquait plus nettement sur notre question. « Philosophiquement parlant et abstraction respectueuse faite de tontes les inductions qu'on pourrait tirer des livres sacrés dont il ne s'agit certainement pas ici , la langue primitive n'estelle pas une plaisante chimère ? Que diriez -vous d'un homme qui voudrait rechercher quel a été le cri primitif de tous les animaux, et comment il est arrivé que dans une multitude de siècles les moutons se sont mis à bêler, les chats à miauler , les pigeons i roucouler, les linottes à siffler?... Il n'y a pas eu plus de langue primitive et d'alphabet primitif que de chênes primitifs et que d'herbe primitive. Voltaihe , Diciionnaire philosophique, v* a b c ou ALPHABET. >. < InnumerâB linguae dissimillima^ inter se, Ita nt nullis machinis ad communem origiriem retrahi possinl. Fb. ScHLÉGEL, Bibtiolhègue indienne, t. i, p. 281 >. c L'examen des langues américaines peut élre d^une grande utilité pour démon* trer à ceux qui espèrent toujours de pouvoir ramener toutes les langues à une tige commune.... combien cela est impossible. Id., Essai sur la langue et la philosophie des Indiens, traduct. Uaznre, liv. I, chap. 4, p. 50 ». Plus près dé nous encore, en 1819, une dissertation intitulée : De ralionibus Hnguarum affinitatem exphrandi, était couronnée par l'Académie royale des belles-lettres , histoire et antiquités de Snède , et publiée dans ses M^moiries , t. xi , p. 145. Son anleur , J. Ch. Gr. Bethb , pasteur à Bodenf^ld , y énonce c l'opinion qu'il n'y a pas eu plus de langue primitive que d*bomme primitif ; il pense que dès l'origine il y a eu plusieurs races d'hommes et par conséquent plusieurs lan-

gucs. M. Belhe fait bien voir que des analogies de mots , de ,sons , et même de constructions dans deux langues ne prouvent point que Tune est dérivée de Tautre. Pour établir la filiation des langues, if faut, selon lui, quinze choses ; savoir : égalité (c*està'dire identité , sans doute) des racines , des sons , des accents, de la signifîcalion des mots , des flexions, des formations, du génie des langues, etc. Devping, dans le Bulletin des sciences historiques, de M.. de Férdssàc, n" 6, juin 18^6 , p. 433. > En effet « le vague des voyelles et la permutation des consonnes qui se fait d'après des lois organiques produisent, sans compter les mots à son imilatif (onomatopées) dans des milliers de langues et de dialectes , des ressemblances fortuites , dont le nombre pourrait élre soumis au calcul des probabilités. Si^ Ton compare une seule langue , non à celles d'un seul rameau , par exemple au rameau sémitique, indogermanique ou gale (kelle)^ mais à toute la masse des idiomes connus , la chance des analogies accidentelles devient la plus grande possible, et , d'après celte apparence , la prodigieuse variété des langues qu*offrent les deux hémisphères paratt liée nexuretiformi.,,. Al. de HoaiBOLDT, fielotion historique du voyage aux régions équinoxiales , t. m. ». Et d'ailleurs que de langues éteintes ! a Les Grecs et les Romains ont fait disparaître les nombreux idiomes qu'on. parlait daps TEurope méridionale et dans une partie de l'Europe moyenne , pour

y rendre leur langue dominante Les Arabes ont effacé d'une

grande partie de l'Asie occidentale, de l'Afrique septentrionale et orientale , les idiomes des indigènes; qu'ils ont remplacés par

leur langue maternelle Les Espagnols elles Portugais ont

donné leur langue à une foule de nations, américaines , qui , par

ce changement , ont cessé d'exister On a vu» dans la seconde

moitié du dernier siècle , des dragons hanovriens forcer les restes des Vendes dû Lûnebourg d'abandonner leur langue pour adopter celle des Allemands L'histoire nous montre les Yisigolhs

et les Alains perdant leur nom et leur langue en Espagne ; les Ostrogotbs et les Hérules ayant le même sort en Italie , tandis que les Francs, les Bourguignons, les Lombards et les Normands changent d'idiome en France et en Bourgogne^ dans la Lombardie et en Normandie , contrées qu'ils soumettent en leur impo-

sant leur nom; elc*, efc, etc. Adb. Balbi, Introduction' à Voilas ethnographique du globe , Discours prélimiDaîre , p. LxtT-Lxxn. »

— B. Ces obstacles o'arrètent pas les grammairieos qae nous comptons dans le camp opposé. « En vain les siècles se sont en* tassés et nons ont éloignés de l'origine de la parole ; en vain les langues se sont multipliées..... L'analyse nous conduira à Torigioe de la parole; elle nous fera retrouver ses éléments cachés sous les débris de tant de langues ; elle suppléera à la perte de tanl de monuments L'analyse s'appuie sur deux bases inébranlables : sur l'instrument vocal , le même aujourd'hui que dès les premiers instants , et sur la masse des mots employés dans toutes les langues , pour exprimer les idées communes à tous les

hommes Le penchant invincible qu'on a eu dans tous les

temps pour les étymologies n'était-il pas une preuve sensible qu'on ne pouvait réfléchir sur les langues , sans y reconnaître une origine commune ? — Cette facilité qu'on a à apprendre plu** sieurs langues, lorsqu'on en sait quelques-unes, et qui provient surtout des mots qui leur sont communs , ne.démontre-t-elle pas que les langues changent et diffèrent moins qu'on ne pense? — N'en est-il pas de même de cette peine extrême qu'ont les savants d'inventer un mot nouveau ; des qualités que doit avoir ce mot pour justifier son introduction dans le langage; du rapport qu'il doit offrir avec des mots déjà connus , ou avec le génie de la langue dans laquelle on l'admet? Court de Gbbelin , Monde primitif, Origine du langage et de l'écriture , liv. iv, cfa.â et 3. »

— Ce n'est pas tout. Les langues diverses, ajoute-t-on^ qui se parlent sur le globe, « se comprennent les unes les autres et

peuvent se traduire les unes par les autres — Le langage est

identique et invariable dans ses lois générales ,. qui forment pro«

prenôent sa construction et son essence Les idiomes diffèrent

entre eux par le vocabulaire et par quelques variétés de' syntaxe, et sont les mêmes en tout le reste. — Mais la différence des mots pour exprimer un même objet , quelque marquée qtf'elle puisse être, n'est pas un motif suffisant pour, rejeter l'opinion d'une langue qui n'est peut-être plus connue » mais qui aura été la mère et la souche de toutes les langues déHvées. £n eff^t , outre qu'une connaissance approfondie des radicaux des diverses fan-

gués ramène à one origine commanè beaucoup de mois différents ou plutôt diversement altérés, il est vrai de dire que des mots réellement difKrents expriment des choses différentes , c'est-àdire nomment d'un nom particulier diverses modificalions d*an même objet, que les divers peuples ont considéré sous des rapports différents , selon l'usage auquel ils l'employaient , ou l'Impression qu'ils en avaient reçue. — Si le langage avait été inventé à force do temps et d'essais , les langues devraient être plus imparfiaites , ou moins capables , si l'on veot« d'exprimer l'homme, à mesure qu'elles se rapprocheraient davantage des premiers temps. Or, il en est autrement , puisque les langues les plus aneiennes, dont les monuments écrits'noos soient parvenus, réanissent toutes les qualités qui peuvent constituer une langue finie (c'est-à-dire parfaite , accomplie). De Bonàld , Rech. pM, , etc., ch. 2..i> — Quanta cette perfection do langage primitif, la partie adverse ,~ou lanie : « Si dans l'état où est le monde, quelque philosophe s'étf lait : Quand'^t comment ^kùmmea^-U commencé ces maitom, 4e$pa!ai$H4ie$vaiêseaMœf<>nM répondrait fort bien, qoerhomme n'a pas oemmencé par des maisons, des palaiset des vaisseaux.. liO sauvage qui courba des branches pour se faire un appui , ne fut point un ardbilecte, et celui^ qui flotta le premier sur on tronc d'arbre, ne créa pas la navigation Ceci s'applique au langage

Oa demande toujours comment l'homme a pu créer one langue, et

on fait cette question an sein de vingt peuples civilisés On

abuse de l'état de facilité où nous sommes parvenus , pour nous mieux embarrasser, et de la perfection du langage, pour en fortifier le problème. Rivahol , De la nahive du langage, dans les OEupTêê eomptèies, Paris , 1808 , 1. 1 , p. 1. » -<- ou , si elle l'admet, elle la rapporte à la sagacité des premiers hommes. Ainsi pensait autrefois Pythagore ( Voy. Gicéron , Ttuculanarum quœs^ 4ûmMim, lib. 1 , o. 2ë). AMi pense aujourd'hui l'Allemagne savante. Il est une hypolhèse qu'il fiiut bien faire , dit Schlegel {Eisai mr laiangw, etc., traduct. H., llv. i , c. 3 ) , << pour ex- , pliquer d'une manière daire et solide l'origine des langues ; nous supposerons que les inventeurs ont été doués d'un sentiment exquis , à l'aide duquel ils ont discerné l'impression propre et dis- 4fnetive 4os idées , la stgatilieation naturelle et primitive, si j'ose

m^exprimer ainsi , des lettres , des sons radicaux et d<^s syllabes. Aujourd'hui que l'empreinte des mots est effacée par no long u^age , et que , par une multitude confuse d'impressions de toute espèce, Toreille a perdu la justesse de ses perceptions, à peine est* il possible de retrouver ce sentiment dans toute sou énergie et âon activité..... »

111. Quoi qu'il en soii , ceux qui croient à une langue primHive me paraissent se partager tout naturellement en trois classés , d'après le sentiment qui les inspire. — A. Pour les uns, c'est une affaire de patriotisme , d'orgueil national. Dans l'antiquité , l'Egypte , qui se regardait comme la plus ancienne nation del'u* nivers , avait la prétention de parler la langue qu'avait dû parler rhomme des premiers âges. Ou connaît l'expérience qui loi enleva cet honneur pour le donner à la Phrygie (Hébodotb, Uv. ii, ch. 2). — Dans nos temps modernes, a tes Rabbins soutietmeat avec opiniâtreté que le langage de la première famille était l'hëforeu , c'est-à-dire , le samaritain ou phénicien du pays de Gha* aaanl Ils jugent la gloire de la nation juivo intéressée à le pré-^

tendre ainsi Les Rabbins appuient beaucoup sur certains jeux

de mots fréquents dans la Bible, lesquels, selon eux, se rapportent mieux à la langue hébraïque qu'à nulle autre..,.* Mais ces jeux de mots qu'on allègue en preuve sont souveqt forcés et

sans jostesse D'autres se déduisent aussi bien d*une autre

langue que de l'hébreu Ainsi, le nom d'Eve (vie)..... sera

aussi heureusement tiré du chaldéen Hhavah (vivent) que de

l'hébreu Hfuu (vivens) On ne peut donc pas dire que l'hébreu

6oit la langue primitive... i. DrEbosses, Form. méch., di. vi, §. 3. » — le flamand , c'est à-dife , le celtique avec lequel on identifié le patois de Bruges et de Louvain , a rencontré ausai ses avocats. Ecoutons Jean Becan., plus connu sous le nom dô Goropius Beeanus, né en 1M8 dans je ne sais quelle bourgade du Brabant : « Postquam modo satis muUis exempli^ docui, pri* mas lingucB nostr® vooes significationis suœ caussas ex ipsa clomentorum ducere natura , et inde reliquas d^rivari , necess^ria collectione eflicitur , nullam linguam nostra posse dici priorem , nisi primis aliqaid prius esse fîngatur. Hermalhena, liv. ix, édil, d'Anvers, p. 204. » Ce qu'il prouve encore par une foule d'au*

très raisons qui lui paraissent à lui et son éditeur, LaevinusTorrentius ( Voy. la Préface qui ouvre le volume cité) au-dessus de toute contestation. Cette langue d'ailleurs, la plus parfaite de toutes , aurait été créée par un architecte d'autant plus habile , qu'il puisait directement sa science aux sources divines d'où toute science jaillit : Tanto poUerioribm fiie/tor . (lingua prima) , quanio rerum omniufn periiiorem habuil archileclum ; illum, inquam,qui ab ipio Deo, nullis mediis canaUbus, tolum humanw scienliœ fonteni hausil (Hermalhena, liv. i, p. 24). Mais ce premier archilecte , savez vous quel il fut? Ge fut et ce devait être celui qui dispose, qaî gouvemeVoreiUe, en flamand Horfuecht (aurem disponere, moderari)^ c'est*à-dire par un très-léger changement Orpheus, Orphée (f6id.) liv. V , p. 102) ; lequel (ne vous hâtez pas de suspecter l'orthodoxie de Goropius) , lequel n'est rien moins après tout que notre premier père Adam , si nous remontons avant le déluge , et , si nous nous arrêtons en deçà , Noê d'abord et ensuite le Christ : « Quamvis, si quisquam primus sit inter mortales quaerendus Orpheus, is ante diluvium Adam fuerit, et post diluvium Nochus;.... et post hos, Christus ipse verissimus Orpheus, et is solus, ad quem omnia Orphica referuntur {Ibid., p. 104). )» Cf. Pezron , Antiquité de la nation et de la langue celtique , Paris , 1704. -^ Le basque, si l'on en croit entre autres le colonel Perrochegoy ( le P. Manuel de Larramendi , né vers la fin du xvu* siècle dans le Guipuscoa , se contente , dans TËpitre dèdicatoire de son Àrte de la lengua bascongada, de nous donner le dialecte de son pays pour l'une des721angueS'mèresqueDieu forma lui-même lorsque les hommes devant Babel cessèrent de s'entendre) , peut aussi établir et démontrer son ciroit d'aînesse ; et on trouverait, en cherchant bien, plus d'un Russe plaidant pour le slave, et plus d'un savant né à l'embonehure de la Loire pour le bas-breton. — B. A côté de ces philologues patriotes , plaçons les philologues catholiques. Ce n'est plus pour leurs foyers que ceux-ci combattent, c'est pour leurs autels. Ils n'hésitent pas , en général , à traiter comme la plus -ancienne des langues celle dans laquelle nos livres sacrés sont écrits. « Maintenant , depuis que par la grâce de Dieu sa parole nous a esté révélée en langue hébraïque, tous ont reconnu facilement que ceste langue précedoit toutes les autres en anti-

quHé; et comme par elle noas avons sceu que tous les hommes estaient venus d'an , et qae d'an toutes les sciences avoient esti^ dérivées jasqaes à nous par instruclion et tradition de père en fils, on a aussi facilement conclu qu'Adam aiant compnuniqu^ toutes les sciences à sa postérité par le moien de sa langue qu^ estait l'hébraïque, il s'ensuivoit nécessairernent qu'icelle fust 1^ première de toutes. Estienne Guichard , L'harmonie étymologique des langues. Préface, p. 4. » Cf. Claude Ddrbt, Thrésor de Vhistoire des langues de cest univers ,^ ch. ij. — Ce n'est pas d'ailleurs sur la tradition exclusivement que cette opinion s'appuie ; ceux qui la soqtiennent ajoutent à l'autorité du témoignage différentes preuves puisées à une source toute scientifique , c*esl-àdire dans la nature même de la langue hébraïque qu'ils font parler à nos premiers parents. Les uns y découvrent les racines de tous les mots , les origines de toutes les locutions , les principes de toutes les habitudes que nous présentent lesinnoml^rables dialectes répandus sur le globe ; il faut voir comment M. T^bbé Delatouçbe et ses disciples établissent cette identité : nous eq^ hébreu a la même valeur que nous en français; les adverbes, dans la langue de Moïse, se terminent par la syllabe me; de là le mente des Ilalléhs, le ment de notre langue française ; -la préposition de marque le génitif en hébreu ; notre de en dérive, etc. Cf, Thomassi?!, La méthode d'étudier et d'enseigner çhrestiennement et uti* lementla grammaire, liv. i, cb. 1 et 4 ; et avant lui Biçliander , pe ratione eommuni omnium linguarum et litefarum , p. 36. D'autreç trouvaient un indice frappant de sa priorité dans le caractère de simplicité qu'ils y croyaient apercevoir : « Je di que c'est la raison que la langue coinposëe soit dérivée ^e la simple... Or je tien que )a langue hébraïque est Ijsi plus simple 4e toutes... E. GuicuAiip/ Vharmfme étymologique de? langues, Préface, p. 9. » Malheureusement un l^mtne dont I9 parole est toute-puissante en pareille matière, Sylvestre de Sacy , est veup détruire* cette illusion ; il a positivement reconnu (Journal des savants, 1829 , p. 104., Sur les grammaires hébraïques de Ewald , de Lee et de Sarchi , 3* et dernier article ) que bien loin d'être d'une grande simplicité , comme on l'avait si longtemps prétendu , la grammaire hébraïque est eqptrémen^nt compliquée. Il a fallu se tourner ailleurs. On est

ators parli, pour arriver à la même conclosion, d'un priocipe entiërcmenl opposé; le litre de l'hébreu à la priorité, ce ne sejra plus sa siroplicilé et sa paurrelé ; ce sera sa perfection et sa richesse : « Qu'on explique , dit M. De Bonald ( Rech. phU., ch. ir, p. 166) , dans Thypothèse du langage lentement et successivement inventé par la société , une langue si avancée dans une société si récente , et chez un peuple bi charnel et si grossier des penséed aussi hautes et aussi graves , revêtues d'une expression aussi vive et aussi vraie ! » Ce n'est pas ainsi toutefois que cette fidèle exprès^ sion de r homme , comme M. De Bonald appelle la langue hébraïque ( Ibid. , p. 143 , note 1 ) , est jugée par quelques hébraîsants ; Gesenius, par exemple [Hebraische grammatik, $. 4), la place bien au-dessous des langues indo-germaniques, et sous le rapport lexicographique et sous le rapport grammatical. — G. Au milieu de ces tentatives plus ou moins intéressées, faisons la part du désintéressement. C'était probablement la vérité seule qbe cherchait cet Ortelius (Abraham Orteil) , né à Anvers en 1527 (Cf. les Annales des voyages de Maltebrnn , t. n, p. 184- 192) , qui voulait que le hongrois datât des premiers jours du monde , et qui , par ménagement peut-être, admettait la langue hébraïque , comme sœur de son idiome favori , au partage de celte haute antiquité. — L^opinion qui domine parmi les philosophes que nous rangeons dans notre troisième catégorie , c'est qu'en Vertu de la constitution physique et morale de l'homme, qui , sous tous les climats, reste toujours la même, une langue commune à tous les temps et à tous les lieux fait le fond de tous les dialectes qui se parlent , se sont parlés et se parleront sur la terre. C'est en cela que consiste , pour eux , kt langue primitive qu^on rencontre partout quoiqu^on ne la parle nuUepart, Un Suédois, né en 1557 à Nykœping,Skyttius, est, je crois, le premier qui ait émis et formulé cette opinion. Après avoir rassemblé les radicaux de toutes les langues connues, il en était venu (c'est de Leibnilz que je tiens ce détail) à conclure, a ex omnibus fieri per abstractionem posse linguam universalem matricem , radicalem , quam nemo loquatur, sed quœ sit omnium radix (Leibnitiana, xxvui, dans les Œuvres de Leibnitz, édit. Dutens, t. vi, 1'* part., p. 298). » Ainsi pensent De Brosses [Form, méch., etc., ch. vi) ; Court de Gebelin (Mande

primitif, Origioe du langage et de récriture » liv. nr , ch. 3 ei suiv.) ; Klaproth (Seconda UUre adressée à la SociéU asiaUque de Paris par M. Louis Oe L'Or, {>. â5] ; e^ une (ouïe d'autre&granimairieos philosophes de rAIlemagne.

112, p. 13p. — L*in(eUifeiiçe huitaine est une planta qui, comme toutes les autres, porte ses fruits propres, en ^ertn d^ sa constîlation inliiu^; les idées toutefois n'y croissentsur leur lige qu'4 certaines conditions. Que la volonté , par eiçeraple ^ abandonne la faculté de connaître 4 elle-même , jamais une «o^ iion n'y apparaUra« La aotion ne se montre , elle ne se fonne qu'au moment au nous somoies attentifs. Jl se peut sans douij^ que notre attention soit fatalement provoquée, fatalement déterminée p^r une circonstafK^ quelconque ; mais pour n'être pas libre , Tattention n*en est pas moins l'attention. Or , la noUoi| présupposant toujours raltention , {'attention libre on esclave , on voit bien que l'esprit ne connait qu'après avoir ypulu , et que l'idée ne saurai! être inn^e. Ce qui est vrai de l'idée Ae Test-U pas plus évidemment encore du sigqe qui sera chargé 4q rex-^ primer?

113, p. 130. — « ISntia non sunt multiplicande prêter necessitalem. Frustra fit per plura quod fieri potest per paucioraf (JxjiLLAUMG D'OçcAM. » — Le fait est qu'en mettant des miracles, partout, on n'a de science nulle part.

114, p. 130. — L'opinion de l'antiquité payenne sur l'origine hnnaaine <lu langage est parfaitement résumée 4ans.les vers quj suivent : m

Quiim pForepterjapt primiç animatia terçis , Mu^um H turpe pecus , glandem atqiie cubilia propter , Ung^fibus i^ pugjnis, dein fu^libus , atque ita porro Piignabant armif , quae post fabricayerat usus ; ponec verb^ , quibus voccs sensusque notareat

r<(on)ihaquie inv^nere

IloRACE , Satyres , ti?. i , 9at. 3 , v. 99.

•^ On ne trouvis rien de plus dans le passage si fréquemment cité de Diodore de JSicile { Voy. sa Bibliothèque historique, liv. i, ch. 1)^ — Le morceau de Vitruve , relatif à la même question, 'présente quelques détails originaux, nous ne disons pas ingé-

iiieux ; el comme il est pea connu , nous lé reproduirons ici (oui entier : « Homines veleri more , ut fers , in sylvis et speluneis et nemoribus nascebantor, ciboque agrestî vescendo vitam exîgebant. Interea quodam in loco ob teropus latebris el venlis denssd cl^britatibus arbores âgitatse ,* et inter se terentes ramos , ignem éxcitaveriint , et flamma veheniedti perterrtti qui circa eum lo- Cum Toerunt , sunt fugati , postea rO quieta propius accedenfes , quum animadvertissent comododitatem ess^ tnagnam corfionbos âd ignis tepôrëm , ligna adjicientes- et euni conservantes , alios ddducebant , et huiu moûstrantes ostendebant quas baberént ex èo utililales. In eo hominum congressu, quum profundebanlur ùHter e spirilu voceê , quotidiana consuetadine vocabula, ut. obtigérant , amsiUuerufU ; donec signifUanào res sœpius in usu , eX 6 vent u fari fortuito cœperuHt, et ita sermones inter se procted-^

runt VitBtJVB, ArchiUelura, lib. n, c. 1. »

Les Pères de TËglise et les théologiens catholiques , en gênérai i croient lii-e dans la Genèse l'opinion qui rapporte à Dieii rinstitution du langage, et ils sootiennenl , comme ils le doivent, cette opinion avec chaleur. Cependant les passages de la Bible qu'ils invoquent à Tappui de cette assertion né sont pas tellement formels qu'on rie puisse les interpréter d'une manière toute différcnle, et même les invoquer à l'appui de là doctrine opposée. — Dieu, dit-on , après avoir créé l'homirie et la femme , les bénit et l^t- parle en ces termes : « Croissez, et multit)liez, et remplissez la terre. » Plus tard , lorsqu'il les a mis en possession du paradis (erreslre, il élève de nouveau la voix : « Vous mangerez librement des fruits de tous ces arbres; quant au fruit de l'arbre de la science du bien et du mal , vous n'y toucherez point. » Ne voit on pas ici, ajoule-t-on, naître la première langue, cette langue que Dieu paHe, à l'origine des temps, devant Adam el £vc, qui dès l'abord la comprennent, et dont eux-mêmes, par iinilalion ou autrement, ils sauront bientôt faire usage? — Ce n*est pas ainsi que pour notre part nous expliquerions ce texte; rien , selon nous, dans les lignes que nous venons de citer, n'implique, n'établit, comme on le prétend, le fait d'une langue proprement dite. L'intention , la pensée de Dieu se communique n nos prcraicrs parents; voilà ce que la Genèse veut nous ap-

prendre-, et' i^^j^u'elle nous apprend sans nous laisser sur th point lapins légère incertitude ; mais quel a été le moyen dont cette intefition, dont cette pensée s'est servie pour se révéler? Le doate , iei » tfoo^ seml>le permis. Moïse, il est vrai , prête h l'Eternel , dans les textes dont il est question , la langue que parlait de son temps le peuple auquel ses récils s'adressaient^ s'ensuit-il que ces paroles soient sorties , teltes que l'historien les rapporte, delà bouche divine? Nullement, à notre avis; nous n» voyons là qu'une interprétation , qu'une traduction en hébrea de Titiée qui, dans ce moment solennel , passa, nous ne savons par quelle voie, de rintelligeoce de Dieu à l'inlelligenoe de Phemme. Ce qui nous prouve qu'il ne faat pas prendref Âla lettre le texte de la Genèse, c'est que Dieu , après avoir créé les grandes baleines, les animaux aquatiques, et tout oiseau ayant des ailes, leur adresse aussi ces paroles : « Croissez, multipliez, peuplez la terre et les meFS » ; il. est bien visible que dans ce passage Motse interprète et traduit en sons articulés ce que l'E-^ ternel a pensé, ce qu'il a voulu , mais ce qu'il n'ai pas éù dircw —^ Ces lignes ne prouvent- donc rien pour l'institution divine de la première -langue; les lignes suivantes semblent au contraire établir formellement son origine hum^iine : a L'Eternel avait formé de la terre tontes les bétes des champs et tous les oiseaux des cîeux ; puis il les avait fait venir vers Adam , afin qu'il (Adam) vit comment il (Adam) les nommerait , e( afin que le nom qu'Adam donnerait à tout animal (ûi son nom , et Adam donna des noms à tout le bétail et aux oiseaux des cieux et à toutes les bêles des champs. » Rien donc d'étonnant, à notre avis, si quelques éerir vains, attachés par état et par conviction, pour la plupart du. moins, à la cause chrétienne, assignent sans hésiter au lan* gage l'origine que nous lui assignons nous- même. Quoi qu'il en soit , voici ce qu'en pensait un saint Evéque- dans les premiers siècles de notre ère : « To Se rotç oub-t rm^oivrixàç ^vàç itfî.MpidY.et'j x«t rjpo(Tnyopioiç ^ twv àvOpôitsjtav eivKi twv tjîv "XoyiTcinv Suvaptv BeôBsv èv ioitjrotç xsx'njpisvûjv , twv àsl zarà to àjOsaKOv aÙTOtç rspbç tiq-j twv 5ïîXou|xivwv ora^ïîvstav lé^siç rtvàç tô5v ci^«y|x«Twv çjx^KvTexà? é^e^»p£a'x6vTwv. Trouver pour les êtres des noms et des appellations qui les désignent, c'est le propre des hommes qui

ont reçu de Dieu la facuUë de penser , mais qoi iovenlenl toir^ jours comme il leur plaît, pour faire connatlre leur pensée , âe& expression» qui la manifestenU Gbégoibb ob Ny8Sb« CùiHre Ew* nome, liv. xii , ëdi(. Paris , v dgxxxtiii , t. u ,. p. 848. » — Saint Aogastin loi-même se prononce assez nettement pooir celle aola* lion : a Nec bomini homo firmiasime socjari possel , nisî collo^ qoerenlar, atqoe ita sibi menles snas cogllalionesqae quasi refonderenl , vidil (ratio) esse impbnenda rebns vocabnla , id est sîgnificantes qaosdam sonos ; nt quoniam sràtire animos apos non poterani, ad eos sibi copqlandos, sensu quasi inlerprelé utereniup. Sed aadlrî absentium verba non polerant ; ^rgo illa ratio peperit litleras , notalia omnibus oris ac lingos sonis atquo discrelis. De ordine, lU), ii , o. 12. » Cf. RrcHAan Simon , de VO^ ratoire , HUloire critique du vieux Te$tameni, 1 , 14-15^ IIî, 21, — Plus près de nous Warbnrion , dans son Essai sur les kiéro^ giyphes, ch. i, écrivaif : a A juger senlement par la nature de$ choses , et indépendamment de la révélation , qui est un guide plus sûr , Ton serait porté à admettre l'opinion de Diodore de Sicile et de Vitruvc » ; et tout le mondé connaît rbypolbèse que fait Pabbé Condillac, pour proposer son explication toute nal«relle de la formation des langues. Mon excellent maître , M. De Gardaillac , qui était aussi dans les ordres , ne pouvait eomme philosophe, encore moins comme chrétien, attacher de IHmportanee à ceUe question, de pure curiosité, selon lui , et qui , malgfé toute la sagacité et l0 l>onne foi de ceux qui la traitent, n'a conduit et ne devait jamais conduire, dans son estime , qu*à de stériles «onjcetores [Etudes élémentaires de philosophie , §. 321 ). '

En dehors du clergé et de ses influences , la philosophie mo^* derne est à peu près unanime sur ce poinf. Nous pensons tons comme Home Tooke : « God having furnished man wilfa sensés and with organs of articulation , as be has aiso wiih water , lime and sand , it should seem no more necessary to form the words for man , than lo (erapcr (he mortar. 'Énspc TTre/joEvra, Some considération of M^ Locke's cssay, edit. Londres, t829, 1. 1, p. 35, en note. »

115, p. 131. — « Die vcrricbtang des sprechens ist eine organischc verrichlung, d. h. eine von denjenigen verrichtungen

lebender wesen, welche aus dem lebcn des dinges selbst mit einer ioneren nothwendigkeil hervorgehen, und zugleieli das leben des dinges aelbst zam zwecke 'haben , indem nur darcb dtese vemchtangen das ding in der ibm eignem art $ein und

bestehen kann Denn der mensch spricbt, weil er denkl

Die sprache isl nichts anderes als der in die erscheinang (retende»

gedanke, und beide sind innerlich nur eins nnd dasselbe Da9

denken erst in dem sprechen seine voUendong erreicht.... L'idée sans le mot est gestaltlos nnd eigenllich kein begriff..... Do même que la fonction de voir se localise dans Tœil , ainsi la fonclloQ de parler se met dans la parole comme dans son propro

organe Wie der mensch eine einheit von geist and leib, S9

jst das wort die einheit vpn begriff und laut. Bbckjbb , Organism der tpràchj$, §4 1 , 2, 4. » -^ « Uhomme ne peut être ce quo Dieu a Voulu qu'il fût sans la parole;..,., sans elle, il m pen^ serait pas , comme sans ses yeux il ne poarrait pas voir , commo sans ses mains il ne pourrait pas toucher, comme sans ses oreiller 11 ne pourrait pas entendre. Ballanchb , Essai sur le9 imlit^U(m sociales, l'« part., ch. ix. » Remarquons cepeodaot qu'an eba* pitre vu du même ouvrage, M* Ballancbe reconnaît deux classes d'hommes : les uns qui ne pensent que par la parole ; Aette classe , qui existait seule aux premiers jours du monde , va sans cesse décroissant : les autres chez lesquels la faculté de <pç|is.er est indépendante de la parole ; ceiis seconde class$ , qqi uq tient pas aux traditioos , qui brise le joug de Tautorité , est , «ani? an^ cune contestation , devenue la plu» nombreuse.

116 , p.* 131. — Si la pensée n'est pas sans le son qui la ,re-f présente, si Târoe n'est ce qu'elle est, c'est-à-dire capable de sentir ,dç penser et de vouloir, qu'^ la condition d'être attachée au corps , il s'ensuit nécessairement que l'esprit et la matière y se complétant l'un l'autre, entrent, éléments indispensables, danç la constitution de tout être déterminé , de Djeu par eonsé^ quent comme du reste. Dieu est donc âme et corps, étendue et pensée, ainsi que le veut Spinosa. Mais si. Dieu est infini, s'il est parfait , il est infini , il est parfait dans son corps comme dans son âme. 11 sera donc nécessairement , par son corps, partout oi^ il y a quelque corps ; ou plutôt tout corps fera nécessairement

partie du sien. Or , s'il est retendue de tout ce qui est étendu ^ pourquoi ne serait-il pas la pensée de tout ce qui pense? — Noos ne voudrions pas cependant attribuer trop légèrement à notre grammairien philosophe une doctrine qu'il n'avouerait pas expressément. Nous savons par plus d'une expérience combien il est difficile , dans certaines questions , de donner à la pensée une forme qui ne l'altère pas ; et nous jugeons un écrivain , non d'après quelques passages obscurs de ses livres , mais d'après leor ensemble et sur ce qui s'y trouve nettement articulé. Aussi ne sommes-nous pas de ceux auxquels il suffit de quelques lignes douteuses, de quelques expressions équivoques , pour prêter à Plotia parmi lesantiens, à M. Cousin chez nous, des doctrines panihéîstiques que letors tendances générales repoussent ; et M. Bouillier, de Lyon, dans un de ses excellents Discours d'ouverture , a bien montré qu'en appliquant aux monuments chrétiens le mod^s d'interprétation dont on a abusé avec l'auteur des Ennéades et le traducteur de Platon , on aurait bientôt introduit le panthéisme au sein même du dogmatisme qui lui est le plus constamment et le plus diamétrialement opposé.

il7 , p. 132. -^ « Die sprache ist auch nicht eingentliche eitie verrichtung des individuums , sondern , wie die sexual fooclion , eîne verrichtung der galtungv 'Begker , Organism der sprache,

118, p. 13â. — « Quand on ne fait que penser , on a dés paroles dans l'esprit , comme on peut dire de celui qui parle , qu'il a des pensées sur les lèvres. Db Bonald, Rech. phii,, etc., p. 125. i» — « L'univers entier est dans ce sentiment , puisque dans toutes les langues, expression Odèle des pensées universelles , on dit 9* entretenir avec soi-même , s'entendre avec soi-même..,,. Id., Ibid., p. 381. B

119, p. 132. — <{ La question tout entière du langage réel (1. révélé) ou inventé peut être réduite à la démonstration de l'impossibilité de son invention ; et cette démonstration se trouve dans celte proposition sérieusement méditée : que Vhomme pense sa parole avant de parler sa pensée , ou autrement , que Vhomme ne peut parler sa pensée, sans penser sa parole. De Donald, Rech. phil.j etc., p. 124-125. »

1^, p. 133. — Ce que M.. De Bonald prciijd pour une nécessité inhérente à la nature des choses n'est que lo résultat d'une association dont une longue habitude nous rend à peu près les esclaves. Que de gens , dans nos villages plus particulièrement ^ ne peuvent lire qu'à haute voix ! Ne rencontrons-nous pas fré* quemnoient des personnes qui sont , il est vrai , parvenues à lire tout bas , mais qui , si elles contiennent l'éclat de leur voix , ne peuvent cependant contenir le mouveoient de leurs lèvres ! Les lettrés , en général , ne lisent que des yeux. Avec ((nelque persévérance , nous triomphons des habitudes contractées lors de nos premières éludes , et rhomjj^ retrouve le libre arbitre que l'enfant avait pour ainsi dire pe^t — Lorsque je m'étonnais , en écrivant les lignes qui précèdei^ftelles auxquelles cette note se rapporte , qu'on n'eût pas contesté à l'homme Tinventlon de Récriture, j'avais complètement oublié le chapitre que M. De Bonald, dans ses Rech. phil., a consacré à cette question ; il y établit à sa manière, que « Dieu lui-même constitue la première société en promulguant et Gxant par l'écriture la loi positive , comme il avait constitué la première famille en lui enseignant avec la parole les devoirs naturels. — (Et au bas de la page , en note) Les rabbins attribuaient à Adam l'invention des lettres et de l'écri* ture , et lui donnaient pour maître et pour précepteur l'ange Raziel. Ch. m, p. 278. » Nous ne suivrons pas l'auteur'dans l'énuméralion des raisons ( il n'en compte pas moins de 7 ) d'où résulte pour lui l'impossibililé phyiique et morale qw l'homme ail invenlé l'art d'écrire, M. De Cardaillac a fait justice de cette hypothèse insoutenable , dans ses Eludes élémenlàires de philoiophie, $. 385. Déjà Platon avait dit poétiquement , dans le PhUèbe (traduel. Cousin, I. ii, p. 304] , que celui qui a inventé l'écriture était sans doute un Dieu ou un homme divin. — L'origine de nos caractères graphiques a d'ailleurs soulevé des questions analogues à celles qu'avait provoquées l'origine de la parole ellemême ; on a , par exemple , longuement et savamment recherché s1I y avait eu oa non u)i alphabet primitif, quel pouvait être cet alphabet , quels étaient les objets naturels que les premiers caractères graphiques avaient eu la prétention de reproduire, etc., etc. Sans entrer sur ces différents points dans d'inutiles et fasti-

dieux délaîls, noas croyons cependant faire qaelqqe pl^sir à nos lecteurs en leur rappelant, quant à ce qui regarde la dernière de ces questions, comment Ta résolue un honame qui s'e^t pendant vingt ans occupé de ces matières. « La plupart des écrivains, nous dit-il, qui pnt fai( des rec|iercbes sur Torigine des lettres ont supposé que les divers alphabets répandus chez les différents peuples dérivaient tous d*uQ premier alphabel , dont ils ne sont que des copies plus ou moins altérées. Ainsi, au lieu de se perfeclionner de siècle en 6iè4)le av^ les connaissances humaines , Talphabet, seloq eu¥ , en passaiH de VBgypie chez les Phéniciens , des Phénieieps chez les Grecs , des Grecs chez les Latins, n'a fait que déftiérer, en s'éloignant de plus en plus de son modèle primitif. Mpdés sur un principe aussi peu naturel , ils ont donc prétopdu que c'était dans la fprme des lettres les plus «nd^nnes qu'il fallait chercher ce que représentait celle^ de iios lettr^p actuelles* >» Après avoir réfuté ceux qui croient que les types des premiers caractères grapWqnes étaient des animaux (l'ibis op |p lioeuf poqr TA, il brebis pour le B, etc., etc.) , il ajpnte : « Cp9 signes, dans les premijsrs temps el pen-* dant plusieurs siècles , ne furent donc , à «e qu'il parait , et comme le prouve d'ailleurs la prodigieuse variété des anciens ^alphqbçts, que des signes arbitraires et eonventionnels....... »

Jtf ais peu à peu , de perfectiopnemenl an perfectionnement , on en est venu àcoynprendre que ces caractères, représentant les sons de la voix dont se €orme Ip parole , devaient rappeler , autant que possible , les phéoomènps qu*iU avaient pour but de Teprodoîre. Op Ggura donc en eux et par eux, soit l'organe môme dans la forme qu'il affecte lorsqu'il éipet tello on telle voix,

soit quelque symbole indiquant la natpre de la yoix émise

« On ne peut disconvepir que le son A pç soit le premier et le

plus naturel de tous les sons Aussi ne faut-il qu'ouvrir la

boqche pour le formjçr* V ouverture de la bouche en était donc le

vrai signe C'est aussi ee que dépeint le caractère A, qui n'est

•que l'esquisse même de la bouche ouverte j c^mme on peut \^ ^'oir encore mieux en le présenlant'aipsi ;>►• Cette figure, un peu informe à la vérité • acquiert une épergjo fgrprmante , pour peu ^4^'on Ja p^fectjonne. Celte perfection se remarqua surtout dans

l'A de récriture cursive ainsi configarè, Je Il représente là

boaèhe si parfaitement , qu'on peot le faire entrer dans an portrait de profil , sans y rien changer , en le disposant seulement ainsi ^ . Sons cet aspect ne déconyre-t*on pas du premier coup d'œil les deux lèvres avec leurs rebords ? La ligne horizontale qui en réunit les deux branches sera ici la représentation des dents » (Py verrais plutôt celle de la langue). Quant à TE, «c le son qu'il indique est le signe dé Texistence ; c'est le souffle

de la vie, c'est le son même de la respiration Est-il rien de

plus propre à peindre le souffle de la respiration que l'image môme de l'organe par lequel nous respirons? C'est aussi ce que représente la forme de l'E..... il nous retrace le dessous du nez dans toutes ses parties. Les trois lignes parallèles dont il est composé sont une ébauche complète des deux narines et du diaphragme qui les sépare Il suffit de comparer un instant les

sons de nos différentes voyelles, pour se convaincre que celui de

ri est le plus aigu et le plus perçant de loas La ligne "droite

qui le représente » sous la forme d'une flèche ou d'un trait ^ est donc la figure la plus convenable qu'on pût choisir pour le dépeindre L'explication de la figure de VI paraîtrait'' sans doote

incomplète , si nous ne disiotis rien da point que Ton est dans rasage de placer «an dessus..».. Ce caractère étant l'imagé du trait , on pourrait dire que le point qui s'élève au-dessus désigne le bot qu'il doit frapper. » Notre auteur ti'ignore pas que ce poiilt est une invention moderne ; qu'il n'était qu*iin moyen de dis^ tit>goet ) dans notre écriture barbare, soit de la lettre n, soit de la lettre tl , avec lesquels on les aurait perpétuellemetit confondus, les deux i qui parfois se trouvaient à 1q suite l'on de l'autre, et qu'etisuite l'Usage Ta maintenu sbr Vi, même lorsque l't était seul ; mais l'idée ingénieuse ^^ni en lait le bot vers lequel lé trait s'élanoe , ne lui è& sourit pas moins , et il l'accepterait voloiilfers à ce titre comme une utile amélioration. Etc., etc., etc. L'abbé Modssaud , L'alphabet raisonné, t. i , p. 5-66. — Cf. Bil- DKaouK, VanhelUlterschrift, Rotterdam, 1820. Bildérdijk pense d'une manière absolue que les earaelères d*éerilure offrent tous la ^gure des organes de la voix. En partant de ce point , il adhère à rppinion de ceux qui croient qoe les anciens alphabets ne con-

(cnaient que des consonnes , divisées en labiales » gaftorales , linguales. Il n'admet qu'un alphabet, dont tous les autres ne sont que des corruptions » etc., elc.

121, p. 132. ^— Cest un fait que nous constatons' tous les jours, et qui s'exprime dans notre langue par celte locution volgai re : Tai le mol mr le bout de la langue, — L'improvisatioq surtout s'aperçoit bien de ce défaut , et souvent la substitulfoir de plusieurs mots équivalents au terme qui nous manque , c'estr à-dire la périphrase , n'a pas d'adtre origine.

122 , p. 134. — De là ces formules si fréqueminent employée^ par les écrivains de tous les âges :

Qui pourrait cependant exprimer les ravage9 Dont celte nuit cruelle étala les images.

VoLTAiàE , La Henriade , ir.

123 , p. 134. — Ce qui n'empêche pas que le mot et l'idée , pour être distinets , ne soient 43t ne restent étroitement unis, dans le cours de la vie , par suite d'une association d'autant plus puissante qu'elle a été plus affermie par l'exercice et l'habitude ; et j'ai pu dire ailleurs [Polémique sur la traduction entre M. Maillet- Lacoste, etc., p. 32>33) , sans qu'il y ait la plus légère contratdiction entre mon opinion d'alors et celle d'aujourd'hui , que « dans le travail de la composition originale les mots ne marchaient pas d un côté , les pensées de l'autre , mais qu'au contraire mots et pensées arrivaient en même temps , s'organîsaienl du même coup , etc. » — Nous pouvons, au reste, nous appuyer Ici du témoignage de nos adversaires eux-mêmes : <( L'idée est innée , son expression est acquise. Si l'idée ne précédait pas dans l'esprit l'expression , jamais on ne pourrait nous faire comprendre le sens des mots , et nous h'eatendrions pas plus les mots ordre ei justice, que nous n'entendons des mots forgés à plaisir...,. Donc l'idée existe avant le mol qui la rend présente. Db Bonal9, Rech. pha., etc., p. 393-394. »

124, p. 135. — Je n'ai pas entre les mains le livre de Becker ; et j'incline à croire qu'on y trouvera plus ou moins expressémeiit ce qu'ici je lui fais dire. Toutefois , je crains d'avoir forcé un peu sa pensée. Mes notes du moins ne me donnent sur ce point que

ecUe phrase qui n'a rien de choquant : a Dièse verrichlung is( dcm menschen ausschliesslich eigen, weil nur in dem menschen eîn geislîges leben sich za einem gemeinsamen leben der gatiung erwcilerl. §. 1. » — Mais ce que Becker n'aura peut-être pas dit d'une manière aussi tranchée , d'autres nous le diront nettement à sa place : « L'homme rend par un signe extérieur ce qui se passe au dedans de lui; il communique sa pensée par

la parole Aucun des animaux n'a ce signe de la pensée; ce

n'est pas, comme on le croit communément, faute d'organes. La langue du singe a paru aux anatomistes aussi parfaite que celle

de l'homme; le singe parlerait donc s'il pensait Les animaux

n'ont pas la pensée, même au plus petit degré Ce ne sont

pas les puissances mécaniques ou les organes matériels ^ mais c'est la puissance intellectuelle , c'est là pensée qui leur manque. SuFFON, Jnlroduciion à l'histoire de If homme, vers la fin. » — a L'orang-outang ne parle point , il ne pense donc point ; car pour penser, il faut parler. Gh. Bonnet, ContempkUion de Iq na^ iure , 12^ part., ch. xlvii. » Toutefois, il ne faut pas oublier que dans la même partie de son livre , Bufibn accorde aux animaux le sentiment et la conscience de leur existence actuelle , et que Bonnet, dans son Essai de psychologie, ch. xix, reconnaît aux animaux une intelligence qu'il fait seulement plus limitée que la nôtre.

125, p. 136.— Voy. Thomas Reid, traduct. Jouffroy , t. ii, p. 89109, et t. V, p. 118-123. Cf. Ad. Gabnier, La psychologie et la phrénologie comparées, p. 142-162.

126 , p. 141. — J'avais , dans mes Leçons de logiqw, p. 382 et suiv., parlé des imperfecliom de la pensée naturelle qu'ici je regarde comme parfaite. La contradiction n'est qu'apparente. Le mot naturel est malheureusement un de ces termes qui signiGent tant de choses, que j'ai bien pu , sans le vouloir, représenter par le même signe , dans les deux passages que maintenant je rapproche , deux idées essentiellement différentes. Dans ma Logique, j'entends par pensée naturelle la pensée disposant déjà d'une langue plus ou moins riche , et se préoccupant de sa culture lillé:raire , mais abandonnée , comme nous disons , à ses instincts propres et ne s'étant pas donné encore ces règles , cette méthode,

tel art qui la prôserveni des écarts auxquels, ainsi coi&prise , elle est nëcessairemetit sujotte. Ici, la pensée naturelle, c^est peur moi la pensée primitive , celle qui résulte immédiatement de notre commerce avec les réalités dont nous prenons connaissance , celle qui se forme en nous non-seulement avant que nous songions à la conduire à Faide de Texpérience , mais qui est antérieure à toute expérience , qui échappe à toute direction , qui ne s'exprime enfla que par ce langage concret et pur de toute Convention , que nous appelons avec raison le langage de la nature. Voy. dans mes Xefoni de logique, p. 59 et p« 238- 2M*, ce que J'entends par pensée primitive, jugement primitif/ .

127, p. 144. — Ainsi , dans une affaire des plus graves, un malheureux, accusé et eonvainca d'avoir tué un banquier de Pontoise , lorsque déjà l'arrêt de mort était suspendu sur sa tète , s'écriait , en style burlesque , devant la Cour d'assises de la Seine : « On peut bien se tromper dans une position aussi désagréahU que celle que j'éprouve » , et soulevait dans l'assemblée, que pourtant son repentir aurait pu émouvoir , un rire universel. Yoy. La Qaxette des Tribunaux, Cour d'assises de la Seine , audience du 30 juin 1844.

128 , p. 144. — Voy. mes Leçons de logique, p. 151-162, 307- 309 et 395-396.

129, p. 144. — Voy. mes Leçons de logique, p. 230-244 et 354-362.

130 , p. 146. ^-^ Il ne s'agit pas de fausser une nature donnée; il s'agit seulement de 1^ réduire aux proportions qui la feront eoâiprendre et accepter de ceux avec lesquels elle se met en rapport. C'est cette sorte d'équilibre que, dans un autre but, la théorie morale d'Adam Smith nous propose. Le fait est que toute supériorité qui voudra élever peu à peu jusqu'à soi les infériorités qui l'entourent, s'inolinera d'abord et descendra jusqu'à ellesi

131 , p. 146. — C'est la régie des rhéteurs :

Ne faites point parler vos acteurs au hasard etc.

132, p. 146.— Voy. PaÈoBB, FabUs, liv. v, £ib. 5. -> Voici d'ailleurs comment Perrault , dans son Parallèle des anciens et

des modernes (t. m, p. 216}, explique, à Tavanlage de ceox qui se Ironapeot , celle illusion : « Quand le comédien qui contrefaisait le cochon à Athènes plut davantage au peuple que le cochon vërilable qu'un autre comédien cachait, dans son manteau, on cru^ que le peuple avait tort, et le peuple avait raison , parce que lé comédien qui représentait cet animal en avait étu* dié tous les tons les plus marqués et les plus caractérisés , et les ramassant ensemble , remplissait davantage ridée que tout le monde en a. »

133, p. 146. — Aristote déjà voyait avec Couleur l'orateur condamné par l'infériorité morale de san auditoire, $tà Tviv roO àx^o«ToO iio)^ripiixvy à caresser la passion , lorsqu'il ne devrait avoir que la raison à éclairer ( Rhéiorique , liv. i , ch. 1 , et liv. m, ch. 1 ) ; il déplorait ( Poëliquc, ch. 10, ch. 9 des anciennes éditions ; Cf. H. Martin , Analyse critique de la poétique d' Aristote, p. 31 et 98) le sort des poètes tragiques que le mauvais goût de leurs juges , Btà ro^^ç mpiràç ( et non xtmoxptràç , comme portent les anciennes éditions] , contraignait à allonger leurs pièces par d*interminables épisodes , et à entraver ainsi la marche de Taction. — « J*eus bien de la peine, écrivait Voltaire au P.

Porée à propos de son OEdipe , à faire recevoir une tragédie

sans amour. Les comédiennes ( Ici les \trnoy.ptz(xi sont en même temps les Ttptroii) se moquèrent de moi , quand elles virent qu'il

n'y avait point de rôle pour l'amoureuse Je gâtai ma pièce ,

pour leur plaire , en affadissant par des sentiments de, tendresse

un sujet qui les comporte si peu »

134 , p. 148. — Il y a quatre points de vue sous lesquels on peut considérer ce que nous appelons l'espace et le temps. Pour quelques philosophes (Hobbrs, PhUosophia prima , c. 1 ; Lockb, Essai sur l'entendement humain, liv. Il, ch. xiii , $. 10) , le tempà et l'espace ne sont que des accidents physiques détachés par l'abstraction du concret corporel auquel ils appartiennent ; pour d'autres (Rant, Critique de la raison pure, traduct. Tissot , t. ii » p. 70-107) , ce sont les formes de la perception sensible , de la sensibilité, comme parle le philosophe allemand, formes qui s'impriment sur les phénomènes matériels , et par suite ise mêlent à la notion que nous nous en formons , lorsque notre faculté de

percevoir les saisit ; d'autres encore n'y voient ( Glari^b , De H'eopisUnee .d€ Dieu , ch. v et vi] que deux attributs divins, rim* mensilë et rëternilé, envisagés par l'intelligence humaine tantôt en ettx-mênies, tantôt dans leurs rapports avec les êtres finis el périssables ; on pourrait enfin en faire deux réalités indépendantes et du corps et de rame et de Diçu. De ces quatre doctrines, — la première a été radicalement détruite par M. Cousin dans sa belle réfutation de Locke [Qmn de Vhisloire de la philosophie, 17* et 18" leçons) ; — la seconde , quelqu'ingénleuse qu'elle soit , ne soutient pas Texamen ; sL la distinction établie par Tbuîhanilé tont entière eaife le moi4'une p«rt» le temps et l'espace de l'autre , n'est qu'une illusion, qui me prouvera que la distinction faite par nous entre l'âme et la matière ou Dieu n'esl pas illusoire au même titre ? ^ous sommes donc , dès à présent (et c'est tout ce que nous voulions donner à entendre), fondés à iséparcr nettement les idées du temps et de l'espace des idées relatives soit au^corps, soit à l'âme. — Quant à ce qui est des deux dernières hypothèses entre lesquelles il faudra nécessairement opter , nous demanderons à nos lecteurs , tout en leur avouant notre prédilection pour la troisième, à les méditer encore ayant de nous prononcer.

135, p. 148. — Cette faiblesse de Tinlelligence qui ne comprend un phénomène nouveau qu'à l'aide d'un phénomène avec lequel elle s'est déjà ifamiliarisée, qui ne voit Tinconiiu qu'à travers le connu , se remarque surtout dans l'enfance des individus et des peuples. Voilà pourquoi àanâ^doute les premières langues nous présentent un si petit nombre de radicaux , el un si grand nombre de termes qui en sont dérivés^ — On a déjà remarqué (Voy. entre autres Edêlestand du Mébil, Poésies popur laires latines , p. 43, note 3) la répugnance instinctive que Von éprouve pour les mots entièrement nouveaux. La vraie cause de cette répugnance se trouve dans la faiblesse intellectuelle que nous venons de constater; on ne peut pas songer à chercher une expression neuve pour une idée qu'on né saisit que par le rapport réel ou imaginaire qui la rattache à une idée antérieurement acquise et nommée. — D'où vient encore, sinon de ce mêmeprin^ cipc , l'effort que nous faisons , lorsque nous avons étudié pluff

particulièrement (elle ou telle classe de phénomènes , pour y ramener ceux qui s*en distinguent le plus profondément? Le physiologiste qui consacre sa vie à là science du corps incliné vers le matérialisme ; ce Gilbert, dont Bacon nous parle, retrouve partout les lois de Taimant dont il s'est exclusivement occupé ; et les Idola specus du Novum organum (liv. !> aph. 58) n'ont pas d'autre origine.

136 , p. 150. — J'ai cherché à déterminer avec plus de précision qu'on ne l'avait fait avant moi le principe de celte loi dé l'esprit connue sous le nom d'associalion des iâées. Il m'a semblé que le besoin de l'unité ou plutôt de la totalité en constituait exclusivement l'essence. Voy. mes Leçons de logique, 5' Leçori, p. 162166.

137, p. 150. —Voy. supra, p. 5052.

138, p. 150. — C'est Isaac Vossius qui a dit dans son Traité De poemaium canlu et viribus rhyihmi, Oxonii , m dc lxxiii , p. 65-66 : « Si vel solam spectemus manum , ecquis negare possit , eam motus habere magis coiis|Hcaos et apertos quam ulla habeat lingua , quum nollis coerceatur claustris , et in omnes formas et figuras sil explicabilis? Literas quidem illa et articulala vocabula depromere nequit , sed profecto si tadlumdem laboris , ac fit in perdiscendo aliquo sermone , arti iropendamus -pantomimicœ , baud minus forsan clare animi nostri sensus aperire liceret , ac nunc lîngus facimuis beneiicio. Nec quidquam felicilatis humani generis decederet , si puisa toi linguarum peste et confusione , unam artem callerent knoHales , et signis , motibus , gestibusquo licitum foret qoidvis explicare. Nunc vero ita Comparatum est , ut animalium quae vulgo bruta creduntur, melior longe quam nostra hae in parte videatur conditio , ut pote quae promptius et forsan felicius sensus et cogitatioties suas sine interprète signiticent , quam ulli qùeanl mortalet, prassertim si peregrino utantur sermone, d Mais laissons Vossius et Rousseau qui le cite avec bonheur dans son Discoure iur Vorigine et les fimdemenis de rt'n^» galUé parmi les homme», not. 83 , murmurer au nom même de la nature contre une des institutions les plus naturelles que nos sociétés aient pu se donner.

139, p. 151. — Le grec moderne prononce, comme nous pro-

iioQçons noire i, non-scolement Tiola (e) , mais encore Tôla (13), l'upsilon (u}, e( la diphthongue 01; c'est ce qu'en tern^ie de grammaire on appelle Violads, — Noire langue française a failli aussi, à une certaine époque , sacrifier la plupart de ses voyelles à la diphlhongue oi {oye) , qui s'était introduite dans un si grand nombre de mots, qu'elle était, en quelque sorte, le principal caractère et comme le fond de la langue d*ot7 à laquelle elle appartenait ( Voy. Journal des savants, septembre 1829 , p. 543).

140, p. 151. — Jusqu'à Corneille inclusivement, notre adverbe hier est un monosyllabe ; il devient un disyllabe dans Racine et dans les poêles qui l'ont suivi. De nos jours, chez le même écrivain, cbcz y. Hugo, par exemple, il compte tantôt pour une syllabe, tantôt pour deux. — Quant au mot Dieu, que je donne comme ayant été un disyllabe dans notre ancienne langue, je crains de m'^ètre un peu avancé ; ce que j'ai relu ces jours-ci de nos vieux poètes établirait plutôt le contraire. Mais ce qu'on rie devrait peut-être pas dire de ce terme , on peut le dire de beaucoup d'autres : Guillaume de LorHs écrit, dans le Roman de la rose, aider, aïder (v. 1893) ; traître, traïslre (v. 5843); baine, haïne (v. 5871 ) ; etc., etc. Wace fait deux syllabes des participes eu (eu) , vu (véu) , etc., clc. (Voy. Vélablissemenl de la fêle de la Conception Notre-Dame , édit. G. Mancclet G. S. Trebulien, p. 13 et passim, et F. Gênin , Les variations du langage français depuis le xïi« siècle , p. 1 43 ) ; et Malherbe ( Ode au roi Louis XIII, 1627 ; Ode à M. De La Garde, 1628) traite de même l'infinitif /tii'r. — « Il n'y a guère, dit Régnier Desmarais {Traité de la grammaire française, p. 71 ), que les mots de Dieu, lieu, pieu, deux, mieux, vieux et plusieurs où elle (la dipbthongue ieu) soit en usage; car dans la plupart des adjectifs qui s'écrivent de même, comme dans pieux, odieux , glorieux , victorieux, Veu se prononce tellement détaché de Vi, qu'il fait une syllabe à part. » — A quel signe distinguerons-nous donc le cas où ces assemblages de lettres sont des diphthongues de celui où elles n'en sont pas? La chose ne paraît pas facile. Les poètes se metlent ici fort à leur aise. En italien , par exemple , les combinaisons io, au, ui, et, oi, etc., deviennent entre leurs mains a tantôt une syllabe , tantôt deux, selon le besoin qu'ils ont d'ajuster leurs vers. Ant. Scoppa,

Les vrais principes delà versification, §. 525. » Dumarsais , dans ses Principes de grammaire, au chapitre Des diphlhongaes , fait , relàlivement à quelques-unes de celles. que nos grammairiens reconnaissent, une observation analogue. Mais si la versification sépare ce que la prose réunit, les diérèses qu'on se permet en pareille circonstance, ne prouvent-elles pas qu'il y a réellement dans ces asserablagefs de lettres deux syllabes distinctes, et qu'il suffît , pour qu'elles soient parfaitement sensibles l'une el Tautre , de n'en pas trop précipiter la double ^mission ?

141 , p. t52P— On apprend tous les jours quelque chose. Un M. De Launay , cité par l'abbé Fromant ( Voy. les Réflexions surles fondeinenls de l'arl de parler , 1'* part., ch. ii, p. 100) , admet jusqu'à des télraphlfwngues. L'abbé Fromant ne perd pas son temps, et je Yen remercie pour ma part, à discuter ces n^onosyllabes composés de quatre sons réunis. Nous imiterons sa réserve. — Nous ne nous arr<^lerôns pas davantage sur les triphthongues ; ce que nous avons écrit à ce sujet , p. 205 , note 46, nous parait plus que suffisant. — Les dipbthongues se soutiennent mieux. Remarquons cependant qu'elles perdent de jour en jour^ et que déjà le nombre en est singulièrement réduit. « Les dipbthongues, selon le président De Brosses (Form. méch,, etc., ch. m, §. 15), doivent être soigneusement distinguées. Il ne faut pas donner dans l'erreur ordinaire des grammairiens qui , dès qu'ils voient deux ou plusieurs voyelles écrites de suite, les appellent diphthoDgues, et qui d'un autre côté, par une maxime contraire, enseignent que ces compositions de trois ou quatre voyelles do suite ne sont qu'une seule syllabe;^ erreur à la vérité autorisée par notre usage général , tant en vers qu'en prose. » Dumarsais ( Principes de grammaire. Des diphlhongues) , et après lui l'abbé Girard { Les vrais principes de la langue française, 1®' Discours, t. I, p. 14) ont sagement distingué, eti attendant mieux, djes diphthongucs vraies et fausses; les premières syllabiques, pour l'oreille, les secondes orthographiques, pour les yeux. On a même été jusqu'à .n'en pas admettre dahs certaine^ langues. Grœeû nulla est diphthongus , écrit Th. De Bèze ( De ling, fr, recl. pron., p. 41. Cf. F, GÉiKiN , Les variations du langage français depuis le xii« siècle, p. 129). Nous n'en voyons nulle park

— Au resle, la question des diphthongaes esl étroitement liée^ à celle de la réforme orthographique. Lorsqu'on osera peiadre les sons tels qu'ils sortent réellement de nos lèvres, cette analyse graphique éclairera d'une lumière plus vive le phénomène si confus encore pour noiTç de l'émission des voix et de leur articulation. Il faut donc encourager les tentatives asse;; malheureuses jusqu'ici , pour ce qui concerne notre langue , dea $ylviu8 , des Meigret , des Pelletier , des Ramus, des Lesclache, des Lartigaut ( Voy. leurs systèmes orthographiques exposés par Régnier Desmarais , dans son TraUi de la grammiire françaite . p. 99-102) , des Dnclos ( Voy. son édition de la Grammaire générale et ramnnée de Port-Royal) , des Abbé De Sainl-Pierre (Projet pour perfedioner l'ortografe de$ langues d'Europe) , et, plus près de nous , des Dom.ergue , des Wailly ( Voy. leurs Grammaires), des Marie (Voy. le Journal grammatical et didactique de la langue française) , elc», etc. , etc. Espérons qiie notre Académie française tentera pour notre idiome ce qu'ont obtenu pour l'espagnol et l'italien les Académies de Madrid et de Florence j et que le mensonge abécédaire , comme disait Domergue (Voy. Iq Journal grammatical de M. Marie , 1. 1 , p. 347) , fera enfin place à la vérité ! Ce serait un service immense rendu à notre éducation première , qui a tant à souffrir de ces ridicules anomalies. Et que de temps gagné par la seule suppression des lettres inu-

tiles ! On s'est donné la peine de compter les lettres superflues dont sont surchargés quelquesouvrages de longue haleine; les Couvres de J. J. Rousseau, par exemple, en contiennent 1,300,300; celles de Voltaire , 4,580,000. « Or , comme on n'écrit guère que 10,000 lettres par jour, les auteurs de ces ouvrages ont perdu environ deux ans à tracer les caractères inutiles que renferment leurs manuscrits, et nous, nous avons perdu une multitude innombrable d'idées qui leur ont échappé pendant que leur main formait laborieusement tant de signes parasites. L'attention donnée à l'orthographe , a dit Roiste, est perdue pour la pensée. Mable, Journal grammatical, t. ii, p. 160. »

142, p. 152. — Ainsi, nous empruoterlons au grec son chi (x) et son théla (ô) ; à l'espagnol son d aspiré et son n; à Thébreu son ghimel igh), etc., etc. Les Italiens nous emprunteraient

noire j; les Anglais notre u, elc, etc., etc. Avec ane quarantaine d'arlicnla lions environ noas pourrions émettre tous les sons iqne toutes les langues* du monde connaissent (Comparez à cet effet les difiérents alpliabets anciens et modernes publiés par les saivanls ; — par Georges Hickes, Ânliqtitœ lUteralurœ sèplentriohalis. Kiwi n , Préface générale ; — par Guillaume Postel , Linguarum duodeeim characteribus differjentium alphabetum, in4<», Paris, i538; — dans la grsmdd Encyclopédie, L ii des planches, article fondebie

DES CARACTÈRES D*IMPRIHERIE ; — par DomTaSSIN et DOM TOUSTAIN,

Nouveau traité de diplomatique, 6 vol. în-4«., Paris, Desprez, 4750-1765 , t. I et ii ; — par Court d^ Gebelin, Monde prinàlif. Origine du langage et de récriture , liv. Y, séR. ii et m ; — p^r BcTTENEB, Exposiiio alphahctQi;um omnium populorum , ouvrago inséré dans les Nouveaux comm,entairee de la Société de Goellingue; etc., etc., etc.). Et qu*on ne croie pas qu'il en d^t coûter beaucoup aux populations qui , dants Tétat actuel des choses , 6Pi)t, absolument incapables d*émettre telle ou telle consonne , pojur, se Tapproprier. C'est là une affaire d'éducation , rien de plus. En s'y exerçant dès Tenfance, après deux ou trois généra* lions, les Anglais prononceraient Vu aussi correctement que nos Français, et les Français le th aussi purement que les Anglais; le tout, sans qu'il soit nécessaire de se torturer la mâchoire, pas plus qu'il ne l'a été au fond à saint Jérôme, "pour prononcer* l'hébreu (Ce petit conte assez ridicule, copié par Peignot, Dictionnaire raisonné de bibliologie , v^ langue , dans le Menagiana de 1694, qui probablement rivait' emprunté aux Petits traitez en forme de lettres escrites à diverses personnes studieuses, par La MoTHE Le Vater, Paris, iiocxlyiii, let. 34, a été réduit à sa valeur par le Menagiana ûe 1729, Paris, 4 vol. in-12, t. ii, p. 364 et suiv.) , de se faire limer les dents!

143 ; p. 153. — Les mots cerise et fraise, et ceux, qui ont entre eux quelque rapport du même genre , sont tellement identiques dans la bouche d'un enfant de dix-huit mots à deux ans , qu'il nous a toujours été absolument impossible de les distinguer. Cette confusion* provient de la ijiifficulté que cet âge éprouve à plier les organes de la voix aux exigences de la langue qui lui esi imposée; il y a un certain nombre d'articulations naturelles ou du

moins exlrômemeol faciles , qui sont pour lui comme autant de moales dans lesquels il coule toutes les voij^ donf il fait usage. Le F, le R ne lui sont pas accessi|>le8; et il les remplace, le premier par le S , le second par le L , lorsqu'il ne les supprime pas entièrement. Plus d'une de nos combinaisons , ou pour mieux dire , de nos juxtapositions de voyelles , lui sont également interdites : oi pour lui devient é ; ié suivi d'un L ou d'un R , se change également en i, etc. On reiconnaîtà l'absence de ces mêmes juxtapositions de voyelles on de consonnes les idiomes des peuples ^nfiints, et ceux des nattons qui, quoique fort avancées sous d'autres rapports, ont cependant copservé dans leur langage quelques-unes daHeurs habitudes primitives; ainsi, comme nous avons déjà eu occasion de le dire (Voy. p. 213, note 61), quelques peupli^des de l'Amérique du nord n'articulent pas le F ; le R n'-existe pas pour les Chinois (ce qu'au reste on pourrait avec Peignot, DUiionnaire raisonné de bibliologie, v^ langue, attribuer aq caractère efféminé de celle nation) ; et les mois sofr, roi, miel , pien^e , se prononcent dans notre moyen-âge ser, ré,-mel, père,

144 , p. 153. — C'est ce qu'a entrevu Beauzée, mais sans donner suite à cet aperçu. Voy. se Grammaire générale, liv. I^ c. iv, t. I, p. 106-107. Il distingue , dans ce passage, la syllabe physique, c'est une voix sensible prononcée naturellement en une aeule émission : ex. : a-tnt; et la syllabe arti fideîle , c*eslune voix sensible prononcée artificiellement avec d'autres voix insensibles en une seuU émission : ex. : trvm-peur, qu'on prononcerait, si l'art ne précipitait ici la prononciation et n'effaçait les deux voix insensibles qui s'y trouvent, et que par suite on écrirait te-rompeu-re'. — Quelquefois nos vieux poêles décomposent ainsi et allongent certains termes : Tadjectif féminin dernière s'écrira der» reniere (Cf. Edélbstand du Mébil, Poésies populaires latines, p. 78, note 4). Le substantif livre, dans ce système, prendrait un e après le v . livere; telle est l'orthographe que lui donne , peutêtre par inadvertance , un passage de la Chronique de G. Gaimiir (Cf. Fb. Michel, Chroniques angloénormandes , 1. 1, p. 62). — Une des misons pour lesquelles Abel Rémusat refuse de regar* der le chinois comme réellement monosyllabique , c'est qu*un

grand nombre de mois dans celle langue comraencenl par deui consonnes,' ieWes que tch , U , et que dans la réalité ces deux consonnes , divisées par an e muet en deux parties distinctes , s^artîculent séparément , et forment par conséquent deux syllabes. Mélanges asiatiques, t. ii , p. 48. — Il y a des gens dans la bouche desquelles nos mots scrua'n, scrutateur, deviennent se^ crutin, secrutateur. ~ Les Allemands prononcent les mots français cidre , libre , comme ils prononcent leurs mots brùder [e) , lieber (a), et les trois syllabes que réellement ces mots contiennent sont plus distinctement articulées par eux que par nous. Ils n'en font cependant comme nous que des disyllabes ; seulement ^ par une de ces singularités qu'il n'est pas toujours facile d'expliquer, c'est la troisième syllabe que chez eux l'écriture supprime, tandis que chez nous c'est la seconde : réunissons ce que ces deux systèmes se partagent , nous aurons le mot tout entier. — Il y a eu des langues (c'est du moins ce qu'affirme M. £dé)estand Du Méril y Poésies pop, lai'., p. 46, note 2, et je m'en fie pleinement à sa scrupuleuse érudition) où toutes les syllabes étaient composées d'une seule consonne qui la commençait et d^une seule voyelle qui la terminait. Voilà, ou peu s'en faut, notre idéall

145, p. 153. — Une syllabe et demie dans nos vers à rime féminine et ^ la fin de la ligne; mais au milieu du vers deux syllabes entières. — Nous nous étonnons fort d'ailleurs ^ue nos * poètes ne se soient pas permis, à propos de tous les mots du même ordre , ce qu'ils se sont permis à propos de quelques-uns d'entre eux ; pourquoi , par exemple , lorsqu'ils écrivent à leur gré encore et ençor ( avec et avecques , onc et oncques , illec et iilecques, se disaient iudiiTéremment dans notre vieille poésie ; mais ces locutions ont vieilli) , pourquoi, dis-Je, n'écrivent- ils pas amour et amoure, lionneure et honneur, concevoir et conce^ voire, etc., etc.?

146, p. 154. — Nous écrivons ce mot avec M. Quicherat par un seul s , comme récrivaient les Latins et les Grecs. Si mono- ^Uabe, trisyllabe , polysyllabe n'ont qu'un s, pourquoi di^Uabe en aurait-il deux? L'un de ces deux s ne saurait d'ailleurs appartenir au premier des deux éléments dont notre mot disyllabe est composé. Ou écrit di-phlhongue et non dis-phlhongue , di-lcmmc et

— 2Ge —

non dû'lemme, di-Uique et non dis-slique. Le s que aous repou3sons au nom de t'élymologie et de l'<inalogie , o*a pas plus de droU ici que n*en avail dans le mot polygarchie le g qui s'y éiaii glissé.

147, p. 154. — Bibi en Normandie ; Boèo partout ailleurs. Ce n'est aussi qu'en Normandie qu'on dit, comme .par esprit de contradiction , à malin et ce midi , quand on dit ce malin et à midi dans tout ie reste de la France.

148, p. 154. — il faut sur ces questions obscures entendre toutes les voix : a Les enfants , qui , dès leur naissance , se trouvent environnés de tant de moyens d'apprendre les langues, et dont les organes sont si flexibles , commencent par prononcer des monosyllabes. A plus forte raison doit-on croire qu'il en a été ainsi chez les premiers hommes , dont les organes étaient Irés-durs, et qui n'avaient encore entendu aucune voix huoiaipe... Les premières paroles humaines furent ( après les signes formés par onomatopée) les interjections,... qui dans toutes les langues sont des monosyllabes. Puis vinrent les pronoms,... qui pour la plupart sont des monosyllabes dans presque toutes les langues/ On inventa alors les particules , dont les prépositions, également monosyllabiques , sont une espèce nombreuse. Peu à peu se formèrent les noms , presque tous monosyllabiques dans l'origine... Les verbes tum, qui indique l'existence, verbe auquel sje rapportent toutes les essences , c'est-à-dire tous les objets de la métaphysique; 8to, eo, qui expriment le repos et le mouvement , auxcfuels se rapportent toutes les choses physiques; do. d^co, fado, auxquels se rapportent toutes les choses d'action , relatives soit à la morale , soit aux intérêts de la famille ou de la société , ces verbes, dis-je, sont tous des monosyllabes à l'impératif, es , sla, t, da, die, foc; et c'est par l'impératif qu'ils ont dû commencer. Vico , Principes de la philosophie de Vhisloire , traduct. Michelet, p. 152 154.»

149 , p. 155. — C'est M. Duponceau , qui, dans sa traduction anglaise de la grammaire allemande de Zeisberger, dont j'ai déjà parlé , p. 2â2-223 , a le premier , si je ne me trompe, prononcé le mol polysynlhélisme , el appelé sur le phénomène singulier que ce mol représente l'jiltention des grammairiens.

150; p. 155. — Voy. Bopp, Kritische grammatik der sanskrOa-

sprache , §. 335 , 326 , 34*. — Quelques vesliges de ce polysjn thëiisme, que j'appellerais plus volontiers polysyncrélisme , se remarqaent dans Tançienne langue de la Grèce : Axtfrnapiy malheureux Paris , dans Homère ( Hiaife , liv. III, V. 39; XIII, 769; Ovide a même osé transporter ce mol dans la langue latine); A\j(TÙé»TH9 malheureuse Hélène, dans Euripide (Orestje; v. 1391); etc., etc.

151 , p. 155i. — Cf. Gbsbnios, Hebraïsche grammatik , %, 87. Le premier des deux noms est abrégé en partie dans ses consonnes y en partie dans ses voyelles ; c*est ce qu'on appelle son étal de cpnstruciion , slattu conslrucluê, par opposition à son étal absolu , itatw absoltatu,

152, p. 157. — a Les-mots chinois, pris séparément, sont tous invariables dans leurs formes; ils n'admettent aucune inflexion , aucun changement ni dans la prononciation ni dans Récriture. — Les rapports des nom?, les modifications de temps et de personnes des verbes, les relations de temps et de lieux, la nature des propositions positives , optatives , conditionnelles , ou l)ien se déduisent de la position des mots , ou se marquent par des mots séparés qui s'écrivent avec des caractères distincts, avant ou après le thème du nom ou do verbe. — Les Chinois appellent mots pleins les mots qui ont une signification propre , comme les néms et les verbes, et mots vides ou tei^mes auxiliaires les particules qui ne servent qu'à modifier le sens des premiers pu à marquer les rapports qui les lient entre eux. A. Rémusat , Elémenu de la grammaire chinoise, §. 60, 61 , 62. » Tel est bien, sans contestation , le caractère de la langue chinoise. Mais doiton voir dans ce caractère , comme nous le pensons , un signe de haute perfection? La question , loin d'être ainsi résolde, n'est pas même posée. En général , on s*accorde à regarder les languçs que yiippeWeTais synçréliques , telles que le sanskrit et le grec, comme infiniment supérieures à celles que j'appellerais analytiques, et en tête desquelles il faut placer le chinois. — Selon Fr. Schlegel , « les idées accessoires qui servent à déterminer la signification d'un mot peuvent être exprimées de deux manières... 1° par des flexions, c'est-à-dire par des altérations intérieures du son radical ; 2<* par l'addition d'un mot propre qui énonçait déjà

aupuravant el par lui-même la muUilude, le temps passé , une nécessilé fulure , ou (elle anlre relation du même genre. La distinction de ces deux cas trës-simpleâ sert à diviser les langues en deux classes » : les unes organiques, vivantes ; les autres mortes en quelque sorte el inorganiques. Â la seconde classe appartient le chinois. La langue de cette nation, d'ailleurs si polie, se trouve ainsi placée au dernier degré de Téchelle (Essai sur la langue el la philosophie des Indiens, traduct. Mazure , Itv. i, ch. 4).» — M. G. De Humboldt n'est pas beaucoup plus favorable à la langue chinoise. 11 y a pour lui quatre classes de langues. La première classe, la plus imparfaite de toutes, comprend les idiomes qui n'expriment les rapports grammaticaux qae par la position des mots [signiGcatifs ; qui disent, par exemple , 7t»r6- Pierre, ou Pierre-livre, là où les Latins disaient liber Pétri (c'est ainsi que parlaient fréquemment nos pères : Au sixième livre Virgile, Roman de la rose , v. 9330.: Quand le doux fils Dieu se baigna , Le testament de Jean de Meung , v. 210 : Croix fut du sang Dieu vernisée, Ibid,^ v, 637, etc.). Viennent en second lieu les dialectes, où la position des mots est invariable, et où les rapports sont marqués par des noms qui ont perdu peu à peu leur siq^nification primitive et qui ne sont plus que de simples particules ; telle est la langue chinoise. £n troisième ligne se rangent les idiomes dans lesquels les signes qui expriment les relations grammaticales des mots s'attachent à ces mots eux-mêmes par une sorte d'aggrégaiion , d'agglutination qui permet encore de distinguer dans le composé les éléments dont il est formé : ce qui se remarque dans la plupart des dialectes américains. EnGn, cl au degré le plus élevé de Téchelle, M. De Humboldt place les langues à flexions, celles dans lesquelles l'accent constitue l'unité du signe; telle cette belle langue grecqué^, la plus parfaite de celles que les hommes aient parlées. Yoy. le Mémoire du savant philologue tjber dasentstehen der grammatischen formen, etc., Berlin , 1823, in-4<^; ou, à son défaut , l'article d'A. Rémiisat sur ce livre , dans les Mélanges asiatiques , t. i , p. 257 et suiv. — Mais comment expliquer cette étrange contradiction entre la culture si avancée de rinlelllgencc en Chine et la prétendue ru- 4^sse de son langage? Il ne faut pas- oublier, comme l'a fait re-

marquer A. Rémasal, qae cette langae chinoise « a servi à exposer d^ine manière aussi lucide que le grec les doctrines platoniciennes et les subtilités de la métaphysique des Brahmanes (Mélanges asiatiques, t. i, p. 265). » M. De Humboldt luimême, dans, une Lettre à M. Àbel'Rémusat sur la nature des formes grammaticales en général et sur le génie de la langue chinoise en particulier (t^aris , 1827 , in 8» de 122 pages ) , a bien été obligé de convenir qu'aucune langue ne peut lutter avec le chinois pour l'expression des idées pures, des idées isolées; qu'aucune ne laisse apercevoir d'une manière aussi nette » aussi tranchée , l€s rapports logiques que les idées soutiennent entre elles ! Silveslre de Sacy n'en fait pas , quoique sans le vouloir, un moins solide éloge , en supposant qu'un philosophe sévère qui ne tiendrait à parler qu'à l'intelligence s'en accommoderait parfaitement (Yoy. Journal des savants, février 1828, p. 77). Pour moi, je croiâ avec Gondillac ( 6rrammat>^ , 1'** part., ch. ii), que les langues les plus parfaites sont celles qui analysent le mieux la pensée, et s'il est vrai que le chinois possède à un haut degré ce suprême avantage , je n'hésite pas à le placer bien au-dessus des langues indo-germaniques, qui sous ce rapport laissent encore tant à désirer.

153, p. 157. — Dans notre opinion, les langues indo-germa-' niques , que la plupart des linguistes allemands regardent comme les plus parfaites de celles quise sont parlées et se parlent encore sur notre globe , en sont , à peu de chose près, au point où en étaient les langues grecque et latine. Or, les langues latine et grecque sont celles de la civilisation antique ; et la civilisation moderne ne saurait s'en accommoder. Voilà pourquoi sans doute les peuples qui aujourd'hui marchent en tète de la grande armée humaine , la France et l'Angleterre , ont rompu avec les formes syncrétiques de ces vieux idiomes , tandis que les nations qui les conservent ne suivent que de loin et lentement le mouvement social. — Ce n'est pas d'ailleurs le chinois seulement qui nous prouve que l'idée du temps peut se détacher de l'idée d'existence ou d'affirmation plus spécialement exprimée par le verbe. Au nombre des idiomes américains , il s'en rencontre deux , le maya , et le betoi , chez lesquels le verbe a deux formes bien distinctes :

Tune d'elles joint à l'idée de Taelion celle da iemps auquel Taclion esl rapportée; mais l'autre énonce purement cl simplement la liaison de raltribut avec le sujet. Cf. G. Db Homboldt , Lettre à M, Âbel'Rémuial mr la nature des fmvies grammaticales , elc, ou, sur celle Lettre, un article de Silvestre de Sacy, inséré au Journal des sfivanls , février 1828, p. 67-80. 154 , p. 158, — « Intereël aliquîd inter laborem et dolorem; sunt

finitima oronino , sed tamen differunt aliquid Haec duo

Grœci illi , quorum copiosior est lingua quam noslra , uno nomine

appellant verborum inops inlerduro quibus abundare te

semperputas, Grœcia! CicÊaoN, Tuseukmes, ii, 15. » — c ingens copia est rerum sine nomine , quas non propriis appellalionibos notamus, sed alienis commodalisque. Pedem elnoslram dicirous , et lecti , et veli , et carminis ; canem et venalicum , et

marinum, et sidus Haec alia sunt natura ; sed cffecit inopia

sermonis ut etc. Sênèqub, De beneficiis, lib. II , c. xxxit,

2 , 4. » — « G^esi une stérilité ridicule de n'avoir pas su exprimer autrement un bras de mer, uii bras de balance , un bras de fauteuil ; il y a de l'indigence d'esprit à dire également la îêté d'un dou, la tête d'une armée .... YdLTAïaE , Dtcl. phU., V^ langues, sect. lii. » — « Une autre difficulté est qu'un mesme

nom ait diverses significations et peut eslre contraires GeSIé

confusion de noms est mesmes commune entre les Grecs , solvant en cecy les Hebrieux..... Ce qui leur est commun principalement es noms des animaux, des plantes, et des pierres ; coniroe Il a esté toujours reconnu , ainsi que monstre le docte Gesner éii son Histoire des bestes à quatre pieds , où il dit : A\m est nitrum docUssimoê etiam Judœorum hodie nihil cerïi de rerum iuminibus ut unmalium, plantàrum, metaUorum, vestiufn, insliiimentorum do* eere posse, La cause certaine de ceste confusion estant en ce^ qu'il y a beaucoup plus de choses que de noms.... un seul a e$ié

usurpé pour signifier diverses choses GmcHARp, L'hartnonié

étymologique des langues, préface, p. 13. » — Cette pauvreté du langage a produit une foule d'erreurs plus ou moins grotesques; « Dans le temps que les fragments de Pétrone faisaient grand bruit dans la littérature, Meibomius, grand savant de Lulieck , lit dans une lettre imprimée d'un autre savant de Bologne:

« Noos avons ici un Pétrone entier; je Tai vu de mes yeux et avec admiration ; hahemui hic Pelronium integrum quèm vidi meis œulis, non sine admiralione. » Aussilôt il part pour l'Italie , court à Bologne, va trouver le bibliothécaire Capponi , loi demande s'il est vrai qu'on ait à Bologne le Pétrone entier. Gapponi lui répond que c'est une chose dès longtemps publique. Puis-je voir ce Pétrone ? ayez la bonté de me le montrer. Rien n'est plus aisé, dit Gapponi. 11 le mène à Téglise où repose le corps de saint Pétrone. Meibomius prend la poste et s'enfuit. Voltaire, Dict» phif,y y^ ABUS DBS mots. » — Dans la Dissertation 28 (chez d'autres 18, et même 12) de Maxime de Tyr, ayant pour titre : Que de tous les discours uliies les plus utiles sont les discours philosophiques , se trouve cette pensée : « E'âme de l'homme est agitée par le désir , la crainte, le chagrin , l'envie..... ce sont là des combats terribles , implacables, n L'aoteor ajoute-: Totovrov /xoe ^ti^^oO tov 7rôXep.ov9 TOV Bi fiv}^exdv loc; tocvtqv fioe deuyoO rm voo'ov, tov $k

XocfAov ïa. C'est-à-dire : a Raconte-moi cette guerre intérieure et laisse de côté celle des Mèdes; entretiens-moi de cette maladie , et ne me parle pas àe la peste. » Gependant Heinsîus avait dit ett latin très-clair pour quiconque aurait eu le telle grec sous les yeux : Taie bellum mihi describe , Medieutn tero relinque» Gomment croit-on que Formey à rendu ce passage? Trompé par le double sens du mot btih fnedicum , il a écrit : Raconlex-moi cette guerre , et laissez là le rnédeein ! Gf. Maxime db Ttr , Dissertalions,

traduct. Gombes-Dounons , 1. 1 , p. xxxvij , et t. ii, p. 110, note 35. — Locke a fort bien montré ( Essai sur Ventendement humain, liv. ni, ch. 9 , $. 16) , « que la plus grande partie des disputes roule plutôt sur la signiflcation des mots que sur une différence' réelle. dans la manière de concevoir les choses ».— Pour tarir cetle..60urce intarissable de malentendus , de controverses sana^ fondement , les logiciené nous recommandent de définir nos termes ;> Doos sommes complètement de leur avis , pourvu qu'il» veuillent bien reconnaître que ce n'est là qu'un palliatif, et qu'on ne coupera le mal dans sa racine qu'en attribuant un signe spécial à chacune de nos idées. -^ Il est vrai qu'à ce compte nous perdontr le calembourg ! — Si de la langue parlée nous passons à la langue écrite, nous rencontrons partoilt le même écneîl. Pottrqu<rt

rarticulation que dous pourrions noas conlenler de peindre par le caractère ç [maçon) se peint>elle encore par le s simple (sourdj^ par le s redoublé (laisser) , par le x {Bruxelles) , quelquefois même par le w {Law se prononce Lass) ? N*est-il pas souverainement ridicule d*avoir, pour exprimer la voix que représente habituellelemenl le signe o, outre ce signe spécial , je ne sais combien de combinaisons plus on moins bizarres (Ch. Nodier, dans ses Notions élémentaires de linguistique, p. 115, n'en compte pas moins de quarai\te- trois ) , os, ol, ho, hos , hot, au, eau, eaux, aud , àut , auld, auU, aulx, etc., etc.? Souhaitons donc avec Volney (L'Alfabel européen appliqué aux langues asiatiques, OEuvres complètes , 2« édit., t. vin, p. 18) et avec nos Académies ( Voy. le Programme d'un prix proposé à ce sujet en 1835 par TAcadémie française et TAcadémie des sciences réunies) qu'une seule voyelle^ une seule consonne ne puisse jamais être figurée que par un seul caractère graphique. — Il serait bien aussi à désirer, pour Téducalion toujours si pénible et si longue de la première enfance « que le signe écrit se rapprochât davantage du signe imprimé, et que le signe imprimé fût toujours semblable à lui-tnéme. On ne saurait croire (ceux-là ^euls le savent qui se sont dévoués à cette rude tâche) conibien il en coûte à Tenfant pour retrouver dans nos petites lettres les sons figurés par les majuscules ! Ce n'est pas une simple dififérence de dimension qui sépare le a do A , le q^ du Q, le idu L , le r du R, le /i du H, etc., etc. ; c'est une différence à peu près complète de figure ; et il faut que le maître fasse singulièrement violence à Tesprit naturellement droit de son élève pour lui apprendre à attacher des idées identiques à des symboles profondément divers.

155, p. 158. — Vers, préposition; vers, ligne cadencée; vert, couleur ; verre , à boire ; ver, de terre; vère autrefois voulait dire en outre vrai, vraiment, sens qu'il conserve encore en Basse-Normandie, etc., etc. — Ces mots ambigus sont d'ailleurâ en si grand nombre dans notre langue, qu'on a pu en former, sons le nom de Dictionnaire des homonymes, un volume in-8<> dexxxii-240 pages, publié à Paris l'an vu , par L. P. L. M^( Louis Philipon De La Madelainb). — 11 faut que ce dictionnaire aille de jour en jour s'amoindrissant et se resserrant, jusqu'à ce qu'enfin il s'anéantisse.

1S6 , p. 158. — Arislofe pourtant trouve dans remploi # la ttiétaphore an avantage qu'il est bon de signaler. « Les mots propres , dit-il (Rhétorique, liv. m, ch. 10) n'apprennent rien à qui les entend ; mais les noms figurés an contraire éveillent des idées nouvelles. Que quelqu'un appelle la vieillesse xoàà^Yiv^ tige desséchée, il nous fait penser à ce que devient le corps en vieillissant. » — Charles Nodier (Notions de linguistique, ch. iv) ne nous assure-t«il pas qu' « une langue parfaitement exacte, c'est-à-dire qui aurait un signe exclusif pour chacune des perceptions des sens et des notions de Târoe , comme la demandent les philosophes , n'aurait plus rien de l'élégance, de la grâce , de l'élévation des langues qu'il nous a été permis de faire ?» — Ce qui prouverait tout au plus , en admettant ces assertions comme vraies, que l'homme sait quelquefois, te que Dieu fait toujours, tirer' le bien du mal lui-même. Mais gardons-nous d'en conclure qu'il failfe éterniser le mal, ainsi que le voudraient, dans un autre ordre de choses , ceux qui demandent le maintien de la pauvreté pour que l'occasion ne manque pas à l'aumône ! — Voy. au reste sur cette question Dumarsais, qui (dans Y Encyclopédie, v^ abstbaction) proscrit la métaphore , et D'Alembert , qui (dans ses Mélanges, t. V, p. 30) la défend contre lui. Voy! encore Dugald-Stewart (Essais philosophiques, etc., traducl. Huret , p. 299 et suiv.), qui croit qu'en variant les métaphores que l'on emploierait pour exprimer la même pensée , on les empêcherait de s'établir dans l'esprit à l'exclusion les unes des autres ; ce qui obligerait l'intelligence à chercher l'idée elle-même au-delà de ces différentes formes.

Tant que les hoinonymes n'auront pas entièrement disparu , tant que nous serons obligés, pour exprimer une chose , de recourir à un mot qui déjà en exprime une autre , nous n'aurons pas touché le but. Il faut que toute idée , comme toute consonne et toute voyelle , ait un signe qui lui soit exclusivement affecté. — Mais où prendre , pour remplacer toupies mots équivoques dont nous voulons nous défaire , les termes propres qui nous manquent? Leibnitz propose trois remèdes principaux à celle pauvreté de nos langues : l*» remettre en vogue des mots vieillis, et que piir négligence nous avons laissés tomber en désuétude ;

2° ^moraliser des (ermcs étrangers, s'ils le mèritenC; 3° enOh» s'il n*y a pas d'aulre moyen , inventer des expresslcws noaveUesr et leur donner cour» par Taotorité d*bommes intelligents qui le» dorant approuvées ( Considéralionf mur la culture, et la perfeelwn de la langue aUemande , q<* 63 , dans les Œuvres complètes, édil.. Dolens , t. vi, 2* part., p« 33). Arrétons-nous un moment sur chaeoB de CCS expédients que le philosophe allemand nous propose.. L C'est une chose étrange, mais très-vraie, que cette négligence qui laisse périr des mots utiles sans avoir pris soin de les remplacer. Le conseil qu'en pareil cas nous donne Leibnitz est la raison même. Mulla renascanlur quœjam cecidere. a Je démon* Irai aux Français, dit le philosophe allemand (Considéralions sur laaUiure , etc., n<^ 61 ) , que nous avions nombre de mots qu*it leur est impossible de traduire ; de nos jours même ils he sauraient rendre par on seul mot ce que nous appelons reilen, et les Latins equilare, » Après avoir lu ce passage , il y a déjà plus de vingt ans , j'écrivais en marge : « Dolendum est qood velus illfttd vcrbum , chevaucher^ penitus insenuerit , exspiraveritque , nulle relieto^hsrede qui ejus parles impleret. » On peut faire celte réflexion pour une foule d'autres mots do même genre, que nous avons en quelque sorte congédiés sans savoir pourquoi , et qui ne demandent qu'à nous revenir. « Ceci est la meilleure manière de rajeunir , de vivifier les langues , et je ne'connais pas une vieille langue où le talent s'en soit rait faute* C'est un des plus puissants artifices de Plotarque chez les Grées ; de Cicéron chez les Romains ; d'AIfieri en Italie ; en France , de Rousseau , de Bernardin de Saint- Pierre et de M. Dé Chateaubriand. Ch, NooiER , Notions élèmentaireé de linguistique, cb; ii; » — Il y a un livre inlilulé : Archéologie française ou Votabulaire de mois an-r ciens tombés en désuétude et propres à être restitués aujangage mo% deme, 2 vol. in- S'', Paris, mdcccxxi; son auteur, Charle» Pougensy y constate (1. i, p. 10) « que le nombre des mots considérés comme surannés et mis pour ainsi dire hors la loi sans motif valable , s'élève à près de deux mille. » ( Voy. dans le Journal des savants , mars 1822, p. 180-185, et février 1825, p. 117-121 , deux articles de M. Daunoa sur ce livre). II. Le premier expédient proposé par Leibnitz est approuvé

de (oal lo monde ; il n'en est pas lout-à-fait de même quant an second. Les grammairiens allemands de nos jours ( Voy. B«ckiiR entre autres, Org. dcr spr., §. 6 et 44) ne veulent pas de ces naots importés du dehors. Ils les regardent comme des intrus , qui ne sauraient se lier organiquement avec les mots domestiques , et qui gênent par cela même le libre développement du discours. A les entendre , ces mots là ne sont bons qu'A obscurcir , à enténébrer la pensée (comme dirait Chateaubriand), privés qu'ils sont du cortège de leurs racines et de leurs dérivés , qui seuls en pourraient préciser la signification. L'objection est grave, et nous en sentons toute la portée. Il est bien difficile , en eflét , que des signet qui nous arrivent des quatre coros de Thorizon, et qui se rencontrent par hazard, sans être liés entre eux par aucune relation de nature ou d'origine , dans an idiome auquel ils sont complètement étrangers , prennent aussitôt les allures et la physionomie du pays , et se prêtent à ce besoin que nous éprouvooft d*établir entre les signes Tanalogle que nous apercevons entre les choses signifiées. Mais d'abord rien n'empêche que nous ne rattachions à notre système propre , par quelque modification habilement ménagée {pane delorki) , le symbole étranger qee nous y appelons. C'est même ainsi qu'en pareille occasion nous procédons instinctivement. < Comme la pensée préexiste nécessairement aux ■dots qui ne sont que le& signes physiques de la pensée i.les iqets à leur tour préexistent à l'explosion de toute langue nouvelle x|ui les reçoit tout faits et ks modifie ensuite à son gré. Le génie de chaque langue se meut comme un animal pour trouver de tout cdté ce qui lui Gonvient. Dans la nôtre, par exemple, maigon est celtique , paUU est lalin, basUiqw est grec, iumnir est teutoniqoe, rubot est esclavon, almanacfi est arabe, et sopha est hébreu. J. Db Maistue, Soirées de Saint- Pétersbourg, Entretien H. » Ces modifications d'aillenrs que les' vieilles langues, les langues à inflexions ^ réclament avec tant d'énergie , nos langues nîodernes s'en inquiètent déjàbeancoop moins, et fréquemment (cela est surfont remarquable en anglais) nous admettons les mots étrangers tels qu'ils neos arrivent» Nous restituons même , autant qu'il naos est possible , plus compréhensifs en cela comme en tout et moins égoïstes que nos pères, à une foule de noms qu'ils

avaient si singulièrement travestis , leur costume original. — Remarquons encore que souvent Tidëe n'est pas moins nouvelle pour nous que le nom qui nous l'apporte ; et dans ce cas la sin** gularité du signe est un véritable avantage au lieu d^êlre un in»^ coDvénient. — Et puis il est toujours entendu que nous n'aurons recours à autrui que là où nous ne pourrons pas nous suffire à nous-mêmes.

III. Il y a trois manières d'entendre ces mots nouveaux que Leibnitz, comme dernière ressource, nous autorise à créer. Ou bien ce seront des termes étrangers qui , simples dans la langue d'où nous les tirons , se combineront pour entrer dans la nôtre ; ex. : psychologie, en grec >pv;^, "kôyoç. Ou bien ce seront des signes que nous formerons avec un radical appartenant à notre idiome, en lui imposant la désinence qui doit en faire le verbe , l'adjectif, le substantif dont nous manquons; ainsi, du verbe (nenfaire est sorti , dans le siècle dernier, le substantif 6ten/atsance; de nos jours, le subslaniiî sauvegarde a engendré le ^erbe sauvegarder; un de mes enfants a nommé mirabéHer l'arbre qui porte la prune connue sous le nom de mirabelle, etc., etc. (Voy. Allou, Essai sur Vuniversalilé de la langue française, à la page 418 , la note H sur la date précise de certains mots établis aujourd'hui dans notre langue). Ou bien enfin ce seront des dénominations plus ou moins arbitraires , comme par exemple , quand il prend fantaisie à un botaniste de donner & une plante qu'il vient de découvrir le nom de tel ou tel personnage illustre , la Vaillanlie, la Senebiéra, la Lamarckie , etc., etc.

Quelle que soit au reste la source à laquelle on puise , il faut , lorsqu'on présente un terme inaccoutumé à une population qui pourtant ne saurait longtemps s'en passer, s'attendre aux plus opiniâtres résistances. « Bravoure , venu avec Mazarin , parut d'abord trës*bizarre , et mit un grand désordre , dit un auteur du temps (Leven de Templert, Le génie, la politesse, l'esprit ei la délicatesse de la langue française, Bruxelles, 1701 , un vol. in-18) , dans la république des lettres. » « Tranquilliser parut ridicule à sa naissance, et toute la cour s'en moqua. Allou, Essai sur Vunivers. de. la lang. franc., p. 427. » a J'ai vu, il y a quarante ans, dit l'abbé de Saint-Pierre ( Projet pour perfectioner Vortografe des

langues d'Europe , p. 257) , le mot renversement frondé par un de céz saisses da dictionaire ( U appelle ainsi ; d'après je ne sais quel écrivain de Tépoque, ceux qui faisaient en quelque sorte sentinelle à la porte de nos lexiques pour en interdire l'entrée aux expressions nouvelles) ; ce mot s*«sl trouvé comode et dans l'analogie de la langue , et je le vois prezentement avec plaisir tout établi malgré sa malheureuse note de nouveauté. » — Ne désespérons donc pas , si un mot que nous croyons utile et que Qou.s proposons à ce titre , n'est pas immédiatement accepté , do le voir, plus ou moins prochainement, investi de son droit de cité; « Si le mot Féliciter, répondait Balzac à quelques puristes qui lui en reprochaient Tusago, n'est pas français cette année, L'aiinée prochaine il le sera ! »

157, p. 159. — Aristote, Rhétorique, liv. m, ch. 1 et 2.

159, p. 159.. — Il n'est personne sous les yeux de qui les journaux niaient fait passer quelque lettre écrite par tel ou tel grand personnage turc, arabe ou chinois, et qui n'y ait remarqué un luxe d'images que nos poêles les plus èchevelés n'oseraient se permettre. Qu'on ouvre au hazard la traduction de quelque ouvrage historique , géographique ou scientifique, là Chrestomathie arabe de Silveslre de Sacy , par exemple , et on sera parfaitement édifié à ce sujet. On pourrait même, sans ouvrir le volume, s'en rapporter au titre plus ou moins emphatique qui en indique ou plutôt en voile le contenu. Voici la géographie arabe d'un écrivain du xiii? siècle, de Zeïn-Eddin Omar, c'est La perle des merveiUes (Notices des manuscrits , t. ii, p. 19); Le miroir des langues mongole et mandchou est tout simplement un dictionnaire de ces deux idiomes {Journal asiatique , ayn\ 1823, p. 207, note 1); etc., etc. — Notre moyen- âge aimait assez (en cela peut-être il ne faisait qu'imiter l'Orient) les titres de cette nature : nous avons aussi le Spéculum universale de Saint Vincent de Beauvais, précepteur des enfants de Saint Louis , le Champ fleury auquel est contenu l'art et science de la deue et vraye proportion des lettres a(tiques qu'on dit autrement lettres antiques et vulgairement lettres romaines proportionnées selon le corps et le visage humain, par Maistre Geofroy ïory, de Bourges, libraire cl aulhcui du dict livre , etc., etc. __

459 , p. 160. — a II n'est aucune langue conoplèCc , auoum? qui puisse exprimer toutes nos idées et toutes dos sensations ; leurs nuances sont trop imperceptibles et trop nombreuses. Personne ne peut faire connaître précisément le degré du sentiment qu'il éprouve. On est obligé , par exemple , de désigner sous le nom général d*amour et de haine , mille amours et mille haines toutes différentes; il en est de itaéme de nos douleurs et de nos plaisirs. Ainsi , toutes les langues sont imparfaites comme nous. Voltaire , Dtcf. phiL, y° langues , sect, m. n Voilà le fait , mais il en fallait chercher et préciser la raison, -r- Les lignes qui suivent ne font encore que constater le phénomène , avec plus de netteté , il est vrai , et dans des circonstances plus importantes , mais sans l'expliquer, a Les mois ne sont tes signes ni des objets extérieurs individuels , ni des idées particulières; il n*csl pas de leur essence de représenter autre chose que les idées générales... Le langage de ceux qui vivaient dans les siècles passés , tant qu*il est affecté à l'expression des mêmes idées, est aussi intelligible aujourd'hui qu'il l'était alors. On en peut dire autant du même langage appliqué à des peuples et même à des pays éloignés les uns des autres. Hauris , Hermès, traducf. Thurot , liv. m, ch. 3. »

160, p. 160. — « Il faudrait que le cri de chaque animal eût un ternie qui le distinguât. C'est une disette insupportable de manquer d'expression pour le cri d'un oiseau , pour celui d'un enfant , et d'appeler des choses si différentes du même nom. Le mot de vagissement, dérivé du Xd^iinvagilus, aurait exprimé trèsbien le cri des enfants au berceau. Voltaire , Dicl. phii,, v^'lan- GUES, sect. m. »

161 , p. 160. — Que si on prétendait légitimer cette multiplicité de signes affectés à l'expression d'une idée unique par le bon parti qu'en savent tirer les grands écrivains, soit pour l'euphonie, soit pour éviter la fastidieuse répétition du même terme, nous demanderions alors pourquoi chaque mot de la langue n'aurait pas ainsi son double , c'est-à-dire pourquoi il n'y aurait pas au moins deux langues dans une. Nous ne verrions pas d'ailleurs un grand mal à ce que nos écrivains , pour éviter la répétition des mêmes termes, fussent condamnés à éviter la répétition des mêmes

idées , et la pensée marcherait infiniment plus libre et plus rapide^ si BOUS la dégagions de ces perpétuelles redites que nous déguisent trop souvent la menteuse variété des expressions dont elles se couvrent,

162 , p. 160. — a Croiriez'Vous que , pour exprimer cette chose naiquc, que nous appellerons idée, ils (les philosophes) aient à leur disposition plus de vingt noms différées? Idée d'abord; représentation, image, imaginalion , fomte, espèce,, perception, ap» perception, concept, conception, appréhension, impression, scnsa^ tion, sentiment, conscience, intuition, soutenir, pensée, notion, connaissance, etc. Je vous fais grâce du mot barbare cognitUmSi de quelques autres encore. Laromiguiëiik , Leçons de philosophie , t. n, 1*^ leçon. » — Avant Gayton-De*M«rvean « le même <!orps recevait deux ou trois et même quatre noms diflTérents. C'est ainsi qu'on appelait le composé formé par l'union de l'oxygène avec le zinc, fleurs de zinc, pompholix, nihil album, lana phibsophica, etc., noms qui outre riaconvénient d'être multipliés, avaient encore celui de ne donner aucune idée de la nature de ce composé, au lieu que le mot oxide de zinc, dont nous nous servons pour le désigner , est unique , et nous en fait connaître les éléments. Thânabd, Traité de chimiç, 6« édit., t. i, p. 25, n" 26. »

163, p. 161. — J'ai , dans mon texte^ donné au moi synonyme le sens que mon éducation première, celle dé nos collèges, mV vait appris à y attacher ; c'est le terminus œquivocus , Véquivoque de la scholastique. Cette signification d'ailleurs ^st une de celles que lui reconnaît l'Académie. « Stnontme..... se dit d'un mot qui a la même signification qu'un autre mot , ou une signification presque semblable. » Prodicos niait les synonymes , entendus comme je les entends ; il prétendait que chaque terme avait sa signification spéciale. Voy, Puton, Ménon, Iraduct. Cousin, I, VI, p. 163-154. — Quoique je pense avec Socrate qu'une seule et même idée est souvent attachée à deux ou à plusieurs mots différents, je sais cependant que souvent nus^i deux ou plusieurs mots qui nomment le même phénomène , nous le présentent sous deux ou plusieurs points de vue tellement distincts , qu'il n'y a plus entre eux ce que j'appelle synonymie. « Les Arabes ont ,

dil*oa , quatre cenU mots pour exprimer le^ lUm , tandis que noas n*en avons qn*un; parce que cet animal , étranger à nos climats, ne peut être pour nous qu'un objet de curiosité; au lieu qu'il est, pour rhomme des déserts, un ennemi redoutable, un sujet continuel d'aventures et de récits, et que tenant beaucoup de place dans sa vie , il a dû en prendre davantage dans sa langue. Ainsi les Arabes, le considérant sous le rapport de sa taille, do sa force f de sa couleur , d<^son port , de ses appétits , de ses inclinations » etc., elc«. Tout nommé d'autant de noms qu'ils ont observé f ou qu'ils lui ont supposé de qualités physiques ou instinctives. De Bon4U>, Rech. phil., etc., p. 173. » (Voy. supra, p. 211, note 60.) Or, ces noms ne peuvent pas, le besoin de la phrase déterminant nécessairement celui d'entre eux qui doit y figurer, se prendre indifféremment les uns pour les autres ; ils ne sont donc pas synonymes. Ils ne le seraient qu'autant qu'on imposerait exclusivement au mot synonyme la seconde acception que lai reoonnait l'Académie. C'est, an reste, eeUeqiier lui donnent tou3 les écrivains qui , depuis l'abbé Girard , se sonl occupés de celte particularité de nos idiomes i les synonymes sont pour eux n des fermes dont le sons a de grands rapports et des différences \égères, mais réelles. F. Gçizot, Nouveau dictionnaire universel des synonymes de la langue française. Introduction , p. v. »

.164, p. 161. — Cratyle déjà croyait, d'après l'Orient sans doute, que les lettres et les syllabes imitaient l'essence des choses (PjlatoaN, Cralyle, tradnct. Cousin, t. xi, p. 113). Court de Gebelin (Voy. supra, p. 68-70 du texte, et p. 209, note 5S) accepte et soutient san» restriction la même hypothèse. C'est encore au profit de celte opinion qu'ont été écrites les lignes qui suivent : « L'habitude de nous préoccuper de la signification in* lellectuelle des mots nous a rendus presque insensibles à leur valeur sensuelle; mais on peut trouver dans le langage des enfants quelques indices sur ce qui se passait dans les premiers temps de la civilisation , el les sobriquets purement musicaux qu'ils donnent souvent aux personnes qui leur inspirent des sentiments prononcés d'amour ou de haine ne laissent aucun doule â cet égard. Edélestand du Mëril , Poésies populaires latines, etc., p. 43, note 1. » Voy. plus haut (p. 240) un passage dans lequel

Fr. Schlégel fail ressorlir la sagacité dont devaient être doués lea inventeurs do langage , pour discerner Veœpression propre et dis' iinciive des idéeg, etc., etc. — Nous reconnaissons ce rapport entre la pensée et le signe matériel chargé de la rendre, mais seulement dans certaines circonstances. Noos laissons avec De Brosses pour l'imposition des noms une pari à l'arbitraire. ( Voy. supra , p. 210, note 58). Nous allons plus loin ; nous déterminons cette part. Nous n'admettons pas d'ailleurs que ces rapports du son avec l'idée , dans la sphère où nous les renfermons , aient été parfaitement saisis par ceux qui les premiers donnèrent des noms aux choses ; sur ce point, comme sur tous les autres, c'est par des essais grossiers, éÉlTébauches informes, que l'homme a débuté, et Gondillac a dit vrai , selon nous : a II y a des philosophes qui ont pensé quelles noms de. la langue primitive exprimaient la nature même des choses... c'était donner gratuitement de grandes connaissances à des hommes grossiers, qui commençaient à peine à prononcer des mots... Lorsque je dis qu'ils représentaient les choses avec des sons articulés , j'entends qu'ils les représentaient d'après des apparences, des opinions, des préjugés, des erreurs Grammaire , 1'* part., ch. 2. »

165, p. 162. — Nous ne prétendons pas cependant nier l'analogie qui existe entre les lois auxquelles obéit le monde physique, et celles que reconnaît le monde intellectuel. Mais ces deux sortes de lois appartiennent Tune et l'autre à la classe des faits spirituels; et il n'y a rien là, en droit du moins , pour l'onomatopée et la mimologie.

166, p. 162. — Déjà Chrysippe (Voy. Varron , De lingua laiina, liv. viii, édit. Biponl., t. i, p. 126), Varron (Id. , Ibid., liv. VII, p. ii5 et suiv.), Voltaire [DicL phiL, v^ langues, sect. m) , etc., etc., etc., avaient relevé ces anomalies si fréquentes dans tous nos idiomes , et plus fréquentes encore dans les langues modernes , formées des débris d'une foule d'autres , que dans celles de l'antiquité , dont les origines étaient nécessairement plus simples. — Les anciens avaient en outre contre ces écarts dans lesquels nous nous jetons si facilement, un préservatif que chaque jour le temps nous enlève ; ils étaient plus près de la nature. Que de mal maintenant encore ne nous donnons- nous

pas pour ôloiiffer chez nos enfants ce pencbaot à TMaalogie , dool nous pourrions, dans leur intérêt et dans le ndlre» tirer an si bon parti? Pour eux, par exemple, notre infinitif powHnr fait tout naturellement au passé, faipouvu; pourquoi leur désapprendre cette forme régulière pour leur apprendre à la place la forme irrégulière : faipuT Pourquoi , quand nous exigeons d*eax qu'ils disent , la maison , de la maison ^àla maison , ne pas leur laisser dire,, le fatUeuU,Âe le fauteuil, à le fauleuU? — Il n'es! pas jusqu'à nos abécédaires , où il nous en coûterait si peu d'é* tablir quelque ordre , qui ne semblent prendre à tâche de rompre ce fil de l'analogie , comme pour redoublera plaisir les difficultés d'un enseignement déjà si pénible. A cette sfrie confuse et désordonnée de syllabes [Ba, be, bi, bo, bu, Ca, ce, ci, eo, eu, etc.) par l'étude desquelles commence le travail de l'épellation , ne substituerions-nous pas avec avantage quelque série méthodique, ralionnelle , autant du moins que la nature actuelle des choses le comporte ? Je me permellrai , à ce sujet, de proposer à nos écoles primaires , comme point de départ de la réforme que j'indique ici , le tableau suivant :

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