‹ Essai sur le langageChapitre 16 sur 20 · SA, SE, SI. SO, SU · texte numérisé non relu

SA, SE, SI. SO, SU

2« Uhe combinaison des artieulaiions n*' 4 et 5 du §. f de la

sect. II :

XA, XE, XI, XO, XU.

167, p. 163. — > Voy. 4oas les traités de efaimie, et en fiarticulîer celui du baron Tbéi^abd, 6*^ édit., 1. 1, p. 35-37, n« 34.

Ï68, p. 164. — C'est ce que , dans certaines circonstances, toutes les langues font tant bien que mal pour quelques fonctions des différentes parties du discours. Chez nous , par exemple , on reconnaît, à leur terminaison seule , que tes mots en ton [pas-^ $ion, impresnon) sont des substantifs ; que les mots en eux (heureux, généreux) sont des adjectifs ; qu'en général même les mots en oir, ir (recevoir, finir) sont des verbes; mais ces distinctions n'ont été établies que pour certaines classes privilégiées, et encore à combien d'exceptions la règle n^est-elle pas sujette f l^oas voudrions que chaque classe portât sa marque distinctive, et que la règle ne souffrît aucune exception. — Par suite de cette dispo* sition , notre orthographe serait ccxnsidérableraent simplifiée , et il ne serait plus nécessaire que nos .meillears grammairiens perdissent nii temps précieux à trouver des règles comme celle-ci: « Il y a 1193 mots dans la langue qui unissent par le son mou: 1070 s'écrivent par tion ; 105 par sion , 13 par xion , 5 par ctbtt. Or , si l'on savait l'orthographe des lâ3^derniers mots, on saurait celle des 1070 premiers. Il suffirait donc de copier un certain rnombre de fois la liste des 123 mois pour en connaître 1193. Je fais mieux, je présente une règlô qui embrasse 1160 mots, et la liste des 123 se trouve ainsi réduite à 33. — Lisie des 33 mois qu*il faui apprendre : 1° Jes seuls mots de la langue qui finissent

par clon sont : cion, scion , iuspicion , auccion» exsuccion; 2® ceux qui finissent par xion sont : annexion, complexion, connexion, flexion et ses dérivés, fluxion, crucifixion, préfixion; 3<* on écrit par ( ; allenlion et ses dérivés , conlenlion , détention , intention , manutention , obtention , prétention , rétention , assertion , déseriion, insertion, mention . portion, réplétion, st^étion, et tons ceux qui finissent par crétion ei vention , comme discrétion , convention, etc.; on écrit par « : concussion , discussion, excussion , jussioh, passion, percussion , scission, et tous ceux qui finissent par mission, comme émission, commission, etc. Règle générale : Ecrivez lion, toutes les fois que cette syllabe finale est immédiatement précédée de Tune des 6 lettres qui composent le mot coupai , et écrivez sion dans tous les cas contraires. Mable atné , dans le Journal grammatical et didactique de la langue française , rédigé par M. Marie , I. I, p. 12-13. »•

169, p. 164. — Ces assemblages de mots, Deum esse. Dieu être , sont restés longtemps sans dénomination spéciale ; tout au. plus les comprenait-on avec quelques autres sous celle de proposition complétive (Yoy. entre autres Bobnocf, Méthode pour étudier la langue grecque , §. 278-279). M. De Blignières est le premier , si je ne me trompe, qui en 1825 , dans son excellent Cours tliéorique et pratique de la langue latine , p. 152 { Voy. surtout les dernières éditions , Syntaxe générale , §. 85 et 86), bazarda pour eux le nom de proposition infinitive ; et c*est de là que ce nom est passé sans bruit, comme font toujours les bonnes choses 9 dans les meilleures grammaires ( Voy,- Bubnouf , Mé- Ihode pour étudier la langue latine , §. 217 , et Dutbby, Nouvelle grammaire de la langue latine, %. 329) , où il restera, jusqu'à ce que , nos idées sur la proposition devenant populaires , ou lui substitue celui que nous indiquons.

170, p. 164. — Voy. supra, p. 109, 114-115, 122-123.

171 , p. 165. — L'abbé Girard est le premier qui ait appelé — transposilives les langues qui « ne suivent d'autre ordre dans la construction de leurs frases que le feu de Timagination , faisant précéder tantôt Tobjct , tantôt Taction , et tantôt la modification ou la circonstance » ; -— et analogues , celles qui a suivent ordinairement , dans leur construction , Tordre naturel et la grada-

tlon des idées ; le sujet agissant ^ marche le premier ; ensuite Taction accompagnée de ses modifications ; Siprès cela ce qni en fait l'objet et le terme ». 11 en reconnaît de plus une troisième espèce qui tient des deux autres , et qu'il nomme mixle on am-^ philogique. Les vrais principes de la langue française. Discours I. » — On a beaucoup discuté , ces deux ou trois classes de langues étant reconnues , sur la question de savoir laquelle était le plus selon la nature, laquelle se rapprochait le plus de la perfection. On peut voir dans Le monde primitif, t. lî , liv. iv , art. a, les opinions diverses des grammatriens^ à te sujet. Pour nous , la question est extrêmement simple , elle se résoud par le fait lui-* même. Les langues à inversion ouvrent la marche ; plus lard de» idiomes apparaissent qui tantôt construisent d'après le système primitif , tantôt- d'après le système actuel , idiomes qui servent comme de transition entre le monde ancien et le monde liaoderne ; pois arrivent les dialectes qui ne connaissent plus d'autre construction que la nôtre. Nos langues sont en progrès sur les langues anciennes , comme nos mœurs , nos arts , nos sciences , notre civilisation sont en progrès sur leurs mœurs , leurs arts^, leurs sciences, leur civilisation. Tontes ces formes d'ailleurs sont naturelles , an même titre y chacune d'elles répondant , en soi> temps, à un besoin, à une loi de notre nature intellectuelle.

172, p. 166. — GicÉRON, Pro M. Marcello, n« t. — Hobace, Odes, liv. I , ode 5 , v. 13. — Fpntenelle, à propos de ce passage d'Horace qu'il cite comme exemple d'inversion singulière, fait cette remarque : « J'ai vu des gens d'esprit , mais qui ne savent point le latin , fort étonnés qu'Horace eût parlé ainsi , et d'autres qui avaient fait leurs études, étonnés encore de ce qu'ils ne l'avaient pas été jusque-là. Discours lu (à l'Académie française) dans Vas-, semblée publique du 25 (tout 1749. »

173, p. 166. — SiLVESTBE OE Sacy, Principes de grammaire générale , 3* part., ch. 2. — « Pour ne pas déranger la construction directe des phrases incidentes où l'adjectif-conjonctif est le régime du verbe, je voudrais que dans les adjectifs-conjonctifs cette con* . jonction que ne fût point unie à l'adjectif déterminatif ; c'est-à^ dire qu'il n'y eût pas proprement d'adjectif-conjonctif , el qu'au lieu de dire : Vhomme qui vous aime , Vhomme que vous aimez, oei

du : l'fwmme çtw il aime wma^ Vhomme que tout aimez le. Dbstittt »K TftAer, Grammaire, ch. vi. »

174, p. 167. — Ce vers «si rapporté à Ennias. Voy; Rob. ETttiHfB, Fragwunta foelarum vekrum, p. 96. — H ne faudrait pas s'imagiaer poarUnt qa atec une langue dégagée de ces fermes arobifus , de ces formiiles è^ivoqu'es, le secret , le mystère ae senHmftI plus posâible^^; qael que sek ridieme dont la pensée dispose ^ éUe pourra toujours, qaaad ell»l9 ymiâtdit s*eiivelopper de voiles; Torasle antiqae, Crcniê Halymp^netran&fm^nam perncrUl opmm vtm , sera tout aasst aoihigtt dans notre langue ( En poêtanti k flewve Haly$ , Créêus dêtndra un grand ef^tre), gae dans celles de Rome ou de la Grèce.

175, p. 167. -— Cette phrase « Us étaient en grand e4 non ea petil nombre » est de Sophocle, dans V Œdipe-roi, y, 132*123* — En lisant avec quelqœ attenlioo Homère , Hésiode » Hérodote et mdme les tragiques grecs , on trouvera de nombreux exemples de ces lautolog^tes, -^ Les enianis seinblent n'être bien assurés de lear pensée que lorsqu'ils la redoublent ainsi , en Tc^posant à son eoatraire ^ on du moins en Toppesanl à quelque chose. Lorsque ma petite fille , à peine âgée de dix-boii mois » commençât A distinguer passablement ses majuscules les unes des autres , il lui arrivait perpétuellement , après m'a voie nommé la lettre que j^e lui présentais , d*ajoater qoe ce n'était pas telle ou telle aolre lettre ! « C'est 0$» (9) , ce n'est pas et aaera (t) ; c'esk vé (V) , ce n'est pas a (A). » En grandissant, nous suppîrhnoas, du moins dans le langage , ces soperfluités.

176, p. 1^. — Il est plus d'un terme dans notre phraséologie scientrique, dont nens asons* journellement sans en bien comprendre tout le sens , parce que nous en ignorons l'origine. De ee nombre est la locution si fréqsemment employée de péiiUon de ffrinâpe. Qo^on nous permette d*empruntec â Tua de nos plus savants hellénistes aa passage qui jette toute la clarté désirable sur cette obscure dénomination. « ÂtqiMt iUud ipsuni , quod jam tn consnetudinem abiisse video apud logicos , peiere prineipium , pitûio principH, qaasido aut postulamus aat qaasi coBoessum assomimns id qoad eral inilia oontroversuro , ex Aristoteliis his,

«h^tv To ffv àp)ç^9 X«6«î^ TO sv àp.)(Yi [se. à|*feeT€uT©v|i6vov]^ «XzTOfTtç

ToO à* àpxn^ >î5f«c ToO sv à/j;çïj [se. «f*^«c6ïjroufAévou ] , saeciiHs tenebricosis ab homine ferreo , neqae in diseiplma logica neqoe in liHeiis graetts admodum eradito , in fingendisqae voeabalis ad tiui promto , eonfictam esse arbitror. lit enini scratere omnes , qoi de qasrendi ac djsserendi disciplina latine scripta reliqueronl f non reperies (opinor) banc dictionem ante Vineenliimi Bellovacensem, ciroa a. 1244 clarom, qui osvrpat BibHoiheêa munâi. If , 373 E , 274 B, ediC. Dnac^ ei alibi sœpe. Inde aalem lam kte manavit , ut in eorom quoqoe scripta innnoarit sese , qui artem vera ae falsa dijodicandi vennatius atqne eopiosiiis (racla-

verimt At latine dici sive (quod l^bet Barsios, Diakct, 3fO

A ) swmere quod demonstrari débet, sire ponere (si ma vis, adde , pro eonfeita) quod quœrilur , quia est qui non rideat ? Nam paolo^ Terbosins reddit auclor Ad HerennhÊm , lib. ii , J. 41 , pro «rgu^ menlo aumere quod in disquisUione poiiium e9t : conf. qooquê Aalom Gellium , xvi^ cap. B. G. B. Hase , Joatam lawefUiiL^ Dû oHetUi$ quœ supersunt , p. 307*903. j» — Toot semble avoir été dit d'ailleurs , et depuis longtemps , snr le vice de raisonnement qui fait le fond de la pétition de principe : void cependant^ aor ce paralogisme àne observation qui ne manque ni d^ finesse, ni d'originalité. Quelquefois» dit Bentkam ( Taetique des aaembiies légidatives , suivie d^un TraiU des sopkismes politiques, tra-^ doiît. £t. Dumont, t. if , 3^ p^rt.), la pétitkm de principe ac eacbe dans un seul mot ; et cest alors surtout qu'elle est à craindre. Il y a Iroi^ classes de mois, les uns approbateurs .{honneur , piété, fénéroeité) ; les autres désappr^Mteurs {Ubertilmge, avarice) ; d'autres enfin neutres oo indéterminés {désir, caraetère, moiif). Toutes les fois qu^l s'agit d'estiinef si la cfaose en question mérite blâme ou élqge , Tbomme partial oherebe à éluder la preuve ,, et fait passer pour vrai ce qui est faux à Faide du mot partial substitué au mof neutre ; il appellera , par exemple, selon les cas y inn&eatèori, ou perfectionnement, ce qui, avant l'examen , ne peut être considéré que comme une simple modifteatUm proposée à un ordre de choses quelconque, et il essaiera par ce moyen , en faisant croire la question soffisamment éclairoie , de préventr et comme nous le disons familièrement, d'escamoter la discussion.

177, p. 168. — Voy. mes Leçons de philosophie sociale» de la H*' à la 22* leçon ittclusivemeitt.

178, p. 168» — J*avais, dans mon premier travail (p. 132- 133) » développé eetle objection pour mon compte, ainsi qu'il suit : a La langue d'nne époque est , bien plus encore qoe sa littérature, Texpression de la société qui la parle : si la société avance , la langue s*accroît : si elle recule momentanément , recueillant ses forces pour s'élancer avec plus de vigueur, la langue s*affaisse : si une nation meurt , laissant à une autre le théâtre sur lequel elle a joué son rôle , sa langue s'éteint et disparait. Or, supposer une langue universelle, savez- vous ce que ce serait admettre ? Une expression identique de toutes les sociétés du monde, indiquerait une identité parfaite dans les habitudes physiques , les besoins intellectuels , les développements moraux de toutes, ces sociétés. Voulez-vous établir l'universalité du signe? Commencez par établir l'universalité de la chose signifiée. Il vous faut aller de peuple en peuple , taillant , émondant ce qu'ils ont de particulier, d'iii^lividuel, pour ne leur laisser que ce qu'ils ont de commun, de général. Avant tout , rendez semblables les influences si profondément inégales du sol, du climat, delà configuration géographique des différentes contrées. Réduisez à L'uniformité de la mort ces variétés nombreuses , qui attestent la vie I Et quand vous aurez fait ainsi rentrer tous les peuples dans l'unité, il vous faudra descendre el vous attaquera des inéga«lités bien plus tenaces encore , quoiqu'à peine aperçues. Vous croyez que tous les hommes, qui vivent sous les mêmes lois^ dans un même pays , employant des mots renfermés dans un seul dictionnaire, parlent le même langage? Détrompez*voQs? Il y a mille langues diverses dans cette langue unique en apparence. Comme il n'y a probablement pas au monde deux intelligences qui se touchent par tous leurs points et coïncident dans tout^ leur étendue, de même il ne se peut , qu'il y ait deux langues parfaitement semblables. Quand la chose exprimée est diverse , comment l'expression serait-elle la même ? Prétendezvous niveler les langages ? Nivelez d'abord les intelligences. » -^Ces raisons aujourd'hui ne me touchent plus. Admettons que les besoins physiques et intellectuels des peuples restent éter-

neilemenl divers par certains côlés, qu'en résuliera-t-il? Ceci seulemenl , à savoir , que U langue commune nous offrira éternellfcinent certains signes qui seront plus spécialement usités cliez tel ou tel peuple , comme aujourd'hui toute langue particulière nous offre certaines catégories d'expressions plus spécialement affectées à telle ou telle industrie , et par conséquent presque exclusivement employées par ceux qui s'y livrent. — Mais nous mettons bien rarement la même idée sous le même signe ! Sans doute , et cela est fâcheux. Le progrès , sur ce point , consiste précisément à restreindre de plus en plus le cercle où ces divergences se produisent. N'est-il donc pas désirable que la mesure intellectuelle de toute chose arrive à l'uniformité , et par suite à l'universalité à laquelle notre dix-neuvième siècle vient enfin d'élever la mesure matérielle des grandeurs? — L'objection d'ailleurs avait été déjà formulée par Destutt De Tracy : a Quand tous les hommes de la terre s'accorderaient aujourd'hui pour parler la même langue , bientôt , par le seul fait de l'usage , elle s'altérerait et se modifierait de mille manières différentes dans les divers pays , et donnerait naissance à autant d'idiomes distincts , qui iraient toujours s'éloignant les uns des autres. Ainsi , il n'y aurait plus une langue unique , et un langage quelconque ne pourrait pas continuer longtemps à être universel , quand même il aurait pu l'être un moment , comme l'a nécessairement été quelque temps le premier qu'on a inventé, si on n'en a pas inventé plusieurs à la fois. Grammaire, ch. vi. »

179, p. 169. — Destutt de Teacy, Grammaire, ch. vi.

180, p. 169. — Ce n'est pas une note, c'est un volume que demanderait, pour être suffisamment éclaircie, dans son histoire seulement, la question d'une langue universelle. Nous ne voulons en signaler ici que les détails les plus importants, et ceux que nous avons pu constater par nous-mème. Peut-être quelque jour comblerons nous les lacunes auxquelles se résigne , faute de documents, notre travail actuel.

I. Rappelons d'abord les noms des écrivains et les titres des livres , à nous connus , qui ont louché le problème. — Galibn, qui florissait, comme on sait, à la fin du second siècle de notre ère et au commencement du troisième , est le premier

tiom qui se rencoDtre sor les lisles dressées à ce jiropos par nos érudits : on lui prèle le projet d'un système de signes qui ne pAt èlre sujet à aucune incertitude ( Voy. DsqSbamdo , Des signes et de Vati de penser considérés dans leurs rapports mutuels , t. iv , ch. 11). Je n'ai rien trouvé d'aussi précis dans les livres du savant médecin ; bepeudant son traité Sur les différences du pouls (liv. Il , an début) contient quelques lignes qui justifieraient jusqu'à un certain point l'honneur qu'on veut bien lui faire. — Cet honneur me parait réellement appartenir , jusqu*à plus ample informé ^ an jésuite Hbriiaf<in Hugo, qui s'explique nettement sur ce point dans son excellent petit livre De prima scribendi origine el universa rei lUerarim antiquilale, imprimé à Anyers en 161T, au ch. IV. — Viennent ensuiie Fa. Bacon , De dignilale el augmenlis sdenliçrum, 1623, liv. vi, ch, 1 ; — Desca&tes, Lellres, 3 vol. in-4<^, 1657-1667, dans le t. i, Lettre adressée au P. Mersenne , portantje n^ 111 , el datée du 20 novembre 1629; — DiLtiABBio, Ars signorum vulge Char acier universaUs ei lingua philosophica, Londres, 1661 ; — Bëchbr, Cfiaracler pro notilia Hnguarum uniwrstUi, Francfort, 1661; Methodus didaclica, seo Chvis el praxis super novum organum philoiogieum, 1674 ; -^ Isaac VossiDS , De poemalum cantu el viribus rhylhmi, Oxford , 1663 ; EifiCHEB , Polygraphia , seu Arlificium linguarum quo cum omnibus toUus mundi populis polerit guis correspondere , Rome , 1663 ; — WiLKiNS, An essay lowards a real eharacier and philosophicallan'' guage, 166S ; — B^aNABp Lamt, de l'Oratoire , La rhétorique ou Van de parler, Paris, 1670, liv. i, ch* 9; — Lbibmitz, deux iMlres à M. M. Remond de MotUmorl , 10 janvier et 14 mars 1714, et un fragment trouvé daps ses papiers après sa mort; — Fai- GOKT , trésorier de France , dans V Encyclopédie , v^ langue universelle, au t. ix, Neufchâlel , 1765; — De Brosses, Traité de la formation méchanigue des langues, Paris, 1765, ch. ix; — L'abbé Cbangeux. Bibliollièque grammaticale abrégée, ou Nouveaux mémoires sur la parole et Vécriture, in-8°, 1773; — Riva- ROL , De l'universalité de la langue française , Paris et Berlin , 1784 ; — ScnwAB , Dissertation sur les causes de Vtmiversalité de la langue française el la durée vraisemblable de son empire , tradoct. • Bobelot, Paris, 1803; une analyse de l'original avait paru dès

1784-1785, dans les Mémoires de rAcadémie de Berlin ; -— Lo major Db Maihieox , La pasigraphie, Paris, 1797; — Degerando, Des signes et de l'art de penser, etc., Paris, 1799 , (. m, ch. 15, et t.iT, ch. 1 1 eil5 ; — Destctt de Tbact, Grammaire, Paris, 1803, eh. VI ; — L'abbé Moussadd, L*alphabel raisonné, Paris, 1803, (. ii ; — Cavbby , Manuel interprète de correspondance , ou Vocabulaires polyglottes, alphabétiques et numériques en tableaux pour le français, l'italien , Pespagnol , 'l'tUlemand , l'anglais, le hollandais et le celtO' breton, Paris, 1805; — De Fibmas-Pêriès, Pasitélégraphie , StuUgard , 1811 ; — Làbomigcièbe, Leçons de philosophie, Paris, 1818, t. II, 9« leçon ; — Alloc , Sur l'universalité de la langue française, Paris, 1828; — Gbosselin , Vocabulaire de 1500 racines divisées eni^ colonnes , Paris , 1836.

II. Quels sont les syslëmcs principaux proposés par ces différenls écrivains, pour atteindre le but désiré? — Degerando, dans son livre ïks signes et de l'art de penser , etc., (. iv , ch. 10 , les ramène aux quatre suivants :

l*** SYSTÈME. Langue fondée sur Timitation. Les objets sensibles seraient peints , et toutes les idées , morales on autres ,

rappelées à des objets sensibles La nécessité , par exemple ,

serait exprinsée par une chaîne ; la durée par une horloge; l'égalité par deux parallèles ;. une méthode, par un instrument géométrique; un genre, une espèce, par des cercles qui se renfermeraient réciproquement — 2« système. Fixer, par un

petit nombre de conventions arbitraires , les éléments primitifs du langage , et en déduire tous les autres signes en établissant entre eux des rapports qui correspondissent précisément aux relations métaphysiques de nos idées Les idées qui nous serviraient ici de point de départ seraient celles que la nature nous fait obtenir les premières , et Tordre qu'elle nous fait suivre dans la génération'de nos idées serait celui que nous observerions dans la 'formation successive de nos signes. Ainsi, nous donnerions d'abord des noms à nos sensations , et ceux des idées ab- 'slraites et composées en seraient ensuite déduits... — 3* système. Dans oe système dont le principe serait le même que pour le précédent , on partirait des idées abstraites les plus générales et les plus simples pour descendre de degrés en dt'grés aux idées

les plas composées et les plus concrëles. Degerando rapporte à quatre chefs ces abstractions saprèmes : ce sont pour lui les

idées de substance, d'existence, de modes et de rekUions —

4* SYSTÈME. Il serait fondé sur une division logique des choses et des idées que nous nous en formons. Une première section com* prendrait les propriétés générales de la matière; une seconde, les diverses espèces de corps. Les corps qu'on s'attacherait d'abord à classer seraient ces masbcs énormes qui gravitent au sein de l'espace : astronomie. Puis on ordonnerait , sur notre globe , les diverses substances dont il se forme : minéralogie , chimie , botanique , zoologie, etc., etc., etc. Ces faits ainsi disposés , on choisirait un certain nombre de signes simples qui serviraient à marquer ces différentes divisions et les sous-divisions qu'on y aurait établies. Pour exprimer une idée quelconque, on n'aurait plus qu'à réunir les signes propres à déterminer le rang que cette idée occuperait , soit parmi les divisions les plus générales , soit parmi les diverses séries des sous-divisions.

A la première de ces catégories reconnues par notre auteur appartiendraient, jusqu'à un certain point, Hermann Ilugo, Isaac Yossius , l'abbé Moussaud et Laromiguière. Ecoutons d'abord le R. P. jésuite : a Porro etiamsi porteuti instar haberi débet, tam parvo e lilerarum numéro, tantum tam diversorum in omni lingua vocabulorum numerum conflari posse ; illud lamen longe admirabilius^st , eflSci posse , ut omnes omnipo totius orbis gentes , etjamsi distinctissimis utantur sermonibus , sese intelligant , non quidem locutione , sed scriptione. Adeoque , si cui tam sagas fuisset ingenium tempore babylonicse permixtionis , poluisset is omnes homines locutione dissidentes, una literarum societate yincire, et in turris exaedificandae officio continere. Jucunda dignaque base res est , quam cruditi expendant; qucmadmodum nempé^non obstante sermonum dissimilitudine , sols literœ sarcire possint dilaceratam toi gentium societatem. Si singula^ lilcr» impositœ essent non vocibus , sed rébus ipsis significandis , eœque essent hominibus omnibus communes ; omnes amnino homines , etiamsi génies singulae res singolas diversis nominibos appellent , singularum gentium scriplionem intelligerent. Apparelea res in literis

Aslronomorum hieroglyphicis.... Atque ita Sinenses et Japones, qai linguîs (am sunt dissimiles quam HebraBÎ et Belgae , mufaos tamen libros et scriptionem legant atque intelligunt , quia earQmdem retum siguificativis lileris iisdeni uluntar , ut scribit Nicolaus Trigattlltus noster in Sinensi expedilione. Est autem bujus arcani hœc, ut puto, ratio , quod res et earum conceptas ÎQ omnium hominum animis sint iidem (neque enim Hebraei aliter Goncipiunt canem aut equum atque Hispani et Galli); unde et signa earumdem rerum signiGcativa , si omnibus fuerint communia, suggèrent quoque omnibus eosdem rerum conceptus. At si signa fuerint non rerum, sed vocum signifîcativa , voces quidem illas facile logent omnes ii quibus fuerint ea \ocum signa communia ; at ccrte (quia apud singulos fere divers» sont ejus*

dem rei voces ) non intelligent quid illse voces signifîcent

£rgo ut et légère et infelligere qoivis posset quaelibet scripta , necesse esset omnibus communes esse literas aliquas , non vo-

cnm, sed rerum proxime aut concepfuum sîgnificativas »

— Nous avons déjà eu l'occasion de citer le passage d'isaac Vossius; voy. mpra, p. 259, note 138. — a Gomme la pensée, dit Tabbé Moussaod (U ii, p. 349) , peut se dépeindre séparément delà parole,.... on peut exprimer immédiatement les idées, sans aucun rapporta la vois , pur les images même des choses ou par des signes équivalents C'est l'ancienne écriture symbolique , dont les Cbtnoîs font encore usage S'il était possible

de perfectionner cette ancienne écriture,.... elle serait bien supérieure à récriture actuelle. Dépeignant les idées au lieu des sons, il en résulterait on langage commun , un langage universel, intelligible à tous les peuples. Un livre écrit avec de pareils caractères serait français à Paris , anglais à Londres , allemand

à Vienne , chinois à Pékin. Quel précieux avantage pour le pro-

If

grès des connaissances humaines! Il suffirait alors de savoir seulement lire, pour entendre et parler en quelque manière toutes les langues. » — Laromiguière élargit et complète ce beau projet, en reprenant plus particulièrement en sous œuvre la pensée d'isaac Vossius : « Ni l'écriture alphabétiquqi ni les gestes alphabétiques ne peuvent être la langue universelle que nous cherchons. Les sons de la voix et la figure des lettres sont des choses

trop variées et trop variables poar atteindre ce bat. Il faut , poar établir ane langue universelle, employer des caractères et des gestes qui montrent les objets immédiatement. Tous ceux qui se sont occupés du projet d'une laqgue universelle ont bien senti que ce n'était qu'au moyen de signes de cette dernière espèce qu'ils pourraient l'obtenir. Mais ils n'ont guère pensé au langage d 'action, c'est-à-dire au langage des gestes. Leurs efforts se sont dirigés vers une écriture hiéroglyphique, el ils se sont donné beaucoup de peine pour trouver les caractères élémentaires de celte écriture Il ne s'agit pas [d'ailleurs] d'inventer [celte] langue uni*

verselle elle existe...', elle est partout..... tout le monde la

comprend , tout le monde la parle C'est la langue des gestes,

la langue d'action Que les grammairiens, les philosophes,

les Académies se réunissent pour en favoriser les développements f..... Supposons [cette langue] faite Ne vous semble-t-

il pas que dans l'espace d'une année tout le monde pourra la parler?... On pourra voyager au Nord , au jklidi, et n'être étranger

nulle part »

On voit où nous conduiraient les philosophes que nous venons de citer. Ils feraient volontiers, Vossius du moins el Laromiguière, de l'espèce humaine une race sourde et muette, sauf à jouer auprès d'elle le noble rôle de l'abbé De L'Epée , de Sicard , et de leurs successeurs I Nous ne nous opposons point, pour notre part , à ce qu'on développe le langage qui s'adresse à l'œil , pourvu qu'on développe en même temps celui qui s'adresse à l'oreille. Nous consentons encore de grand cœur à faire une part plus large qu'on ne Ta faite jusqu'ici , à la mimique et à l'onomatopée ; mais nous nous obstinons à réclamer pour ce qui ne peut ni se flairer, ni se goûter, ni se toucher, ni se voir , ni s'entendre , des signes arbitraires, n'ayant rien de commun avec le vocabulaire chargé de montrer aux sens les phénomènes sensibles.

D'autres grammairiens (et ici nous abandonnons les catégories de Degerando, qui, empruntées à la logique beaucoup plus qu'à la réalité, ne s'appliquent que difficilement à l'histoire) nous laissent la parole ; mais Us nous demandent , pour l'usage que nous au* rons à en faire , le sacrifice immédiat de toutes nos traditions , de toutes nos habitudes linguistiques. Le système de signes qu'ils

noQs proposent ne se rattache par aucune analogie à aucun des systèmes connus, — Descartes admet la possibilité d'une Kan-gœ universelle, qui serait f^ fort aisée à apprendre, à pro* Boncer el à écrire,.... qui aiderait au jugement ,.... par le moyenf de laquelle les paysans pourraient mieux juger de la vérité des choses que ne font maintenaqt les philosophes », mais à la condition que préalablement on aura exactement compté et parfaitement expliqué « les idées simples qui sont en Timagiuation des homme§, desquelles se compose tout ce qu'ils pensent» ; en d'autres termes, qu^on aura dressé une table de nos i<tées étémentaires à chacune desquelles un' signe convenu serait attach^. Les combinaisons de signes suivront ensuite sans effort la marche qtie les idées elles-mêmes suivent en se combinant (Voy. Descartes, édit. Cousin, 1. vi, p. 61-68). — Leibnitz com« prend la question comme Descartes. ^ J'oserais ajouter, écrit-il à Rémond De Mont mort , que si j'avais été moins distrait, ou si l'étais plus jeune, ou assisté par de jeunes gens biep disposés , j'espérerais donner une manière de Spécieuse générale, où toutes les vérités de raison seraient réduites à une (açon de calcul. €e pourrait être en nïènae ternp^ une manière de langue ou d'écri* tare universelle, mais infiniment différente de toutes eelles qu'on

a projetées jusqu'ici ; car les caractères et les paroles mêmes y dirigeraient la raison ^ et les erreurs, excepté celles de fail , n'y seraient que des erreurs de calcul, il serait très-diiïkîile de former ou d^invenler cette langue on caractéristique , mais très*aisé de l'apprendre sans aucuns dictionnaires. Elle servirait aussi à estimer les degrés de vraisemblance , lorgne nous n'avons pas

suffleienlm dala pour parvenir à des vérités certaines LEiBwrrz,

édit. Diîtens, t. v, p. 7-8, » — Mais entre Descartes et Leibnitz deux hommes, lousdeu^ anglais, Dalgarno et Wilktns, avaient réalisé à leur manière cette hardie conception. Voici , d'après Degeraado ( D« iignes el de Varl dé penser, etc., t. iv , ch. 11 ) , une courte analyse du travail de Wilkins. « Wilkins eut le mérite de sentir qu'une langue véritablement philosophique ne pouvait èke fondée que sur une bonne classification de nos idées, et ne devait être destinée qu'à - représenter cette classification avec une rigoureuse fiilélitë.... Il rangea toutes les idées.... sous

40 {'lires principa^ux qu1l appela de& genres. Chaque genre fa( dÏYisé en un certain nombre de différences, ordinairement fixé à 6, et quelquefois porté à 9 ; chaque différence à son tour donna naissance à des espèces dont le nombre fut fixé par la même limite ; ces espèces furent le dernier terme de sa division. A côté de chaque terme d*une espèce , il plaça ou son opposé , ou son contradictoire négatif, ou son analogue le plus prochain , et de la sorte il put assigner à près de dii^ mille idées une place distinctive dans sa classification méthodique. Il porta ensuit^ sur la liaison que les idées reçoivent dans la pensée la même analyse qu*il avait déjà exécutée sur leur natnre. Il chercha à classer avec précision les diverses formes que les idées reçoivent d^ns le ta* bleau qu'elles concourent à former. Il distingua fort judicieusement les différents usages qu'on peut faire de certaines partir cules qu'il appela. Iranscendentaks pour modifier le sens des

termes Les choses étant ainsi disposées, Wilkins crée 40

çaracléres simples,.... consistant tous en une ligne transversale différemment modifiée à son milieu ; chacun de ces caractères esl affecté à représenter un genre ; 9 traits diversement placés à une extrémité de la ligne transversale servent à annoncer les 9 différences. Placés à raqtre extrémité ,, les mêmes traits servent à marquer les 9 espèces. Un dernier caractère avertit si , au Heu du terme propre de Tespèce , on doit prendre celqi die son op.> position ou de son affinité. D'autres caractères sont ensuite choisis pour distinguer les diverses espèces des formes gramnMiljeales , et les modifications que le seps du mot peut recevoir par les considérations de Tesprit. Ces caractères accessoires, joints aux premiers , ou placés dans Tintervalle qui les sépare , suf^ fisent pour compléter les idées qu'ils sont destinés à repfoduire. Ainsi un seul signe , composé de 5 ou 6 traits liés entre enx^ et figurant à peu près comme 2 lettres de notre alphabet , tient lieu d'un mol tout entier. C'est là ce que Wilkins appelle son carac" tère réel. Pour en tirer une langue articulée,.... il attache à chacun des 40 caractères principaux une syllabe qui doit remplir précisément la même fonction. Les caractères des différence^ sont remplacés par autant d'articulations, et les 9 caractères des espèces par autant d'intonations distinctes ; ainsi 2 rapides syl-

Ijibes suffisent pour éooocer le corps du mot tout entier. Les modifieatioos gramoriaficales s^exprimeot de même , en substi^ tuant des Toyelles ou des consonnes aux caractères qui leur avaient d*abord été attachés. »— Le Vombulaire de Grosselin, dans lequel kt mots tonl répartis non d*après leur rang alphabétique , mais suivant Vordre systématique des êtres matériels ou des idées que ces locutions représentent, n'est qu'une variante des travaux de Dalgarno et de Wilkins; voyez au reste sur ce dernier livre le actionnaire de la conversation, \° pasigbaphib.

Que penser de ces belles conceptions , de 'ces ingénieux systèmes? Ce qu'en pensait le philosophe qui parait avoir le premier envisagé la question sous ce point de vue. Nous croyons avec Dçscartes qu'uùe langue de cette nature peut devenir familière à tous les habitants d'une ville , à tout un peuple , à tous les peuples , mais dans le pays des romans (Descartbs, £. c.) ! Faits comme nous le sommes ; nous ne voulons point, en quelque matière que ce soit , de ces réformes radicales, qui nous demandent, comme condition préalable de leur établissement , l'abolition complète du passé ; en toute chose , nous voulons le progrès, c'est-à-dire le perfectionnement de ce qui est. Nos langues parlées avec notre écriture alphabétique, tel esl le vrai point, le seul point de départi .

Ceux-là sont beaucoup plus près de nous qui acceptent comme matériaux de leur langue parfaite les radicaux à'nne langue quelconque , de la nôtre , par exemple , et nous conseillent seulement de donner aux formes grammaticales que ces radicaux subiront plus de régulauté et de simplicité. Ainsi , Faiguet nous propose un modèle de déclinaison et de conjugaison (Voy. V Encyclopédie, \^ LANGUE univbbs^llb) qui en effet remplaceraient avantageusement les modes usités jusqu'ici. Le P. Lamy innove plus discrètement encore. Il trouve toute faite chez un peuple de l'Asie cette grammaire accomplie que nous gagnerions tant à lui emprunter. Ce peuple n'a qu'une conjugaison ; ses verbes n'ont que deux temps , le passé et l'avenir , qu'ils distinguent , le premier par la particule Ba , le second par la particule Mou. La marque de l'infinitif est Kou, celle de l'impératif est B. Les noms ne subissent d'autre changement que celui qui consiste à

disUnguer , par Taddilion d*une ledrc, le pluriel du sîitgalier, mouri le cheval*, mourit les chevaux Ou a proposé quelquefois, ajoute le savanl oraiorien , de créer une langue, qui pouvant èlre apprise en peu de temps , devint commune à tous les peuples du monde ; la grammaire de cette langue est toute faite; prenons celle des Tactares mongols ou mogols !

Que l'exemple nous vienne des Tartares , ou de quelque autre nation dont le Bom ne sonnerait pas plus agréablement à nos oreilles, il n*en est pas moins bon à suivre; et, je Tai suffisamment établi , nous Je suivons de gré ou de force, emportés par la loi même de notre développen^ent. Mais ici encore ce n'est pas à une réforme subite à la fois et totale qu'il faut prétendre; c'est à une série graduée d'améliorations partielles qu'il faut se résigner. En toute chose, le bien n*est qu'à ce prix.

Et c'est précisément pour cela que nous approuvons complètement ceux qui, à une époque donnée, prenant de foutes les langues qui se parlent celle qui déjà se parle le plus, réclament pour elle, en vertu des avantages marqués qu'ils lui reconnaissent, le privilège de l'universalité. —Ainsi Galien, dans le passage que j'ai indiqué plus haut, se plaint que de son temps on empruntait sans raison des termes barbares aux langues étrangères , au lieu de s'en tenir à la lan&[ue d'HIppocrale , langue pleine de charme et que tout le monde entend. Avant lui, Cicéron proclamait cette universalité de la langue grecque : <f Si quis (Pro Archia pœta, n» 23) minorem gloris fructom putat ex grœcis versibus percipi quam ex latinis, vebementer er^at, propterea quod Graeca leguntur in omnibus gentibns, Lalina suis finibus exiguis sane continentur. p — Plus lard , dans notre moyenâge , la langdc latine devint la langue commune de l'Europe , sinon do monde; la science, la loi, la religion n'avaient pas d'autre interprète; c'étaient à la propager, à l'étendre, à l'universaliser que travaillaient avec tant d'ardeur, au xvi* et au XTJi' siècles , les Muret, les Erasme, les ScaUger, et tant d'autres. — Cependant notre langue française grandissait. Dès le xiii* siècle , les écrivains des différentes nattons qui nous entourent l'adoptent, « pour chou que la parleure en est plus délitable et qu elle corl parmi le monde » (Bru^tto Latim, Li thrésarsqui

parole de la naissance de toutes choses ; Martin Da Ganale , Chronique de Venise, Yoj, Legrand D'Ausst , dans les NoHces des manuscrils, l. v, p. 270, et Allou, Essai sur l'universalité de la langue française , p. 95 el saiv.). Avec Je temps son génie éniînemment social se prononçant de plus en plos , çlle devient la langue de tout ce qu'il y a de noblesse en Allemagne , en Angleterre, en Ecosse (Voy. EsTiKNNE Pasqdier, Epîlres, liv. i, let. 2). Des sociétés se forment dans le bat de la perfectionner (De Vbrnbilh, StalSsUque du Mont-Blanc ). Le grand siècle, par son éclat littéraire , vient encore ajouter à Timpalsion précédem> ment donnée ; Letbnilz , dit Rivarol ( De Vunivers. de la kmg, franc, , dans les OEuvres , t. ii , p. 58) , « cherchait une langue universelle, et nous rétablissions autour de lui». Celte prééminence de notre langue , quoi qu'on ait fait en Angleterre et en Allemagne pour Tafia iblir et la détruire ( « L'adoption d'une autre langue entraîne avec elle la perte de la liberté et la domi* nation étrangère » , disait à ce propos Leibnitz , dans ses Consi^ dérations sur la culture et le perfecliattj^ment de la langue allemande, %» 20.x — a L'universalité de la langue française amènera rani~ versaliiéde la monarchie française » , s'écriait le docteur Newton, dafis sa Life ofMiUon» placée en tète du Paradise lost, Londres , 1778) , s'est maintenue partout. Lorsque dans un de nos salons sa trouvent réunies des nolabilités appartenant aux différente pays de l'Europe, c'est en français que, pour être générale, la conversation s'engage (Voy. De Salvanuy, Alonzo, Préface) ; et nous concevons l'enthousiasme du poète qui voit dans notre Paris. a la cité-verbe chargée de faire entendre la parole civilisatrice à tous les peuples de la terre (Emile Deschamps, Mémoire sur cette question : Quelle a été l'influence de lesprit français sur l'Europe depuis deux siècles ?).j) — Voyez à ce sujet les livres déjà ci(és de Rivahol et de Schwab ; joignez-y Scoppa , Les vrais principes de la versification française , S. 985 el suiv. ; Ai V. Au^ault, De la langue française parlée ou écrite par les étrangers, dans ses OEuvres, t. vu, p. 434 et suiv. ; et surtout rexccUenl livre d'Aitou, avec lequel on peut se passer des autres. J'en excepte le beau travail de M» Deschamps , que rien ne saurait remplacer. Dans notre opinion donc, une langue unique s'établira quelque

jour sur les débris de tous les idiomes qui se partagent aujoar* d*hui l'Europe , et le français marche à grands pas vers celle souveraineté ; d^autres langues s*empareront également des autres grandes divisions de notre globe ; TAsie , par exemple , revient de droit au chinois, qui a su déjà (succès sans exemple dans rhistoire du langage) se faire parler par plus de trois cents millions d'individus, c'est-à-dire par un tiers du genre humain ;^ puis ces trois ou quatre grands systèmes se traiteront entre eux , comme s'étaient préalablement Irailés les différents dialectes parlés dans an même royaume , le» différents idiomes asités dans, une même contrée; une lotte définitive s'engagera entre ces prétendants suprêmes , et la palme restera au plus digne !

,£n attendant cette désirable universalité, condamnés que noua sommes , pour échanger nos idées , à traduire nos expressions , nous devons accueillir avec reconnaissance tous les expédients qui tendront à rendre cette traduction plus facile. C'est de ce point de vue, mais de ce point de vue seulement, que nous approuvons, les dictionnaires numérotée de^ircher el de Bêcher , les pasipct^ graphies et pasiiéUgrapkies du major De Maimieux et de Firraas-. Périès, et peut-être avant tout le procédé infiniment plus simple de l'abbé Ghangeux : pour lire ou écrire dans une langue incon<t nue y il ne demande que ceci : un dictionnaire des deux langues, dé la langue inconnae et de celle qu'il parle , et quelques signes de convention propres à déterminer le cas , le genre , le nombre , le temps , le mode , la personne , c'est-à-dire la fonction grammaticale de chaque mot ; puis il écrit ou lit le mol étranger tel que son lexique le lui donne , en y ajoutant , ou en interprétant , sans la moindre difficulté , le signe qui en précise l'emploi.

N. B. — Tout ceqni vient d*être dit pour la langue parlée est dit implicitement pour la langue écrite, qui ne s*en sépare j)oint.

181 , p. 171. — On sait comment l'Ecole de Condillac, renversant les véritables rapports des choses , prend ici , en général , l'effet pour la cause el la cause pour l'effet : c Un peuple dont la langue est bien faîte doit nécessairement à la longue se débarrasser de tous ses préjugés .... Un peuple dont la langue est mal faite ne parait guère pouvoir franchir certaines bornes ddns les sciences et dans les arts Ce n'est jamais sans que sa

langue d^améliore considérablement , qa*il fait de$ progrès réelMi. €abani8, Rapporté du pkysiqueel du moral de V homme , t. ii, p. 344- 345. » Ce qoe M. DeBonald (Rech, pM. , etc., p. 385) réfole en termes que nous avouons complètement : « Un peuple ne fait pas de progrès parce qu'il améliore sa langue ; mais il améliore sa langue parce qu'il fait , ou lorsqu'il fait des progrès ; la langue n'est pas la cause de ses progrès, elle en est le résultat et l'indice ; il parle avec plus d'exactitude , parce qu'il pense avec plus de justesse. D — Ce reproche, au reste, que nous pouvons en toute^conscience adresser à l'Ecole , le mattre lui-même ne parait

pas l'avoir mérité. « Gondillac a bien vu, non pas que

la pensée dépend do langage, comme on le dit quelquefois en croyant le répéter, mais que l'art de penser dépend du langage :... deux choses qu'il faut se garder de confondre..... Sans doute la pensée précède la parole et même tout langage d'action Mais s'il est manifeste qoe la pensée précède la parole ,

il ne l'est pas moins que l'emploi de quelques signes devance l'art de penser. Labohigcièbe , Leçons de philosophie , Discours d'ouverture, to £t Gondillac^ en effet , répète fréquemment que « l'art de raisonner a suivi toutes les variations du langage ( Logique, 2* part., ch. iv) » ; et qu'il « se réduit à une langue bien faite (Ibid., ch v). » Notons cependant que Gondillac semblait bien ouvrir à ses disciples la voie dans laquelle ils sont entrés , lorsqu'il prétendait : « que nos langues sont autant de méthodes analytiques , que nous n'analysons que par elles , que nous leur devons toutes nos connaissances, etc., etc. (Ibid., ch. ii). »

182, p. 171. — Reid et ses disciples, identifiant la science et le sens commun (Voy. entre autres Reid, Essais, traduct. Jouffroy , t. II, p. 312-313) , condamnent par cela même la science à parler la langue commune. Gondillac, qui , comme J. J. Rousseau , mais avec la couleur propre à son caractère , met un peu d'affectation dans ses épigrammes contre les philosophes, semble aussi (Voy. sa Logique, 2« part., ch. v) élever la langue instinctive de la foule au-dessus de la langue réfléchie des savants. Pour moi , je pense avec Destutt De Tracy [Idéologie, ch. 17) « que les connaissances et les langages marchent toujours de front ; que le niveau se rétablit à chaque instant entre l'idée et le signe,

et que par coiiséquenl la langue la plus perfeclionnée est toujours celle employée par les horomes les plus éclairés ; et que si elle n^est pas plus parfaite , c'est parce que leurs idées ne sont pas plus avancées. »

183, p. 172. — « On voit qu'if était alors (du temps d*Henri Ëslieane) de bon ton à la cour de dire : y avions , j 'étions etj'a/lims , et nous pourrions citer beaucoup d'autres exemples de motB qui, du langage recherché de la bonne compagnie , sont de même successivement tombés dans celui du peuple des provinces. Alloo, 0. c, p. 374. » — Quelquefois un mot de là langue savante ne prend pas aisément chez le peuple, parce que, comme Tout remarqué Becker et d'autres à propos des noms étrangers , ce mot n'amène pas avec lui tout le cortège des dérivés dont il faut cependant qu'il s'entoure pour remplacer complètement celui qu'il vient détrôner. Ainsi , il est fâcheux que le mètre ^ qui s'est substitué à la toise , n'apporte pas avec lui le verbe métrer et le substantif métreur , pour remplacer le verbe toiser el le substantif toiseur.

184 , p. 173. — Quelques philosophes croient qu'on ne pent penser sans s'aider d'un langage quelconque (Cf. supra, p. 250 , note 119). En général , on accorde à l'intelligence la faculté de s'exercer indépendamment de toute espèce désignes (Destctt DE Tracy, Idéologie proprement dite , ch. xvii). La difiQ culte serait de préciser le' point où, réduite à elle-même, notre faculté de penser s'arrêterait. Pour Gondillac, qui n'admet d*idées abstraites qu'à la condition de certains symboles matériels, il est évident que l'homme dépourvu de tout langage ne saurait s'élever jusqu'au raisonnement ( Voy. sa Logique , 2« part, , ch. v }. « Sans signes, dit Destutt de Tràct(£. c), nous ne penserions presque pas.^ Selon nous, Plotin voyait mieux la chose, lorsqu'il affirmait que le raisonnement peut se passer de tout instrument organique : To d»

o^yavou. Ennéade V, liv. i, ch. 10.

185 , p. 174. — a Toute langue est une méthode analytique, et toute méthode analytique est une langue. Ces deux vérités, aussi simples que neuves, ont été démontrées , la première dans ma

Grammaire ; la seconde dans ma Logique Condillac , La langue des calculs, p. 1. » — Je ne troave maintenant dans Destutl De Tracy qa'an passage, où après avoir condamné la dénomination de méthodes analytiques donnée à nos langues par Condillac , il se borne à y voir , comme je le fais , a deë collections de formules trouvées , qui ensuite facilitent et simplifient merveilleusement les calculs ou analyses qu'on veut faire ultérieurement. Idéologie praji>remefU dite, eh. xvi. » — C'est à Degerando que cette rectification appartient. Après avoir écrit , dans son texte , que « nos langues peuvent être regardées en quelque sorte comme des méthodes analytiques , > il ajoute en note : « Je dis en quelque sorte, car le mot de méthode ne peut être employé ici qu'improprement. Les langues sont des occo^tofw , des moffens d'analyse^ c'ést-à dire qu'elles sont entre nos mains un secours pour mieux suivre la méthode; mais elles ne sont point la méthode même. Des signes et de Vart de penser, etc., 1. 1 , ch. vi, p. 158. »

186, p. 174. — Pour ces avantages de l'analogie, qui d'ailleurs sont assez évidents , voyez Condillac pcusim, et un article sur ce mot inséré dans le Dictionnaire des sciences philosophiques, i^ livraison. — On comprend bien , nu reste , ce que Condillaiê ne semble pas toujours se rappeler assez , que « l'analogie; ainsi que l'a dit Quintilien (Inslitutiones oratcriœ, lib. i , c. 6) , n^est venqe <pi*aprè6 l'usage « ; il a fallu des termes créés sans elle^ pour qu'il y en eût ensuite de créés par elle.

187 , p. 175. — a Nun glaub ich zwar nicht , das eine spraébe in der well sey , die ander sprachen worle iedesroahl mit gleichem nachdrock, und auch mit einem vrorte geben kGnne. Leib- NiTZ, Considérations sur la culture et le perfectionnement de la langue allemande, §. 61. » Cf. Polémique sur la traduction entre M. Maillet-Lacoste et M. Charma. — Ce qui n'empêche pas que la traduction , dans l'état actuel des choses et précisément à cause

,' des diOicultés qu'elle présente, ne soit un excellent exercice pour l'esprit, a L'élève s'aperçoit bientôt, dit à ce propos M""* Necker de Saussure {Education progressive, t. ii. ) , que les mots ne se correspondent pas exactement dans les deux langues , qu'ils coupent dans des points différents le tissu continu de la pensée » , et on comprend quels avantages doivent résul-

1er, pour nos développements inlelleclueis, de cette comparaison et de ces rapprochements.

188 , p. 175. — a Si una lingoa esset in monde, accederet in effeclo generi homano tertia pars vi(œ , qoippe quae iinguis impenditor. Leibnitiana , xi , dans les OEuvres de Leibnitz , édit. Dutens, t. vi, V* part., p. 297. »

189 i p. 175. — a Nous n'avons presque jamais la certitude parfaite que cette idée que nous nous sommes faite sous ce signe, par ces moyens, soit exactement et en tout la même que celle qu'attachent à ce même signe celui qui nous Ta appris et les autres hommes qui s'en servent. De là vient souvent que des mots prennent insensiblement des significations différentes, suivant les temps et les lieux, sans que personne se soit aperçu du changement. Ainsi, il est vrai de dire que tout signe est parfait pour celui qui l'invente, mais qu'il a toujours quelque chose de vague et d'incertain pour celui qui le reçoit Je viens d'accorder que tout signe est parfait pour celui qui l'invente , mais cela n'est rigoureusement vrai que dans le moment où il l'invente ; car quand il se sert de ce même signe dans un autre temps de sa vie , ou dans une autre disposition de son esprit , il n'est point du tout sûr que lui-même réunisse exactement sous ce signe la même collection d'idées que la première fois ; il est même certain que^souvent, sans s'en apercevoir, il y en a aji^té de nouvelles et a perdu quelques-unes des anciennes. Dbstutt db Teagt, idéologie , ch. xvii. »

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