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CHAPITRE 1er Le Paganisme

Importance des idées religieuses, par rapport au libre arbitre. — Zeus et la Moïra. — Les Erinyes et les Charité*. — Tout bien vient de Zeus. — Le mal moral en vient-il? — Opinion de Pindare. — Hésitation des croyances sur ce point. — Le paganisme est peu favorable au libre arbitre — Paroles du chœur dans VAgamemnon d'Eschyle.

Quand on veut écrire l'histoire d'une idée morale, il faut toujours parler de la religion. La religion est le milieu par excellence des idées morales. C'est dans les religions que se sont déposées les premières croyances de l'humanité. Ces croyances, à leur tour, ont dominé non seulement les individus, mais les sociétés. Les actes de la vie sociale constituaient, à l'origine, une fonction religieuse. Longtemps même après que les croyances primitives ont diminué ou disparu, les lois, les coutumes, le langage portent encore leur empreinte. Tout homme trouve dans les traditions, les mœurs, les lois, les coutumes, la langue, la littérature de son pays un ensemble d'idées morales auxquelles il ne peut échapper.

C'est surtout quand on essaie de faire l'histoire du libre arbitre que s'impose la nécessité d'étudier la

religion au sein de laquelle se sont développées les théories philosophiques. Toutes les idées religieuses convergent vers un même point. La religion est essentiellement une croyance à des relations de l'homme avec le dieu qu'il adore, et, par ce dieu, avec l'ensemble des choses. Toute religion renferme donc implicitement certaines idées sur la dépendance de l'homme; à vrai dire, toute religion est une croyance à la dépendance de l'homme. L'homme se rattache à des êtres supérieurs; il leur doit l'existence, la vie ; les biens et les maux naturels, la difformité ou la beauté, la faiblesse ou la force lui viennent d'eux; d'eux encore lui viennent les biens et les maux de Fintelhgence, la petitesse ou l'élévation de l'esprit. Mais les biens et les maux de l'àme, la vertu, le vice, est-ce aussi la divinité qui les donne à l'homme ou est-ce l'homme qui les crée en lui? Toute religion arrivée à la conscience d'elle-même doit avoir une réponse à cette dernière question. Or, cette question, c'est la question même du libre arbitre. Si le dieu distribue aux hommes la vertu et le crime comme les pluies fécondantes ou les fléaux destructeurs, si l'homme n'a aucun pouvoir sur lui-même, il n'est pas libre; il est libre, au contraire, s'il peut se conférer à lui-même la bonté morale.

Le paganisme grec est la religion au sein de laquelle s'est développée toute la philosophie antique. Interrogeons donc le paganisme sur la dépendance de l'homme et le pouvoir des dieux.

Or, le paganisme grec soumet tous les dieux à Zeus. Ce dieu suprême impose aussi ses volontés aux hommes, et tout est soumis à ses ordres. « Zeus est l'éther, Zeus est la terre, Zeus est le ciel; oui, Zeus est tout|et ce qui est au-dessus de tout, » dit Eschyle (^). Mais les volontés de Zeus ne sont pas arbitraires, capricieuses et sans raison, le désordre ne peut régner dans l'univers. Les volontés de Zeus ne dépendront donc pas de lui seul. Une puissance redoutable et mystérieuse plane encore au dessus de lui, elle se nomme Al-a ou M:Tpa. Aïsa et Moïra

(1) Fragments, 3i5, éd. Ahrens, Didot.

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