‹ Essai sur le libre arbitreChapitre 3 sur 193 · LE POUVOIR DE ZEUS. O · texte numérisé non relu

LE POUVOIR DE ZEUS. O

expriment « la part » qui appartient à chaque homme, le lot de bonheur ou de malheur qui lui est échu. Cette part, ce lot nous est assigné, sans qu'il soit possible d'y rien changer. Zeus lui-même doit laisser s'accomplir les arrêts de la Moïra. Il voudrait, dans V Iliade, arracher à la mort Sarpédon, son fils, « le plus chéri des hommes, i> que la Moïra condamne à périr sous les coups de Patrocle ; il souffre et se plaint, mais Héra lui rappelle sa nature divine et il se soumet à la loi (^). « Les dieux eux-mêmes, dit encore Homère, ne peuvent soustraire un héros qu'ils aiment à la mort commune à tous, quand la Moïra pernicieuse l'a saisi pour le coucher dans la mort (2). » D'ailleurs, l'inteHigence souveraine de Zeus le fait de bon gré se soumettre à la Moïra. Il a pris d'abord pour épouse Métis « qui savait plus de choses que tous les dieux et tous les hommes mortels (^) », puis il s'est uni à Thémis {^), la personnification de la Loi, des lois physiques et des lois morales. Zeus ne peut donc être en désaccord avec la Moïra, qui n'est elle-même qu'une première et plus haute personnification de la Loi.

Aussi Homère l'appelle parfois l'Aïsa de Zeus (^), la Moïra de Zeus (^), et cette expression a le même sens que cette autre :\a. volonté de Zeus C^). — Dans les poètes postérieurs à Homère et à Hésiode, la Moïra se partage entre trois divinités qui héritent de son nom, les trois Moïrai, et Euripide nous les montre assises au pied du trône de Zeus (^).

A partir de ce moment, Zeus devient MoipayéTY];, conducteur de la destinée. C'est lui seul qui gouverne le monde, et les Moïrai ne sont que les instruments de sa domination.

« Ces déesses, dit Eschyle, ces génies soumis aux droites lois, habitent toute maison et dominent tous les

(1) Iliade, XVI, 433-457.

(2) Odyssée, III, 236.

(') Théogonie, 886.

(^)Ibid.,90i.

(^) Iliade, IX, GOS; XVII, 321.

(«) Odyssée, III, 260.

C) Aiôç ^o'jl-fi. — Odyssée, XI, 297.

(®) Peleus, Fragm. 2.

temps ('). » — (( Elles s'appellent Clotho^ Lachésis, Atropos. Clotho (la fileuse) exprime l'enchaînement irrésistible des événements dans la trame de la vie; Lacliésis, le hasard du lot qui échoit à l'homme; Atropos, l'intlexible nécessité de la destinée. Leur action commence au berceau pour ne s'arrêter qu'à la tombe ("^). »

Mais elles ne sont pas les seuls ministres de Zeus. ,11 verse sur la terre les biens et les maux. « Deux tonneaux sont placés devant le seuil de Zeus et contiennent les dons qu'il répand : l'un le mal, l'autre le bien. Celui auquel le dieu qui lance la foudre donne un mélange des deux, rencontre tantôt le mal, tantôt le bien. Celui auquel il ne donne que des maux est voué aux outrages, la misère cruelle le chasse par toute la terre et il erre méprisé des dieux et des mortels {^). » La providence du/; dieu s'étend à tout, il est le vengeur du crime et il récomT^' pense la vertu; bien plus, il pousse parfois l'homme à i commettre des actions criminelles et c'est à lui qu,é i l'homme doit la grâce, la beauté, la vertu, tout ce qui est bon et tout ce qui est beau.

Plusieurs divinités sont spécialement chargées de poursuivre la vengeance du crime ; l'une se nomme Até, les autres les Erinyes et Némésis. Até est <( la fille vénérable de Zeus, elle ne touche pas le sol et vole toujours au niveau de la tête des mortels (^), » prête à s'insinuer dans leur esprit et à l'entraîner au crime. Quand le crime est commis, c'est encore Até qui le venge ou les Erinyes « à la mémoire fidèle (^) » . On croirait d'après cela que Zeus est l'inspirateur et par conséquent l'auteur des actions criminelles, puisque c'est Até (( fille de Zeus » qui pousse à les commettre. Il semble bien qu'Homère a eu cette pensée dans le passage auquel nous venons de nous référer. « C'est Zeus et la Moïra et l'Erinye qui vole dans les ténèbres qui ont jeté dans mon cœur la féroce Até, dit Agamemnon. y)

(}) Euménides, 961.

(') Decharme, Mythologie de la Grèce antique, p. 283.

(») Iliade, XXIV, 527.

(♦) Iliade, XIX, 91-93.

(*) Eschyle, Prométhée, 516.

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