‹ Essai sur le libre arbitreChapitre 49 sur 193 · CALVIN · texte numérisé non relu

CALVIN

non seulement il voit, mais aussi ordonne ce (ju'il veut être fait (^). ^) Cette providence empêche l'homme « de se guider el adresser par son franc arbitre où bon lui semble » {^). — « Ceux qui veulent rendre cette doctrine odieuse, continue Calvin, calomnient que c'est la fantaisie des stoïques, que toutes choses adviennent par nécessité. C'est faussement et malicieusement qu'on nous met cette opinion sus. Car nous ne songeons pas une nécessité, laquelle nous soit contenue en nature par une conjonction naturelle de toutes choses, comme faisaient les stoïques.

» Mais nous constituons Dieu maître et modérateur de toutes choses, lequel nous disons dès le commencement avoir selon sa sagesse déterminé ce qu'il devait faire, et maintenant exécute par sa puissance tout ce qu'il a délibéré. Dont nous concluons, que non seulement le ciel et la terre, et toutes créatures insensibles, sont gouvernés par sa providence, mais aussi les conseils et les vouloirs des hommes; tellement qu'il les dresse au but qu'il a proposé (^). » Et ailleurs : « Que les stoïques s'en aillent avec leur nécessité forcée et qu'ils soient séparés loin de nous ; vu que nous tenons la volonté de Dieu comme reine et maîtresse, qui gouverne tout par sa pure liberté (^). » Ainsi Calvin reconnaît lui-même que la seule chose qui le sépare des stoïciens, c'est que le dieu stoïcien est un dieu soumis à des lois fatales, tandis que le dieu auquel il croit n'est soumis à aucune sorte de nécessité et a tout ordonné dans la plénitude de sa sagesse et de sa liberté. Mais l'homme n'est pas moins esclave dans son système que dans celui des stoïciens. Selon sa formule énergique, « la volonté de Dieu est la nécessité des choses » (^). Tout arrive donc librement dans le monde si l'on considère la volonté de Dieu, la cause première, mais tout arrive néces-

(^)Id , ihid., sect. 4, p. 84, b.

(2) RL, ibid., p. 85, a.

('Ô Id., ibid,, sect. 8, p. 87, a.

(*; Traité de la prédestination. Recueil des opuscules de Jean Calvin, trad. Irano., in-f»; Genève, 15G6, p. 1303.

(S) Ibid., p. 1301).

sairement si l'on considère les causes secondes et les événements de l'univers.

Calvin avoue cependant qu' (c il semble être absurde d'ôter ce qu'on appelle contingence » (i), mais il réduit cette contingence, comme le fera plus tard Leibnitz, à une simple possibilité des choses « qui peuvent échoir d'un côté ou d'autre. En ce sens, les choses qui adviennent peuvent être dites contingentes » (-). On conçoit dès lors que Calvin ne sera pas moins opposé que Luther au « franc arbitre des papistes » (^), l'homme n'aura plus aucune espèce de pouvoir. Non seulement nous ne pouvons choisir que le mal sans jamais faire rien qui ne mérite condamnation (*); non seulement nous sommes esclaves du péché, mais nous ne sommes même pas libres de choisir entre des choses indifférentes qui ne sont ni bonnes ni mauvaises (^) ; c'est Dieu qui « besogne en nos cœurs » (^), quand nous faisons bien, et c'est Satan qui travaille en nous quand nous faisons mal^"^). Notre volonté est une chose inerte et passive que « Dieu lléchit et tourne à son plaisir, et notre élection à clioisir n'est pas tellement libre que Dieu ne domine pardessus » (^). Cependant l'homme « n'est point dépouillé de sa volonté » . Il agit avec nécessité, il est vrai, mais sans contrainte. Il veut au moment qu'il veut, cela est certain, sa volonté est la cause de ses actions et cette cause est en lui-même, il l'a reçue en recevant l'être; il est vrai que cette volonté est par elle-même viciée et livrée à Satan, mais elle ne subit point de contrainte

(1) Ibid., p. 1303.

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