CHAPITRE II Socrate, Platon
Les philosophes antésocratiques sont partisans de la nécessité. — Socrate est le premier qui explique le monde par la finalité, c'est-à-dire par lapensée. — Les actions humaines s'expliquent donc par leur but. — Le but suprême est le bien. — Il détermine ses moyens et par là toutes nos actions. — Kaxo; exwv oùôetç. — Les vertus sont des genres. — Savoir suffit pour bien faire. —Atténuation de cette doctrine. — Dans le doute, le libre arbitre reste possible. — Platon. — Mondes de la science, de l'opinion, de la sensation. — La raison, le cœur, l'appétit. — La région de l'opinion où agit le cœur reste indéterminée. — Le libre arbitre peut exister dans cette région. — La puissance de choisir est le privilège de ceux qui ne sont plus ignorants et qui ne sont pas encore savants.
D'accord avec les croyances intimes de la religion, les premiers philosophes de la Grèce professèrent que toutes les choses du monde se faisaient par nécessité. Gicéron (*) attribue cette doctrine à Démocrite, Heraclite et Empédocle. Plutarque (-) nomme en outre Thaïes, Pythagore et Parménide. Les Ioniens autres que Thaïes, Anaxagore et surtout les Éléates Xénophane et Zenon, ont eu certainement la même pensée. G'est en effet la première qui doit venir à quiconque cherche à construire un système de la nature. Écrire, comme le faisaient les premiers philosophes grecs, des livres sur la nature, c'est supposer que la nature est une, que ses lois sont constantes et que nul ne peut les changer. L'antinomie au moins apparente entre la possibilité de la science et l'existence du libre arbitre, qui préoccupe si vivement les penseurs contemporains, a été tranchée du premier coup au début de la spéculation hellénique au détriment du libre arbitre et au profit de la science. Et cela n'est vraiment pas étonnant dans un pays où la rehgion
(1) De Fato, XVII. J
O De Plac. philosop, I, 25-28.