SOCRATE
réduisait si considérablement le pouvoir de Fhomme au profit de la puissance des dieux. D'ailleurs, ces dieux eux-mêmes qu'étaient-ils? Des forces de la nature divinisées. De sorte que dire que tout dans le monde dépend de lois naturelles et que l'homme même leur est soumis, n'était que répéter sous une forme rationaliste la formule théologique : tout dépend de Zeus dans la nature et dans l'homme.
Aucun de ces anciens philosophes, sauf peut-être Démocrite, n'a construit un véritable système de philosophie morale, et ce sont ces sortes de spéculations qui ont toujours été le plus favorables à la croyance au libre arbitre. Socrate est le premier philosophe qui ait eu surtout des préoccupations morales (^). Aussi a-t-il rencontré sur son chemin la question du pouvoir de l'homme sur ses actions et a-t-il sur ce point ébauché une doctrine que le plus grand de ses disciples s'est appropriée en y introduisant à la fois quelques éclaircissements et quelques ménagements.
Socrate, dans le Phédon {^), se rend à lui-même le témoignage qu'il a le premier songé à résoudre par la fmalité le problème de l'univers. Il cherchait «la véritable cause, non ce sans quoi la cause ne serait pas cause, » non la condition, qui n'est qu'une partie et comme une ombre de la causalité véritable, mais la cause par excellence, non le comment des choses, la cause antécédente ou physique des événements, mais le pourquoi, la cause finale et par conséquent idéale, « Supposant toujours la raison qui me paraît être la meilleure, toutes les explications qui me paraissent s'accorder avec elle, soit dans les causes, soit dans les choses, je les prends pour vraies, et celles qui ne lui sont pas conformes^ je les rejette comme fausses {^). » Expliquer les choses en effet, c'est en rendre raison, les rapporter à la raison comme à leur source ; or, la raison ne se trouve pas dans les moyens, mais dans la fin. La
(1) Voyez la belle et savante étude de M. Boutroux : Socrate, fondateur de la science morale, in-S»; Orléans, Colas, 1883.