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essence, et cependant tous les deux m'apparaissent dans le temps (^). « L'espace est donc la forme des phénomènes du sens extérieur (^)... , le temps est la forme du sens interne, c'est-à-dire de l'intuition de nous-même et de notre état intérieur (^). » A ce point de vue, le temps est la forme de tous les phénomènes, car les phénomènes n'existent comme phénomènes qu'à la condition d'être représentés dans une conscience ; il est donc (( la condition formelle à priori de tous les phénomènes en général » (*). Nous ne pouvons nous représenter aucun phénomène en dehors du temps; tous les objets de notre pensée sont donc soumis au temps et à ses lois.

Or, pour former une connaissance, la nature de notre entendement exige que nous unissions les unes aux autres plusieurs représentations différentes pour en saisir ensuite la diversité, c'est ce que Kant appelle opérer une synthèse (^). « La synthèse est en général l'œuvre pure et simple de l'imagination, fonction aveugle de l'àme, mais indispensable, puisque sans elle nous n'aurions aucune connaissance de quoi que ce soit (6). » Cette sorte d'imagination Kant l'appelle productive^ pour la distinguer de celle que reconnaissent ordinairement les psychologues et qui n'est que reproductive (^). Cette imagination permet à l'entendement de former des concepts. Ces concepts, pour être élevés à un très haut degré d'abstraction, ont encore besoin d'être unis par une synjthèse de l'imagination. La représentation de cette nouvelle synthèse est ce que Kant appelle le schème (^). . De tous les objets de nos pensées, de tous les phénomènes successifs, sous l'influence de l'imagination, nous devons donc former une succession continue, la diversité de la succession doit être soumise à la synthèse de l'imagination pour que nous puissions la penser ; or,

(1) Crltiq. de la Rais, pure, n° 36, trad. Tissot, t. I, p. 60.

(2) Ibld., n^ 50, ibid., p. 67.

(3) Ibid., no 61, ibid., p. 73.

(*) Ibid., no 62, ibid., p. 74.

(») Ibid., no 112, ibid., p. 118.

(«) Ibid., nous, ibid., p. 119.

C) Ibid., n-166, ibid., p. 14.

(S) Ibid., no^ 192-198, ibid., p. 180-185.

DÉTER>riNATIOX DES PIIÉXOMÈNES. 231

cette synthèse s'opère par la causalité. Tous les phénomènes se succèdent et s'unissent selon les lois de la cause et de relTet(^); rien sans cause, tout phénomène est déterminé par les phénomènes antécédents. Tel est le schème qui nous permet d'unir et de connaître les divers phénomènes successifs (2). Nous sommes donc obligés, en vertu des lois mêmes de notre entendement, de concevoir tous les phénomènes comme ne formant qu'un seul univers, comme liés les uns aux autres par les liens de la causalité. «L'expérience elle-même n'est possible que par la représentation de l'union nécessaire des perceptions (^). »

Cette loi de causalité est regardée par Kant comme le critérium même de la nécessité (^). « Tout ce qui arrive est déterminé à priori dans le phénomène par sa cause. » Les effets sont donc nécessaires, lorsque la cause est donnée, mais aucun phénomène n'arrive sans cause, par conséquent ils sont tous déterminés, tout est nécessaire, rien n'est libre. La conséquence rigoureuse de cette rigoureuse doctrine est que le champ de la possibilité ne peut être plus grand que celui de la réalité. Puisque en effet aucune expérience n'est possible en dehors des lois de notre esprit et que les lois nécessaires de notre esprit appliquées à la matière de la connaissance n'ont produit que ce que nous connaissoas, il s'ensuit bien que rien autre chose n'est possible, à moins que les lois de notre esprit n'aient formé une connaissance sans s'appliquer à aucune matière. Mais ceci est totalement impossible (( puisque rien, absolument rien, dit Kant avec insistance, ne peut être pensé sans matière » (^).

Gela ne veut pas dire pourtant qu'en dehors des choses que nous nous représentons, ou des phénomènes, il n'y ait rien de possible. Le possible absolu ne peut être déterminé ni par conséquent représenté, mais « nous pouvons croire à l'existence de choses qui ne sont pas

(1) Ibld., no 274 et suiv., ibid., p. 229.

(2) Ibid., n" 203, ibiçl, p. 186.

{^)Ibid., n" 256, ibid., p. 217.

(^)Ibki.. n"331, ibid., p. 271.

(3) Ibid., no 332, ibid., p. 273.

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