CONCLUSION
La plus insigne mauvaise foi, il me semble, pourrait seule empêcher de comprendre que le luxe etla vanité des parures sont les deux plus redoutables fléaux qui puissent tomber sur un peuple catholique. Je crois l'avoir prouvé jusqu'à l'évidence. Pour tonte personne done qui, sans parti pris de ng pas se rendre à la vérité, aura lu attentivement ce petit traité, il doit être démontré que le vice de l’orgueil qu’engendrent et entretiennent le luxe et la vanité des parures détruit, dans uu peuple atholique qui s’en laisse dominer, et les biens temporels qu’il prodigue follement pour les satisfaire, et les
biens spirituels dont Dieu le dépouille en punition de son faste ot de son sensualisme.
Semblables au grain de sénevé, qui est la plus petite des semences, le luxe et la vanité, comme tout ce qui est destiné à produire les plus grands effets, se sont introduits presque imperceptiblement, dans nos campagnes. Lors de leur apparition, nous avons eu le tort de fermer les yeux sur son iutro luction parmi nous, oubliant cette grande et importante loi de l’évangile : Celui qui est in- Juste dans les petites choses, sera injuste aussi dans les grandes.
Semblables aux serviteurs préposés à la garde du champ du Père de famille de notre évangile, nous avons fermé les yeux sur ces petites vanités et nous nous sommes endormis. Pendant que nous dormions, le roi de tous les cnfants de l'orgneil, le prince de ce monde, l’ennemi juré de la modestie chrétienne, est venu semer dans nos campagnes catholiques, ce funeste ivraie de lorgneil, et l’orgueil du luxe et des parures a grandi de manière à nous convaincre que, avant peu d'années, il aura étouffé, dans les personnes du sexe, et la retenue, et la pudeur, et l1 modestie, et l'humilité, et la chasteté qui, il n’y a pas encore longtemps, rendaient nos filles et nos femmes si dignes de respect et de vénération.
Aujourd’hui, cette plante d'orgueil et de démoralisation religieuse et sociale, « poussé, elle a même monté en épis, et nous ne pouvons ne pas nous apercevoir qu'elle porte avec elle une maladie contagieuse qui va fire sécher, dans tous les cœurs, la racine de toutes les vertus, la sainte modestie chrétienne,
Le mal est déjà grand, et menace de venir chaque jour plus grand encore, car l’orgueil monte toujours. Il est impossible de ne pas ie comprendre, à moins que Dieu ne nous ait livré à un sens réprouvé,.
Mais, non! non! La terre est pleine de la miséricorde
du Seigneur ! Il aura encore pitié de notre pays. Non! non ! Nous ne deviendrons point semblables à Sodome et à (omorrhe, car le Seigneur des armées nous a conservé quelques personnes de notre race, des apôtres et des disciples de Pévangile dans les femmes et les filles qui ont conservé la modestie évangélique et qui, par leur exemple ont protesté contre l'introduction de lorgueil du luxe et de la vanité des parures, dans nos campagnes,
Ces personnes fidèles et couragerses seront notre salnt, comme l’auraient été les dix justes que Dien demand ait pour sauver de la destrnction les villes de Sodome et de Gomorrhe, et comme le farent il y; a peu d'années, ceux d'entre nous qui avaient été fidèles aux lois de la tempérance chrétienne et qui en s’unissant avec cenx qui s'étaient abandonnés au vice de l'ivrognerie, les retirèrent de cet abîme,
Mais gardons-no1s de nous faire illusion on de nous endormir, car il n'y a pas de temps à perdre, nous disait tout récemment là Gazette des Campagnes. Elle avait grandement raison. Car l'orsueil du luxe et de la vanité est rine des maladies morales dont la contagion se répand avec une épouvantable rapidité. Jugeons-en par le peu d'années qu'il à fallu pour arracher, d’un si grand nombre de cœurs, Padmirable modestie qui faisait la gloire des femmes de nos campagnes, et pour la remplacer par les excès de luxe et de vanité que nous voyons aujoard’'hui, et qui font gémir et nos évêques, et nos curés, et toutes les personnes chrétiennes sans cxeeption.
Encore une fois, il n'y a pas de temps à perdre pour mettre la main à l'œuvre, car, avant peu d'années, l'orgueil du luxe ct son inséparable compagne, la vanité des parures auront envahi toute notre population de la campaane. Alors il n’y aura plus de remède possible pour nous sauver, comme le pronvent évidemment ces divi. nes paroles, déjà citées : L'assemblée des superbes px- MEURERA INCURABIE, parce que la tige du péché prendra
racine en eux, sans qu'ils le connaissent. Oui, la tige du péché d’orgueil prendra racine en nous, sans que nous le conuaissions, comme les serviteurs du Père de famille, ne counaissaient pas l’herbe d’où devait sortir l’ivraie, comme nous n'avons point connu, dans le principe, ce que devait produire ces petites vanités que les filles et les femmes mettiient dans leurs garnitures, sur leurs chapeaux, etc., ete.
Souveno:s-nous que c’est l’union seule qui fait la forces dans le bien comme dans le mal. Nous nous sommes unis pour propager le luxe, uaissons-nous pour le détruire. Mais unissons-nous, e6 sans retard. Plus donc le mal du luxe est séduisant, entraînant, contagieux, plus nous avons besoin de nous uuir pour noës fortifier dans le combat. Et y a-t6-il un mal plus séduisant que la beauté du luxe et celle de Ta vanité des parures ? Y a-t-il un mal plus entraînant que lorgueil du luxe et de la vanité qui trouve un auxiliaire tout puissant dans les instincts d'amour propre et de vaine gloire dont le pauvre cœur humain surabonde? Enfin, y a-t-il un mal plus contagieux que celui qui flatte agréablement la concupiscence des yeux, dont l'Ecclésiastique a dit: Qu'y a-til parmi les créatures de plus malin que l’œil ?
Il faut donc nous unir, ou bien nous résoudre à périr; il n’y à point de milieu. |
Muis qui se mettra à la tête de cette société? Je réponiis : où je désespérerai de l'avenir de mon pays catholique, ou il doit y avoir assez de foi et assez de courage religieux dans le cœur des filles et des femmes de nos campagnes, pour que toutes celles que leur éduecition et leur position sociale ont placées à la tête de notre population, veuillent enfin écouter la prière que leur adressait notre vénérale archevêque, feu “’onseigneur Signaï, en 1847, et s'unir pour combattre ce redoutable fléau. Il est digne d'elles, et ce serait peut-être pour quelques-uns d’entre elles une réparation, il est digne
d'elles de ce mettre à la tête de cette société et, par lenr exemple, d'entraîner t utes les autres dans ce monvement de réforme religiense et sociale, digne de tont cœur qui aime sincèrement sa religion et son pays.
Comment refuseraient-clles d'accepter cette belle et sainte mission ; ap:ès l'exemple que leur ont donné les hommes qui étaient à la tête de notre population catholique de nos campagnes, dans l'établissement de la société de Tempérance ? Pourraient-elles la refuser saus prouver quelles aimeraient plus leurs parures d’orgueil et de mauvais exemple qu’elles donneraient aux classes inférienres, que lhonneur de leur religion, la conservation des mœurs et de la modestie dans les vêtements, qui rendent la femme catholique vraiment grande aux yeux de Dieu et des hommes, et la rendent l’objet, non des attentions hypocrites et sensnelles, mais du respect et de la vénération de tons les hommes, même les moins honnêtes,
Quelle joie, d’ailleurs, pour les bons curés de nos campagnes! Avec quelle bonne volonté, a vec quel bonheur ne verraient-ils pas ce retour vers l1 modestie chrétienne dont personne, mieux qu'eux, connaît devant Dieu la toute puissante influence sur les mœurs! Avec quel empressement ils se dévouraient à cette belle société, en l’encourageant de tout leur pouvoir.
Mais quelles seraient les bases de cette société ?
Avant de répondre, je prie de remarquer qu’ou ne remédie à rien par des demi mesures. Ces demi mesures pallient le mal, mais ne guérissent point. C’est renfermer le loup, à la vérite, mais dans la bergerie, Nous avons, pour nous convaincre de éette vérité, les essais qui ont précédé la société de la croix.
Autant et plus même que l'amour pour les boissons enivrantes, l’orgueil du luxe et des vanités des parures est un mal trop funeste, il nous met en rapport trop direct avec l’érguilleux Lucifer, pour ne point compren-
dre qu’il faut une mesure complète et énergique pour en triompher.
D'ailleurs un sacrifice perd sa valeur aux yeux de Dieu quand il est fait à demi; il ne satisfait point la conscience catholique : il n’est point digne de celui qui nous à dit: Vous aimerez le Seigneur votre Dieu de tout votre cœur, de tout votre âme et de tout votre esprit.
Je ne crois pas nécessaire d’avertir les filles et les femmes qui se mettraient à la tête de cette généreuse société qu’elles doivent s'attendre à certaines persécutions, suscitées contre elles par les quelques personnes d’un esprit borné et dont les opinions du siècle ont détruit le bon sens chrétien. Qu’elles se mettent résolument au-dessus des moqueries de ces mauvaises chrétiennes qui, au grand jour du jugemeut, seront forcées de fuire l’apologie des femmes qui se seront montrées hautement les disciples du Dieu couronné d’epines, Voici les paroles que le livre de la Sugesse x préparées pour elles : ‘“ Insensées que nous étions, leur vie nous # paraissait une folie, et leur mort honteuse. Cependant ti les voilà élevées au rang des enfants de Dieu, et leur ‘ partage est avec les saints. Nous nous sommes donc { égarées de la voie de la vérité ; la lumière de lintel- ‘# Jigence n’a point lui pour nous, et le soleil de l’intelli- ‘“ gence ne s’est point levé sur nous. Nous nous sommes ‘ lassées dans la voie de l’iniquité et de la perditiou. # De quoi nous à servi notre orgueil? Qu’avons-nous ‘ retiré de la vaine ostentation de nos richesses ! Toutes ‘ ces choses sont passées comme l’ombre ! !”
Chacun son tour, disait Abraham au riche qui pendant sa vie, s'était vêtu de luxirieuses étoffes de poupre et de lin. Mon fils, souvenez-vous que vous avez reçu le biens dans voire vie, et Lazare les maux. Or, maintenan celui-ci est consolé, et vous tourmenté. Chacun done s: gloire ; ou celle de la terre pour les orgueilleuses ot celle du ciel pour les liumbles de cœur.
Fix.