CHAPITRE XIII
Société contre le luxe et la vanité des parures. Est-elle possible dans nos campagnes ?
Avant de répondre à cette question, il est nécessaire de soumettre à nos habitants de la campagne, certaines considération qui leur aideront à comprendre ma répouse,
Rappelons-nous que Monseigneur j’Archevêque Signai, dans son mandement pour le jubilé de 1847, conjurait toutes les personnes, que leur position sociale ou leu! éducation avaient placés à la tête de notre société catholique, de lui aider de parole et d'action à combattre
le luxe et l’intempérance ‘qui, à cette époque commenaient à envahir notre population. Rap pelons-nous que tont récemment Monseigneur PAdministratenr nous faisait remarquer Qu'il n°y avait plus de bénédictions pour les habitants de nos Campagnes qui employaient les revenus de leurs terres à satisfaire le luxe et l’intempérance. Rappelons-nous que les lois du christianisme et les promesses de notre baptême condamuent hautement le luxe et tout ce qui est Opposé aux règles de la modestie, au renoncement à nous-mêmes et à Ja modération chrétienne dans nos ameublements, dans nos repas, dans nos habits, dans nos dépenses de quelque nature qu’elles soient.
N'oublions PAS que tout peuple catholique a pour mission, en ce monde, de prendre tous les moyens possible pour conserver intact le dépôt de la foi, l'esprit chrétien et les saintes traditions qu'il à reçues de ses an” côtres, sous peine de déchoir de sa grandear morale et de ne légner aux générations suivantes que les germes de toutes les erreurs, de tous les vices, et de tous les désordres qui les accompagnent. N'oublions point que Dieu châtie avec une inexorable sévérité tout peuple catholique qui sort des voies tracées par ses euseignements religieux. Ce châtiment est SOuVerainement équitable, puisque ce peuple à reçu la plénitude des dons de Dieu, et que l’abus qu’il en fait est un crime énorme qui 1e peut avoir aucune excuse devant Dieu.
Si nous n’a VOUS pas encore perdu notre bon sens, aVouons ae nous sommes entrés dans nne voie fausse ét anti-chrétienne eë que nous avons laissé introduire, dans nos Campagnes, il n’y à encore que peu d'années, si lemarquables par leur esprit chrétien, Par leur éloi- Shement du faste, du luxe et des pueriles vanités des idées, des usages et des pratiques con traires aux enseifuements catholiques que nous avons reçus de nos an -
côtres, et qu’on nous rappelle encore, chaque dimanche, du haut de la chair de nos églises. Ayouons encore que le luxe des vêtements et les excentricités des modes et des parures, que nous avons adoptés, sont indigne d’un peuple sérieux, moral, religieux et remarquable surtout par son bon sens. Avouons eufin que la vie des champs est trop sérieuse et trop occupée, qu’elle est trop en dehors de tous les éléments qui énervent les âmes et les caractères, pour que ce ne soit pas un contre sens que de prétendre lui adjoindre les habitudes du luxe, la sensualité des habits, les excentricités des modes et le faux brillant des ornements de la vanité. Ces vices ne pourraient avoir pour résultat que de détruire l’énergie dont elle à besoin pour ses travaux, que de la dégoûter de sa belle position sociale et que de l’entraîner dans des dépenses qui ruineraient son avenir, sans aucun profit pour son bonheur, même temporel.
Sachons ne jamais oublier que si les écarts d’un individu, tout condamnables qu'ils soient, ont une espèce d’excuse dans la fragilité humaine, les écarts d’un peuple re peuvent avoir une excuse quelconque au jugement de Dieu. C’est pour cette raison que le prophète Isaïe s'écriait: ‘“ Malheur à la nation pécheresse, au peuple chargé d’iniquité, à la race corrompue. 1Ils ont abandonné le Seigneur, ils sont retournés en arrière.” Le prophète David disait également en parlant à Dieu : ‘{ Ceux qui s’éloignent de vous périront, et vous avez résolu de perdre ceux qui vous abandonnent pour se prosterner aux pieds des idoles” non à des idoles de bois ou de pierre (on rougirait de le faire!) mais à des idoles de chair, ce qui est beaucoup plus dangereux, à des idoles de chair vivante, que l’on pare comme des temples exciter la concupiscence des yeux et corrompre les cœurs,
Les habitants de nos campagnes ont dû comprendre
cette parole d’Tsaïe : malheur au peuple chargé d'iniquités ! Ils doivent se rappeler quel châtiment est tombé sur leur champs, lorsque, ayant oublié, presque généralement, les règles de la société chrétienne, usage immo: déré des boissons alcooliques donnait à leurs noces, à leurs réunions et aux repas qu'ils se faisaient les uns aux autres, cette joie insensée et délirante qui ne convenait qu'à des païens. Ils avaient alors oublié eette règle du christianisme : Réjouissez-vous sans cesse en notre Seigneur ! Ils avaient encore oublié cet anathème du Dieu de Pévangile : malheur à vous qui riez maintenan t, c’està-dire qui passez votre vie dans des plaisirs et des divertissements vains et criminels, parce que vous serez réduits aux pleurs et aux larmes.
Remarquez cependant que les excès d'intempérance, inexcusables chez un peuple catholique, portaient avec eux leurs châtiments, par les maladies, la honte, le mépris et l’humiliation qui en étaient la conséquence. Le vice de l’intempérance dans le boire n’était donc pas accompagné et suivi de gloire mondaine, d'orgueil et de complaisance vaniteuse dans l’esprit de ceux qui sy livraient, Aussi les châtiments do: : Dien s’est servi pour puuir ces excès ont frappé sur les champs dont les revenus servaient à l4 dégradation morale et physique de nos cultivateurs. Or, quand Dieu ne fra ppe l’homme que dans ses biens temporels, il use de miséricorde à son égard, en lui ôtant les moyens de l'offenser et de se perdre. Aussi nos malheureux intempérants avaientils conservé la foi. Ils n’abandonnaient point les offices divins, la prière, les bonnes œuvres et la pratique de la confession, pour la raison, je pense, que Dieu ne nous a point fait connaître qu'il résiste aux iutempérants, L'intempérance n'était done point de sa nature, un vice iuguérissable, en ce sens du moins que Dieu abandonnait à eux-mêmes ceux qui s'y livraient, Nous avons dû
le comprendre par l'établissement de la ‘‘ sainte tem pérance de la croix, ” comme s'exprime Monseigneur de Tloa.
J'ai dit que les châtiments que nous avons mérités par notre intempérance dans le boire ne sont tombés que sur nos biens temporels, et que c'était des châtiments de miséricorde, mais en sera-t-il de même de ceux dont Dieu punira le luxe et les excès des vaines parures de l'orgueil ? Nous ne devons pas nous y attendre, car il est écrit qu'on sern puni par où on aura péché. L’'orgueil étant nn vice spirituel, si je puis parler aipsi, sera puni par des châtiments spirituels qui tomberont sur les intelligences et sur les âmes, et cette parole du divin maîbre aura son aecomplissement, contre les orgueilleux : Lu lumière est venu dans le monde, et les hommes ont mieux aimé les ténèbres que lumière, parce que leurs œuvres étaient mauvaises. Cr, quiconque fait le mal, surtout se livre à l’'orgueil, fuit la lumière, et ne s'approche point de la lumière, de peur queses œuvres ne soient condamnées. Voilà ce que nous voyons déjà de nos yeux, dans la conduite de: certains jeunes hommes que leur orgueil éloigne du tribunal de là pénitence et des instructions chrétiennes données dans les églises. Ainsi en sera-t-il plus tard d’un grand nombre de celles qui laissent l’orgueil dominer dans leur âme.
On doit savoir que l’orgueil n'a jamais mérité de recevoir miséricorde, et qu'il n’a aucun droit d'en espérer. La parole du Dieu de vérité nous l'assure positivement : Dieu résiste aux superbes, et. donne sa grâce aux humbles ; et ces autres: Dieu a déployé la force de son bras : il a dissipé ceux qui s'élevaient d’orgueil dans les pensées de leur cœur. L’orgueil est done inguérissable de sa nature. C’est une maladie mortelle pour les individus, comme pour les peuples, parce que de toutes les maladies mo: rales, elle est la seule qui ne peut se résoudre à se servir
du seul remède qui peut la gaérir, et ce remède, c’est celui de l'humilité dont il est l'ennemi irréconciliable, De plus, l’orgueil est toujours puni, même en ce monde, en vertu du divin décret qne voici : Quiconque s'élèvera, dans son orgueil, sera abaissé, cet abaissement qui est le châtiment de l’orgueil, c’est l'abandon de Dieu. Abandonnée de Dieu, sans lequel elle ne peut rien de bon et de salutaire, l'âme orgucilleuse est livrée sans défense, à tous les penchants déréglés de sou cœur, qui recèle toub un monde d’instincts désordonnés, Elle tombe comme l’orgueilleuse Eve, sous l'empire du démon, que le saint homme Job nous apprend être le roi de tous les eufants de Porgueil, comme tant de fois je l’ai répété.
Il en sera de même à plus forte raison, pour un peuple qui s'élèvera dans son orgueil,
Par un redoutable jugement du Dien anéanti jusqu’à la mort, sur une croix d’ignomiuie, plus ce peuple cou vrira soh corps de luxe et de vanité, plus Dieu le dépouillera des dons célestes dout il l'avait enrichi par Ja vraie foi, par son baptême et par la grâce des sacrements. Ce peuple infidèle à ses lois religieuses, perd bientôt le sens chrétien, il ne sait plus distinguer ce qui est bon de ce qui est mauvais ; il s'irrite contre ceux qui veulent lui ouvrir les yenx, et le faire revenir de son égarement. Il ne peut Supporter la saine doctrine, et spécialement la doctrine de la nécessité de l'humilité et du renoncemeut à soi-même, Il a une démanyeaison extrême d'entendre ce qui flatte son orgueil : à a recours à une foule de docteurs propres à satisfaire ses penchants et son vice capical, lorgueil; il ferme donc l'oreille à la vérité, et ne l’ouvre que pour entendre des Jables qui l’nusent dans son égarement. Au lieu d'écouter ses pasteurs, que Dieu à établis pour être la lumière du monde, des âmes et des intelligences, il prendra pour conducteurs ceux qui, comme lui, sont tombés dans les
ténèbres de l’orgueil. C’est alors que s’accomplit à son égard, cette sentence évangélique : Siun aveugle conduit un autre aveugle, ils tombent tous deux dans la fosse.
C’est ainsi que les femmes et les filles livrées au démon de l’orgueil s’encouragent et se rassurent les unes et les autres. Elles se liguent, comme une armée rangée en bataille, pour se soutenir contre les prédicateurs ou les confesseurs qui leur parlent d'abandonner leur luxe et leur vanité. Dans leur avenglement prodigieux, elles les accusent de se tromper, d’outrer les choses, d’être trop sévères, et elles rentrent dans la fausse paix de Jeur orgueil., Elles approchent ainsi des sacrements et, surtout, du sacrement de l’eucharistie, le cœur plein d’orgueil et de l’amour d’elles-mêmes, et le Dieu qui ne peut s'unir qu'aux âmes humbles et dépouillées de l’amour des'choses profanes, ne leur communique ni les consolations, ni les secours, ni les grâces attachées à cette grande action. Bientôt elles tombent dans la langueur spirituelle, puis dans la tiédeur, puis dans le dégoût pour le pain de vie, et elles finissent par ne plus approcher de la table sainte, ou si elles en approchent encore quelque fois, ce n’est plus que la rontine, ou le respect humain, ou la crainte de perdre leur réputation, qui les y conduit.
Mais cet état de révolte contre le Dieu d’humilité, contre les lois de la religion, et contre les droits de la conscience chrétienne ne peut durer longtemps, sans laisser à la chair le temps d’avilir les âmes. On tombe done dansles pensées lubriques, causées par les instincts séduisants de la chair, qui n’ont plus de répression dans l'assistance de Dieu et la grâce des sacrements mal reçus ou profanés. On commence done par des égarements secrets d’abord, puis on tombe dans des fautes extérieures, et les mœurs pubiiques se corrompent. On en vient à ne plus rougir des excès les plus révoltants
Et l’orgueil augmerïte toujours, car plus les âmes s’avilissent dans la fange et plus le corps a besoin de se couvrir de luxe et de parures, pour détouruer les regards de la laideur du vice infâme. Alors la sentence divine, prononcée contre les hommes et les femmes charnels d'avant le déluge, est exécutée contre ce peuple orgueilleux : Mon esprit ne demeurera pas pour toujours dans l’homme, parce qu’il est chair. L'esprit de Dieu se retire donc.de ce peuple, et l'esprit du démon l’y remplace ; la vraie piété n’existe plus, la vertu de religion s’y éteint, la foi est refoulée dans les profondeurs de la conscience, et l'indifférence religieuse vient pren üre sa place dans le cœur; des mœurs païennes remplacent les mœurs chrétiennes, et la société catholique est disparue du grand nombre, pour nu’exister plus que dans le petit nombre d’âmes qui ont pris les moyens de se préserver du luxe et du sensualisme de la chair.
Ces dernières personnes sont les seules qui aiment véritablement leur pays Catholique, puisqu'elles contribuent par leur modestie à la conservation des mœurs, qui seuleS rendent les peuples forts, énergiques, laborieux et prospères. Aussi, elles sont les seules qui méritent d’être honorées, respectées et louées. Car la femme qui craint le Seigneur est celle qui sera louée, dit l’'Esprit-Saint., Quant à celles qui oublient leur mission, en ce monde, et se livrent au luxe et à la vanité, elles sont autant les ennemies de leur pays que de leur religion. Elles le poussent en dehors de ses voies, elles le démoralisent ; elles lui font un mal infini. Elles se trompent étrangement sur le but des compliments qu’on leur fait, sur l’encens qu’on leur prodigue, sur les égards qu’on a pour elles. T'ontes ces démoustration de respect ne sont que fardées. Elles cachent des intentions mauvaises, qui ne sont, en réalité, que du mépris pour la femme. Car elles n’ont et ne peuvent avoir qu’un seul
but, celui de lui faire tourner la tête et de la décider à s’'avilir en se démoralisant. C’est le pendant de la fable du renard qui enjole le corbeau sur la beauté de sa voix, pour avoir le fromage qu’il tient dans son bec.
Ce tableau de la démoralisation religieuse et morale d’un peuple, que je viens de tracer, n’est que le développement de ces paroles de Monseigneur de 'Floa : “7j n’y à plus de bénédiction pour un peuple qui abuse des dons de Dieu. ” Ce peuple eatholique aura peut-être encore les fruits de la terre, puisque Jésus Christ nons dit : Que le père céleste fait lever son soleil sur les bons et les méchants, et qu'il fait pleuvoir sur les justes et les injustes. Mais cette prospérité mondaine ne sera que l’ffet de la colère de Dieu contre ce peuple infidèle, puisqu'elle lui donnera les moyens de se livrer encore davantage aux excès du luxe et de la vanité, selon cette parole du livre de l’ Apocalypse : Que celui qui commet l'injustice, la commetlte encore ; que celui qui est souillé, se souille encore. Car la prospérité mondaine qui sert d'aliment à lorgueil, produit sur un peuple l'effet de ces paroles d’Isaïe contre le peuple Juif : aveugles le cœur de ce peuple, rendez ses oreilles sourdes, et fermez ses yeux, de peur que ses yeux ne voient, que ses oreilles n’'entendent, que son cœur ne comprenne, et qu'il ne se convertisse à moi et que je ne le quérisse.
J'ai prouvé que l’orgneil est, de sa nature, un mal qui n’a pas de remède possible, d’où il est facile de conclure qu’un peuple qui est livré à l’orgueil marche en dehors des voies catholiques. Il est donc impossible d'être catholique et orgueilleux, en même temps, puisque les deux bases de la morale catholique sont lhumilité et le renoncement à l’amour de soi, qui n’est que l'humilité mise en pratique.
Pour demeurer dans les voies catholiques, on y revenir, il n’y a donc pas d’autres moyens que de renoncer à l’or-
gueil. Mais peut-on renoncer à l'orgneil, dans son cœur, et se revêtir de ses livrées ? C’est impossible. Ce serait aussi absurde que de dire qu'on ne veut pas s'enivrer, tout en continuant de boire avec excès des boissons enivrantes. Le luxe et la vanité des parures étant non seulement l’étendard de lorgueil, mais encore la cause qui le fait naître et l’entretient, il y aurait contradition manifeste à dire qu’on renonce au sensualisme de la chair, mais qu'on ne veut pas cesser de couvrir son corps du
luxe et des vanités, qui font naître et entretiennent le sensualisme de la chair.
Il doit done être évident, pour toute personne qui comprendra ces réflexions préliminaires, que les femmes et les filles de nos campagnes, qui ont ouvert lenrs cœurs pour y laisser entrer les dostrines favorisant le luxe et la vanité, sont en dehors des voies tracées par leurs enseignements religieux.
Pour y revenir, il n’y a pas d'autre moyen possible, que celui d'abandonner le luxe et la vanité des parures, Pour les décider à faire ce sacrifice à Dieu, à leur religion et leur patrie, je ne vois rien de plus efficace que de faire les plus sérieuses réflexions sur les menaces que Dieu fit écrire au prophète Isaïe contre les filles de Sion. Pendant qu'elles méditeront ces menaces, je les prie de se souvenir qu’elles sont catholiques et que les filles de Sion u’étaient que des personnes charnelles, privées des enseignements et des exemples du Dieu du Calvaire. Je les prie encore de se souvenir que si le châtiment que méritaient les filles de Sion, en punition de leur orgueil, devait être si épouvantable, beaucoup plus épouvantable sera le châtiment que méritent des filles et des femmes catholiques qui les imiteraient dans leur orgueil. Voici les paroles du prophète Isaïe :
‘* Le Seigneur dit encore : Parce que les filles de Sion se sont élevées, qu’elles ont marché la tête haute, en
faisant des signes des yeux et des gestes des mains, qu'elles ont mesuré tous leurs pas, et étudié toutes leurs démarches ; le Seignenr rendra chauve la tête des filles de Sion, et il fera tomber tous leurs cheveux, En ce jour là, le Seigneur leur ôtera leurs chanssures magnifiques, leurs eroissauts d'or, leurs colliers, leurs filets de perles, leurs bracelets, leurs coiffes, leurs rubans de cheveux, leurs jarretières, leurs chaînes d’or, leurs boîtes de parfum, leurs pendants doreilles, lenrs bagues, leurs pierreries qui leurs pendent sur le front, leurs robes maguifiques, leurs écharpes, leurs beaux linges, leurs poinçons de diamants, leurs miroirs, leuis chemises de grand prix, leurs bandeaux et leurs habillements légers. Et leur parfum sera changé en puanteur, leur ceinture d’or en une corde, leurs {cheveux frisés en une tête nue et sans cheveux, et leurs riches corps de jupes en un cilice.”
Ces paroies sont terribles et pleines de terreur! Oui, certainement, elles sont pleines de terreur! Et ce qui les rend encore plus terribles, c’est qu'elles sont pro- | noncées par Dieu qui n’en arrête l'exécution qu’en faveur des peuples qui, comme les Ninivites, reconnaissent leurs erreurs, en font pénitence et s’en corrigent.
Que l’on veuille maintenant jeter un coup-d’œil sur ce qui se fait dans notre pays, et nous verrons si nous n'ivons pas raison de trembler.
Ouvrez les yeux et voyez vos jeunes filles que lon accoutume à marcher la tête haute, à mesurer tous leurs pas, € à étudier toutes leurs démarches, comme des soldats que l’on forme au manége des combats. On nous dira qu c'ést de la bonne éducation, mais on n'ajoutera pas qu c'est de ln bonne éducation mondaine, condimnée par | prophète Isaïe. Ouvrezles yeux et voyez les habits qu portent aujourd’hui des filles et des femmes de not
pays. Examinez les formes qu’elles leur donnent pour les rendre semblables à ceux de l’autre sexe. Ouvrez les yeux et voyez ces espèces de turbans où de voiles quelles fixent pressés sur leurs visages. Nierez-vous qu'ils ne soient mis en vogue pour une autre raison que pour préparer à la trausicion qui conduit aux mascarades? Ne voyez-vous ps qu'ils préparent les deux sexes à échanger leurs vêtements et à se couvrir ln figure d'un masque pour enlever toutes les barrières qui retiennent dans les bornes de la pudeur, contre la défense du Dieu tout-puissant, que voici: Une femme ne prendra point un habit d'homme, et un homme ne prendra point un habit de femme ; car celui qui le fait est un abominable devant Dieu. Nierez-vous ce que vous voyez de vos propres yeux dans nos villes et ce que bientôt vous verrez dans nos campagnes ? Ouvrez es yeux et regardez ces personnes du sexe qui se rasent les cheveux comme des galériens, et écoutez l’apôtre saint Paul à qui Dieu fait dire, qu’i7 est honteux pour une femme d'avoir les cheveux coupés. Ouvrez les yeux el voyez ces femmes et ces jeunes filles, avec des chapeaux d'hommes sur leurs têtes, laissant leurs visages exposés à des regards impudents, même ponr assister aux offices divins, pendant que le même apôtre en appelle au peuple de Corinthe sur cette coiffure indécente, Jugez-en vous-méme, leur écrivait-il. Est-il décent à une femme de prier Dieu (dans les églises) sans avoir un voile sur la tête ? Ouvrez les yeux et voyez les crinolines que le démon n’a envoyé en avant que pour cacher la honte des crimes qne prépare cet état de pêle-mêle païen. Sera-t-il temps de crier contre les mascarades, contre l’impudeur des personnes du sexe et contre la dépravation des mœurs, quand nons aurons fermé les yeux pour ne pas voir ce qui y conduit aussi sûrement que certaines maladies négligées conduisent à la mort? Ouvrez les yeux et voyez
ce que les opinions insensées du siècle poussent à faire, dans l'éducation des jennes personnes dn sexe, des vénérables personnes qui ne s'y prêtent qu'avec une insigne répugnance et que pour parer à de plns graves maux.
Dans la crainte que l’on ne m'accnse de toucher à ce qui n’est point de mon ressort, je vais citer la lettre qu'une supérienre de communauté écrivait à une religieuse, sur les drames que l’on jone quelquefois dans les examens publies des convents. Elle a déjà reçu la publicité sur le Courrier du Canada, numéro du 14 février dernier.
Il n’est pas nécessaire d'avertir que, en insérant cette lettre ici, je n’ai nulle prétention de prescrire à nos communautés religieuses ce qu'elles doivent faire. Elles le savent mieux que moi. Ma seule intention est de faire connaître aux laïques et aux éditeurs de journaux catholiques, qui encouragent ces vains amusements, et en font un besoin pour les personnes qui assistent aux examens de no: convents, qu'ils ne comprennent point la mission qu'ont à remplir nos maisons religieuses. Cette l‘ttre va le leur apprendre.
6 Vici la réponse de notre vénérée supérieure... Vous êtes religieuse pour former des chrétiennes et non des comédiennes. Ces exercises inspirent le goût du théâtre et des romans, qui sont de nos jours, deux écoles d'immoralité.
‘ Les jeunes filles ne sont que trop habiles à se contrefaire. Elles n’ont pas besoin que vous les dressiez à exprimer des sentiments qu'elles n’ont pas, qu’elles ne peuvent avoir. Elles n’ont pas besoin d’être déguisées en princesses pour aspirer à sortir de leur condition, pour ruiner leur fortune et leur vertu dans les folies d’une excessive toilette. Ki la pièce est grave, elles l’exécutent ridiculement ; si elle est burlesque, elles con-
tractent un goût faux et vil; si elle est sentimentale, elles pleurent et font pleurer en simulant. Introduire ou tolérer de si lamentables abus, ce n’est pas élever les jeunes personnes, c'est les dégrader. Avez-vous si vite oublié toutes les afflictions que vous ont causées ces maudits amusements, les jalousies, les plaintes, les révoltes? Et les infortunées qui vous ont quitté pour aller se perdre parmi les actrices, auraient-elles eu ce mal-
heur, si vous n’aviez pas cultivé leur talent naturel pour la déclamation ?
‘Je ne vous défends pas d'habituer les jeunes démoiselles à bien live; mais nos constitutions vous interdissent avec raison de les accoutumer à parler en public. Laissez-leur la modestie, la timidité qui leur sont naturelles, et qui sont leur plus bel ornement. N’en faites ni des prédicateurs, ni des avocats, ni des viragos. Le temps passe vite! En leur enseignant ce qu’elles doivent ignorer, vous les empêchez d'apprendre ce qu’elles doivent savoir. Soyez persuadée, chère sœur, que vous n’insistez pas assez sur le catéchisme, sur les travaux manuels auxquelles elles auraient à se livrer, tel que le tricotage, la confection des robes, ete., et vous vous étendez trop sur la littérature, l’histoire profine, la géographie, la cosmologie, la broderie, le dessein, la peinture, la musique, ete.”
Revenons maintenant à la question dont je voulais préparer la solution par les réflexions qui précèdent.
Une société contre le luxe et la vanité des parures est-elle possible dans nos campagnes ?
Je réponds sans hésiter : elle est possible, de plus, elle est indispeusable, et il n’y a point de temps à perdre pour mettre la main à l’œuvre.
Elle est possible, parce que tout peuple qui a conservé la vraie foi, trouvera, dans cette foi, le remède pour s’af-
franchir de l'esclavage de l’orgueil, suivant cette parole divine: La victoire par laquelle le monde est vaincu, est l'effet de notre foi. Nous avons conservé ia foi, comme j'en ai fait la remarque en commençant ce traité. Elle est posssible, parce que Notre Divin Sauveur a vaineu le monde pour nous donner le courage e6 la force de Île vaincre: Ayez confiance, nous assure-t-il, j'ai vaineu le monde. Elle est possible, prree que, dans un assez grand nombre de nos paroisses, la fermeté des parents secondant le zèle des curés, ont empêché le luxe et la vanité dy prendre racine. Ces paroisses sont préparées à la recevoir. Zlle est possible, parce que Fa presque totalité des jeunes filles n'ont pas encore seconé le joug de l’obéissince envers leurs parents, et qu'il suffit que ceuxci le veuillent séricusement pour arrêter le mal dans les familles et, par contre coup, dans les paroisses, Je n'ai aucun doute que les parents chrétiens s'y prêteront de la meilleure volonté du monde, du moment qu’on les secondera,.
ÆElle est possible, parce que tons les curés de la campaigne, sans exception, ont conservé leur autorité sur tous ceux qui composent leurs paroisses, et qu'il leur suffit de s'entendre avec les parents pour ouvrir les yeux à leurs paroissiennes, en leur faisant comprendre les maux qu'engendrent le luxe et la vanité des parures, Il est certain qu’un très-grand nombre d’entre elles se rendront à leurs raisons. Les autres viendront plus tard. Elle est possible, parce qu'un nombre assez considérable de filles et de femimes ont adopté le luxe et la vanité des parures mondaines, sans les aimer, seulement, par entraînement, par respect humain. pour faire comme les autres, et qu’elles n’ont besoin pour y renoncer, que d’être détrompées et fortifiées pur leur union avec les personnes chrétiennes qui n’y sont point habituées.
Elle est possible, purce qu’il y a encore, dans chacune
de nos paroisses de la campagne, sans exception, un nombre très-graud de filles et de femmes qui ont eu le bonheur de se préserver de la contagion du luxe et de la vanité des parures. Rien n'est plus facile que de s'en servir pour former le noyau d’une société qui aura l’ap probation cordiale de toutes les âmes chrétiennes, l’aide, en parole et en action, de tous ceux qui aiment leur religion et l1 prospérité bien entendue de leur patrie ; l’encouragement de tons les chefs de famille qui gémixsent sur les tendances déxastreuses dn luxe et des excentricités des modes et des parures ; le concours empressé des hommes de bon sens qui voient engloutir dans ce gouffre sans fond, les moyens de faire honneur à leurs affaires, de pourvoir à Pétiblissement de leurs enfants et de maintenir la subordination dans leurs familles ; les sympathies de tons ceux qui suiveat l’état de leurs affiires, qui travaillent comme des mercenaires et qui ne finissent plus à payer, chez les marchands, les comptes exorbitants pour des achats qui n’ont d’autres résultats que Lx satisfaction de l'orgneil et la sensualité de la chair. Car, combien coûte à nos braves eultivateurs tout ce qu'il faut ponr satisfaire le luxe et ie change ment continuel des modes et de la forme des habits !
Eufin nne société contre le luxe et la vanité des parures es{ possible, parce qu'il n'y a pas une seule femme où seule fille généreuse et chrétienne qui, après avoir sérieusement ‘sé devant Dieu, te principe, le but, les motifs, l’esprii ev l'âme l'une telle société, n’en voulut point faire parti et l'encourager par tous les moyens en son pouvoir,
Quel serait le principe de cette société catholique contre le luxe et la vanité des parures? Le voici: Jésus COU- RONNÉ D'ÉPINUS ET DÉPOUILLÉ DE SES VÊTEMENTS, comme la ‘Société de la sainte tempérance de la croix ” a pour
, principe : Jésus abreuvé de fiel et de vinaigre. Quoi de plus touchant pour un cœur catholique!
Quel serait son but? Le plus propre qu'il”y ait pour exciter lémulation dans le cœur des personnes du sexe, le voici : La gloire et l'honneur de notre religion, dans la campagne ; la conservation des deux plus belles vertus de la femme catholique, celles de la modestie et de l’humilité chrétiennes, qu'aucune autre vertu ne saurait remplacer chez elle; le maintien de la grandeur morale de’ la’ femme catholique de nos campagnes, en la préservant de l’avilissement et de Ia dégradation morale qui sont les conséquences inévitables de la sensualité, du luxe et de la vanité des parures ; enfin le retour et la conservation des traditions catholiques que nous ont laissées nos ancêtres, dont lu foi était si vive et si pratique, le bon seus chrétien si remarquable eb si remarqué, l'honnêteté si inviolable, la franchise tant vantée, la bonne foi si renommée, et, en particulier, chez l1 femme de la campagne, la pudeur, la modestie, la chasteté et l'éloignement si parfait du faste, du luxe, des parures de la vanité et du sensualisme de la chair, qui la renduient digne du respect et de la vénération des anges et des hommes et qui en faisaient la gloire de son sexe et lu bonne odeur de Jésus-Christ.
Queile serait l'âme de cette belle société? La bienheureuse Vierge Marie, l1 seconde Eve, qui n’a pas été choisie de Dieu seulement pour donner un Sauveur au monde, mais encore pour aider spécialement aux personnes de son "sexe à vaincre l’orgneil et la sensualité de la première Eve, en servant de modèle et de’soutien aux femmes”catholiques par”sa toute’puissante intercession auprès de Dieu, par ses vertus plus qu’angéliques et, plus spécialement,"par sa modestie, son'humilité, sa chasteté, "sa pureté, son éloignement du monde, de ses
vanités, de son esprit, de son esclavage, de son luxe et de sa sensualité.
Je le suis, j'en été mille fois témoin, nos filles et nos femmes font profession de dévotion envers la Sainte Vierge, Je les en félicite cordialement, Mais si cette dévotion est sincère, comme je dois le croire, refuseraient-elles de prendre pour modèle celle qui est bénie entre toutes les femmes ? Refnseraient-elles de s'as<ocier avec cette divine Vierge, pour lui aider à détruire, dans les paroisses, les fanestes instincts d’orgueil et de vanité, déposés dans le cœur de la femme par l’orgueilieuse Eve ? Refuseraient-elles d'abandonner la première Eve, qui les a livrées à l'esclavage de Satan, pour suivre la seconde Eve, que le Dieu couronné d'épines n'a fait si sainte et si puissante, que pour aider spécialement à la femiue rachetée de sou sang divin à vaincre l'orgueil et l'amour de la vanité, qi jettent le monde catholique en dehors des voies du Calvaire? N’aimeraient-elles pas, au contraire, à prouver la sincérité du culte qu'elles rendent à Marie, en s’unissint, sous les regards de cette mère de douleur, pour s'animer de son esprit et travailler, daus un concert de généreux dévouement, à arrêter Ls ravages toujours croissants que font le luxe, la vanité des parures et l’excentricité des modes, dans nos belles campagnes du Canada ?
Quelle sera done la femme ou la fille catholique qui dira: Non! Je ne veux point faire un sacrifice, dont tout le profit tournera à mor salut éternel et à mon bonheur, mème temporel? Je le répète: quelle est celle entre toutes les filles ou les femmes de nos campagnes, qui refusera de s'associer, de tout cœur, de parole et d'action, à une sainte mission, si elle pèse müûrement ces paroles de son Sauveur: Celui qui n’est point avec moi, est contre moi. Paroles que la divine mère du Sauveur peut égament lui adresser : Celui ou celle qui n’est point avec moi,
est contre moi. Pourrai -je ji uais croire qu’une fille ou une femme catholique, qui partage avec Marie le glorieux titre de mèro, osât refuser de s'associer à Elle, et couscntit par là, à se déclarer contre Elle! Car il ne peut y avoir de milieu possible entre se mettre du côté de la très sainte verge pour travailler d'action et de parole, à sauver la société, où se mettre, par le luxe et la vanité, du côté du démon pour la perdre.
Quel sera l'esprit qui guidera cette admirable société ? On divine aisément la réponse à cette q'iestion. Ce sera l'esprit Catholique qui naît, grandit, se ranime sans cesse par les combats contre le monde, la chair et le démon ; qui se fortifie par la prière humble et confiante, par là renoncement à l'amour de soi, par l’obéissance à l'Egiise, à ses pasteurs et à ses parents, par la haine contre le monde et ses plaisirs, par la fuite de ses fêtes et de ses joies profanes, la fréquentation pieuse et dévote des sacrements de pénitence et de l’Eucharistie, l’accomplissement parfait des promesses du saint baptême, et la pratique fidèle et constante des saintes vertus de modestie, d’'humilité et de modération eu tout.
Or, je le demaude, à quiconque n’a pas perdu son bon sens chrétien, quel moyeu serait plus efficace que cette société, pour conserver cet esprit catholique, sans lequel tout ce qui est bon languit, s’affadit et s'éteint dans le cœur de la femine qui, une fois éprise de l’amour déréglé d'elle-même et de ses parures, s'énerve, se dégoûte de tout ce qui demanile de l’énergie, de tout ce qui est sérieux et de tout ce qui exige des sacrifices, des efforts et des combats, en dehors de ce qui peut satisfaire son luxe et sa vanité.
Eufa, quels seront les motifs secondaires, ranis cependuut d’un très-grand poids, qui exigeront des filles et des fenimes de la campagne le sacrifice de leur luxe et
de tout ce qui tend, de près ou de loin, à satisfaire Îles exigences de la vanité et des modes? Voici les principaux :
Premier motif. — Pratiquer, dans chique famille, la plus sévère économie, ne se permettre aucune dépense inutile, dans les habits, dans les amenblements et daus tout ce qui n’est pas absolument nécessaire, afin d’acquitter, jusqu'au dernier sou, les dettes malheureusement contractées, chez les marchands, pour des achats que Île seul bon sens défendait de faire.
Second motif. —Une fois les dettes payées, dettes qui sont comme des chancres qui mangent le fruit du pénible travail de nos braves cultivateurs, concentrer toutes les ressources des familles pour féconder nos terres, en y appliquaut toutes les améliorations possibles, pour les rendre plus fertiles et eu retirer des revenus plus abondants.
Troisième motif.—Ne prendre sur ces revenus que ce qui est indispensable et ce qu’on ne peut se procurer sur la terre, e6 consacrer, sans réserve, tout le reste à aider à nos jeunes compatriotes à se former des établissements sur les terres de l4 couronne, afin de les empêcher d’aller perdre leur religion et leurs mœurs aux Etats-Unis, de se réfugier dans nos villes pour en augmenter la misère et la dépravation, et priver par là notre pays de bras vigoureux et nécessaire pour défricher nos immenses forêts, et diminuer ainsi nos reveuus agri-
coles, qui sont les seuls qui rendent un peuple prospère et heureux.
Quatrième motif.—Par toutes nos ressources consacrées à l'établissement de nos jeunes gens, parvenir à augmenter notre population et, par 1à, affermir notre nationalité, menacée d’être engloutie pur le flot de l’innmigration étrangère, qui augmentera comme les vagues de
4 tempête, du moment que le chemin de fer intercolonial sera ouvert.
Cinquième motif.—-Conserver les terres aux propriétaires canadiens, dans nos campagnes du Bas-Canada, eu se privant générensement et patriotiquement de toutes les dépenses superflues et de luxe qui, en Îles chargeant de redevances, obligerait à les vendre au risque de les voir passer entre les mains d'étrangers, enuemis de notre langue, de uos institutions et de notre sainte religion.
Sixième motif.—Par le renoncement au luxe et à tout ce qui nourrit la vanité, nous accoutumer à nous passer d'aller acheter chez les marchands, excepté ce qui est indispensable, afin de n’avoir pas la douleur de voir passer en pays étranger, les capitaux réalisés par la vente de nos récoltes, de nos animaux et de nos produits, sans aucun profit pour notre avancement et notre bonheur.
Septième motif.—Mettre en honneur les manufactures de toile et d’étoffe, dans chaque famille de la campagne, s’en faire une gloire nationale, un besoin indispensable, et ne croire jamais plus honoré ni mieux vêtu qu'avec des habits tissés et faits par nos sœurs et par nos mères canadiennes, comme il est dit de la nourriture que le cultivateur se procure par le travail de ses mains: Vous mangerez le fruit des travaux de vos mains. Vous êtes heureux, et tout vous réussira.
Huitième motif. -- Nous faire honneur, par vos habits modestes et sans prétention, d’appartenir au bon peuple de la campagne, le seul, en général, qui sait conserver ses mœurs pures, sa foi intacte, sa religion sans fard, et se dire, sans crainte de se tromper, l'enfant bien-aimé de l4 Providence,
Neuvième motif. — Par l'établissement d’une société
contre le luxe et la vanité, fournir aux personnes du sexe l’occasion de prouver aux hommes qu’elles aussi savent faire un sacrifice à leur religion, à leurs semblable et au bien général de leur patrie, Si les hommes ont eru devoir s'unir pour se relever de l’avilissement dans lequel les avait entraîné l’usage immodéré des boissons enivrantes, pour en arrêter les progrès, les femmes, en s’unissant comme eux, pourront facilement relever les personnes de leur sexe que la sensualité du luxe et des parures ont entraînés dans la voie funeste qui mène à la perdition des mœurs. Les hommes, en se privant de prendre des boissons qu'ils aimaient, se sont imposé un sacrifice, très-grand pour plusieurs d’entre eux, les femmes qui aiment le Jnxe et la vanité, ue se montreront pas moins généreuses que les hommes. Elles auront, elles aussi, le courage de faire nn sacrifice que Dieu récompensera abondamment.
Je vais résumer tous ces motifs, afin d’en faire mieux comprendre la force.
Une société, entre les personnes du sexe de la campagne, qui aurait pour but de retrancher toutes les vaines et folles dépenses pour satisfaire le luxe, l’excentricitré des modes et les exigenges de la vanité, aurait les résultats suivants qui seraient d’une im portance majeure pour le bien de notre population canadienne. Elle aiderait à payer les dettes chez les marchands et à empêcher d’en faire; elle donnerait les moyens d’améliorer la culture de nos terres, et à en retirer de plus grands produits; elle favoriserait la colonisation et nous donnerait les moyens de nous emparer du sol, avant que des étrangers s’en emparent ; elle contriburait à la con- Servation des terres de nos paroisses entre les mains de 10$ compatriotes canadiens ; elle empéêcherait nos jeunes £ens de chercher ailleurs les moyens de vivre, et affer- Mirait notre nationalité en les gardant avec nous.
Elle ferait comprendre le besoin d'encourager les manufactures domestiques, qui, en empêchant notre jertnesse de s’aller perdre dans les manufactures publiques, nous fourniraient, sans déboursements, les étoftes nécessaires à nos vêtements ; elle conserverait la modestie des habits qui caractérise les mœurs irréprochables et la belle position sociale des personnes de la campagne ; enfin, conjointement avec la “ société de la sainte tempérance de la croix,” elle éleverait deux fortes et nobles colonnes, qui nous aideraient plus que tout autre moyen, à conserver n0S MŒUTS, notre religion, notre position sociale et notre nationalité canadienne.
Quelle est la fille ou la femme de nos cmpagnes qui serait assez égoïste, assez peu raisonnable, assez dépourvue de vrai patriotisme, pour préférer les con pable satisfactions de l'orgueil, à tous les avantages religieux et sociaux qui devront être les conséquences d’un sacrifice qu'elle ne peut refuser de faire, sans pronver qu’elle n'aime ni sa religion, ni ses compatriotes, ni sa belle patrie!!
J'airajouté qu'une société contre le luxe et les vaines parures, était indispen sable, pour nos campagnes, et qu'il n'y avait pas de temps à perdre, si nous voulions sauver nos campagnes d'une ruine inévitable.
Tous les habitants de nos campagnes, sans une seule exception que je connaisse, ont applaudi à Pétablissemet de la soeiété de tempérance. Une même pensée, celle d'arrêter les progiès du vice de l’intempérance, à poussée tous les chefs de famille à s’y associer d’abord, puis à y associer leurs enfants. Pourquoi les femmes n'applaudiraient-elles point à l'établissement d’une s0ciété contre le luxe et les dépenses qu’exige la vanité?
Elles se tromperaient étrangement si elles avaient la prétention de s’imaginer qu’une société, contre le fléai
du luxe et de la vanité, ne leur est pas aussi nécessaire que l'était pour les homm es, la société de tem pérance,
Pour se détromper de leur erreur, qu'elles veuillent faire la comparaison entre le vice de l’intempérance qui mène à l’ivrognerie et le vice de l'orgueil qui enfante le luxe et la vanité des Parures, et elles verront où est le plus grand danger pour une société cat holique, Je vais leur aider,
L’intempérance, comme moyen de répression, porte ivee elle sa honte, son ignominie et son châtiment, L'orgueil du luxe et des parnres de la vanité, comme moyen de se propazer, porte avec lui sa gloire humaine, Sa satisfaction propre, son encouragement dans les louanges qu'on lai prodigue.
L’intempérance n’inspire que de lhorreur, le luxe u'inspire que de l'admiration.
Plus un homme se livre à l’intempérance, plus il inspire pour Ini du dégoût, de l'éloignement, du mépris. Au contraire, plus une femme revêt son corps du luxe et de vanité, plus elle est admirée, lonée, ensensée,
Le vice de l’intempérance prend sa naissinee dans les bas-fonds de la société, y établitson règne ct ne remonte dans les hautes classes que par exception. Le vice de l'orgueil, qui enfante le luxe et la vanité, prend an contraire son origine dans les hauteurs de la société pour descendre, par la contagion de lexemple, jusque dans les plus basses classes.
L’intempérance concentre done ses ravages et s1 démoralisation dans là minime partie qui compose la lie d'un peuple et dans quelques-uns de ceux qui ont perdu le sentiment de la dignité humaine, Muis la sensualité du luxe les exerce dans tous les rangs de la société, depuis le millionnaire jusqu’au mendiant.
L'intempérant n'aime que les ténèbres des bouges et
des cabarets, comme pour dé'ourner les regards des excès auxquels il se livre et empêcher la contagion. L'élément de l’orgueil, du luxe et des vanités se piait au grand jour, dans la soif qui le dévore pour mendier des regarils et inspirer aux personnes qui le voient, la pensée et la volonté de s’y livrer.
Les penchants pour l’intempérance poussent celui qui s’en laisse dominer, jusqu'à ce qu'il se soit aliéné tous les cœurs honnêtes, que, du moins, il ne détourne point de Dieu. Les instincts pour le luxe et la vanité des parures, au contraire, poussent les personnes qui y cèdent, jusqu’à prendre la place de Dieu dans les cœurs, qu'elles détournent du ciel pour se les attacher. -
L'intempérance a son principe dans les appetits déréglés de la chair qui, tout en souillant l’âme, ne peuvent s'identifier avec elle, au licu que lorgueil prend sa source dans les déréglements de l'âme. IL s'y unit, sy identifie et finit par la jeter dans les ténèbres. Alors elle se fait un besoin et une nécessité de se livrer aux actes coupables que nous voyons dans les vêtements de luxe et de vanité. C’est pour cette raison que Monseigneur de Tloa s’écriait : ‘“Malheur aux âmes vaines et orgueilleuses !?”
La passion qui porte à boire des liqueurs enivrantes, trouve son terme dans l'ivresse qui la rassasie ; la passion pour le luxe et pour les vanités n’est jamais rassasié, Elle n’a ni bornes, ni termes, ni limites. Elle demande sans cesse de nouvaux aliments, comme nous l’apprend le prophète David : l’orgueil monte toujours.
Les intempérants n’out que certains jours, certaines circonstances où ils se livrent à leurs orgies ; les orgueilleux le sont tous les jours, en toutes circonstances, en tout lieu.
Pendant ses débauches, l’intempérant n'ose se pré-
senter dans la maison de Dieu, Il a le sentiment de son iudignité. L’orgueillense, au contraire, semblable au pharisien, y vient triomphante, Elle s'avance hurdiment jusqu'aux pieds des autels où réside le Dieu couronné d’épines, pour y faire parade de son luxe que Dieu a en abomination, comme le dit l'auteur des proverbes : Tout homme insolent (et qui le sera jamais plus que celle qui vient couverte de vanité devant l'autel du Dieu anéanti sous les voiles Euchau istiques ?) Tout homme insolent est en abomination au Seigneur, et lors méme qu'il a les mains l'une dans l'autre, il n'est point innocent.
L’intempérant, revenu de ses excès, a le courage d’avouer sa faute. Il connaît son iniquité, comme disait le saint roi David. L’orgueilleuse, au contraire, ne connaît son iniquilé, elle n’en fait pas l’aveu. Plus elle s’est livrée à des excès d’orgueil, moins elle en convient.
Le pauvre et coupable ivrogne ne cherche ni à excuser, ni à pallier, ni à justifier ses excès. Il ne dira jamais: c’est la coutume ; d’autres font comme moi; il n’y a point de mal à s'eniver. Au contraire, une personne livrée, corps et âme, même aux excès les plus criants du luxe et de la vanité, cherche à les excuser, même à les justifier. Elle vous dira, dans son endurcissement: c’est la coutume, c’est l'usage, c’est la mode, Les autres s'habillent ainsi. Il ne peut y avoir du mal à se vêtir comme elles font,
L'homme qui a violé les lois de la tempérance, dans le secret, revenu de ses excès, en rougit presque toujours. [un a honte, il les regrette et ne s’en vante jumais. Au contraire, la femme qui s’est montrée en public cou verte de livrée de l’orgueil mondain, et qui à violé les règles de la modestie chrétienne, les promesses de son baptême et les lois du christianisme, triomphe en secret des conquêtes qu’elle à faites, des regards empressés dont elie a été l’objet, et des attentions bienveillantes qui lui ont
été prodiguées. Elle enfonce ainsi lorgueil plus avant dns son cœur.
L'intempérant, étant un être livré au mépris de tous les gens honnêtes, surtout depuis l’établissement de la soc'été de tempérance, n’a aucune chance de se faire des partisans en faisant l’éloge des jouissances honteuses de l’ivresse, où én se présentant aux regards de ses semblables pendant une de ses orgies. Dès qu’un certain nombre de personnes du sexe ont ouvert leurs cœurs à la sensualité du luxe et des vanités des parures, elles t.mbent sous l'empire du prince de ce monde, q:i s’en sert pour propager l’orgueil par leur exemple, par leurs poroles et par le moyen des relations sociales. Bientôt le mal du luxe et de la sensualité, gagne comme une miladie contagieuse, selon cette parole du Dieu de vérité : Celui qui touche la poix en sera gâté ; et celui qui se joint au superbe deviendra superbe, et cette autre parole de saint Paul: Les discours que tiennent certaines gens sont comme une gangrène qui répand insensiblement la corruption, de façon que les personne légères, celles dont l'esprit est peu solide, on la foi peu vive, en sont d’abord éblouies, puis ébranlées, puis enfin, séduites. Et le luxe se répand avec une rapidité effrayante, et devient incurab'e, selon cette divine sentence : L'assemblée des superbes demeurera incurable, parce que la tige du péché prendra racine en eux, sans qu’ils le connaissent.
L’intempérunt s'attire le mépris des hommes, la femme orgueilleuse à pour châtiment, en te monde, la haîne de Dieu et des hommes religieux, selon cette parole de l'Ecclésiastique : l’orgueil est haï de Dieu et des hommes.
Les excès d’intempérance semblent porter avec eux quelque chose qui indique comme un principe de guérisou, parce qiv poussant l'homme à commettre des actions méprisables, ils peuvent lui inspirer le mépris de lui-même, qui peut faire naître l’humilité dans son cœur
et par l'humilité, son retour à Dieu. Au lieu que les excès d’orgueil, manifestés extérieurement par le luxe et les parures de vanité, éloigne toujours de plus en plus Pâme qui s'y livre, de la voie de lhunilité, et fait que Dieu, en la haïssant, s'oppose à son retour, car il est écrit que Dieu déteste l’insolence et l'orgueil et qu’il résiste aux superbes.
Enfin, comparons les dépenses occasionnées pour satisfaire l’intempérance qui, à part les excès et les pertes qui ont lieu dans l’absence de la raison, sont des exceptions, ne sont faites que par un très-petit nombre, parmi les hommes de la campagne. Au lieu que celles encourues pour satisfaire et le luxe et la vanité et le change- “ent dhabits et de leurs formes, se fout aujourd’hui par la très grande partie de notre population de la campagne, En sorte qu’on ne se tromperait guère aujourd’hui en assurant que, dans les dépenses faites pour la satisfuction de l’intempérance et celles pour contenter la sensualité du luxe et des parures, ces dernières sont trente fois plus élevées que les premières.