TRAITEMENT DE L’EMPOISONNEMENT. CONTRE-POISONS
Lorsqu’on a la certitude qu’un individu s’est empoisonné avec des pommes de mancenillier, il faut de suite faire évacuer ce qui peut rester du toxique dans l’estomac, puis remédier aux accidents inflammatoires qui surviennent, et en môme temps administrer les contre poisons. C’est, du reste, le traitement général detout empoisonnement.
Aux Antilles, Peau de mer est considérée comme le remède souverain contre tous les accidents produits par le mancenillier.
« L’efficacité de Peau de mer, ou de Peau salée, dit Descourtilz (1), ne peut être contestée, pour en combattre les effets toxiques. »
L’eau de mer, ou Peau salée, appliquée à l’extérieur peut, par sa fraîcheur, calmer l’inflammation causée par le contact du latex ; Peau fraîche produirait autant d’effet. Mais administrée à l’intérieur, Peau de mer ne peut qu’augmenter l’excitation des muqueuses en raison des principes stimulants qu’elle renferme ; aussi son emploi doit-il être abandonné.
On vante beaucoup l’action des semences du Nhandiroba Fevillea (Brown) (2).
Le fruit de cette planle a la forme d’une boîte à savonnette, et ne renferme que deux semences larges de cinq à six centimètres, l’amande est plate, jaunâtre, amère etcontient une huile purgative très-drastique (3). Broyée avec de Peau, elle forme une émulsion, que l’on administre au malade, en ayant soin de lui faire avaler
(1) Descouililz, Flore médicale des Aiuilles, 1.111.
(2) Fevillea Cordifolia (Persoon) famille des Nhaudirobées, classe des Cucarbi* niées.
(3) Drapiez, journal universel des Science médicales (1820).
même les parties du tissu cellulaire de la graine^ qui sont entrai* nées avec le liquide. L’emploi de ce médicament amène une forte diarrhée, provoque souvent des vomissements, atténue, dit-on, les effets du poison et calme l’inflammation.
Si l’intoxication est légère, l’usage de cette préparation peut donner de bons résultats ; mais il faut bien se garder d’en adniinistrer une trop grande quantité, car le principe drastique qui s’y trouve, pourrait, comme cela s’est vu, amjener par son action propre, des complications fâcheuses.
On a encore beaucoup préconisé le suc frais des feuilles du cèdre blanc, ou arbre àflute {Bignonia Leucoxillon, Linn.) (1), qui pousse contre le mancenillier et enlace ses rameaux.
Il est bien d’autres végétaux qui passent pour des spécifiques énergiques; leur nombre est considérable, leur action très-douteuse, aussi je n’en parlerai pas.
Quand on a provoqué le rejet du poison existant dans l’estomac, il faut calmer l’inflammation, k cet effet, les boissons mucilagineuses et émollientes conviennent très-bien; les liqueurs acides doivent toujours être rejetées.
Une friction oléagineuse sur les parties externes attaquées produit toujours de bons résultats. Quelques cuillerées d’huile d’amandes douces, prises à l’intérieur, calment les souffrances. La solution de gomme arabique, la décoction de graine de lin sont dans le même cas.
Le lait est peut être la meilleure bois.son à administrer. C’est un médicament dont remploi réussit toujours à calmer les douleurs causées par l’irritation des muqueuses. Malheureusement dans les colonies on ne le trouve pas toujours sous la main.
Le lait de tous les animaux peut être utilisé; à leur défaut, on peut employer le lait de femme.
(1) Journal de [iharraacie de Paris (1822).
C’est ce que fit un jour M. le docteur Walther, inspecteuradjoint du service de santé de la marine.
Le commandant Dieudonné, avec lequel il se promenait sur le rivage d’une île des Antilles, voulut pour se désaltérer manger un fruit de mancenillier. A peine en avait-il mâché un, que sa bouche et sa gorge devinrent le siège d’une forte irritation et de douleurs très-cuisantes. Le docteur Walther chercha de suite à se procurer du lait pour lui en faire boire et se gargariser. Ne pouvant s’en procurer, il arrêta une nourrice qui passait tout auprès d’eux, et lui soutira une certaine quantité de son lait, qu’il fit prendre au commandant; ses douleurs se calmèrent de suite, et il put rentrer chez lui et y terminer son traitement d'une façon normale.