Essai sur le mauvais goût dans la littérature canadienne [microforme]
Comme je l'avais prévu, plusieurs personnes s'obstinent à voir dans ma conférence le portrait de certains écrivains ; c’est une injustice : si j'avais voulu désigner des personnages réels, j'aurais suivi la règle que J'ai défendue ; j'aurais indiqué les qualités bonnes et mauvaisés de chaque auteur. Mais pour chaque tableau, j'ai fait poser dix hommes de lettres au moins, et l'en n'a qu'à lire la collection complète de nos revues pour se convaincre que les Acippe, les Pias, les Timantes sont
plus nombreux qu'on ne le croit.
Je désespèrerais pourtant de réfuter victorieusement l'accusation malicieuse dont je suis l'objet si nos littérateurs avaient le travers qu'un misanthrope leur prêtait jadis.
“ L'homme de lettres, disait-il, l’homme de lettres médiocre j’en- LT:
tends, c'est Narcisse amoureux de lui-même ; il s'admire sans cesse,
il pose en iaodèle pour les Contemporains, il se promet l'immortalité.
Dans son opinion tout le monde le connaît, tout le monde a les yeux
Sur lui ; et ses ouvrages attirent seuls l'attention du public. Entre-t-il
au théâtre, ou dans quelque assemblée, il lui semble entendre
murmurer son nom par l'auditoire. S'il se promène par les rues, sa
démarche est imposante ct fière, comme il convient à un homme de