DES LETTRES
Le nombre et la qualité des lettres, la manière de les prononcer et d'en former des syllabes ; les mots et leur structure grammaticale, la place que ces mots, déclinés ou non, tiennent
dans la syntaxe, leur signification, le mécanisme intime en un mot de beaucoup de langues, et leur génie; tout cela est si différent, qu'il faut vraiment ou ne pas les connaître, ou bouleverser toutes les idées reçues pour en conclure qu'elles sont toutes dérivées d'un seul et même idiome.
La brièveté de cet ouvrage ne nous permettant pas d'entrer dans de grands détails, nous nous bornerons aux contrastes. Nous en trouverons quelquefois entre des langues dont le fond est aujourd'hui de même origine, mais qui, par la différence de l'accent et de leur manière de tourner les phrases, nous prouvent que l'arbre sur lequel on a greffé la dernière langue n'était pas de même nature que la greffe.
Nous ne parlerons donc pas des lettres servîtes et radicales de l'hébreu, des solaires, lunaires et malades des Arabes, ni de ces nunnations propres au Turc et connues en quelque sorte aux Polonais, aux Français et aux Portugais dans leurs nasales.
Nous ne dirons rien non plus du yatac et du rotac, lettres de permutation dans le thibetain ou boutan, ni des accents rots et minières de la langue de Moïse, ni de son daguesh qui double les lettres , ni de son raph qui en adoucit
la prononciation ; ni du yala mandtchou qui sert à rattacher les phrases entr'elles , ni de cent autres mots explétifs ou remplitifs: idio— tismes qu'on remarque dans les lettres , les mots, les phrases et la ponctuation des différentes langues (1).
(1 ) Ce travail , nou* l'ayons partiellement i&diqoé dan» notre Cosmoglotte, ouvrage que nous aurions présenté à l'Institut au lieu de celui-ci, si le sujet (Essai d'une langue universelle) ne se fût pas trop éloigné du programme.
La Cosmoglotte qui, sans altérer l'alphabet» ni les mots des langues européennes, est un précis des principales beautés des langues les plus remarquables et dont on a retranché tout ce qui nuit à l'économie de temps, de matière et de fatigue dans les autres. C'est le résultat de l'étude plus ou moins intime de plus de cinquante langues. Par son petit nombre de régies toutes sans exception, elle peut être apprise en peu de mois, et, par sa coucision, elle pourra contenir en qn seul volume ce que les plus précises ne pourraient renfermer en deux.
Elle sera incessamment publiée , si cet Essai sur les Celtes est favorablement reçu ; et sera précédée d'une notice sur lej onze auteurs qui ont tâché de réaliser le projet de Leibnitz elle désir de Volnay, avec une explication des motifs qui les ont fait toril échouer, ëcueilsque nous croyons a voir évites, éclaire par leur naufrage.
Les langues du Midi prononcent toutes leurs lettres ; le français , le danois , F anglais , l'hébreu, etc., en ont de quiescentes ou muettes.
L'éthiopien n'a que deux voyelles libres :
ïalphet Vain qu'on prononce cependant de six manières différentes.
Le tagale et le turc n'ont que trois voyelles , et ce ne sont pas les mêmes.
Le tibétain a quatre voyelles, l'italien cinq, le français six, en comptant Y ou qui est le u naturel de toutes les autres langues de l'Europe.
L'anglais sept avec son w; enfin, le coréen neuf, le russe douze , et X arménien quatorze , nombre des voyelles hébraïques dans la langue ponctuée, quoiqu'elle n'ait que Vcrfpfe, le vau et tejod dans son alphabet.
Tandis que ces dernières langues ont quatorzevoyelles, il y a des alphabets anciens dont les lettres arrivaient à peine à ce nombre. On sait combien de nouvelles lettres les Grecs et les Latins ajoutèrent à leur premier alphabet.
Le suédois de l'Edda et l'ouïgour n'ont que seize lettres en tout; le mandtchou vingt; l'italien et presque toutes les langues sémitiques vingt-deux ; l'arabe en a trente-neuf ; le slave quarante-trois , et le sanscrit cinquante,
ce qui prouve, ainsi que la multitude de ses flexions et de ses synonymes , que c'est une langue composée, comme l'arabe et le grec, de beaucoup d'autres différentes.
Nous ne dirons rien des alphabets syllabiques de quelques langues, tel que l'éthiopien. Le nombre des signes chez ce dernier monte à 202 ; les caractères idéologiques du chinois montent à près de 60,000 ; et le P.
de Rhodes dit des annamitiques qu'ils sont « pêne innumeri. »
Il y a plusieurs centaines de langues exotiques qui manquent tantôt de l'un, tantôt de l'autre de nos sons européens ; et d'après le P. Hervas , qui a eu plus de moyens et plus de facilité que tous les linguistes du monde pour l'apprendre , les sons nasaux, pectoraux, gutturaux, interpectoraux, interpectogutturaux, propres aux différentes langues du globe, sont presque infinis ; même parmi les langues de l'Europe , il n'y en a pas deux dont toutes lès lettres se prononcent de la même manière; pas une seule qui n'ait quelque voyelle, quelque consonne ou quelque syllabe ayant un son particulier. Nous n'indiquerons que le th et le ch grec, le tio latin, le w anglais, 17 polonais et gallois , Yn espagnol, Yth portugais
et son d, les nunations slaves, puis des kk, dès consonnes accentuées, dès sons doubles , des sons pkis ou moins forts, tels, que depuis IV guttural des Provençaux à IV anglais de morning, on peut tracer, rien qu'en Europe, plus d'une demi-douzaine de nuances très-distinctes pour une oreille attentive et exercée. Cest surtout par la prononciation de IV que l'Espagnol reconnaît l'étranger et en est reconnu à son tour. Nous avons parlé ailleurs du c et du 5, nous dirons quelque chose du b, de Vf et de H.
Le b, qui est la neuvième lettre de l'alphabet éthiopien, manque à onze langues américaines, au chinois, au taïtien et à d'autres langues. Les Perses, les Arméniens et les Allemands le prononcent avec un son dur; les Cantabres, les Grecs modernes, les Gascons et les insulaires de la Méditerranée ne le distinguent presque pas du v qui est le bh gallique et Vf breton ; le karalite et le mandtchou ne peuvent commencer aucun mot par cette lettre.
Le d, qui est la huitième lettre de l'alphabet arabe et la dixième du persan, est prononcée comme un r par les Chaymas qui disent choraro pour sol /ado {soldat) en espagnol; elle est rem-
lOf
placée par ua t dans plue d'une langue de notre continent, et manque à viagtr-deux langues américaine*. Aucun mot erondtcbou ne commence pat un d. f/nese trouve que dans trois laifues américaines, et manque au karatite eesmume il manquait aux Scythe» et aux antiens Grecs qui n'introduisirent que très-tard le pk. Les Cantabres semblent n'avoir que des mot» étrangers qui commençait par cette tettre. Les Anglais donnent parfois le son da Yf au gh, comme enough, taugh (assez, rire), et les Etrusques donnaient ce son au v.
Nous pourrions parier de XI qui Manque au japonnais et dont le polonais a deux espèces, de VI wdsb, du S espagnol qui es4 parfois quadruple en catalan, commedans lesmotsfaMf/otft, xitittfaêcru, de IV qui manque ans langues harallie, bisaya, tagate, pampangne, chinoise et aztèque»» tandis que la péruvienne n'a ni IV ni YL Mais «n voilà asseg pour prouver ce que nous avons avaocéptes baut, (V. les notes justiieatives).
COMBINAISON DES LRTTRE&
H y a des langues, comme ceHe des €aribes et d'autres peuples, ou il y a des mots de plusieurs lettres sans ou presque sans eonsonnes.