COMMUNE
Nous ne nions pas ce que Maltebrun appelle un grand fait : « la connexité primitive entre les langues qu'on a surnommées indo-germaniques, et qu'on pourrait aussi bien, ajoute ce savant, surnommer persano-gothiquvs ou sanscrito-$laves , ou rien du tout. » Nous savons aussi les affinités qu'il y a du karalite à l'esquimal, du danois au suédois, du lapon au hongrois, du kirghiz au turc, du sémitique au copte, etc.; mais quand sur plus de deux mille
langues, il y en aurait une centaine qui eussent des rapports entr'elles, doit-on dire que toutes les langues dérivent d'une seule? Je vais plus loin : j'établis que qu&xl sur deux mille langues , on n'en trouverait qu'une seule bien différente de toutes les autres, ce seul fait suffirait pour renverser tout le système des unitaires. Cependant il est bien prouvé par la grammaire et les vocabulaires des langues encore existantes, qu'il y eutetqu'il y a, rien qu'en Europe, sinon 200 langues diverses, comme l'indique la classification de Pallas , mais plus d'une douzaine au moins d'idiomes, dont le fond et la forme sont absolument distincts. Telles sont : 1° le karalit ou groënlandais; 2° le lapon ou finnois ; 3° le Scandinave ou suédois ; 4° le teuton ou allemand ; 5° le turc ou ouïgour ; 6° le slavon ou illyrien ; 7° le basque ou cantabre ; 8° le grec ; 9° le lutin ; 10° le breton ou gallois; ll°l'irlaudais; 12° le batave; 13° l'étrusque, ainsi que nous le démontrons dans notre troisième partie.
l'analogie ou la différence des caractères ALPHABÉTIQUES NE PROUVE NI EN FAVEUR NI CONTRE UNE LANGUE PRIMITIVE.
Quoique l'écriture remonte bien plus haut qu'on ne le pense ordinairement, même en mettant de côté ce que Strabon a dit des Turdétans, et Pline des Babyloniens; un peu de réflexion suffit pourvoir que la langue alphabétique n'a pu être créée que des milliers d'années après que la langue parlée fût un peu formée; et quand toutes les langues écrites n'auraient qu'un seul et même alphabet, cela prouverait peut-être que cette science, la plus belle création de l homme, a pu se propager; mais cela ne prouverait aucunement que les langues parlées qui 9e serviraient des mêmes lettres eussent les mêmes combinaisons de lettres dans leurs mots, et de mois dans leur syntaxe. Le suédois, le polonais et le français, qui s'écrivent avec des lettres de l'alphabet latin , n'ont rien de commun entr'eux, pas plus que le copte avec le grec dont il a emprunté les caractères alphabétiques; ou le turc avec l'arabe. Cependant il ne faut pas croire pour cela qu'il y ait tant d'analogie qu'on l'a cru entre les différents alphabets connus.
Ni Te nombre des lettres, ni la place qu'elles occupent dans l'alphabet; ni leur son, ni leur figure, ne présentent un caractère d'affinité dans les langues alphabétiques. L'alphabet samaritain ne forme point ses lettres comme les alphabets hébreux ; l'éthiopien en diffère autant que l'ibérien et l'arménien; et les alphabets in doux, qui différent de tous ceux-ci, ne ressemblent pas non plus aux isocèles du Zend, langue dont on croit que dérive le sanscrit qui est aux langues de l'Inde ce qu'est le latin aux langues du midi de l'Europe. Ce que nous avons dit de ces langues, nous pourrions le dire du russe, de l'illyrien , du mongol, du mandtchoux et de beaucoup d'autres idiomes dont l'alphabet a été inventé plusieurs siècles après la formation de la langue parlée. Ces alphabets sont tous différents les uns des autres ou par le nombre , ou par l'ordre , ou par la figure et le son des lettres.