‹ Essai sur le PaliChapitre 106 sur 108 · N° IV · texte numérisé non relu

N° IV

Facsimile du Kammouva, et Notice du manuscrit. ( Pt. VI, no a. )

Ce superbe manuscrit: se compose de dix feuilles oblon- , gués, et enduites d’un vernis doré suivant la méthode usitée pour les livres sacrés des barmans. Synies a décrit la manière dont on formait ces sortes de feuilles (2). On recouvre une planchette très-mince ou une feuille de palmier d’un vernis brun , que l’on colore en rouge foncé, en vert, ou en bleu. Sur ce fonds , on écrit les caractères avec du vernis semblable à celui qui sert à composer la feuille, et entre chaque lettre on trace de nombreuses raies en or, ce qui donne à chaque page l’apparence d’une planche dorée. La feuille première, dont notre planche Vt,

( 1 ) Tcharana de tchat, marcher, sîgnific i° l'instrument pour maTeÜèr, le pied ; i° l'action de marcher ; 3° la manière de marcher, qui prise figure'ment, donne le sens de conduite. W ilson donne , dans ce dernier sens , Fixed or insti/u/ed observance , the peculiarity of condition or conduct implie d l>y the english affix hood.

(a) Symes, Ernbossy to Àva , p. 339, Ed. 4°,

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n° 3, donne une représentation exacte sauf la couleur, est, sur une des marges, accompagnée d’un fragment écrit avec le même caractère que le texte, mais en or, et avec beaucoup plus d’ornemens. Les lettres en sont si défigurées que nous n’avons pu former un sens du peu que nous en avons lu. La place qu’occupe ce fragment en tète du livre, nous autorise à le regarder comme une invocation h quelque divinité.

L’ouvrage que contient ce manuscrit est connu sous le nom de Kammouva. Le P. Paulin qui en a parlé le premier, d’après un manuscrit exactement semblable au nôtre, qui se trouve dans la bibliothèque de la Propagande, et Buchanan, qui dans son mémoire cité plus haut (t) en a inséré une paraphrase d’après le P. Sangermano, lui donnent ce titre. Mais nous ne l’avons pas trouvé dans l’ouvrage parce que malheureusement la feuille dernière, qui eut pu nous le donner, manque à notre manuscrit. Le livre contenant une description du cérémonial usité à la réception d’un candidat dans l’ordre supérieur des prêtres, le mot Kammouva est peut-être la corruption barmane du pâli kamma (Samskr. karma ) , acte. Ceci n’est, au reste, qu’une conjecture. Ce livre doit avoir cours à Ceylan; mais Davis qui décrit exactement la cérémonie comme elle l’est dans le Kammouva, ne donne pas le titre de cet ouvrage (2). Nous ajoutons ici, d’après ce voyageur exact un résumé des actes

( 1 ) Aiiat. Research. , t. vi, p. a8o, et). Lond. 4“. ( 1 ) Tracel to Ceylan , p. aig-

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fjui la précèdent, afm de faire mieux entendre le passage que reproduit notre planche.

Le père qui veut que son fils devienne prêtre de Bouddha, le met, dès sa première jeunesse, entre les mains d’un prêtre supérieur qui se charge de l’instruire. Au bout de trois ans, il prend des vêtemens de couleur jaune, comme ceux qàeSiddhdttha portail avant dedevenir Bouddha, se fait raser la tête et les sourcils, et supplie son tuteur de l’admettre dans l’ordre inférieur des prêtres. Celui-ci lui fait subir un examen, et s’il est jugé assez instruit, il est reçu Samaneno; il reste dans cette condition jusqu’à vingt ans. A cet âge, il se présente pour être admis dans l’ordre supérieur des prêtres appelé Oupasiunpada ; alors il quitte ses vêtemens jaunes, ce qui le fait appeler ndga (samsk. nagna > nud) , en revêt de blancs, et est examiné par une assemblée de vingt prêtres au moins. Là commence notre manuscrit.

Pâli.

Namo lassu bhugaoato arahato sammâsambouddhassu. Pathamam oupadjdjham gAhdpelabbo oupadjdjham gdhdpetvâ pattatchioaram ûtchikkhiUibbam. Ayan te patio :

. Ama bhante. Ayam samghdt! : dm a b hante.

Samskrit.

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^T mtâ l ïiï HcRTî II

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Latin.

Primura interrogation! (l) subjiciendus est candidutus (a). Interrogalione facta pateram ctvestem (3) ut capiat, monendus est. (Magister loquitur) : Hæc tibi patera? (Candidatus) : Ita domini. (Mag.) : Hæc vestis P (Candid.) : lia do mini.

Ensuite le maître qui interroge le candidat, Continue à lui faire, au nom de l’assemblée, diverses questions sur les maladies dont il peut être affecte , sur son âge , sur son état, etc.; et après, il lui expose les devoirs des prêtres. Ils sont de deux sortes, positifs et négatifs. Les devoirs positifs, au nombre de quatre., sont : i° manger des alimens gagnés en mendiant; 3° porter des vêtemens Couverts de poussière; 3° habiter dans les bois; 4 9 «n-

(i) Nous traduisons le pâli or/padjd/ho , par le samskrit oupadhn , trait or test ofhonesty, d'après Wilsôn. Nous remarquerons toutefois que pour expliquer la forme pâlie , il faudrait, eu samskrit, oupadhyd , qu’on ne trouve pas. Tel n’est pas non plus le sens que donne le P. Constantin d’Asculo qui, suivant Paulin ( Syst . Brachm. , p. n5.), traduit innanzzi a tutto un prcceitore prendere convient. Mais il nous semble que pour traduire ainsi , il faudrait lirc-comme dans d’autres passages du Ms. , oupadjdj/jdyo pour oupàdhyàyah.

(a) Nous sous-entendons le mot ndga , candidat, qui est employé dans la suite de l’ouvrage.

(3) Tchivaram avec on i bref en pâli , est écrit avec un ( long en samskrit. 11 est explique par le commentateur dii drame du Mdlati mddhava f par ces mots: tchivaram saogaiaparivrddjakavdsah : tchivaram , c’est -à dire, vêtement des mendians bouddhistes; ce mot sé troùve dans Wilson , ainsi que samghdti sous le mot bhikchousamghdti.

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ployer des raédicamens dont oui ne veut plus faire usage. Ce qui est assez remarquable et qui diminue beaucoup la rigueur de ces préceptes, ce sont les restrictions apportées à chaque article, et qui en sont la négation complète. Ainsi, le prêtre peut faire usage de toutes sortes de vêtemens, habiter un palais, etc., etc. Les devoirs négatifs, également au nombre de quatre, consistent à ne pas violer la chasteté, tuer, voler, être orgueilleux. L’infraction à un seul de ces devoirs expose le prctre à être dégradé et chassé de l’ordre des oupasampada.

Tel est le résumé abrégé des matières contenues dans le Kammouva ; le peu d’étendue de cet ouvrage, et le secours qu’on a pour l’interpréter dans b paraphrase du P. Sangermano donnée par Buchanan (1), en rendrait la publication facile. La nature de son contenu lui assigne le premier rang sur la liste des livres qui peuvent faire connaître exactement l’état du bouddhisme dans la presqu'île au-delà du Gange. Il semble former le préambule naturel du Phâtimokkha.

Spécimen de la vie de Sivichay, et Notice de* Mss. pali-siamoi*. (PI. 11.)

La bibliothèque du roi possède encore six manuscrits mêlés de pâli et de siamois dont voici le relevé.

(1) j 4 tial lUttarch . , t. VI, p. a 8 o et seqq.

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i° Deux manuscrits sur feuilles de palmier, ayant pour titre : Histoire de Smchajr , une des naissances du dieu Somonakoilom , en trois livres. L. i et 2 (le 3' manque). Notre fac similc , pl. II, offre un exemple de l écriture fort nette de ce manuscrit. Nous nous contentons de le transcrire ici en lettres européennes, sans le traduire en samskrit : il ne forme pas un sens suivi ; et d'ailleurs il est très-facile à entendre.

Namo tassa bhagavato arahato sammd sambouddhassa. So hi lhero mahd panno, niahânndna mahâyasso. Datvâ tadâ eso bliikkhou. Teneva pounnakammena.

Sivichay , donné par le titre du manuscrit, est Sividjaya en pâli, et en samskrit Shrividjaya, un des noms de Bodhisatvà , s’il faut en croire l’ouvrage même. Le livre contient une légende mythologique de ce personnage , qui renferme des détails intéressans sur ses voyages dans l’Inde et ses discussions avec les Brahmanes. A son histoire est mêlée celle d’un certain Mdlayya ou Mdleyya Devathera. Rien n’indique dans le texte s’il faut traduire cette épithète par Malais ou Malabar. L’existence du mot Kdmbodja dans le commentaire, ne décide pas cette question; car on ne sait s’il faut le regarder comme désignant la province de ce nom qui se trouve au nord de l’Inde, ou la ville de Camboge sur 1 eMo-kdn ( 1 ),

(1) Telle esl la véritable orthographe du mol que presque tous les géographes écrivent May-kaung. Nous rempruntons aux Suppliques siamoises qui se trouvent manuscrites à la hibliothèque du roi , et dont nous devons la communication à la bienveillance de M. Abcl-Uémusat.

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quoique le plus graud nombre des probabilite's soit pour cette dernière hypothèse; car d’abord, le livre dont il s’agit ici, vient de Siam , et rien ne dit qu’il n’ait pu y être composé; ensuite Devathera , et d’autres rois ou prêtres dont le nom est terminé par le mot thera, occupent une place importante dans un manuscrit purement siamois, dont le titre est en samskrit altéré, Bhoumrddja dharrna, ou, Devoirs des rois de la terre. Ce manuscrit, dont il sera parlé ailleurs, permet à peine de douter que Mdlaiya, ainsi qu’il y est écrit suivant l’orthographe siamoise, au milieu de noms géographiques, tels que Mê-ndtn et Mo-kdn, Kdm-bou-U'hdt (Cambodja) et Mdn-tla-bdn ( Marlaban ?) ne désigne les Malais et eur presqu’île. Au reste, c’est une question qu’une connaissance plus avancée dans la langue siamoise pourra très-probablement résoudre.

Le premier volume de cet ouvrage est presqu’enlièrement consacré h une longue conversation entre Devathera et Sakka ( Shakra ), sur divers saints personnages qui ont adoré la statue de Bouddha : Tchelijam padakkhinam kalvâ atlha disd souvanditvd gandhamdlddihi poûdje. Ce livre et le second paraissent avoir quelque rapport avec les deux manuscrits suivans.

2° Un de ces manuscrits a pour titre : Une partie d’une des vies de Somonakodom, appelée Mahachaal. Ce mot est le pâli Mahdsatta, et le samskrit Mahdsatvaj que le vocabulaire pentaglotte bouddhique donne comme un des noms de Bodhisatva. Un autre manuscrit de même écriture, mais sans titre, paraît faire la

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suite de cet ouvrage; l’un et l'autre sont incomplets. Nous n’entrerons pas dans de plus grands détails sur ces deux ouvrages, qui , si on les possédait en entier, seraient les livres les plus intéressans peut-être de la collection pâlie de la bibliothèque royale. Ils sont, dans leur totalité j accompagnés d’un commentaire très-long en siamois, qui contient pins de détails que ceux qui sont donnés par le texte. C’est ce qui nous a décidés il en remettre l’examen approfondi au tems ou l’un des auteurs de cet Essai aura achevé uu travail qu’il a entrepris sur la langue Thay.

3® Nous en dirons autant d’un manuscrit de même écriture, et sur feuilles de palmier, avec ce titre : Prières que prononcent les Talapoins sur ceux qui leur font des présens, en bali. Ce livre est encore plus mêlé de siamois que les précédens, et il est difficile de se faire une idée exacte de son contenu sans la connaissance du Thay. Il renferme, à ce qu’il semble, une série de bénédictions et de formules pâlies, bizarrement entremêlées * de mots siamois.

4® Enfin, un ouvrage où le siamois domine entièrement, mais qui malheureusement ne porte de titre d’aucune espèce, contient qnclques cdurles phrases, ou la plupart du tems seulement des commcncemens de phrases pâlies écrites en jaune. Il est , dans toute son étendue, xelatif à Bodhisalva.

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