CHAPITRE I
ou Siamois que par les Barmans et les habitans de l’Arakan , dont le langage n'est pas si fortement accentué , ni si monosyllabique que celui des Thay (i).
» La forme des caractères palis varie essentiellement parmi les nations diverses où cette langue est en usage. Le pâli carré qu’emploient les Barmans, difïère beaucoup de celui des Siamois , et se rapproche plus des caractères propres à la langue barmane. Les Siamois appellent le caractère dont ils se servent nangsu-khom, c’est-à-dire, caractère Khom ou Khohmen , parce que, suivant la tradition, ils reconnaissent l’avoir reçu de ce peuple ( 2 ). Le barman carré paraît coïncider avec le caractère pâli de Ceylan, quoique, dans cette île, les ouvrages palis soient écrits dans le caractère sinhala. Quant à celui qui est usité à Lâw (Laos), Tcbiampa, et Anam, je n’ai pas eu occasion d’en juger. Carpanus, dans son Alphabetum Bannanum (3) , prétend que
( 1 ) Thay est le nom que se donnent les Siamois. Les Thay, suivant Laloubèrc , et après lui Leydcn, se divisent en deux râpes, les Thay-yai elles Thay; les premiers, c’est-à-dire, les Thay ancitfis ou grands, suivant la traduction de ces deux mots , passent pour les ancêtres des Thay actuels qui s'appellent, par opposition, Thaynoy , c’est-à-dire, petits Thay. Les premiers , dont une partie subsiste encore , habitent la contrée qui sépare le Me-nâm du Mo-kdn , ou rivière de Camhodja. Les seconds habitent à l’ouest du Me-ndm, ou entre ce fleuve et les frontières de Tinnatv, Min , et de l'empire barman (Leyden, J suit. Research-, t. x, p. a4> , ed.Lond. 4°).
(x) Le peuple qui porte ce nom, habite sur les bords du Mo-kdn, ou rivière de Kam-bou-tchàt (Cambodja) : anciennement civilisée , cette nation fut d’abord soumise par les Thay-yai, ou anciens Siamois , puis par les Siamois modernes. (Leyden, j4siat. Research ., t. X , p. a57, ed. 4°)- (3) Ed. .776 , p. 38.
t8 ESSAI SUR LE PALI,
Laloubère a pris le caractère barman et law pour le pâli, et sir W. Jones dans son huitième discours anniversaire (i), si je le comprends bien, affirme la même chose sur le témoignage d’un naturel d’Arakan. Le fait cependant est que l'alphabet de Laloubère, quoique imparfait, puisqu’il a oublie les voyelles, et que la valeur de quelques lettres est inexactement rendue, est le véritable alphabet pâli des Siamois, et celui que j’ai trouvé en usage parmi les Talapoins de la race Thay et Thay-yai, quoiqu’il puisse dilférer du pâli en usage chez les Barmans et les Rukheng. Ce caractère , toutefois, lorsqu’il est bien écrit, n’est pas rond comme le caractère propre barman, mais formé par un certain nombre de petites lignes disposées angulairement, comme le sinhala pou ch pâkch a ra , ou caractère à fleurs de Cejlan. En comparant ensemble les deux caractères palis, on trouve que le pali-barman se rapproche plus du caractère barman propre que du pâli de Siam ( 2 ). »
De ce passage résultent plusieurs propositions qui ont servi de base à notre travail :
i° Les alphabets du pâli diffèrent selon les nations chez lesquelles il est employé comme langue savante;
a" Le caractère usité par les Barmans est carré ;
3° Le caractère des Siamois est conforme au type qu’en a donné Laloubère ;
(i) Asiat. Research., t. in , p. 11 , ed. Lond. 4 °.
(1) Ltyden , Asiat. Research. , «. X , p. 17g, sqq , rd. Lond. , 4 ».