CHAPITRE II
Il n’est pas e'ionnant que les habitons de la presqu’île s'accordent en ce point avec les Cingalais, puisque c’est d’eux qu’ils disent avoir reçu leur culte. Il est cependant permis de remarquer que leur témoignage sert encore de confirmation à la date de la mort de fiouddha (543 ans avant J.-C.), que nous avons choisie entre toutes celles que nous offraient les diverses autorités. Celle de l’introduction du bouddhisme au Pégn, l’an 397 de notre ère, s’accorde également avec les dates qui ont été exposées et discutées plus haut. On a vu, en effet, que les livres bouddiques écrits en pâli, existaient à Ceylan, vers 407 de J.-C., ce qui ne dit pas que cette langue n’ait pu y être connue antérieurement. Le pâli a donc pu rigoureusement être porté de là dans la presqu’île au-delà du Gange, l’an 397 de notre ère. D’ailleurs, le voyage de Bouddhagliosa se rattache à l’histoire générale du culte de Bouddha dans l'Inde ; car à l’époque où il a eu lieu, la lutte du brahmanisme contre le bouddhisme s’achevait par la défaite de celui-ci, et nous avons vu le dernier patriarche du culte proscrit quitter alors l’Inde pour toujours.
Cette date , au reste , et les inductions que .nous en tirons, sont ce que nous pouvons donner de plus certain sur ce sujet si intéressant, mais malheureusement si peu connu. Le petit nombre de voyageurs qui ont visité l’Inde ultérieure se taisent sur le renseignement donné par Carpanus. Symes se contente de constater ce fait, déjà assez important, que c’est de Ceylan que le bouddhisme est passé dans l’Inde au-delà du Gange. Les Barmans, dit-il , reconnaissent avoir reçu leur croyance de Ceylan,
qu’ils nomment Zehoo; elle fut d’abord apporle'e à Arakan, puis, de-là, passa dans le royaume d’Ava. Ce qui prouve encore que les Barmans sont convaincus de la vérité de ce fait, c’est que le roi d’Ava envoya, peu d’années avant l’ambassade de Symes, deux prêtres dans cette île pour y rechercher les livres fondamentaux de la croyance bouddhique, que, suivant Davis, on peut encore s’y procurer (i); et même, le ministre barman réclama, pour les deux voyageurs, la protection du gouverneurgénéral des Indes (a).
L’origine du bouddhisme de Siam paraît être la même; au moins l’île de Ceylan, que les Siamois nomment de son nom samskrit Devcdankd , passe parmi eux pour le siège sacré de leur religion, et Chambers a déjà fait remarquer que cette île leur est bien connue, tandis qu’ils ne paraissent l’avoir été des Cingalais que dans des tems assez modernes (3). Enfin, les Cingalais, les Barmans, les Siamois s’accordent tous sur la date qu’ils donnent à la disparition de leur dieu. Suivant les Cingalais, et
(i) Davts, Travel to Ceylan , p. 117.
(a) Symts t Embassy to Ava, I. Il, p. 3 i 6 , 3 a 6 ; a* e'dit On trouve dans le voyageur portugais Ribeyro, un fait qui prouve combien tout ce qui vient de Ceylan est prc'cieux aux yeux des habitans du Pègu et de l'Ava. Constantin de Bragance, enleva d'un temple, à Manar, en i 56 o, une dent qu'on disait appartenir à Bouddha; le roi de Pègu alla jusqu'à lui en offrir près de 800 mille Uyres ; le Portugais aiina mieux la brûler. (Ribeyro, /fis/, de Ceylan , trad. franç. , p. 119). Cette relique joue un très-grand rôle dans l'histoire cingalaise, ainsi qu’ou peut le voir dans la traduction du Râdjàvali {An nuis t>f Orient . lit, , part. III , pass.).
( 3 ) Chambers, Asiat, Hesearch . , f. l, trad. franç. , p. io 3 .