CHAPITRE IF
de Davis. D’ailleurs , l’histoire cingalaise ne dit pas que le bouddhisme ait plus particulièrement fleuri à cette époque, et nous avons vu, au contraire, combien de probabilités se réunissaient en faveur de la date que nous avons précédemment indiquée. Rien n’cmpechc, en outre, d'admettre que les livres aient été plus d une fois rédigés, publiés ou commentés. Un des premiers effets d’un événement de ce genre, est de faire oublier les événemens pareils qui l’ont précédé.
Après ces faits, le plus intéressant pour nous, est la détermination de l’ère de Shdka. Cette recherche se rattache à celle du commencement du Bouddhavarcha, puisqu’on obtient l’une par l’autre. Ainsi qu on l’a vu, le Rddjdvali diffère de la date donnée pur Davis et Mahony, d’environ vingt ans. Davis place l’ère de Shdka l’an 621 de Bouddha; Mahony, l’an 6 a 3 ; Je Bddjdvali, l’an 6 o 3 . Mais le calcul de Mahony ne s’accorde pas avec la date de 542 avant nptre ère, qu’il donne à Bouddha. Eu effet, l’an 623 de sa disparition, ou l’an 1" de Shdka Tombant en y 8 de J.-C, , nous donne, pour le commencement de l’ère,‘ 545 . Cette différence est, au reste, fort peu importante, et ne permet pas d’ailleurs de révoquer en doute l’exactitude du calcul de Davis. Celle ère, si intéressante dans l’histoire de l’Inde et des autres nations des îles, a été, pour les Chrétiens de Ceylan, la cause d’une erreur dont il est facile de s& rendre raison. C’est à sa première année, ou l’?n 77 de J.-C., qu’ils placent le couronnement de f idjaya t le fondateur de la monarchie cingalaise. Celte opinion, que repoussent d’un commun accord tous les monumens,
ESSAI SUR I.E PAU, mérite cependant de trouver place ici; elle montre que 1ère de Shdka avait paru assez importante pour qu’on y rattachât le commencement de la dynastie royale de Ceylan.
Depuis celte e'poque, la chronologie cingalaise paraît être, ainsi que nous l’avons déjà fait remarquer, beaucoup plus certaine. Jusqu’à la mort de Mahasin , la durée des règnes est soigneusement notée, et nous conduit à l’an 3 19 de J.-C., de Bouddha, 844- Cette date s’accorde avec celle du commencement de l’ère, telle que l’a donne le Râdjâvnli , après la correction que nous proposons. D’autre part, Davis place ce prince l’an 846 de Bouddha, c’est-à-dire, l’an 3o3 de J.-C., si ou adopte, comme nous, l’avons fait, la date de 543 pour le commencement de l’ère cingalaire. A Mahasin , succède une nouvelle dynastie nommée Soûrya-'vansha , ou Famille du Soleil; c’est sous le cinquième de ces rois, nommé Menam-rddfa, que deux prêtres nommés Bandagatnam-walawa et Temnaha-sin , firent venir de l’Inde à Ceylan, les livres bouddiques qui alors étaient en langue paulie ou pâlie , et les firent publier de nouveau; cet événement eut lieu entre 4°7 4 2 7 de n °t re Ère. A
cette époque, s’il faut en croire ce récit, le pâli existait donc déjà dans l’Inde.
Celte conclusion à laquelle on verra plus bas que nous sommes conduits par des inductions tirées de l’état de la langue , acquiert ici la certitude d’un fait historique. Mais ce qui n’est pas moins remarquable, c’est la facilité avec laquelle ce Fait se rattache à l’histoire du bouddhisme dans l’Indoslan.' Vers celle époque vivait le
CIUPITRE IL
vingt-septième patriarche bouddhiste nomme par les Japonais Pan-jo-lo-lo , ou Bavnejadam, Sans chercher à établir entre ce nom et celui de Bandagatnam aucune analogie, contentons nous de remarquer que ce patriarche vint dans l’Inde méridionale, où il finit sa vie sur un bûcher, l’an 457 de notre ère. C’est de la fin de sa vie que date une vaste émigration qui porta de nouveau le bouddhisme dans les îles , et probablement dans l’Inde ultérieure. Après lui , Bodhidhamia , quittant sa terre natale pour n’y plus rentrer, s'embarqua sur la mer du sud, et alla s’établir à la Chine, où il mourut en 419- Dans ce tems là, l’intolérance des brahmanes triomphait du bouddhisme. Le Malabar, selon le témoignage des Indiens euxmèmes, était le théâtre tfune persécution violente; et Wilson a prouvé, d’après un petit nombre demonumeus originaux, dont il a su faire un habile usage, que du cinquième et sixième siècle de notre ère, date la victoire, achevée plus tard, il est vrai, du brahmanisme sur le bouddhisme (1). Ce mouvement, qui refoulait le culte proscrit de l’Inde septentrionale dans les provinces méridionales, dut se faire sentir jusqu’à Ceylan. Dans le silence de l’histoire, il serait naturel de le supposer; niais le Rddjdvali, en mentiounant l’arrivée des livres bouddhiques à Ceylan, nous dispense d’inventer des hypothèses toujours faciles à contester.
Ainsi, pour nous résumer, deux grands événemens paraissent avoir puissamment influé sur les destinées dit
(1) Wilson, Samsk. Dirt., pr»f. , p. si.
6 a ESSAI SUR LE PALI,
bouddhisme dans l’Inde, l’existence de Bodhisatva , et la. persécution du cinquième siècle de notre ère, à laquelle se rattache le départ du dernier patriarche bouddhiste de l’Indostan. L’histoire de Ceylan a gardé , de l’un et de l’autre, un souvenir distinct. A l’époque du premier, elle reçut le bouddhisme nouveau pour elle; h l’époque du second, les livres contenant la doctrine, écrits alors en pâli, lui furent apportés une seconde ou troisième fois.
Passons maintenant dans la presqu’île au-delà du Gange, et cherchons-y la date de l’établissement du bouddhisme, et, avec lui du pâli et de l’écriture. Nous n’avons plus ici l’avantage de nous appuyer sur un texte original, comme pour l’histoire cingalaise. Car, bien que les Barmans possèdent, dit-on, des livres historiques fort étendus, nul, que nous sachions, n’a encore été traduit dans aucune langue d’Europe ; nous sommes donc réduits aux témoignages souvent contradictoires des voyageurs. Suivant le P. Carpanus, l’histoire des Bamtans appelée Mahdrazoen (mot sans doute dérivé du samskrit mahârddja), rapporte que les livres et l’écriture palis furent apportés de Ceylan an Pégu, par un brahmane nommé Bouddhaghosa (voix de Bouddha) (i), l’an 940 de leur ère sacrée, c’est-à-dire, l’an 397 de la nôtre (a). Cette date nous donne pour le commencement de l’ère sacrée des Barmans, l’an 543 avant J.-C. , l’année même de la mort de Bouddha, suivant la chronologie cingalaise.
(1) Altération pâlie du samskrit CcLdiIhaghocka. (a) Alph. llarman, p. l{, rd. l ',87,