CHAPITRE III
Les secours de la première espèce existent pour le pâli ; au moins Leyden affirme- 1- il qu’on possède à Ceylan quelques vocabulaires et grammaires de cette langue (i), et Joinville .donne en effet le titre de plusieurs ouvrages de ce, genre, dans son Me'moire cité plus haut. Pour nous, ce secours nous a complètement manque'; il nous a donc fallu faire la grammaire nous-mêmes ; mais les ouvrages qui nous ont servi pour ce dessein, quoiqu’extrèmement inte'ressans sous un autre rapport , se sont malheureusement trouvés les moins propres à faciliter un pareil travail. On verra par les notices, que nous avons données dans l’appendice, des manuscrits dont nous avons fait usage, qu’ils sont presqu’exclusivement d’une nature philosophique et religieuse. Dans les compositions de ce genre, le style est peu varié, et il reproduit constamment, avec le retour des mêmes formules, la monotone répétition des mêmes inflexions grammaticales. 11 eût été à désirer que nous eussions pu consulter un plus grand nombre d’ouvrages historiques, qui nous eussent donné une grande variété de mots et de formes, et c’est pour n’avoir pas eu ce secours que nous n’avons pu déterminer l’étendue réelle de la conjugaison pâlie (a).
Toutefois, quoique nous connaissions mieux que per-
(1) Leyden, Asiat. Research . , t. X, p. 987, ed. Lond. , 4 °-
(1) Le seul ouvrage d’une nature historique que nous ayons pu consulter, est une légende de Rodhisatva , dont nous parlerons dans l’appendice; c’est seulement dans ce livre que nous avons pu trouver des ci cm pics de verbes palis, aux tenis passes.
sonne ce qui manque à cet essai, nous le donnerons ici, convaincus qu’on fera la juste part des difficultés qui hérissent une étude encore aussi peu avancée. Il faut l’avouer aussi , l’absence de toute grammaire originale nous a été de quelqu’avantage. Nous n’avons pas été induits à mêler à l’exposition des faits grammaticaux , des formes vieillies qui ne se trouvent probablement plus dans la Langue. 11 est en effet permis de supposer, que les grammairiens originaux ont essayé de donner un corps complet d’inflexions et de formes qui répondît à la richesse de la langue-mère , encore bien que ces inflexions et ces formes pussent ne pas se trouver toutes dans les compositions littéraires de la langue dérivée. Nous ne pouvons vérifier s’il en est réellement ainsi ; ce qu’il y a de certain, c’est que les ouvrages grammaticaux d’une langue dérivée du samskrit, le prakrit, ofTrent un exemple frappant de ce fait, d’ailleurs très-facile à expliquer.
Nous diviserons ce que nous avons à dire de la grammaire pâlie en trois sections ; dans la première nous traiterons des lettres ; dans la seconde , des déclinaisons ; dans la troisième, des conjugaisons.