CHAPITRE ï
dhisme. On peut croire en effet, que, plus rapproché de l'Inde, lieu de son origine, ce culte a dù, dans la presqu’île, se garantir plus facilement de toute innovation, et se conserver pur de tout mélange. Quand on voit le zèle religieux pousser des Chinois jusque dans l’Inde (i), peut-on penser que les montagnes de Tipperah aient été une barrière insurmontable à la pieuse ardeur des bouddhistes d'Ava et d’Arakan? Si près du siège antique de leur croyance, ils oui dù entretenir avec le pays où elle était née, des relations qui devaient profiter au maintien de la religion et du culte. Il faut l’avouer, cependant: nous préjugeons ici une question que l’histoire n’a pas encore résolue, celle desavoir à quelle époque la presqu’île a reçu le culte de Bouddha; car si elle ne l’a admis que postérieurement h la persécution violente qui l’a chassé de l’Indostan, elle perd l’avantage de sa position géographique. L’Inde n’est plus pour elle la terre de la vraie croyance, elles bouddhistes d’Ava et de Pégu n’ont plus , quant aux moyens de conserver la pureté de la doctrine, la moindre supériorité sur les bouddhistes des régions les plus éloignées de l’Inde. 11 n’en reste cependant pas moins vrai , que les notions que nous donneront les livres palis sur le bouddhisme, auront cet inappréciable avantage , d’être puisées aux sources pures d’un idiome qui reproduit presque identiquement le samskril, ou la langue savante du pays où naquit Bouddha. C’est là une considération qui doit inspirer un vif
(i) Voyez M. Abet-Rcnnuat, Ilistvi c de Khotan , p. i , et passini.
intérêt pour tout ce qui nous viendra de ces livres. On comprend en même tems de quelle importance est la détermination exacte des rapports du pâli avec le samskrit. Car si la langue, c’est-à-dire, ce qu’il y a de plus variable, n'a que peu changé, ne doil-on pas croire que le dogme et le culte, deux choses qui résistent plus fortement, surtout en Asie, aux causes diverses qui peuvent modifier le langage, n’ont pas dù s’altérer davantage? Il y a plus, la ressemblance, et il faut presque le dire, l’identité de la langue, n’est elle-même qu’une conséquence de l’identité des idées; conclure de l'une à l’autre est, à notre avis, de toutes les inductions la plus légitime. On peut donc espérer que les livres palis nous présenteront la doctrine de Bouddha avec ses traits et sa couleur vraiment indiennes, et telle qu’elle a dù fleurir aux lieux de son origine.
Cet espoir est principalement ce qui nous a encouragés à entreprendre l’étude d’une langue, que l'absence de tout livre élémentaire entourait de plus d’une difficulté. Ce que nous trouvions dans les auteurs qui en ont parlé jusqu’ici, était assez pour nous inspirer un vif désir de Pétudier, trop peu pour nous être d’un grand secours. Au premier coup-d’œil , les renseignemens qu’ils nous fournissaient, ne paraissaient pas devoir conduire à un résultat aussi intéressant que l'intelligence d’un grand nombre de mots et de formes grammaticales; c’est cependant du fait que le pâli , ou la langue religieuse de la presqu’île au-delà du Gange, avait, avec le samskrit, une analogie frappante, que nous sommes partis pour arriver aux conséquences exposées dans cet Essai. Or ,