CHAPITRE IV
subsistent en partie, mais dans un état évident d’altération. Plus généralement elles disparaissent et sont remplacées, les cas par des particules, les teins par des verbes auxiliaires. Ces procédés varient d’une langue h l’autre , mais le principe est toujours le meme ; c’est toujours l'analyse, soit qu’une langue synthétique se trouve tout d’un coup parlée par des barbares qui, n’en comprenant pas la structure, en suppriment et en remplacent les inflexions, soit qu'abandonnée à son propre cours, et à force d’être cultivée, elle tende à décomposer et à subdiviser les signes représentatifs des idées et des rapports, comme elle décompose et subdivise sans cesse les idées et les rapports eux-mêmes. Le pâli paraît avoir subi ce genre d’altération: c’est du samskrit, non pas tel que le parlerait une population étrangère pour laquelle il serait nouveau , mais du samskrit pur, s’altérant et se modifiant lui-même h mesure qu’il devient plus populaire. Ainsi il conserve encore sa déclinaison , et ne la remplace pas par des particules comme les dialectes modernes de l’Inde. Une seule forme, l’ablatif en to , pourrait passer pour un commencement de déclinaison analytique ; mais on la retrouve déjà dans la langue-mère (i).
Une autre particularité du pâli, c’est qu’il porte tout-
(l) Nous pourrions citer un grand nombre de formes pâlies qui prouvent que les modifications qu'il fait subir au samskrit, sont de la même espèce que celles que l’italien, cnlr’aulres, fait subir au latin. Ainsi, l’assimilation des consonnes qui , en italien , fait letto de leclut , scritto de scriptus, est un des principes du pâli. Mais les faits que nous avons cités plus haut, en diront assea aux savans qui , de nos jours , ont si fort avancé l’étude de la grammaire comparée.
à-fait le caractère d’une langue morte. Des formes peu variées ne paraissent pas laisser à ceux qui s’en servent une grande latitude ; et il en est, ce semble, des Siamois et des Barmans qui composent en pâli, comme des latinistes modernes, condamnés, sous peine d’écrire autre chose que le latin, à choisir leurs mots et leurs formes dans les auteurs du siècle d’Auguste. D’ailleurs, si cette langue n’était pas morte dans le sens le plus étendu du mot, comment expliquer l’incertitude des écrivains dans l’emploi des cas et des tems?Il semble qu’ils en ont complètement oublié la valeur primitive, et qu’ils se soucient peu de celle qu’ils veulent qu’on y attache.