CHAPITRE IV. 1 3g
mère, il n’est pas besoin d’admettre l'influence d’aucun idiome étranger.
Quand on compare le pâli en tant que formé du samskrit, avec les autres dialectes sortis de la même origine, on trouve qu’il se rapproche incomparablement plus qu’un autre de cette souche commune. Il est, en quelque sorte , au premier degré de l’échelle , à partir du samskrit, et il ouvre la série des langues qui altèrent ce riche et fécond idiome. Mais il semble que le pâli, qui portait en lui des germes d'altération déjà fort développés, ait été arrêté tout d’un coup, et fixé à l’état où nous le voyons aujourd’hui , c’est-à-dire, se rattachant presqu’immédiatement à l’idiome dont il est sorti. En effet, la plupart desmots qui forment le fond de l’un, se retrouvent dans l’autre sans aucune modification; ceux qui sont altérés peuvent tous être ramenés à leur racine samskrite; enfin, on ne trouve pas en pâli de mots d’origine étrangère. Ce phénomène est d’autant plus remarquable que le pâli fleurit depuis long -temps au milieu de nations dont les langues populaires sont essentiellement differentes. Mais il s’explique par cette considération, que le pâli a reçu du samskrit la masse des mots dont les sujets religieux, philosophiques, etc., nécessitent l’emploi, et qu’en même tems ce fonds était assez riche, pour qu’il n’eùtpas besoin de faire d’emprunts à aucune autre langue. C’est là un fait que la lecture d’un certain nombre de textes nous autorise à avancer. Cependant nous ne nions pas que cette assertion ne puisse être trop générale, et nous convenons que dans des compositions d’un genre différent de celles que nous connaissons, il ne se-
l 4 ° ESSAI SUR LE PAU,
rail pas impossible de trouver quelques mots qui ne sont
pas d’origine samskrite.
Dans les livres historiques ou dans les poèmes que Leyden appelle te héritas (t), l’auteur peut avoir eu à décrire des objets dont la dénomination samskrite n’avait pas passé en pâli, ou bien dont la désignation n’avait été créée en samskrit que postérieurement aux événemens qui ont porté le pâli loin de l'Inde. Dans ces cas et d’autres semblables, cette langue doit avoir emprunté des mots aux idiomes populaires des diverses contrées où elle était cultivée. Mais il n’en est pas moins vrai de dire que dans les compositions classiques en quelque sorte , dans les livres qui contiennent le dépôt des croyances religieuses, tous les mots sont du samskrit pur dans leurs racines , quoiqu’altérés dans leurs formes.
Nous n’entrerons pas dans de nouveaux détails sur la manière dont le pâli s’est formé du samskrit. Les lois qui ont présidé à la formation de cette langue sont celles dont on retrouve l’application dans d’autres idiomes, à des époques et dans des contrées très-diverses; ces lois sont générales parce qu’elles sont nécessaires. Que l’on compare i en effet, au latin les langues qui en sont dérivées , aux anciens dialectes teutoniques les langues de meme origine , au grec ancien le grec moderne, au samskrit les nombreux dialectes populaires de l’Inde, on verra se développer les mêmes principes, s’appliquer les mêmes lois. Les inflexions organiques des langues mères
(i) si sia t. Restarch., UX, p. 181, ed. Loud. 4 °.