CHAPITRE I
de son assertion (i). Toutes, il faut l'avouer, 11 e sont pas exactes ; il ne savait pas assez l’un et l’autre idiome pour qu’il ne se glissât pas quelques erreurs au milieu de ses recherches; cependant, on doit lui savoir gré d’avoir donné des reriseignemens assez précis sur quelques livres palis que contient la riche collection du musée de Velletri. Il a fait ainsi entrer dans le domaine de la science des livres dont, sans son travail, peu de personnes soupçonneraient aujourd’hui l’existence.
Nous n’oublierons pas de rappeler ici le témoignage de deux savans illustres, William Jones ( 2 ), et Chambers (3) , qui répétèrent l’assertion prouvée par Paulin pour la première fois. Après eux vint le docteur Buchanan qui, dans un mémoire curieux, jeta de vives lumières sur les opinions religieuses des Barmans ; mais il ignorait la langue pâlie, et d’ailleurs son travail n’était pas philologique. 11 donna un résumé de la mythologie et de la religion des Barmans , d’après trois traités latins du P. Vincent Sangermano, prêtre italien , qui avait long-teins résidé à Rangoun. Ces traités avaient été compilés sur des livres palis par ce missionnaire, un des premiers Européens qui ait connu la langue savante de la presqu’île. On peut reprocher à cet auteur de n’avoir pas indiqué ses sources, et d’avoir renoucé à la forme des écrits originaux, pour en faire des extraits dans le goût européen.
(l) Ibid. , |>. a sqq.
(a) Asiat. Research t. ni, p. n , cd. I.ood. 4“ ( 3 ) Hcc h. asiat.) t. II, p. 10a, ira d. franç.
Aussi ce qui, selon nous, recommande le plus son travail, c'est une traduction, ou plutôt une paraphrase d’un livre pâli intitulé Kammouva , qui contient les règles de l'ordination des prêtres mendians, que le texte même nomme Bhikkhou, les missionnaires italiens P inzen , et qui, principalement à Siam, sont connus des européens sous le nom de Talapoins (i).
La découverte que nous avons laite du texte de cet
(i) Buchanan , A sia t. Research . , t. vi, p. a; 4» dit que le» prêtre» bouddhistes sont , dans la langue barmane, appelés Rahâns , et en pâli , Thaynka. !Nous serions tentés de croire qu’il y a ici une confusion , et qu’il faut prendre plutôt • le mot Thaynka pour le barman. Dans le Kammouva , que nous avons lu en entier , aucun de ce» deux mots ne se trouve. Les prêtre» y reçoivent le nom de bhikkhou , en samskrit , bhikchou, mendiant. Il est vrai qu’il existe deux ordres de prêtre» , et, alors les dénominations de bhikkhou et de rahdn seraient peut-être consacrées à désigner ce» différences. Ce qui appuierait cette opinion , c’est que le missionnaire italien qui a traduit le Kammouva , et dont le manuscrit existe dans le musée de Vcllctri , et dans la bibliothèque de la Propagande, donne à son travail ce titre : Kammua , us sia trattaio délia ordinazione de f Talapoini dcl secundo ordine detti Pinzen. Quant au mot rahân , il nous semble être une altération du mot samskrit arhân , (rad. achat) , Vénérable. Ce nom, sous sa forme samskrite , est donné par le vocabulaire Pcntaglotte bouddhique (voy. M. Abel-Rémusat , Mélanges asiat., tom. I , p. i63), comme un des titre» de Bouddha, et on le trouve dans U formule d’invocation qui ouvre tous les livres palis, légèrement modifié , en arahd pour arhdn. « Namo tassa llhagavato arahato sarnrnâ sambouddhassa , en samskrit : Narnas tasmœ lihagavate arhate samyak sambouddhdya , adoratio huic Bhagavat (domino) arhat (venerando) complété intelligcnti. » Les mahoinctans nomment les prêtres bouddhistes d’Ava roulas y nom que portent les rahân à Arakan ( voy . Syme’s , Embassy to A va, i. il, p. 33 1 ). Quant au mot talapoin , usité dans la presqu’île , depuis l’empire barman jusqu’à Laos , c’est la corruption de deux mots samskrits tala-patra , feuille de palmier, parce que tous les prêtre* portent une large feuille de palmier comme éventail.