‹ Essai sur le PaliChapitre 95 sur 108 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

quer, conservé les terminaisons samskrites en les altérant toutefois conformément aux règles de son orthographe. Le pràkrit, à son tour, offre une très-grande variété de formes, dont on pourrait encore augmenter le nombre d’après d’autres grammaires, et même d’après les compositions écrites en cette langue. Le pràkrit est eu effet un dialecte populaire dont la formation n'a pas été soumise à des règles exactes. Or quand une langue s’altère, il se passe quelque temps avaut que le dialecte qui en dérive s'arrête à l’emploi fixe et régulier de quelques formes parmi le grand nombre de celles qu’a produites l'idiome maternel. Cette remarque peut servir à expliquer les déterminaisons diverses qu’offre ce pronom ; on peut d’ailleurs les attribuer aux changemens que doit avoir subi ce dialecteeux différentes époques de la rédaction des différens ouvrages , et peut-être à l’inattention des poètes, peu délicats sur l’observation des règles grammaticales, dans une langue qu’ils regardaient cotnme purement populaire.

Il faut distinguer les formes données dans notre tableau, en deux classes pour chacun des cas du singulier; la première se compose des cas qui peuvent passer pour la forme originale corrompue : 011 peut donc les comparer avec le pâli. Quant à la seconde classe, le pràkrit a formé un nouveau thème irrégulier toum , qui se décline , partie avec les terminaisons de la première déclinaison des noms ena, comme toumddou, tourne, touniasmi , partie avec celles des noms terminés par une consonne , comme le génitif loumo. Il sert encore pour le pluriel, qui se forme toutefois plus fréquemment du

thème toumh. Ce nombre n’offre aucune trace du samskrit youchmat , et il est évidemment formé du singulier touin ; mais le mh suppose une forme primitivement samskrite en sm ou chm , et là on peut voir un reste de youchmat. Nous avons donc dans toumh , en quelque sorte, un thème composé de la racine du singulier toum et du ch in du radical youchmad. Les formes en toutnbh peuvent passer pour des variations de toumh. Les cas en toujdjh s'éloignent le plus du samskrit; mais ils ont cela d’intéressant qu’ils nous montrent un des anneaux par lesquels le prâkrit se rattache aux dialectes actuellement parlés dans l’Inde. Ainsi le génitif .singulier du pronom de la seconde personne est en mahralte : masculin toudjhd, féminin toudjhi, neutre toudjha. Ce cas sert également de pronom personnel ( ’tuus , tiui , hium) (i).

Le pronom de la première personne donne lieu aux memes remarques et s’explique par la même analyse que le précédent. Le pâli altère le samskrit, mais très-légèrement ; c’est un dialecte fixé au moment où il commençait à modifier le thème primitif d’où il dérive. Le pràkrit va plus loin, et comme il devient langage vulgaire, il présente une plus grande altération dans ses formes.

(i) Il faut compléter ce que nous disons ici des pronoms par les recherches ingénieuses de M. Bopp sur les pronoms^cn samskrit ei dans les langues analogues. Ainsi , ce savant auteur a k très - bicnjprouvé quejs/n et chm dans les pronoms , ne devaient pas être considérés^commc radicaux , ce que confirme notre analyse du^pronom pràkrit. ^oy.|Vergleich. Zor-glied. des samskrits. Berlin , i8*4 > et Journ. Àsiat . , 3a c cahier, p. »-ia.

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