‹ Essai sur le Pansement au Sérum ArtificielChapitre 33 sur 45 · OBSERVATION I · texte numérisé non relu

OBSERVATION I

(personnelle)

Guy... Robert est un petit garçon âgé de trois ans et

demi qui est entré à l'hopital de Saint-Germain-en-Laye

TO

le3 septembre 1909. Mais ce n'est qu'un mois environ après son entrée, que nous l’examinons, et voici les renseignements que nous recueillons alors par la mère ellemême :

Vers le milieu du mois de mai dernier (il y a donc cinq mois), ce petit garçon mit le feu à ses vêtements en jouant avec des allumettes. Il en résulta une brûlure étendue à tout le côté droit du corps. Pendant quatre mois le pauvre petit fut sonmis à toutes sortes de traitements, on tenta même des greffes, mais le tout avec si peu de succès, que les parents découragés sé décidèrent enfin à l’amener à l'hopital où il entra le 13 septembre, comme nous l’avons dit.

Du 13 septembre au 15 octobre, qui est le jour où nous le voyons pour la première fois, on essaie divers traitements sans réussir davantage. Tour à tour on emploie la vaseline stérilisée, l'acide picrique, le liniment oléo-calcaire, le pansement au diachylon, etc., etc.’

Quand nous arrivons le 15 octobre, nous constatons effectivement une brûlure du 3° degré étendue à tout le côté droit du tronc. Elle remonte en haut jusqu'au dessous dt J'aisselle. En bas, elle ne s’arrète qu’à la hanche et la crête

iliaque est à nu. En avant elle est limitée par une ligné verticale passant au niveau du mamelon. En arrière, elle

s'étend presque jusqu’à la gouttrère vertébrale. Cette énorme plaie suppure abondamment. L'aspect en est des plus mauvais. De place en place sont des ilôts de pus bleu. A la périphérie, cependant, on voit une zône d’épiderme néoformé large de 4 à 2 centimètres suivant les points que l’on considère. Mais il est certains points où elle n'existe pas du tout, et ce n’est guère qu’en arrière qu'elle apparaît véritablement.

L'état général de l'enfant est des plus mauvais, et le contraire serait fort étonnant avec une plaie semblable suppurant depuis cinq mois. L'enfant a véritablement l’aspect d’un petit squelette. Son teint est terreux. Ses yeux ternes. Il ne fait aucun mouvement et, nous dit la sœur, il reste dans cet état de torpeur toute la journée. La nuit, nous disent les malades qui couchent dans la même chambre, il ne dort pour ainsi dire pas, et il demeure presque tout le temps les yeux {grands ouverts. L'appétit j est à peu près nul et la diarrhée continuelle. A l’auscultation nous entendons une quantité de râles humides, et l'enfant a des quintes de toux coqueluchoïde.

Nous commençons le 15 octobre le pansement au sérum artificiel : nous nous conformons pour cela à la technique

générale exposée dans le précédent chapitre. Mais en

outre, nous attouchons légèrement avec de la teinture

d’iode les ilôts de pus bleu. — À noter que pendant toute

la durée du pansement l'enfant n'a pour ainsi dire pas réagi.

16 octobre : Le pansement contient une quantité énorme de pus. La plaie est déjà plus détergée et a un meilleur aspect: — À noter que les ilôts de pus bleu qui, la veille tranchaient fortement par leur couleur et leur saillie sur le reste de la plaie, sont aujourd'hui presque invisibles, à cause de.leur teinte grisâtre et de leur peu de saillie. Nous

savons même de la peine à les retrouver pour les toucher encore très légèrement à la teinture d’iode. | | : Notons aussi que l'enfant a réagi aujourd'hui et a crié pendant la durée du pansement.

17 octobre: Dès notre entrée dans la chambre, nous

sommes frappés par le teint plus clair et l'œil plus vif

de l'enfant. La sœur nous dit qu'il a mangé de meilleur

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appétit, et l'infirmière, chargée de le tenir propre, affirme que sa diarrhée est notablement diminuée. — Le panse- : ment a encore absorbé beaucoup de pus, un peu moins cependant. Quant au pus bleu, il a complètement disparu. Nous abandonnons donc l'emploi de la teinture d'iode. L'aspect de la plaie est très satisfaisant.

19 octobre : L'état général s'améliore de plus en plus. La plaie est maintenant rouge vif. Nous commençons à faire des injections sous-cutanées de 10cm de sérum.

21 octobre : La plaie ne suppure que fort peu. Elle devient de plus en plus vivante d'aspect et elle se comble dctivement. L'envahissement périphérique de l’épiderme est très appréciable. Nous continuons les injections quotidiennes de 40 de sérum.

26 octobre : La surface de la plaie est maintenant à peu près au même niveau que les téguments voisins. Malgré la suppuration encore notable, nous avons l'idée de ne faire le parisement qu'un jour entre autres afin d'essayer de troubler le moins possible les processus de réparation.

28 octobre : Le pansement n'a donc pas été fait depuis l'avant-veille. Un peu de pus bleu a réapparu. L'examen attentif de la courbe de température montre que celle-ci n'a pas eu la légère rémission matinale qu'elle avait habituellement. Elle est même plus élevée que la température vespérale de la’ veille. La plaie est notablement moins rouge. En somme, cet essai de pansemént non quotidien ne semble pas vouloir être très satisfaisant dans ses conséquences. Néanmoins, pour être fixé, nous ne renouvelons le pansement que le surlendemain 30, puis le surlendemain 1% novembre.

Pendant ces cinq jours, la température, sans: toutefois

ne Ta

être fébrile, présente une sorte de petit plateau aux environs de 37°, du à ce qu'il n'y a pas de rémission matinale. Et en outre, l'aspect de la plaie est beaucoup moins satisfaisant que lors des pansements quotidiens.

2 novembre: Greffes de Reverdin que nous protégeons par une gaze double étalée à plat et bien tendue. Nous. n'avons fait ces greftes que sur une moitié de la plaie, la moitié supérieure.

Le matin, la température était de 37°. Le soir elle monte à 375. +

3 novembre : La température est de 38°. Nous renouvelons le pansement, mais en prenant bien soin de ne pas enlever ni même de tirailler la gaze qui protège les greffes. La moitié non recouverte de la plaie a un plus mauvais

| aspect. La température remonte le soir à 393.

6 novembre : Devant l'abondante suppuration de la plaie, et ces grandes oscillations de la température, devant l’état général de l'enfant redevenu subitement très mauvais, nous enlevons la gaze qui protégeait les greffes. Nous irriguons largement et longuement la plaie redevenue tout à fait sanieuse et grisâtre, et nous appliquons le pansement au sérum suivant toutes les règles du début. Le soir même la température ne remonte qu’à 37°5.

10 novembre: Pendant ces quatre jours écoulés depuis l'enlèvement de la gaze à demeure qui recouvrait les greffes,

‘la température est restée normale. Et ces quatre jours ont également suffi pour que la plaie reprenne son bel aspect rouge vif. Malheureusement, cette fois, l’état général de l'enfant ne s'améliore pas dans les mêmes proportions. Il commence à présenter de l'œdème des mémbres inférieurs.

15 novembre : La plaie est toujours très belle, L'état

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général de l'enfant est un peu meilleur qu'il y a 5 jours,

mais il est encore loin d’être satisfaisant. d

Nous quittons le service à ce moment, mais voici les renseignements complémentaires que nous avons pu avoir sur le petit malade, grâce à l’obligeance de notre excellent collègue et ami H. Thierry.

17 novembre: On applique sur toute la plaie un pansement imbriqué au diachylon. Le soir même la température s'élève à 39°, et pendant une semaine que ce pansement reste appliqué, il y a une courbe de température à grandes oscillations.

23 novembre : On enlève alors la cuirasse de diachylon et on fait deux fois par jour un pansement à l’eau chaude stérilisée. Dès le lendemain la température est redevenue normale. À noter cependant qu'il y a entre les températures matinales et les températures vespérales une différence de un degré, ce qui donne une courbe à petites oscillations, comme s'il s'agissait d'un processus fébrile atténué.

Huit jours après, la courbe des températures offre la même physionomie. Et la plaie est encore fort loin d’être complètement détergée. Elle est encore sanieuse et gri-

3 A TREARSS . Sâtre alors qu'avec le pansement au sérum une détersion

complète et un aspect rouge vif étaient obtenus dans trois

jours.

Tous ceux qui avaient vu les effets rapides donnés par

le sérum, c’est-à-dire la sœur (qui est très intelligente et très observatrice), l'infirmière et les malades de la même chambre ont été, nous dit notre collègue Thierry, absolument affirmatifs sur ce point.

Ici finit ce que nous avons pu recueillir de rensei-

fl

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