SUR
De l'origine du Paysage^
JE s Anciens paraissent s'être peu livres à peindre des paysages , si l'on en juge par leurs productions en peinture échappées aux ravages du temps et aux diverses causes qui ont hâté leur destruction.
Il n'est guères possible de se former aucune idée de leur goût en ce genre , par les fragments découverts dans les Catacombes , dans les ruines des principaux édifices de Rome , ainsi que dans les fouilles faites à Herculanum et à Portici ; le peu de paysages qui s'y rencontrent , ressemblent bien plutôt à des fictions mensongères qu'à l'imi-
^ Essai
tatiou de la nature ou à la representatiaa
des sites qu'ils ont habites.
On n'y trouve nuls plans , nulles proportions , et aucune connaissance de la perspective. Les conceptions des anciens en ce genre semblent être une imitation du goût égyptien ou même du goût indien , par les rapports qui se trouvent avec les ide'es connues de ces peuples ; on y pourrait trouver peut-être quelque ressemblance avec les peintures des Chinois. Ce sont plutôt des espèces d'arabesques où une architecture ide'ale se trouve groupe'e avec quelques arbres de formes bizarres , et à des figures d'animaux qui nous sont e'galenient étrangers.
A peine decouvre-t-on des traces de paysage au moment de la renaissance de s artsen Italie. Ce n'est que vers le quinzième siècle que l'on commence à apercevoir quelques paysages, encore sont- ils maigres, d'un faire sec et remplis de détails minutieux :
surlePaysage* O
*n en peut juger par les fonds de paysage employés dans les tableaux des meilleurs peintres d'histoire de ce siècle. Les ouvrages du premier âge de Raphaël lui-même en ce genre sont pleins de petites formes et de maigres détails.
Le genre du paysage était à peu près inconnu ou très-neglige en France , tandis que l'Italie , la Flandre et la Hollande pouvaient se vanter de posséder d^s peintres qui avaient déjà fait des progrès dans ce genre.
En Lombardie , le Giorgion , le Titien , le Mutian peignirent des paysages de la plus belle couleur. Chez les Flamands , Jean Schoorel entreprit le voyage de la Syrie et de la Terre-Sainte pour y faire des études dont il enrichit par la suite ses tableaux. Pierre Breughels , dit le rieuoc , fut aussi un des premiers paysagistes connus de l'école de Flandre. Vanden-Velde le vieux , et le premier de cette longue
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famille d'artistes du même nom , Bartholo^ mée BréembergjElsheimer, PaulBril etplusiem'S autres de la même école portèrent en Italie un talent déjà forme pour le paysage , qu'ils y furent perfectionner : ces trois derniers restèrent dans ce beau pays où l'étude des monuments antiques leur donna un gi'and goût de paysage. On ne peut reprocher à ces premiers paysagistes que l'usage trop abusif du bleu et du vert , qui répand dans leurs tableaux une sorte de crudité'.
Les Carraches, le Dominiquin et VAlbane se distinguèrent aussi à Rome et à Bologne par des paysages d'un style mâle et large en même temps. Peut-être moins observateurs des détails de la nature que des grandes niasses et du grandiose qu'elle leur présentait , e'galement admirateurs du Titien , ils suivirent la route que leur avait trace'e ce grand maître du coloris. Sah'ator Jîosa , l'un des peintres peutêtre le plus original de l'Italie , e'tonna
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par la grande manière de ses tableaux de paysages , qui tenaient de la bizarrerie et de la singularité de son caractère ; tout ce qu'enfanta Salvator fut grand et majestueux ; ses arbres d'un style noble avaient un grand caractère , son feuiller large et bien touché , ses rochers qui paraissent inaccessibles à l'homme y sont d'une forme gigantesque et d'un aspect extraordinaire.
A la renaissance des arts en France , on ne vit point de paysagistes parmi les peintres venus d'Italie ; le genre seul de l'histoire parut avec toute sa splendeur dans les sublimes conceptions des peintres florentins que François P^. avait appelés à sa Cour. Le Primatice , le Rosso , André del Sarte > et beaucoup d'autres de la même école , nourris des grands principes de Michel-Ange , avaient donné aux peintres français , dans le genre de l'histoire , l'exemple du beau et du sublime , dont le boa goût se serait consei-vé sans les désastres
6 Essai
des règnes suivants qui en firent perdre
jusqu'à la tradition.
Qui n'est intimement persuade' que , sans les malheurs politiques du seizième siècle , l'ëcole française n'eût pas conservé le faisceau de lumières apporté d'Italie par ces hommes célèbres ?
Ce fut vers le règne d'Henri IV aue la France vit paraître les premiers peintres en paysages; mais ces artistes affectèrent dans leurs tableaux un goût verdâtre et monotone qui , dans la suite , a poussé au noir. Sous le règne suivant , plusieurs paysagistes de l'école de Flandre s'arrêtèrent à Paris en allant visiter l'Italie , c'est ainsi i^Herman Swanevelt , Van Gojen , ' f^ander Kahel et autres peintres du même pays , laissèrent des souvenirs bien intéressants dans le genre du paysage.
Louis XÏII , qui aimait les arts , excité par la vue des chef-d'œuvres de ces artistes passagers , résolut d'en fixer en France.
Il fît venir de Bruxelles l'un des plus habiles paysagistes de l'e'cole flamande , Jacques Fouquieres , lequel se rendit aux ordres du Monarque dont il fut comblé de biens. Le Roi l'ennoblit , lui donna la direction des embellissements de ses palais et de ses maisons royales. Les lambris du Louvre furent ornés de ses paysages , qu'il exécutait d'une manière large et avec un certain grandiose : ses sites étaient simples , mais traités avec noblesse ; souvent il prenait plaisir à représenter des entrées et des sorties de forêts. Il avait l'arT d'agrandir ses masses , de varier ses lignes , de donner à ses arbres un caractère grand et majestueux ; le temps et la fumée avaient déjà fort endommagé les tableaux de Fouquieres , auxquels , à l'exemple de Breughels son maître , on pouvait aussi faire le reproche d'avoir un peu abusé du vert et du bleu. Les tableaux de Fouquieres ont totalement disparu par les.
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changements opères dans les salles du vieux Louvre. Ces appartements ont e'té changes en superbes et vastes galeries , où ont été conservés les chef-d'œuvres en sculpture de la Grèce et de Rome. Ce maître n'est plus guères connu que par quelques tableaux de chevalet et par les eaux-fortes qu'il a gravées d'après ses tableaux , ainsi que par les estampes qu'en ont laissées plusieursgraveurs contemporains , lesquelles se conservent avec soin dans les porte -feuilles des curieux.
Fouquieres eut la gloire de former à Bruxelles un élève distingué , Jean ^ Baptiste Champagne , qui était parvenu à l'égaler dans le paysage.
Plusieurs autres grands paysagistes de la même école vinrent successivement à Paris et enrichirent de leurs productions les galeries du Roi et les cabinets des riches particuliers. A cette époque , le Poussin faisait l'admiration de l'Italie par ses sublimes conceptions en paysages héroïques , dont il
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envoyait partie en France à ses amis et aux plus célèbres amateurs de Paris , qui seuls jouissaient de ces merveilles de l'art , mais qui n'ope'rèrent rien pour l'avancement de l'e'cole dans le genre du paysage.
Laurent de la Hjre , peintre d'histoire , renommé , s'occupa un des premiers à peindre le paysage ; ses tableaux approchèrent de ceux du Lorrain pour le style et l'effet surprenant.
Sous le règne suivant , dans ce siècle de merveilles en tous genres , parurent quelques paysagistes nationaux. Jean Forest se distingua dans le genre du paysage ; mais ce peintre qui avait été à Venise pour étudier les ouvrages du Titien , du Qiorgion , et plus encore inspiré par la couleur vigoureuse de Lafosse son beau -frère , voulut imprimer à ses paysages des tons chauds et dorés qui tenaient plus à l'idéal de l'art qu'à la nature. Les tableaux de Forest ont poussé au noir , peut-être par
lo Essai
l'emploi de mauvaises couleurs. Ce peintre composait ses paysages d'une grande manière , car tout fut grand dans ce siècle ; ses sites étalent d'un style noble et trèsvariés , il les embellissait par de beaux monuments d'architecture. On regrette de ne plus jouir , après un siècle , des productions de cet habile homme , que Ton ne rencontre que rarement , mais dont le nom , rappelé* par quelques gravures de son temps, se trouve dans les annales des arts et dans le souvenir des curieux.
Plusieurs autres paysagistes français s'occupèrent en même temps de ce genre de peinture ; mais presque tous leurs tableaux éprouvèrent le même sort j ou furent destinés pour la plupart à décorer les palais , d'où la mode qui régit tout à son gré ne tarda pas à les bannir ; ainsi disparurent en France , en Hollande , en Flandre et en Allemagne , beaucoup de chef-d'œuvres dans le genre du paysage.
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Francisque Blilet , peintre très-habile , arriva d'Anvers à Paris , fort jeune encore, où la vue de quelques tableaux du Poussin parut fixer son goût. Il copia tout ce qu'il put rencontrer de paysages de cet artiste sublime , et parvint tellement à l'imiter que souvent ses tableaux furent pris pour ceux du Poussin. Je reviendrai sur ce peintre dans le courant de cet ouvrage.
Un autre grand paysagiste de la même e'cole , Vander-Meulen , fut appelé à Paris par Louis XIV.
Lebrun , premier peintre du Roi , fut chargé d'aller à Bruxelles, pour engager le célèbre Vander-Meulen à se rendre auprès du Monarque , qui le reçut avec toute la bonté et tout l'intérêt qu'il témoignait aux hommes d'un mérite distingué.
Vander-Meulen , jeune encore , brillait déjà dans le genre du paysage qu'il avait l'art d'orner de chasses et de marches de cavalerie ; on sait que Vander-Meulen des-
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sinait et peignait parfaitement les chevaux, Lebrun plein de la gloire du Roi son bienfaiteur , et qui se connaissait en grands talents , trouva dans le jeune Vander- Meulen un peintre digne de perpétuer les conquêtes du Monarque , il le pre'senta à Louis XIV en qualité de peintre de batailles. Le Roi l'aima toujours , le combla de biens et d'honneurs (i). On sait que les chefd'œnvres de ce grand peintre firent l'ornement de toutes les maisons royales ; les salles de l'Hôtel des Invalides répétèrent les exploits du Roi conquérant aux yeux des braves qui y avaient contribué.
Une famille entière de paysagistes honora ce siècle d'une quantité' prodigieuse de compositions pleines de génie ; Pérelle
(i) Le Roi nomma son fils sur les fonts baptis- XDatix , il l'ennoblit , le cre'a Chevalier de Saint- Michel , avec une pension considérable et un loge» ment aux Gobelins,
SUR LE Paysage. i5
et ses deux fîls dont l'œuvre monte à plus de trois mille pièces de toutes formes et de toutes grandeurs. Ces artistes , doue's du génie le plus fécond , avaient été se perfectionner pendant un long séjour en Italie et s^ formèrent un excellent goût de paysage. Us ne cessèrent d'enrichir les arts de productions charmantes , fruits de leur brillante imagination et des longues études qu'ils avaient faites dans leurs voyages.
On regrette, en considérant les beaux dessins et les estampes admirables de ces trois graveurs , qu'aucun d'eux ne se soit appliqué à la peinture , au moins ne connaît-on aucuns tableaux sous le nom de ces maîtres ; peut-être sont-ils inconnus ou passent-ils sous un nom étranger.
Patel , élève du Vouet , qui fut aussi perfectionner ses talens en Italie , se fît connaître par des tableaux d'un goût suave et harmonieux , par des compositions pleines de charmes et d'un fort bon style tout
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à la fols. La France doit regretter la grande quantité' de ses tableaux passe's en Angleterre (i) , où ils sont paye's chèrement , et place's dans les meilleures collections.
Les peintres qui s'adonnèrent au genre du paysage en France dans le dix - septième siècle, l'imagination remplie des merveilles qui s'ope'raient sous leurs yeux , furent loin de s'occuper de l'étude simple de la nature, ils se crurent oblige's de donner un style héroïque à leurs paysages et s'abandonnèrent souvent à la fougue de leur imagination.
Les conquêtes du Roi en Hollande et en Flandre procurèrent à la France beaucoup de tableaux de paysages de ces deux écoles , mais qui, resserrés dans les galeries des Princes, et dans les cabinets des riches financiers, ne tournèrent point au profit des arts.
Cette mine féconde fut ensuite exploitée
(i) Les meilleurs graveurs d'Angleterre en ont gravé beaucoup»
SUR LE Paysage. î5
de nouveau par la spe'culation mercantile. Les tableaux de ces deux e'coles se vendirent en France au poids de l'or , et il fallait être fort riche pour pouvoir les acquérir. Mais loin d'augmenter le gOÛt des amateurs pour l'école nationale, ils en furent de'tourne's chaque jour par les marchands eux-mêmes , qui redoutaient des juges dangereux pour ce commerce inconnu.
Tout cela était peu propre à former et à encourager les paysagistes français parle peu d'accueil qu'obtenaient leurs tableaux. On vit cependant quelques artistes courageux faire paraître des paysages aux diverses expositions publiques. Le goût du paysage reprit peu à peu ; de vrais amateurs de la peinture qui ne partageaient pas ces sentiments , encouragèrent les peintres de paysages.
Vernet arrive en France avec ua grand talent formé pendant un séjour de vingt années en Italie. On se souvient avec quelle avidité ses ouvrages furent achetés à Rome par
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tous les étrangers que son assiduité' bu travail pouvait à peine satisfaire. Il transporte à Paris l'Océan avec toutes ses fureurs, il effraye par la vérité , l'horreur de ses tempêtes etles suites affreuses des naufrages.
Les paysages et les marin es de Kernet captivèrent tous les suffrages de la jiation ;rAcadémie royale le reçoit dans son sein. La grande facilité qu'il avait acquise par ses longues études lui fit produire une infinité de chef-d'œuvres. Les artistes, les gens de goût voulurent posséder ses heureuses conceptions. La gravure s'empresse aussitôt de les multiplier; son nom vole de bouche en bouche , la France prit de ce moment le goût du paysage et des marines.
On sait quel succès obtint la gravure de trois de ses principaux tableaux sous le burin savant de Baléchou. Tout le monde désira placer dans son cabinet ou dans son salon , la Tempête, le Calme et les Baigneuses. Jamais suite degravur es ne se répandit aussi
SUR LE Pays AGE. ij-
promptement et n'obtint autant de succès. Il y a peu de maisons où l'on ne trouve ces trois estampes , qui dans la suite ont etë porte'es à un très-haut prix.
Les ports de France ne tardèrent pas à se multiplier par les talents distingues (i) de deux des plus célèbres graveurs du dix- Imitième siècle. On les voit par tout , et rien de plus connu que les ports de France de Vernet , nom qui est passe dans toutes les bouches et que de nouveaux talents héréditaires perpe'tuent avec honneur.
Ce ne fut pas sans surprise que l'on vit 'la représentation de cet e'iément terrible , dont Vernet a saisi toute la ve'rite' au point d'effrayer le spectateur.
Cet habile peintre fît passer en revue les diverses varie'te's de la mer ; le plusbeau calme parut à côte' de la tempête la plus horrible.
Toutes les bizarreries de la nature furent
(i) Lebas et Cochin,
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également rendues par le talent du fertile J^ernet. Il transporta sur la toile avec la plus étonnante vérité les formes diverses et l'àprete' des rochers, ces digues énormes qu'elle a placées pour arrêter les fureurs de rOce'an.
Ses compositions s'enrichirent des études qu'il avait faites de la cime élevée des Alpes et des Apennins , où se forment les cataractes qui s'échappent du haut de ces montagnes inaccessibles et retombent avec fracas dans des gouffres profonds. Des villes de formes pittoresques, de superbes aqueducs et les plus beaux monuments de l'antiquité contribuèrent à varier ces scènes immenses auxquelles le pinceau de cet habile peintre a imprimé un si grand caractère.
Un nouveau prodige en paysage enrichit presqu'au même moment l'école française par ses productions tout à la fois faciles, fortes et gracieuses. Un peintre très-jeune encore , venu des bords du Rhin , arrive à
surlePaysage. i(^
Paris avec un talent admirable. Il étonne tous les artistes , par la vérité' , par la fraîcheur de son coloris et par la franchise de sa touche»
Loutherboiirg rivalise /^er/zef à l'exposi'tionde ses tableaux de marines , traites d'un genre tout différent , mais dont la vérité ne glaça pas moins d'effroi. Vernet étonna par ses tempêtes de la Me'diterrannée , hoiitli erbour g -peiQ^mty avec une extrême vérité, toutes les horreurs de la mer Baltique.
En admirant ses tableaux , on craint presque d'être mouillé par l'écume qui s'e'lève des vagues dont on croit sentir l'humidité.
Loutherbourg peignit aussi des paysages avec naïveté et d'une gfande fraîcheur , ornés de scènes familières de patres , de troupeaux , d'animaux de toute espèce qu'il traitait avec gruce ; il ne réussit pas moins dans ses tableaux de chasses et de batailles.
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La gravure publia également les agréables conceptions de cet habile peintre , que l'Angleterre nous a ravi.
Le Prince (i) , artiste dont la verve n'e'tait pas moins féconde , arrive à Paris, de retour de son voyage en Sibe'rie. Il reparaît après une longue absence , avec une collection d'e'tudes et une infinité de costumes absolument nouveaux pour la ^France.
Ce peintre qui avait péne'tré jusqu'aux bornes de l'Asie e'iale aux expositions du Louvre les modes , les usages , les caractères diffe'rents de cette varie'té de nations qui couvrent l'immense Russie , depuis la ]>f ewa , le Mont Caucase , jusqu'aux bords de la mer Caspienne , et l'on vit paraître pour la première fois les costumes civils,
(i) Le Prince avait accompagné l'Abbé Cliappe «lans son voyage en Sibérie , comme dessinateur et peintre de l'expédiiion.
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militaires , la représentation des ce'remonies religieuses , les foires , les marchés et les exercices de ces peuples divers ; tout ce que ces contrées lointaines offrent de singulier passa en revue dans les tableaux de le Prince ; mais ce n'est que comme peintre de paysages qu'il doit occuper dans cet ouvrage une place dis-
tinguée.
Les premiers paysages que présenta le Prince y quoique touchés avec la plus grande finesse , se ressentaient de la teinte et de la manière de l'école (i) qui l'avait nourri , et que ses voyages lointains n'avaient pu effacer.
Cet homme plein de génie s'aperçut bientôt qu'un coloris brillant , qu'une touche fine et spirituelle , sans la vérité de la nature , ne pouvaient lui assurer une réputation durable. Il ne veut plus voir que la ■I I j II II ^.
(i) Il avait ete élève de Boucher^
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nature ; il achète (i) une habitation agre'alïle , dans une belle situation , sur les bords de la Marne , où il allait passer une partie de l'année. C'est là que, la palette à la main , il s'occupait à peindre et à observer les beaux effets qu'elle pre'sente.
A chaque nouvelle exposition,les éloges du public vinrent couronner ses heureux etTorts. Ce n'est plus le Prince arrivant de Russie , c'est l'e'lève de la nature que l'on admire.
Il ne manquait à ce laborieux et fertile ge'nie qu'une meilleure santé qui , délabrée par les fatigues de ses voyages , ne pouvait lui promettre une longue existence ; la mort vint le ravir aux arts encore dans la force de son âge.
Fragojiard y autre peintre très-ingénieux, fait pour briller dans toutes les parties de la peinture , s'était formé en Italie un genre de paysage enchanteur.
(j) Dans les environs de Lagnj,
suRLE Paysage. a3
Cet artiste , dont le pinceau saisissait toutes les formes et tous les tons, peignit avec le plus grand succès quelques jolis tableaux dans le goût de J'ecole flamande ; il imita souvent Ruisdaal à tromper , ainsi que plusieurs autres peintres ; ses imitations et ses propres paysages furent vendus très-cher , et eurent la plus grande vogue. D'autres peintres , animes par ces nouveaux chef-d'œuvre s , se livrèrent à l'e'tude du paysage ; mais il était réservé à un artiste célèbre (i), nourri de la lecture des poètes et des anciens , de régénérer le paysage historique. De retour d'Italie , où il avait formé son goût par l'étude des monuments et des beaux sites , il fait de nombreux élèves , qui , à son exemple , se sont livrés au paysage , et ont été continuer leurs études dans ce pays fertile en grands souvenirs ; leurs tableaux font en ce moment
(i) M. Valenciennes^
24 Essai
l'honneur de l'école française dans le genre
du paysage, qu'ils ont porte à un très-haut
degré.
Plusieurs autres paysagistes français et étrangers établis en France brillent avec succès aux diverses expositions. Ainsi la France s'est emparée du sceptre du paysage , soit dans le genre he'roïque , soit dans le genre pastoral ou naïf.
Je ne m'étendrai pas plus au long sur l'éloge de ces peintres , dont le public ap-. précie chaque jour les heureux talents.
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ST7R LE Paysage. aS
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Du Paysage en général,,
XJe tous les genres de la peinture , le paysage est sans contredit celui qui présente plus de charmes et plus d'attraits. Le paysage moins susceptible de régularité , n'exige point cette longue série d'études et de principes exacts essentiellement nécessaires pour bien traiter l'histoire et toutes les autres parties de l'art qui ont pour objet la représentation du corps ou de la figure humaine.
Celui qui a reçu de la nature l'heureuse influence de l'observation , et cette légère teinte de mélancolie qui fait trouver le bonheur au sein de la solitude , celui qui éprouve le besoin , je dirai même une douce volupté à se trouver seul au milieu des campagnes et des bois,, dans le silence de la nature , celui-là est né paysagiste.
sS Essai
Loin du commerce du monde ^ le ge'nie du peintre de paysages s'empare de tout ce qui l'environne , la nature entière devient son patrimoine, elle paraît faite exclusivement pour lui. Tout le cliarme , tout l'enchante ; à chaque pas , de quelque côté qu'il porte ses regards , il aperçoit de nouvelles beaute's. Souvent dans son extase , on le croirait un être inanimé' , quand tout à coup revenant de sa rêverie , il enrichit son porte-feuille et sa mémoire de tout ce qu'il vient d'observer.
La vie entière du peintre de paysages doit être une étude continuelle ; c'est ainsi qu'il peut espérer de plaire et d'assurer sa réputation.
II est bien difficile de ne pas se laisser 1 entraîner au plaisir de peindre le paysage : la vue des beaute's , des bizarreries même de la nature excite dans l'ame du peintre une émotion surnaturelle , une admiration auxquelles il ne peut re'sister , bien loin de
surlePaysage. 57
ressembler à ces êtres froids et insensibles auxquels le ciel paraît toujours bleu , et pour qui les arbres sont uniquement verts.
Le genre du paysage a tant de cbarmes , que souvent, sous le beau ciel de l'Italie , on a vu des peintres livre's à l'ëtude sérieuse de l'histoire , qui , frappés tout à coup , et par une sorte d'enchantement , de la beauté des monuments antiques et des sites variés de cet heureux pays , se sont abandonnés par un attrait irrésistible à la représentation de ces objets pleins de délices. Combien pourrais-je citer d'exemples d'artistes qui oublièrent pour l'amour du paysage ce qui devait faire le principal but de leurs méditations !
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Division des différents genres du Paysage»
J jE paysage doit se diviser en quatre parties ou genres bien distincts , quoique de'signes sous la même et seule dénomination:
i". Le paysage héroïque, qui doit occuper le premier rang , parce qu'il semble se rapprocher du genre de l'histoire , et qu'il exige de grandes connaissances de celui qui veut s'y livrer avec distinction ;
2". Le genre pastoral , lequel retrace les mœurs antiques avec cette simplicité noble toutefois , dont Théocrite et Virgile ont laissé des peintures si séduisantes dans leurs divins écrits j
5°. L'imitation pure et simple de la nature , telle que l'ont traitée plusieurs peintres flamands et hollandais , soit en paysages proprement dits , soit qu'ils les aient embellis par la représentation de figures ou d'animaux ;
surlePaysage. 29
4°. Le genre des marines qui a été rendu
avec tant de succès et avec une effrayante
vérité par plusieurs habiles peintres des
mêmes écoles.
Je développerai dans la suite de cet ouvrage ce qui caractérise chacun de ces genres en particulier; j'y joindrai des exemples tirés des ouvrages des peintres qui y auront brillé au premier rang ; je rendrai cette division bien intelligible , même pour les personnes qui n'exercent pas la peinture, mais qui la chérissent par goût et par un instinct naturel.
5o Essai
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Des dispositions et de la manière d'étudier le Paysage»
V><ELUi qu'un doux penchant entraîne vers l'e'tude du paysage , et qui veut s'y livrer avec succès , ne doit s'attacher à aucune manière. Il doit renoncer à toute méthode d'e'cole , j'entends lorsqu'il aura reçu les principes nécessaires pour se conduire lui-même vers l'étude et l'imitation de la nature.
Son premier soin est d'examiner de quels moyens les grands maîtres en ce genre se sont servis pour la rendre avec intérêt dans leurs conceptions , puis il doit aller à son tour prendre les leçons de ce guide de tous les arts. Qu'il profite cependant des conseils et des avis des hommes habiles , consommés dans l'art , mais qu'il copie peu de tableaux.
Le peintre de paysages doit s'attacher à scruter le faire de chaque maître , qu'il étu-
SUR LE Pays A GE. 5t
die sur tout les tableaux de ceux qui ont su allier heureusement une façon de peindre large et agre'able avec la naïve vérité de la nature.
Je veux qu'il cherche à observer dans leurs ouvrages ce qui paraît être plus analogue à son génie , qu'il en saisisse à propos les beautés , et que , semblable à l'abeille , il se nourrisse de ce qu'il y a de meilleur dans leurs productions.
Le jeune élève doit bien se garder d'imiter ces artistes peu courageux et casaniers qui s'imaginent trouver le secret de leur art en copiant servilement et souvent avec froideur dans les cabinets et dans les galeries , les chef-d'œuvres des grands peintres qui ont acquis de la célébrité, mais par une route bien différente.
C'est ainsi que ces pemtres citadins croyent pouvoir se passer du miroir de la nature, et qui devenus serviles imitateurs ne produisent que de froides copies , souvent
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très-imparfaites. O iniitatoreSySerçiim peciis ! Peut-être obtiennent - ils l'assentiment et même l'admiration d'une certaine classe d'amateurs et de quelques coteries à la mode ; mais ces tableaux loues d'abord avec exagération , vont tapisser les immenses de'pôts des marchands et finissent par aider à tromper les faux connaisseurs.
Le peintre au contraire qui a eu le courage de consulter la nature , a toujours le me'rite de paraître original ; le paysage d'ailleurs est celui de toutes les parties de la peinture qui offre plus de varie'té , et auquel l'artiste studieux peut toujours assigner un air de nouveauté qui plait même au vulgaire peu instruit.
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Méthode pour se régler dans le cours de ses études é
J jE paysagiste doit mettre beaucoup d'ordre et de soin dans ses études , et ne pas s'accoutumer, dès le commencement de sa carrière pittoresque , à ne faire que de légers croquis ou de simples aperçus des objets dont il doit conserver le fidelle souvenir. p' Que d'artistes sont reste's fort au dessous de leur talent et qui se seraient fait une grande réputation , pour avoir pris de trop bonne heure cette habitude d'e'tudier et de courir précipitamment d'objets en objets , ils ont ainsi abvise de leur facilite , pour faire en apparence une prompte et riche moisson de dessins , dont l'abondance n'a fait que les appauvrir.
Si ces études faites à la hâte et prises pour ainsi dire à la volée , meublent promptement. leurs porte-feuilles , elles les mettent
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ensuite dans un embarras extrême , en ne leur laissant que de faibles souvenirs. Ces études dépourvues des ve'ritables effets de lumière que donne la nature , obligent l'artiste d'en imaginer qui manquent de force et de vérité ; ecueil dangereux qui le conduit à la manière , et qui finit par discréditer ses ouvrages.
Cette pratique de croquer et de faire de simples aperçus ne peut convenir qu'au peintre consommé , qui a passé sa vie entière à étudier sérieusement et à toujours observer ; alors la forte habitude qu'il a de la nature , lui rappelle sur un simple trait fait adroitement ce qu'il a vu ; ^1 le reporte sur la toile avec cette vérité que donnent seules l'expérience et de longues études.
Ce n'est qu'après avoir acquis cette grande habitude de la mémoire , qu'il faut user de ces moyens , mais toujours avec sobriété : on peut citer Vernet comme un prodige
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et comme un exemple frappant d'une mémoire extraordinaire.
Ce peintre fe'cond , avec un trait , un simple souvenir , faisait naître un tableau qui avait toute la vérité , tout l'effet de 1^ nature ; mais combien peu d'hommes ont reçu ce don précieux qu'il possédait au suprême degré.
L'étude de la perspective est sur-tout indispensable pour le paysagiste ; elle lui sert de guide et déboussole pour le conduire, et pour placer tous les objets en une juste proportion dans les divers plans de son tableau. Elle lui sert à éviter les erreurs dans lesquelles il tomberait , sans cette science régulatrice.
On a vu de grands peintres négliger cette étude , et croire que la vue seule de la nature pouvait servir à les guider ; aussi ônt-ils laissé dans leurs ouvrages des fautes impardonnables.
On ne peut assez recommander aux jeunes
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gens reliide de la perspective , qui n'a de rebutant que les premiers pas que l'on y fait , mais qui procure bientôt autant de satisfaction qu'elle avait d'abord fait e'prouver de dégoût à ceux qui ont eu le courage d'en surmonter les difficulte's.
Combien le peintre de paysages doit observer les règles de la perspective aérienne , qui sert à répandre une illusion si douce sur les objets même les plus éloignés !
Le paysagiste doit étudier et observer toute sa vie ; il ne doit jamais laisser échapper une occasion de consulter la nature : toujours le crayon à la main, il faut qu'une promenade utile soit le délassement du travail de la journée. Quitte-t-il sa palette et son atelier , le soleil couchant l'appelle à la campagne , ou sur le bord des eaux. C'est à cette heure du jour , moment du repos de la nature , qu'elle lui offre de gvandes^ leçons d'harmonie.
surlePaysage. Zj
Les Saisons et les Heures du jour*
Toutes les saisons de l'année sont propices à l'ëtude du paysage ; elles offrent chacune une variété' d'études et d'observations , qui ne laissent jamais oisif celui qui se plait à consulter la nature.
Si chaque heure du jour présente aussi divers tableaux d'une grande variété , il faut convenir cependant qu'il est des saisons €t des moments de la journée dont les effets sont plus favorables à la peinture. Le matin et le soir doivent fixer principalement l'attention du peintre de paysages. Le matin par sa belle fraîcheur , par ses beaux tons vagues et argentins ; le soir par la beauté et la richesse des tons de couleur. Le milieu de la journée présente une clarté vive et générale , qu'il est assez difficile de rendre avec succès. Est-il un spectacle plus délicieux que le
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moment du lever du soleil , lorsque les vapeurs qui s'exhalent de la terre se colorent d'une légère teinte de rose , dernières traces de l'aurore qui s'enfuit à la pre'sence du soleil ? A peine aperçoit -on les lointains encore enveloppe's danslevague; les arbres, les coteaux s'éclairent par degre's , et participent de cette fraîcheur qui annonce le réveil de la nature.
Le soleil encore enveloppé de nuages fait de vains efforts pour lancer la totalité de ses rayons éblouissants , dont quelquesuns percent et semblent s'échapper à travers la vapeur.
Triomphe-t-il enfin des obstacles qui s'opposent à sa clarté , les vapeurs sont dissipées , son disque radieux éclaire toute la campagne : voilà le moment du peintre.
Cette scène du malin se varie à l'infini, et produit toujours de beaux effets. Les grands paysagistes d'Italie en ont souvent produit des tableaux fort intéressants : Claude le
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Lorrain > Herman - Swanevelt , le Guaspre , y^ernet formé à leur exemple , ont rendu ce beau moment avec une vérité surprenante.
En Hollande, Berchem , Tf^oiiuermans ^ Adrien Vanden-P^elde , Carie Dujardin , Vinants , Both d'Italie , Moucheron ont enrichi les arts de magnifiques et précieux tableaux du matin. Plusieurs paysagistes allemands , parmi lesquels il ne faut pas oublier Djetrici, ont également réussi à rendre la fraîcheur du matin et ces tons tendres et vaporeux , si agréables à la vue. C'est dans le silence des campagnes qu'il faut saisir ces effets admirables pendant le sommeil de l'oisif et paresseux citadin.
Il est plus difficile à la peinture de rendre la vive clarté du midi , où le ciel , d'un azur pur et brillant , n'est traversé que par quelques nuages , qui par leur blancheur éblouissante ressemblent à des montagnes de neige. Il faut des ombres à la peinture»
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et l'on ne peut espe'rer d'effet à cette heure du jour , à moins que des nuages pre'curseurs de la pluie , venant à obscurcir l'atmosphère , ne produisent un effet souvent très-vif et très-piquant par la lumière qui s'e'chappe avec vivacité à travers les masses sombres du ciel.
C'est sur-tout au moment où. les nuages pousse's rapidement par le vent , portent leurs ombres ambulantes sur les plaines et sur les coteaux.
Combien de fois suis-je resté en extase, tranquille observateur de ces beaux accidents de lumière , que Remhrant , Jacques et Salojnoîi Ruisdaal ont si bien saisis dans leurs tableaux immortels.
La mémoire du peintre de paysages doit s'approprier à son tour ces effets si'pittovesques^ pour les retracer sur la toile.
Le coucher du soleil offre une richesse, inépuisable de tons étincelants. Toute la nature se colore d'uu ton violàtrç et pur*
SUR LE Paysage. '4t'.
pure , les lointains de teintes jaunâtres et orangées vont se perdre avec l'horison qui pre'sente un ardent foyer de lumière. Toutes les montagnes , les plaines , les diverses fabriques , les arbres ont perdu la couleur du jour pour s'emparer de la teinte du soir, et se peignent dans les eaux.
Il est à remarquer que le soir les ombres et les reflets conservent une couleur d'un vert prononce , ce qui s'aperçoit aisément lorsque les eaux ont acquis la couleur générale du ciel. 11 est facile de se convaincre de cette vérité quand un bateau ou tout autre objet se trouve sur une rivière. Les reflets répétés dans l'eau, paraissent d'un vert pur , par l'opposition du ton jaune ou orangé qui le colore.
Dans ces moments du calme précurseur du sommeil de la nature , les eaux inspirent une sorte de mélancolie douce qui plail à l'imagination du peintre qui , tout plein de ces pensées , s'aperçoit à peine de
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la chute du jour , si la lumière de l'astre des nuits qui de'jà frémit dans l'onde en longs sillons , ne venait captiver de nouveau son attention. Le disque brillant de la lune » souvent entouré d'une aure'ole d'un gris jaunâtre , lorsquelle est traversée par les nuages dont elle se dégage pour paraître plus lumineuse , colore d'un ton légèrement orangé ceux qui avoisinent le plus sa lumière.
La scène est changée , tous les objets ont à peine conservé quelque légère teinte du jour.
Leurs formes se détachent sur la faible clarté du ciel , les seuls monuments qui se trouvent fortement éclairés par la lumière vive de la lune , conservent encore une partie de la couleur qui les animait dans le jour.
Plusieurs habiles peintres de l'école flamande et hollandaise se sont fait un noni distingué par leurs talents à peindre avec une très-grande vérité des tableaux de clairs de
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lune. P^ander-Neer fho\la.ndaàs , est regardé comme le plus célèbre en ce genre ; plusieurs autres ont rivalisé avec lui , quoiqu avec moins de célébrité. En France , f^erneC s'est montré au premier rang dans cette partie de la peinture qu'il a su ennoblir par divers accidents de feux et par des scènes intéressantes , ce qui lui donne un grand avantage sur le peintre que j'ai cité.
Le peintre de paysage historique trouve encore ici à exercer son génie. La mort de Pyrame et Thisbé lui offre le sujet d'un intéressant tableau. Celui des visites nocturnes de Diane près de son cher Endymion est du plus grand intérêt pour le payspgiste dont le génie sait s'emparer des charmantes illusions de la fable et de la poésie.
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Manière d'envisager un site et de se placer pour le bien rendre»
JLjoRSQtrE l'on veut dessiner un paysage d'après nature, il faut e'viter d'en placer le point de vue trop ëleve' , ce qui est moins agre'able que lorsqu'il se trouve à la hauteur de l'œil du dessinateur , à l'horison ,, où il faudrait le supposer place' sur une haute élévation qui lui laisserait apercevoir une très-grande étendue, et par conse'quent le point de vue deviendrait trèsëlevé.
Il est des circonstances où l'on est oblige d'entreprendre de ces sortes de dessins ; mais il est un juste milieu à gardçr > car si l'on plaçait ce point de vue beaucoup trop haut , il ne resterait que peu ou point de place pour le ciel , ce qui deviendrait alors un plan topographique , et il faut y
être absolument obligé pour entreprendre de semblables points de vue.
Le succès d'un paysage dépend souvent de la manière dont le peintre l'a d'abord: envisagé sur la nature. Tel site très-simpie , qui , au premier aperçu , n'offre riea de saillant ni de pittoresque , lorsqu'il est rendu par un artiste bien inspirjé , produit souvent un tableau plein d'intérêt. Un simple tertre , éclairé vivement des rayons du soleil , soutenu de quelques masses d'arbres , une pauvre cabane , se font admirer lorsqu'ils sont rendus avec vérité.
Presque la totalité des tableaux de Ruis'' daal et d'Hobbéma qui sont la traduction naïve et lîdelle de la nature , produisent un certain charme qui enchante ; on ne peut se lasser d'en admirer la franchise et la naïveté , quoiqu'ils ne présentent rien qui parle à la pensée ; mais ces peintres ont su se placer du côté favorable ; ils ont saisi à propos les beaux effets de lumière sans
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lesquels on manque totalement le but de la peinture.
Il est d'autres peintres de l'e'cole flajnande qui ont trouve l'art de re'pandre un plus vif intérêt dans leurs productions par la représentation en grand des vues simples mais très-étendues de ce pays. Vari" ^Artois et son élève Hujsmans ^ de Malines , brillent au premier rang dans les tableaux de paysages d'une très-grande proportion et d'une grande étendue de pays. Ces géants de la peinture ont introduit dans leurs tableaux des accidents de lumièrç admirables , qui y répandent une vivacité et des effets surprenants.
Leur manière de peindre , sur-tout celle ê^ Hujsmans , est large , facile et moelleuse. Ce peintre réussit particulièrement à représenter les terres écorchées par le passage des torrents, où le jaune et le blanc mêlés au gris du silex , se disputent la lumière du soleil. Des arbres à demi-déracinés , suspendus par
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la pointe de faibles racines , des plantes de toute espèce couronnent ces masses argilleuses et y laissent pan cher leurs différents feuillages mêlés aux ronces et aux lianes pendantes sur la terre.
Tout ce que la campagne produit en grandes plantes meuble les premiers plans de leurs savants tableaux. Il est peu d'ouvrages de ces maîtres dont la vue ne fût utile aux jeunes peintres qui se destinent à l'e'tude du paysage ; je les appellerais presque des dictionnaires universels à l'usage de cette partie de la peinture.
Combien les bords des rivières, les canaux, les prairies , les forêts, les plaines, les vallées , où. l'œil s'égare à l'infini, n'offrent -ils pas d'intéressantes études ? Les grandes forêts , séjour du silence et de la mélancolie , présentent à chaque pas des aspects toujours pittoresques , sur-tout lorsque les rayons du soleil venant à percer leur obscurité , frappent de sa brillante lumière des groupes
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d'arbres aussi vieux que le monde , et qui se présentent sous mille formes différentes. Quoi de plus enchanteur que l'aspect d'une valle'e où les coteaux se suivent , s'enchaînent et se croisent à perte de vue , et auxquels le lever et le coucher du soleil prêtent toujours des formes varie'es et piquantes ? Le cours sinueux des eaux qui la traversent , semble souvent se dérober à l'œil pour reparaître plus brillant par l'e'clat du soleil.
A chaque pas le paysagiste trouve des jouissances nouvelles. Quel plus vaste champ que ces immenses prairies couvertes de nombreux troupeaux , dont les couleurs variées se détachent si agréablement sur le gazon verdoyant ! Quelles e'tudes pour le peintre qui se plait à observer le mouvement , le repos , les attitudes diffe'rentes de ces paisibles cre'atures de formes si pittoresques , place'es sur la terre pour les besoins de l'homme ! Qu'il est heureux 'celui qui loin du com^
SLR LE Pays AGE. 4^
nlerce du monde , sait trouver une douce satisfaction au milieu des troupeaux étonnes de èa pre'sence ! Vous sûtes en jouir délicieusement, peintres ce'Ièbres et laborieux, l'honneur de l'e'cole hollandaise , qui avez brillé au premier rang dans cette partie de la peinture , Paul Potter , Adrien f^anden-' Velde i Carie Dujardin , jeunes peintres si célèbres , qui fûtes enlevés aux arts à la fleur de votre âge (i) !
Berchem , le favori de la nature , qui trouva l'art de répandre tant de grâces sur un genre qui en paraissait le moins susceptible , ce peintre fécond peignit peutêtre avec moins de naïveté que les trois premiers , mais il eut l'avantage d'ennoblir ses compositions par la présence de vastes monuments , de rochers de formes pittoresques i par des détails riches de touche
(i) Ces trois peintres pe'rirent à peu près à Vk^ç de trente ans,
5o Ess Aî
et de couleurs , terminés par des fonds de la plus grande e' tendue , joints à l'entente parfaite de la perspective aérienne. Ajoutez aux talents de Bercheni l'art de peindre les ciels avec une légèreté et une vapeur qui enchantent , et de donner à ses nuages les formes les plus variées : on pourrait joindre à ces noms célèbres ceux de Hoos , de Van-^ Romayn ,de Van-Blom , qui se sont adonnés avec succès au même genre.
Ces heureux peintres trouvèrent le bonheur dans la pratique de leur art , la plupart ^'entre eux vécurent peu connus et assez mal récompensés ; mais la postérité les a déjà vengés de l'oubli de leur siècle. La première jouissance de l'artiste est dans la pensée de plaire et de faire éprouver aux autres» les vives sensations qu'il a déjà savourées luimême ; car , n'en doutez pas , les amis des beaux arts et de la nature applaudiront d'autant plus à vos efïbrls qu'ils la retrouveront entièrement dans vos productions.
SUR LE P A Y SA GE. 5l
Si la Hollande eut ses peintres d'animaux. On vit aussi sur le sol brûlant de l'Italie un artiste ingénieux et plein de verve , embrasser le même genre avec des moyens tout difFe'rents.
Le Benedette CastigUone se fît une gloire immortelle par la manière savante avec laquelle il peignit des animaux de toute espèce. Son ge'nie plein de feu et d'enthousiasme en ennoblit les formes diffe'rentes , il les introduisit dans des sujets d'histoire où souvent ils jouent le principal rôle , et il assigna pour ainsi dire à ses animaux un caractère tout à fait historique.
On dirait en examinant les tableaux du Benedette , qu'il les composait la Genèse à la main. Son ge'nie pene'trè des antiques traditions patriarcales des premiers âges du monde , et de la pensée de ces hommes fortunés qui trouvaient le bonheur au sein d'une vie nomade et paisible , environnés de leurs troupeaux , leur unique richesse ,
5j Essai
les a peints avec la plus grande veriteé On croit les voir gravir encore les sentiers tortueux des montagnes de la INIe'sopotamie , ou traverser les plaines immenses de la fertile Egypte. C'est ainsi que l'imagination du peintre et du poète a le droit de tout embellir , même les objets les plus simples , lorsque le ge'nie sait leur imprimer une sorte de grandiose et de majesté.
........... Pictoribus atque poëtis
Quidlibet audendi seinper fuit œqiia poiestas.
Plusieurs siècles avant le Benedette , des peintres vénitiens , les Bqssans , avaient fait preuve de grands talents dans la représentation d'animaux de toute espèce , et dans le genre vraiment pastoral.
Le genre pastoral ou naïf peut se diviser en deux parties : la première , des peintres qui , nourris de la lecture des poètes champêtres , se sont adonnés à représenter des scènes de bergers à la manière antique.
SUR LE Paysage. 55
Ce genre se rapproche assez souvent du genre historique.
Stella parmi nous est le meilleur peintre du style pastoral. Ses tableaux sont des modèles en ce genre , et il parut inspiré par les Eglogues de Virgile. Stella semble s'être transporté au siècle où le Cygne de Mantoue chantait sur sa lyre les hymnes champêtres des bergers d'Italie. On croirait le voir, composant ses tableaux , assis parmi eux sous l'épais feuillage d'un vieux hêtre.
Il n'a pas moins mis de grâce à peindre les fêtes , les cérémonies des villageois italiens où règne un style simple > naïf et noble tout à la fois.
Il est d'autres tableaux qui tiennent le milieu entre le pastoral et le genre naïf det la nature. Ceux de Claude le Lorrain > le père de l'harmonie , semblent se pré-^ senter d'abord comme les vrais modèles de ce genre mixte. Ce grand peintre qui doit ètrer egardy comme le Raphaël du paysage^
54 Essai
a trouve le moyen d'ennoblir ses ouvrages par la représentation de grands monuments d'architecture , auxquels il sut allier toute la simplicité et toute la vérité de la nature. Personne n'a porté comme lui au suprême degré la dégradation des couleurs et la science de la perspective aérienne. Tout est grand , tout est noble dans les tableaux du Lorrain , ses conceptions ont toujours un air de mélancolie qui porte 'à une rêverie douce et agréable.
Herman d'Italie et le Bourguignon , ses élèves , doivent se placer à côté de lui, ces deux peintres ayant souvent approché de leur maître. On pourrait y joindre Patel le père , élève du Vouet , dont les ouvrages respirent la simplicité des mœurs antiques.
L'autre genre pastoral ou naïf est celui dont les écoles flamande et hollandaise nous ont laissé de beaux modèles. Leurs tableaux enchanteurs , quoique très-simples, intéressent le spectateur par l'exacte imi-
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tation de la nature , la belle couleur et l'effet admirable du clair obscur. Paul Potier , Carie Du jardin , Adrien VandeU" Velde , Berchem , JVouvermans , Pjnaker, Asselin , Jean et André Both y Jean Miel ^ Etverdingen^ Corneille Poelembourgy Pierre de Laar , Albert Kuip , brillent parmi une foule d'habiles peintres des mêmes écoles.
Je place Jacques et Salomon Ruisdaal à la tête de ceux qui ne se sont uniquement attaches qu'à la plus fîdelle imitation de la nature , sans y avoir presque rien change'. Les objets les plus simples leur ont fourni de délicieux paysages ; souvent ce n'est qu'une portion de terrein lumineux , opposé à un ciel chargé et couvert , soutenu d'arbres d'un ton brillant et vigoureux ; tantôt c*est une simple chute d'eau qui s'échappe à travers les ronces et les cailloux; ici c'est un moulin de couleur argilleuse qui se détache sur un ciel clair et argentin , à.
56 Essai
travers duquel brilJe le plus bel azur. Ces deux peintres et quelques-uns de leurs imitateurs se sont uniquement occupe's de traduire la nature telle qu elle se montrait à leurs yeux ; ils n'ont pas même songe à orner leurs tableaux de figures ni d'animaux , et ont souvent e'té obligés d'avoir recours à des mains e'trangères.
Je me suis bien gardé de placer Herman Swanevelt , quoique né en Hollande , sur la même ligne des peintres de cette école, avec Ruisdaal et tous ceux qui se sont adonnés à la simple imitation de la nature. Herman , ayant passé sa vie entière en Italie à dessiner et à méditer les monuments €t les beaux sites , avait acquis un style bien plus élevé que ses compatriotes. J'ai parlé dans ma Galerie (i) de cet habile pein-t tre dont l'œuvre considérable est répandu
(i) Galerie des Peintres ce'lèbres , par l'auteur d© cet ouvrage.
surlePaysage. 57
clans tous les porte-feuilles des amateurs et dans les principales collections.
Si le genre pastoral veut être traite avec une sorte de noblesse , avec cet instinct naturel qui n'est autre chose que le goût, ce tact de'licat accorde à un très-petit nombre d'hommes , quelles études et quelles reflexions ne doit pas faire le peintre que son ge'nie destine à représenter les grandes scènes de la nature ?
Quelles observations pour bien rendre ces masses imposantes de montagnes et de rochers qui semblent places sur le globe pour fixer l'admiration et faire l'étonnement de l'homme ! Que d'études pour parvenir à dessiner ces vastes de'bris auxquels les peuples anciens ont assigne tant de grandeur et de majesté ! Avec quel art il faut traiter les différentes espèces d'arbres , indiquer la variété , les formes , la couleur qui les caractérisent et qui les distinguent les uns des autres ! Combien il faut
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d'adresse et de discernement pour bien combiner les lignes , les varier , afin d'eViter la monotonie et la re'pe'lition des mêmes formes dans un genre qui n'a droit de plaire qu'autant qu'il se rapproche le plus de la nature ; on sait qu'il veut être traité avec noblesse , et qu'il ne peut souffrir de médiocrité ! Le peintre , au contraire , qui se borne à la simple imitation de la nature , est toujours sûr de plaire par la vérité des détails , l'œil de l'homme le moins connaisseur , étant accoutumé à comparer des objets semblables à ses ta* bleaux : mais on a droit d'exiger bien plus de celui qui se livre au genre héroïque.
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surlePatsage. 5g
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Le genre héroïque.
V^N appelle genre héroïque en paysage celui où le peintre , nourri de la lecture des poètes , des auteurs anciens , ainsi que de l'e'tude des grands monuments de l'antiquité' , sait ennoblir ses compositions par quelque trait d'histoire. Tout ce qui constitue la composition de ces tableaux doit être grand , noble et simple tout à la fois ; on doit y voir places à propos des morceaux de bonne architecture , soit que l'imagination du peintre les représente dans leur premier état de splendeur , avec les belles formes et les sages proportions que leur avaient assignées les Grecs et les Romains , soit qu'il se contente d'imiter les vestiges échappés aux ravages des révolutions ou à la longue série des siècles passés.
Le Poussin doit occuper la première pUce du genre héroïque. Ce grand peintre
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a laisse dans ce genre les plus beaux mo-r dèles à imiter. Que de noblesse , que de majesté dans les paysages du Poussin ! S'ils n'étaient pas aussi connus , j'entrerais dans quelques détails sur sa grande manière de les composer et sur les divers sujets d'histoire analogues dont il avait l'art de les enrichir. Le Guaspre , son beau -frère et son élève , l'a souvent si bien imite que l'on est quelquefois tenté de le prendre pour le Poussin lui-même.
Le Giorgion , le Titien , le Mutian , les Carraches^le Dominiquin, VAlbane avaient Aé]k tracé la route du paysage historique avant le Poussin , mais il les a tous surpassés. Cependant ces hommes célèbres avaient laissé des monuments remarquables d'un grand goût héroïque et idéal y lesquels sont devenus de vrais modèles à imiter.
Beaucoup d'autres peintres de l'école d'Italie suivirent la même carrière et y ont brillé à leur tour j de ce nombre , on peut
SUR LE Paysage. 6i
citer Paul Panini , Locatelli ; mais le premier s'attacha particulièrement à former ses compositions des divers monuments d'architecture.
Nécessité de 'voyager pour se former un grand goût dans l* étude du Pajsagc héroïque.
Il est indispensable au peintre que son goût appelle vers le genre héroïque , d'entreprendre des voyages. Notre patrie est peu propre à former son talent et à enflammer son génie ; l'art qui gâte et détruit souvent les formes pittoresques , s'y montre de toutes parts au détriment des droits de la nature.
C'est en visitant l'Italie et la Suisse , c'est en gravissant ces chaînes de montagnes , ces géants du globe, que l'imagination du peintre se nourrira des beautés et de la variété infinie de formes , d'accidents et
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des couleurs ditîerentes qu'elles lui présentent.
C'est en parcourant la Grèce , Pausanias à la main , qu'il se meublera d'idées sublimes qui embelliront ses tableaux ; il trouvera bien plus de plaisir à dessiner un monument qui lui rappelle un trait historique ; c'est là seulement qu'il se sentira transporte hors de lui-même , en portant ses regards sur l'immensité qui l'environne ,• c'est alors que s'agrandira la sphère de son imagination , et qu'il formera une ample moisson d'e'tudes utiles pour l'avenir.
Arrivé dans ces lieux qui furent le berceau des arls et le tlieàtre de tant d'e've'nements , au milieu de ces nobles vestiges de l'antiquité , qu'une longue suite de siècles n'a pu dévorer , il se croira parmi les peuples savants qui les élevèrent et dont le génie en dirigea les belles formes ; cette idée propre à enflammer sa pensée , lui fera produire des tableaux qui fixeront les
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regards de son siècle et ceux de la posterite'.
L'aspect des cascades , ces torrents qui s'e'chappent avec rapidité' de la cime des rochers et se précipitent avec fracas dans des gouffres dont l'œil ne peut mesurer la profondeur , les forêts d'arbres toujours verts qui les environnent , ajoutent encore, par leur sombre couleur, à ce spectacle terrible et magnifique. Que d'images se graveront profonde'ment dans sa mémoire pour s'y reproduire sous toutes les formes que voudra lui prêter son imagination pleine de nobles pense'es et de grands souvenirs !
Le Bourdon , dans ses rêves gigantesques , a trace des images frappantes de ces sites extraordinaires. 11 n'a manqué à cet étonnant génie , à cet homme universel , l'un des plus grands peintres de l'école française , que de \es avoir rendus avec plus de charmes de couleur et de vérité;
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ses pensées sont grandes , elles sont souvent sublimes ; elles inspirent une sorte de terreur , et cette sombre mélancolie qui constitua son caractère et son existence-
Qui ne serait tente de croire que souvent il n'a pas dû être effraye lui-même devant ses propres tableaux , en se croyant seul au milieu de ces lieux sauvages auxquels sa brûlante imagination semblait donner une double existence ?
Mais, je le répète, le Poussin doit être regarde comme le fondateur du genre du paysage he'roique. C'est lui qui le premier traça le ve'ritable sentier qui conduit à l'étude de cette belle partie de l'art , et ses paysages sont demeures les plus beaux modèles à suivre pour ceux qui veulent s'y livrer avec succès.
Francisque Millet fut un des principaux et des meilleurs imitateurs du Poussin , dont il avait observe et adopté les tableaux à son aiTÎvée à Paris.
surlePatsage. 65
Ge peintre flamand a souvent approché de la manière de composer du Poussin , il a même cherche à donner à ses figures les formes , le style et le caractère de celles de ce grand maître. Sans une observation un peu exercée , on pourrait par fois s'y laisser prendre au premier coup d'œil ; mais il n'a jamais possédé la touche large | les pensées savantes du Poussin* En général tous ceux qui jusqu'ici l'ont pris pour modèle ne sont point parvenus à le surpasser" et à s'emparer de cette profondeur de pen-« sées qui fait le charme de ses belles et savantes compositions.
Le Poussin a tellement su inspirer à son génie le véritable caractère de l'antiquité , que l'on serait tenté de croire qu'il a vécu parmi les peuples et dans les beaux sites que son pinceau a si savamment retracés.
Son génie semble s'être élancé à trois mille ans de son siècle : effort sublime , qui l'a placé à côté de Corneille , au
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premier rang parmi les hommes les plus célèbres qui ont honore leur siècle et notre patrie î
De la mer et de ses effets,
JLiA repre'sentation de la mer constitue la quatrième partie du paysage. Cet élément tantôt calme , tantôt terrible dans ses eftets , est devenu le domaine de très-habiles peintres, qui se sont aussi adonnés avec succès au paysage proprement dit :
En Hollande , iVilliam Vanden-V^elde ^ JBachujsen , Everdingen , Zéeman y Bonalentiire Peters y Minderhout , Storck , Salo- Tiion Ridsdaal etbeaucoup d'^autres peintres âe cette e'cole se sont surpasse'sdansle genre dés marines par la vérité des divers accident* de cet élément, par la belle transparence des vogues , la forme diverse des vaisseaux , les détails des agrès et des cordages. Presque
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tous les tableaux de ces grands peintres de marines inspirent la terreur et l'effroi , et font l'admiration des curieux et l'ornenient des premiers cabinets.
Jacques Ruisdaal et V^an-Goyen se sont jaussi exercés au genre des marines , mais ils se sont le plus souvent borne's à la représentation des rivières et des canaux » où ils ont introduit des sujets très-simples de barques et de petits navires.
f^ernet a aussi, comme je l'ai déjà dit, illustré le dix-huitième siècle par son grand talent à peindre les effets variés de la mer*
Ce peintre savant a ennobli ses tableaux de marines par la représentation de scènes variées , de jolies figures dessinées avec esprit et peintes avec beaucoup de vérité.
Kernet a eu l'avantage sur les peintre* de l'école hollandaise , d'avoir pour ainsi dire placé ses marines dans le genre noble et historique , soit par le beau style des monuments qu'il y a introduits , soit par la
forme des hautes montagnes et des rocliei*s ^ dont la varie'te de couleurs contribue à la richesse et au grandiose de ses tableaux»
Avec Vernet on parcourt l'Archipel , on visite toutes les plages de l'antique Grèce , on se promène le long des côtes de l'Italie, Rome , Naples et la Sicile furent le premier the'âtre de ses études et de ses brillants succès.
On s'identifie avec la physionomie étrangère de ces peuples dont les ancêtres nous ont laisse' de si grands souvenirs. On croit entendre leurs différents idiomes.
Non moins habile paysagiste , Vernet a su retracer avec la plus grande vérité les différentes heures du jour. Ce peintre auquel les diverses parties de l'art ne pouvaient être étrangères, a rendu avec le même succès et la même vérité la belle clarté de l'astre des nuits , qu'il varie souvent par des lumières et des effets de feux qui contribuent à donner plus de vie à ces scènes nocturnes.
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