LES SAISONS
Le printemps»
JLje peintre de paysages ennuyé des longueurs de l'hiver , voit paraître la saison du printemps avec un nouveau ravissement. Le Ze'phir commence à caresser de son souffle bienfaisant toute la nature , les amours vont pre'parer la couche nuptiale de la déesse des fleurs et du dieu volage qui les anime. La terre se pare d'une verdure tendre et naissante , les arbres précoces ont développé leurs touffes de feuilles d'un vert blond et transparent. Tout annonce la jeunesse de la nature. Déjà le cygne se promène majestueusement sur les eaux limpides qui naguères n'offraient qu'un solide et dur cristal.
On pourrait peut-être reprocher à la saison, du printemps un peu de monotonie dans îa couleur , mais la nouveauté des feuilles
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leur donne un certain large moelleux et flexible. Le marronnier d'Inde , l'un des premiers arbres qui élève sa tête altière audessus des autres , étend avec majesté ses feuilles en grandes masses ; ses superbes bouquets de fleurs argentines qui se montrent presque aussitôt , ajoutent un nouvel cclat à la belle verdure de ses rameaux.
Le tilleul aux larges feuilles se de'veloppe et naît presque en même temps. Tous les. autres arbres épanouissent leurs bourgeons et étendent leur feuillage , pour embellir la campagne.
Dans les premiers moments de cette saison , le peintre ne se sert guères de sa palette. C'est avec ses crayons quil doit d'abord saisir les belles formes des masses qui vont meubler son porte - feuille et le préparer îiux études de la couleur.
Vers le milieu du printemps , les arbres vont offrir à l'observateur studieux un mélange de verts et de couleurs variées »
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dont la richesse veut être imite'e par le prestige de la peinture. Les uns d'un clair jaunâtre , d'autres gris et blanchâtres ou d'un vert brillant , vont produire cet heur reux mélange et cette agre'able variété' qui oblige l'artiste à préparer sa palette et ses pinceaux.
Le saule à la feuille longue et déliée et d'un gris clair , se détache sur les arbres d'un vert foncé , tels que le chêne , les ormes et les hêtres.
Les pins de diverses espèces , les acacias chargés de bouquets de fleurs aussi blanches que la neige , brillent à côté du verdoyant sycomore et sur la longue famille des peupliers. Le tremble dont la feuille mince et volage qu'agite sans cesse le plus léger souffle du Zéphir , brille sur les bouleaux , sur l'aune grisâtre et les platanes aux feuilles découpées.
Les lilas , les rosiers chargés de fleurs i)rillantes , symbole de la fraîcheur , de la
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jeunesse , concourent à l'embellisement d«
ce spectacle enchanteur.
Le peintre de paysages he'roïques trace de'jà ses tableaux ; c'est une fête à Flore dont la toile va s'animer. Une troupe de jeunes bergères apportent en dansant des corbeilles pleines de fleurs dont elles vo^vit former des guivlandes que d'agiles bergers s'empressent de suspendre aux arbres qui entourent le temple de la déesse des fleurs , l'autel parsemé de roses est couvert d'offrandes , déjà les parfums s'élèvent en nuages dorés et répandent une agréable vapeur qui lie ensemble tous les objets du tableau. Des danses se forment au son des flûtes et du tambourin. Des groupes de bergers et de bergères ajoutent à la richesse de cette scène brillante et meublent les divers plans du tableau , les uns debout , les autres Xionchalamment couchés , semblent attendre leur tour pour la danse.
Ici c'est Apollon chez Admète , qui sous
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tin épais berceau de feuillages , retient autour de lui les bergers immobiles , surpris de la douceur et de la beauté de ses chants.
Le dieu de la lumière et de l'harmonie , en gardant les troupeaux , leur donne les premières leçons du chant en même temps qu'il leur transmet avec le rithme de la poésie , l'histoire éternelle des siècles.
Dans un autre tableau , ce n'est plus Apollon sous la forme d'un simple berger , c'est un dieu qui tourmenté de la passion de l'amour , poursuit la légère Daphné à travers les plaines et lesi bois ; c'est envain qu'elle veut fuir cet amant , c'est un dieu sûr de sa conquête. Epuisée de fatigues, elle court et tombe évanouie dans les bras du fleuve Pénée son père , elle est atteinte par Apollon, mais au lieu des membres flexibles et arrondis de la nymphe , il embrasse l'écorce déjà durcie d'un
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verdoyant laurier , symbole éternel de 1^
victoire.
Les amours du dieu Pan et de Syrinx , peuvent faire suite au pre'ce'dent tableau. Amoureux de la nymphe des eaux , le dieu des forêts ne peut goûter aucun repos qu'il n'ait attendri le cœur de la jeune Syrinx. C'est envain qu'il poursuit sans cesse l'aimable nayade à travers les plaines et les bois, le dieu satyre ne peut lui plaire; mais elle a beau fuir, sa de'faite est prochaine , la faiblesse de son sexe l'oblige de tomber dans les bras de ses sœurs. C'en est fait , le dieu triomphe , il croit sa victoire assurée , il est près d'atteindre celle qu'il adore , il ne saisit qu« de fragiles roseaux qui repe'teront à l'avenir ses malheurs et ses amours.
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