‹ Essai sur le paysageChapitre 8 sur 14 · DES EAUX · texte numérisé non relu

DES EAUX

JLjes rochers et les montagnes forment une des parties des plus intéressantes du paysage.

Il est rare de ne pas rencontrer ces masses imposantes , soit dans les points de vue dessinés d'après nature , soit dans les tableaux composes ou dans ceux du style héroï^ que dont elles sont parties intégrantes , et auxquels elles ajoutent un grand intérêt.

Le peintre de paysages jaloux de sa gloire , doit s'attacher à les imiter tels que la nature les lui présente avec leurs formes bizarres , sans les défigurer , ni les broder, comme cela ne se remarque que trop souvent dans beau-

I iG Essai

coup de tableaux où les monlagnes et les rochers ne sont que le produit d'une imagination de're'gle'e , ce qui conduit au maurais goût et dege'nère en manière.

Les rochers sont de formes diverses suivant les lieux où la nature les a place's. Ceux qui servent de limites à la vaste étendue des mers , varient suivants les climats ; ils se dessinent d'une manière plus pittoresque , par les accidents qu'ils éprouvent , soit par le mouvement habituel des vagues qui les minent peu à peu , soit par les ouragans et la chute des eaux qui y causent de fréquents et terribles eboulements.

Les rochers qui servent d'enceinte aux eaux de la Me'diterrane'e ont plus de grandeur et de majesté. Leurs formes sont bizarres et pittoresques , et par conséquent plus propres à briller en peinture , sur-tout par l'émail varié des couleurs , avantage que n'offrent point les côtes de l'Océan , qui sont en général d'un ton grisâtre ^ blanc , jaune clair

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et assez souvent mêlées de couleur de rouille par la chute et l'ébOulement des terres argilleuses qui les couvrent vers leur sommet. Les Alpes , les Pyre'nëes , ces colosses immenses formés de couches de terres colore'es et de divers granits , offrent à l'observateur une richesse de tons de couleurs sans nombre : aussi c'est la mine féconde que doiÈ exploiter le paysagiste.

C'est en les parcourant qu'il découvrira à chaque pas de nouvelles merveilles, qu'il prendra de grandes leçons d'effet et de couleur , et qu'il agrandira le domaine de son génie. La vérité doit guider le paysagistes dans ces études; je le répète, il faut qu'il en dessine les formes telles qu'elles s'offrent à ses yeux ; qu'il soit sur-tout attentif à saisirles effets produits par les rayons du soleil ; qu'il observe la richesse de couleur qu'augmente la présence de cet astre dont la lumière embellit et vivifie toute la nature. L'intérieur des rochers par d^s causes?:

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naturelles ou par une longue suite du travail de l'homme , recèle des cavernes profondes souvent abandonne'es depuis une Jongu€ suite de siècles. L'amour de l'art et de la science y conduit naturellement l'artiste observateur qu'aucune crainte vulgaire ne peut arrêter , il y pénètre avec ce courage héroïque c^i ne connaît point d'obstacles. Que de sujets d'admiration ne trouvet-ilpasà mesure qu'il pénètre sous ces voûtes profondes où des percées laissent quelquefois pénétrer de très-haut la lumière du soleil } Quels effets piquants ne produisent pas les rayons de cet astre lumineux par les divers accidents de ces voûtes inégales dont les arcs se brisent en tous sens et auxquels cette clarté subite prête des formes plus variées et plus singulières ! La lumière perce et disparaît tour à tour et se joue dans ces voûtes fracassées auxquelles le temps et les divers éléments ont imprimé des formes aussi bizarres que terribles. Des longues

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herbes de/ toutes espèces , des arbres tortueux pe'nètrent et percent dans ces réduits obscurs par les brisures des rochers et semblent vouloir par leur verdure diminuer l'horreur et l'âpreté de ces lieux sauvages.

Il est assez ordinaire de voir des eaux limpides couler à travers les débris des rochers et produire un léger murmure qui se propage et se répète sous ces voûtes mal assurées.

De paisibles troupeaux viennent y chercher le frais pendant les ardeurs brûlantes de l'été, et par leurs longs mugissements rompent le silence de ces retraites solitaires.

Que de tableaux , quelle foule d'images pour le génie du paysagiste !

Les plus habiles peintres de paysages ont su tirer un grand parti des rochers et des cavernes dont ils ont fait d'admirables tableaux. Paul jBrily Bartholomée Bréemherg , le Lorrain , Herman d'Italie , Sahator Hosa, Vernet et beaucoup d'autres Ti.ovk%

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ont laissé en ce genre des preuves incon-*

testables de leur talent.

Il est cependant peu d'objets dans la natu-^ re qui aient e'të aussi souvent de'figure's en peinture que les rochers. Beaucoup de peintres les ont peints à leur guise, et ne suivant que leur caprice, leur ont assigné des formes et des couleurs purement de convention.

Si plusieurs peintres se sont laissé entraîner à cette routine perfide et dangereuse , combien aus^i en peut-on citer qui les ont rendus avec grandeur , avec noblesse, avec la vérité de la nature , et dont les noms ce-? lèbres enrichissent les annales des arts.

Les hautes montagnes tantôt couronnées de vastes forêts , tantôt couvertes d'un gazon aussi doux que le velours. , offrent un pâlu-î rage agréable aux bêtes à laine qui les ani-i jnent et en égayent la monotonie.

Les plateaux que la nature y a placés è diverses hiiuteurs pour offrir dçs lieux

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de repos au voyageur, et de gras pâturages aux troupeaux , sont souvent raffraîchis par la présence d'un lac ou d'une source d'eau pure qui après avoir serpente en différents sens va se. précipiter en cascade dans la profondeur des vallées.

C'est ainsi que la nature riche et variée dans ses productions offre sans cesse à l'observateur et au peintre , des plaisirs purs , sans mélange d'amertume , qui loin de nuire à la santé concourent à en assurer l'exis-' tence et à faire trouver le bonheur que cherchent vainement les êtres insensibles au charme des arts.

laA Essai

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Du CIEL ET DE Z'eAU,

J jEs ciels veulent être Iraite's par une lîiain sûre , légère et facile , qui sache les exécuter avec la rapidité de la pensée et avec le moins de travail possible. Cette partie si intéressante du paysage doit être peinte presque au premier coup.

Il est rare en revenant plusieurs fois sur un ciel de ne pas en appesantir et la couleur et la forme des nuages. Le pltis beau tableau de paysage dont le ciel serait exécuté avec peine et dans lequel on apercevrait trop de travail , perdrait beaucoup de son mérite aux yeux du véritable connaisseur.

Avec quel plaisir on admire les beaux ciels de Berchem , de Carie Dujardin > de Both d'Italie, dont les nuages légers et de belles formes semblent poussés au gré des vents. Quelle douce illusion n'excitent

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pas ces peintres en possession de rendre avec autant d'art que de franchise cette belle partie du paysage.

Parmi les modernes on doit citer comme de véritables modèles en cette partie , P^er^ net , Dfétrici , Loutherboiirg , Fragonard , le Prince et plusieurs autres dont le pinceau habile a re'pandu tant de charmes dans leurs intéressants tableaux.

Les ciels ne peuvent plaire qu'autant qu'ils sont le'gers et transparents comme l'air qu'ils représentent. La forme àes nuages doit se faire avec choix , avec goût ; le soir, le matin sont les moments les plus favorables pour étudier les beaux effets du ciel. C'est sur-tout après les violents orages que se forment ordinairement ces plus beaux accidents et que les nuages prennent des formes plus pittoresques.

Les ciels doivent être essentiellement vaporeux et peu charges de couleur , d'un tra- Yail simple que l'œil n'aperçoive qu'à peine»

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Il faut les ébaucher le'gèrement , les fonds d'impression blanche sont les plus propres pour obtenir celte légèreté , cette transparence de couleur et ce charme que l'on doit de'sirer.

Il faut autant que possible employer l'outremer dans la confection des ciels, celte couleur est la seule propre à imiter le vrai ton de la nature , elle a l'avantage de ne jamais s'altérer; toutes les autres couleurs, telles que le bleu de Prusse et autres chan^ gent beaucoup avec le temps et ne peuvent jamais produire la belle transparence du ciel.

Il faut bien se garder d'employer aucunes couleurs lourdes ou terreuses dans l'exécution des ciels, quelque bruns et orageux qu'on les suppose. Que toujours les couleurs légères et diaphanes de votre palette servent à former les teintes des ciels.

La pratique de bien peindre cette belle partie de la peinture , n'est donnée qu'à

SUR LE P A Y s AGE. tû5

titi très-petit nombre d'hommes ; et il est aisé de se convaincre de celte vérité , en examinant avec attention les divers ta^ bleaux qui composent une galerie ou un. cabinet.

C'est là qu'il est facile de reconnaître les peintres qui ont reçu en naissant cette exécution facile tellement nécessaire pour bien peindre les ciels : au surplus c'est en observant les tableaux des maîtres qui se sont le plus distingués dans cette partie , c'est sur-tout en consultant la nature , en saisissant avec discernement et avec goût les beaux effets du ciel , que le peintre peut parvenir à plaire.

Il faut bien se pénétrer de la distance extrême qu'il y a de la lumière du ciel à tous les objets terrestres, quelle que soit la force de la lumière , c'est une observation dont le peintre ne doit jamais s'écarter.

Il est bien difficile de parler des ciels , sans s'arrêter également sur les effets de

120 Essai

Teau qui , n'ayant de couleur que celle qu'elle emprunte du ciel , doit être peinte avec la même le'gèrete.

Les eaux sont le miroir de tous les objets qui les environnent , dans lesquelles leurs reflets forment un double tableau. L'e'tude et l'observation seules peuvent apprendre au peintre la belle manière de rendre ces divers objets qui contribuent à donner aux eaux cette transparence , cette le'gèrete , sans lesquelles on manque le but qu'on s'est propose , qui est la ve'ritable imitation de la nature.

Si j'ai dit qu'il fallait une grande légèreté

de main pour^eindre le ciel , quelle adresse

■à ne faut-il pas aussi pour imiter l'effet des

eaux , soit qu'elles coulent paisiblement , soit qu'agite'es par l'aquilon , elles élèvent leurs vagues ecumahtes en forme de montagnes , ou qu'elles se précipitent en cascades du haut des monts escarpe's pour tomber en gros bouillons à travers une

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Vapeur humide et semblable à la poussière.

Le peintre doit s'attacher à bien pre'parer ses dessous pour placer avec finesse les touches brillantes de lumière ëmane'e du soleil, si nécessaires pour donner à l'eau cette transparence qui, lorsqu'elle est tourmente'e au contraire par une main lourde et inhabile , ne produit que des eaux opaques et terreuses.

Quel spectacle plus piquant que les eaux vues au coucher du soleil , lorsque s'emparant tout à covip de la couleur dorée ou violàtre de cet astre brûlant, elles paraissent un fleuve de feu , ainsi que les montagnes, et tous les objets d'alentour l Ces effets admirables qui s'évanouissent et se dissipent presqu' aussi-tôt , doivent être saisis promptement. C'est au reste à la mémoire du peintre observateur et habitué à consulter la nature , à lui retracer cet accord de tons , de lumière et cette douce harmoaie qui fait le charme de la peinture.

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Nous venons de parcourir l'histoire et la théorie du paysage ; nous avons vu quels délices et quel charme l'exercice de cette belle partie de la peinture procure à ceux qui s'y adonnent avec cet instinct naturel et ce sentiment qui nous entraînent vers l'étude des beaux arts.

Après nous être occupés des divisions du paysage et avoir assigné le mode qui les caractérise chacune en particulier ; après avoir fait connaître aux amateurs les grands maîtres qui se sont distingués dans chaque genre , il est absolument nécessaire de passer à la pratique ,-et de leur indiquer les divers procédés usités et adoptés jusqu'ici pour peindre le paysage avec succès.

J'ai cru qu'il était indispensable , après avoir traité de l'historique et de la théorie du paysage , de terminer cet essai par des leçons pratiques , sur-tout pour les amateurs auxquels je l'ai destiné spécialement.

SUR LE Paysage. isg

J'ai fait ensorte de ne négliger aucuns des de'tails propres à leur appîanir les difficulte's qui peuvent les arrêter. Je parle sur-tout pour ceux qui , loin du secours des maîtres , isolés dans les campagnes situées à une longue distancé des grandes villes , sont ol^ligés d'étudier par eux-mêmes et d'après leurs propres observations sur la nature.

Il y a dans cette dernière partie quelques détails qui paraîtront peut-être minutieux à ceux qui ont l'habitude de la pratique , mais qui ne peuvent être que de la plus grande utilité pour les amateurs qui ne sont pas à portée de recevoir des leçons ^ et dé se procurer commodément les choses les plus utiles.

Je me suis fait une loi d'être le plus simple et le plus intelligible possible pour les personnes mêmes qui n'auraient que le pur sentiment des beaux arts sans s'y être livrées.

i3o Essai

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Diverses manières de dessiner et de peindre le Paysage*

1°. Aux divers crayons ;

2**. Au lavis , soit à l'encre de la Chine , soit au bistre ou à la se'pia ;

5*^. A l'aquarel ou avec des eaux colorées ;

4°. A la gouache , du mot italien guazza^

5". A la détrempe avec la colle j

6^. A l'huile ;

7'^. Au pastel.

L'étude du Dessin,

On dessine soit à la pierre d'Italie , soit à la pierre noire , dite salée , à la mine de plomb ou au crayon , noirs ordinaires sur le papier blanc. Plusieurs habiles paysagistes ont fait ainsi leurs études d'après

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nature , en se contentant de passer ensuile un léger lavis d'encre de la Chine ou de bistre ^ur ces études au crayon ; cette manière large et expe'ditive convient parfaitement à ceux qui ont acquis une longue habitude de saisir la nature sur le fait. Ceux qui sont moins avancés dans la pratique doivent terminer avec soin leurs études au crayon , et se servir de l'estompe pour finir et donner plus d'harmonie à leurs dessins. 11 est une autre manière de dessiner aux deux crayons sur papier bleu ou de couleur , en employant le crayon noir et blanc. Ce genre de dessin , fort expéditif , rend très-promptement les véritables effets de la lumière et de l'ombre ; et cette manière de faire ses études d'après nature , se rapproche plus de la peinture que les précédentes.

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Le Lavis.

Le dessin au lavis se fait ordinairement ou sur un trait de plume fort léger , ou sur le crayon , avec l'encre de la Chine ou toute autre couleur en lavis. Il faut avoir soin de se servir pour cet effet de papier d'Hollande ou de velin bien colle.

Ce genre de dessin veut être traite facilement. Il faut sur -tout éviter de laisser sécher les teintes que l'on applique sans les fondre , en les étendant avec un pinceau propre , un peu gros et fourni , et faisant sur-tout la pointe. On met ordinairement à la même ante ou manche deux pinceaux , dont un toujours imbibé d'eau sert à fou-» dre. On peut se servir d'un pinceau plus fin et plus de'lié pour terminer et toucher les objets les plus petits; au surplus , tout cela tient à la pratique et à l'habitude àvk dessinateur.

STJR LE Paysage. i53

On aura soin , avant de procéder au lavis , de bien étendre une feuille de papier sur un panneau très-lisse , en appliquant de la colle de farine seulement sur les bords du papier , de la largeur d'un demi-pouce , ayant eu auparavant la précaution de le mouiller des deux côtés avec une éponge propre. On épure ensuite cette feuille entre deux feuilles de papier gris épais qui étanchent l'eau , après quoi on étend sa feuille collée, comme je l'ai dit , tout autour sur la planche ou panneau fait exprès pour coller les dessins. On aura soin de passer le pouce en l'appuyant fortement sur les bords pour s'assurer que le papier est bien collé et adhérent au panneau ; on le laissera sécher sans l'exposer au feu ni à un soleil trop vif et qui pourrait le faire détach-er en quelques endroits.

On doit être sûr qu'en le laissant sécher naturellement , il se tendra comme un tambour et sera propre à recevoir une seconda

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feuille de papier que l'on collera en plein après l'avoir e'galement mouille'e , si l'on veut donner plus de solidité' au dessin qui doit être colle ensuite sur le fond pre'paré pour le recevoir. On pourra , si l'on veut , coucher tout simplement son dessin sur la première feuille , en se servant du même proce'de' que je viens d'indiquer , c'est-à-dire en le couvrant en entier de colle et l'étendant également sur le papier de'jà colle , il faut le couvrir d'iuie feuille de papier propre pour pouvoir , sans rien effacer , promener sa main sur la totalité en tous $eiis pour retendre parfaitement et n'y laisser aucuns vents. Quand le dessin sera Lien sec , ce sera le moment de le terminer au lavis ; car sans cette précaution de le coller auparavant , on courrait le risque de voir goder son papier, sur-tout si l'on e'teadait le lavis en grandes parties.

Le même procédé s'emploie pour les des-^ sins , soit à l'aquarel ^ soit à la gouache*

SUR LE Paysage. i55

Lorsque le tout est terminé , on enlève le dessin de dessus le panneau en le coupant avec la pointe d'un canif appuyé sur une règle pour l'enlever droit : les bords seuls de la première feuille collée restent adhérents au panneau.

L*AquareL

L'aquarel se fait ainsi que le lavis simple dont je viens de tracer les règles , à l'exception qu'après l'avoir légèrement ébauché , soit à l'encre de la Chine , soit à la sépia , ce qui vaut mieux selon moi , ce ton produisant plus de douceur et d'harmonie, l'on colore ensuite avec les couleurs en tablettes , dont on trouve des boîtes toutes garnies chez les marchands de couleurs ou de papier à dessin.

Robert , Pérignon , Fragonardy le Prince nous ont laissé des modèles excellents

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dans le genre de l'aquarel. On a depuis cherché à le porter presque à la force de la peinture , en doublant et augmentant les tons qui n'étaient annoncés que légèrement dans les études des peintres que je viens de citer.

Quelques autres artistes se sont contentés pour faire leurs études en ce genre , de ne passer que dès teintes très-légères ; mais depuis quelques années on a tellement augmenté la force des couleurs que plusieurs de ces aquarels approchent de la force du tableau. Cette dernière pratique , beaucoup plus agréable que la première , demande aussi beaucoup plus de temps et de travail : on est forcé de repasser plusieurs fois avec les mêmes teintes jusqu'à ce que l'on ait acquis la vigueur désirée. La meilleure manière pour rendre son dessin plus brillant , est de repasser moins souvent et d'appliquer les teintes plus vigoureuses d'abord 3 mais c'est à la pratique et à l'habi-».

sxjn lE Paysage. iSy

tude de donner cette facilité que l'on n'acquiert qu'avec le temps. On recommande donc à ceux qui. n'ont pas obtenu cette habitude , de commencer d'abord par des teintes très-le'gères , et d'augmenter insensiblement en repassant plusieurs fois et en observant sur-tout de ne pas remettre une teinte sur une autre , qu'elle ne soit parfaitement sèche ; ce qui produirait un travail mou et desagréable.

J'ai oublié d'avertir que pour tracer le trait du dessin avant de laver il faut se servir d'encre de la Chine , et non d'encre ordinaire qui souvent se délaie avec le lavis. Dans tous les cas , il faut tracer légèrement, de manière que le trait de plume semble disparaître lorsque le lavis est terminé. Plusieurs artistes ont souvent même préféré de commencer tout de suite sur un simple trait de crayon ; cette dernière pratique donne ,en général plus d'harmonie , mg^is U faut être bien sûr de son trait , et par

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conséquent avoir beaucoup d'habitude.

Les tablettes pour l'aquarel se délayent en petite quantité' dans autant de petits pots plats ou soucoupes que l'on a soin de laver chaque fois , car on ne peut trop recommander de propreté' dans cette manière de dessiner ; lorsque la couleur est restée propre et a séché dans les petits pots , on aura soin , avant de commencer , d'y mettre fort peu d'eau d'abord et de délayer la couleur avec le doigt ou avec un gros pinceau que l'on lavera chaque fois dans un verre d'eau , qui doit se renouveler souvent, et dans lequel on lave continuellement ses pinceaux. Il faut éviter que la couleur ne reste graveleuse dans les petits pots , ce qui arriverait indubitablement si on commençait par les noyer d'eau. En voici assez , je pense , sur l'article du lavis , et je passe à la manière de peindra à la gouache.

SUR LE Paysage, iSg

La Gouache,

La peinture à la gouache est la manière «le peindre la plus usitée , après la peinture à l'huile : cette peinture , qui a de très-grands avantages pour e'tudier sur la nature , n'a malheureusement pas la durée de celle-ci , mais elle est propre à la rendre avec une grande vérité , sur-tout dans les lumières où elle surpasse la peinture à l'huile : les bruns sont moins forts et n'ont pas le même éclat ni la même vigueur, La gouache est fragile , ses couleurs pâlissent et les lumières noircissent si elles restent exposées sans verre ou sans glace à de mauvaises odeurs dont la fétidité la salit sans retour.

Après avoir rendu compte des avantages et des désavantages de la peinture à la gouache , il faut convenir qu'il existe dans

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cette manière de peindre un charme inexplicable par la belle fraîcheur et la virginité des couleurs qui conservent leurs teintes naturelles , et qui dans la peinture à l'huile , au contraire , sont altérées , quelque pure que l'on emploie l'huile , elles perdent toujours en les broyant , leur ton naturel , défaut qui ne se rencontre pas dans la gouache.

Le temps qui détruit tout , me dira-t-on , exerce plus promptement ses ravages sur les tableaux à gouache , un verre peut se casser , on néglige de le remplacer et le tableau court rapidement vers sa ruine.

Celui qui se sent des dispositions pour cette brillante partie de l'art doit avoir apporté en naissant une grande prestesse de main , beaucoup de facilité à opérer. 11 faut qu'il ait grand soin de ne pas se laisser entraîner à son abondante facilité et qu'il sache se tenir dans les bornes de l'imitation simple de la nature , car il y a tant.

SUR LE PAtSAGE. l4l

d'exemples d'habiles peintres en ce genre qui pour avoir abuse de leur facilité , ont fini par donner dans la manière , par suite de l'habitude des tons , soit violâtres , soit bleus ou jaunes de convention, qui finit par discréditer leurs productions et les conduisent à la classe des éventaillistes. Mais l'artiste savant qui a su joindre une sage réflexion à sa facilité ne s'écarte jamais des vérités de la nature , et il sera toujours admiré des amis de l'art.

Les gouaches au. Guaspre Poussin y oî" frent de grands modèles en ce genre de peinture , cet habile peintre formé sur la nature , et que la grande passion pour la chasse tenait toujours dans les campagnes, a fait passer dans ses gouaches toutes les variétés de l'atmosphère et des différentes heures du jour. Elles ont toute la vérité et presque toute la force des peintures à l'huile, tant il a su maîtriser ses teintes , il est sur-tout recommandable par, squ exactitude

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et son attention à ne jamais s'e'carter des belles et grandes formes de la nature ; ses fonds sur-tout sont admirables par la vapeur aérienne qu'il a su y répandre.

Plusieurs peintres allemands et suisses parmi lesquels il ne faut pas oublier Djétricl , Guessner ou Gessener, Wagner se sont distingués particulièrement dans ce genre de peinture , mais ils ont pris une toute autre route que le peintre romain j ils y ont mis beaucoup de brillant et de force de couleur ; leur touche fine , spirituelle et ferme , semble innée chez les peintres de cette école, JVagner a laissé une grande quantité de gouaches en petite proportion , qui sont touchées avec un esprit infini. Il a peint ses ciels avec un art admirable , sa coutume était de représenter les grands accidents de lumière que donne la nature le matin , le soir et après la fin des grands orages ; il a passé plusieurs années à Paris , où il a laissé beaucoup de témoignages de ses talents.

SUR LE Paysage. 243

Un grand nombre d'artistes français se sont distingues dans ce genre de peinture. Clérisseau a peint à la gouache des grands paysages et sur-tout de magnifiques morceaux d'architecture traite's d'un grand goût. Pérignon savant dessinateur de paysages , auquel on doit la majeure partie des vues du voyage de Suisse , n'a pas moins brillé dans la peinture à gouache. Ses dessins à l'aquarel qu'il a traités avec supériorité sont aussi très-recherchés des amateurs.

Houel a fait un immensité de grandes études en ce genre, pendant le long séjour qu'il a fait en Italie à deux reprises différentes , et a laissé des porte-feuilles trèseurieux.

D'autres très-habiles peintres vivants se distinguent de nos jours dans le genre de la gouache. On admire aux diverses expositions leurs charmants tableaux ; mais on regrette que ces artistes n'emploient pas ie même talent à peindre des tableaux

t44 EssAi

à l'huile , dont la durée procurerait de plus

longues jouissances aux siècles à venir.

On se sert'pour peindre à H gouaclie, des mêmes couleurs que pour la peinture à l'huile , avec cette diflërence qu'on les era:ploie avec l'eau de gomme arabique ; il faut éviter que l'eau en soit trop chargée ce qui ferait e'cailler les couleurs et leur donnerait un ton terne j au reste , la pratique et l'habitude donnent bientôt la mesure de ces détails.

Il faut faire broyer ses couleurs purement à l'eau et les conserver fraîchement dans autant de petits godets de verre ou de faïence, que l'on couvre d'eau sitôt que l'on cesse de peindre et on la verse le lendemain pour s'en servir. On mêle toutes les couleurs avec l'eau gommée sur une palette de fer blanc , que l'on a grand soin de tenir propre comme dans la peinture à l'huile.

On peint à la gouache sur du papier fort et bien collé , ou sur de la toile très-fine , im-

SUR LE Paysage. i45

primée au blanc de colle , tendue sur un châssis pour traiter les grands objets ; on sè sert e'galenient de carton et de papier,

II faut avoir soin , comme je l'ai dit au commencement de cet article ^ de coller son papier sur les bords.

On se sert, pour peindre la gouache sur la toile , de brosses fines et de gros pinceaux fort e'iastiques formant bien la pointe pour toucher les clairs et les le'gers détails. Au reste , l'opération est la même que pour la peinture à l'huile , si ce n'est qu'il faut avoir l'attention qu'une partie soit bien sèche pour revenir dessus avec de nouvelles teintes , il faut avoir soin dans les ciels de fondre le tout en même temps ^ ainsi que pour les eaux.

luà -peinturé a détrempe ou a la coller Ce genre de peinture particulièrement

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employé pour les décorations de the'âtre et pour tous les de'cors qui ne sont point exposés aux intempéries de l'air , se traite comme la gouache, à la gomme si l'on veut, mais la pratique la plus ordinaire et la plus usitée est de se servir de colle de gants ou de parchemin, avec laquelle on emploie le^ couleurs , ayant soin toutefois de laisser la colle chaudement sur le feu. Ce genre de peinture se retouche à sec si Ton veut, dans les clairs et dans les fortes ombres, '^""^'C'e^t sur-tout à la lumière que la détrempe brille de tout son éclat et qu'elle produit la plus vive illusion. On exécute avec la détrempe, qui demande une grande pratique et beaucoup d'intelligence, des morceaux d'architecture d'un effet surprenant et des fonds extrêmement vaporeux. Les clairs de la détrempe sont très-brillants et trèslumineux , ils acquièrent une nouvelle force au théâtre par l'adresse avec laquelle on sait les éclairer , mais il faut que les lumières

SUR LE Paysage. i47

soient distribuées par une main savante et intelligente , car sans cela tout l'effet serait manque.

On emploie pour la détrempe les mêmes couleurs qui servent à l'huile j à l'exception pourtant de quelques couleurs tire'es du règnes ve'ge'tal.

L'Italie , où ce genre de priature a pris naissance , a posse'dii les plu* grands artis* tes en ce genre et a formé les meilleurs modèles. C'est le pays de la décoration , et elle y a été portée dans les fêtes publiques à un degré de grandiose extraordinaire.

Il est cependant vrai de dire qu'en France ce genre est arrivé de nos jours à un point tel qu'il est presque impossible de pouvoir aller plus loin. Des peintres très - habiles en détrempe donnent chaque jour de nouvelles preuves de leurs talents sur nos théâtres et notamment sur celui du grand Opéra , où. le prestige de la décoration surpasse toute attente , et je crois que l'Italie n'a

ï48 Essai

plus rien à opposer ù ce qui se fait en

Trance.

La Peinture à l'huile»

On sait que depuis plusieurs siècles la peinture à l'huile a marché avec dignité avant toutes les autres manières de peindre le paysage , tant à cause de la beauté , de la force , de la vigueur des couleurs , que par sa solidité qui lui fait franchir plusieurs siècles,

La peinture à l'huile a*sur~tout l'avantage de pouvoir être fondue avec plus de facilité en ce qu'elle sèche moins promptement et que l'on peut retoucher et glacer plusieurs fois, et de pouvoir être nettoyée après plusieurs siècles , au point de reprendre sa première fraîcheur sous des mains habiles.

Les couleurs que l'on emploie pour le paysage sont les menées , à quelques excep-

SUR LE Paysage, i49i

tion près, que pour les autres genres. Depuis quelque temps cependant la chimie a fait des découvertes utiles et sur - tout propres à ce genre de peinture , qui sont venues se placer avec beaucoup d'avantages sur la palette du paysagiste ; telles sont les divers jaunes de croms , le beau bleu de cobalt , le vert de chelles et quelques autres qui procurent des tons brillants inconnus jusqu'à nos jours. Ces diverses couleurs doivent être employées avec sagesse et discernement. La palette de la peinture pour le paysage se charge de même que pour les autres genres , en ayant soin de placer plus près du pouce ou du haut de. la palette les couleurs claires, telles que les jaunes d'ocre , de Naples et le blanc de plomb , viennent ensuite le vermillon ou cinabre , le rouge brun , les rouges plus foncés > la laque , l'outremer, la terre de Sienne brûlée > les bleus , les verts , les noirs et la momie. L'outremer est d'une nécessité absolue

i5o Essai

dans le paysage , sur-tout pour peindre les ciels et les eaux avec la transparence de la nature ; cette couleur a entr'aulres le gra<nd avantage de ne jamais s'altérer.

La peinture à l'huile exige une grande propreté sur sa palette qu'il faut nettoyer tous les jours chaque fois qu^elle est plus ou moins barbouillée de teintes inutiles. On a soin d'etilever chaque soir ie^ teintes vierges -que l'on transporte sur une autre palette pour le lendemain \ et on imbibe d^huile en entier celle que I'oh quitte , après J avoir bien essuyée.

Quelques artistes sont aéns l'usage de

relever leurs teintes pour le jour suivant

fct les -eoniseryent sur un morceau de

verre que l'on çouvrç d'eau, danç un vase i " ^q , J9 . «93193 inoa 9^ ff^ '

Il est 'bon d''avertir qwe toutes' l'es terres et 'les coifleurs-clâîrés sècli en t d'^éHés-mémes , niaiS ïl est <i autres couleui^s , telles que les laques , Ie« noirs , les'coui; es aux

SUR LE Paysage. i5i'

glacis comme la momie et les bithumes , qui ne peuvent jamais sécher sans huile sécative, dont il faut bien se garder de se servir dans les autres couleurs , ce qui les jaunirait et les ternirait. Cette huile sécative appele'e faussement par les peintres huile grasse , se trouve chez les marchands de couleurs , il y a cependant plusieurs recettes pour la faire soi-même. 11 faut dans tous les cas qu elle soit claire , limpide et tirant sur la couleur de bierrefoncée , et l'employer plus nouvelle possible.,. „/ Je recommande sur-tout d'en être trèsrëconome, car plusieurs peintres dans le dessein de faire se'cher plus promptement leurs tableaux , en ont ete les victimes et ont eu Ja douleur de les voir pe'rir de leur vivant; ils ont noirci ou se sont gercés et perdus très-rapidement (i).

(i) Les tableaux de JVatteau et de Casanova, ea ♦ffrent des exemples frappants»

i52 Essai

On éprouve le même inconvénient en se pressant de vernir ses tabjeaux trop tôt , il faut les laisser se'cher pendant plusiem'S mois , car sans cela on e'prouveraît lé même sort qti' avec l'huile grasse. Les exempied^^Éfei ces dangeiî&> sont si fre'quents qu'ils devraient corrigÈi» lés peintre^ français, trop' presses de jouir et de faire jouir promptement de leurs produc^ tions. ^V'ï»* ia\) t tsi

Ces observations sont d'un grand poids net veulent être me'ditées par ceux qui désir reront' voir 'leurs tableaux passer h la postérité. Les Flamands et les Hollandais dont les tableaux se sont conservés purs jusqu'à hous j se sont bien gardés d'employer trop de sécatif , ce qui prouve en cela leur sobriété et leur patience à laisser bien sécher leurs charmantes productions, qui cependant pour la plupart sont, couvertes de glacis difficiles k sécheF, 'i> ^ miÇi ,,,iï ,

Qn ne peut trop recommander la pureté

SUR LE Paysage. i55

des huiles que l'on emploie (x) , ainsi que la bonne impression des toiles sur lesquelles on peint, de même que les panneaux ou le cuivre qui s'emploient aussi fre'quemment que les toiles. On trouve des toiles toutes préparées chez les marchands de couleurs, mais les peintres jaloux de bien finir leurs ouvrages , préfèrent de faire préparer leurs toiles eux-mêmes et de les faire tendre sur des châssis à clef , qui servent à étendre beaucoup mieux le tableau. Qn fait e'galement préparer ses panneaux, pour lesquels on a soin de faire choisir du bois de chêne très-vieux , avec une ou plusieurs couches de blanc à dorer bien colle' , que l'on fait poncer pour le rendre très-vini , et on peint ensuite, /uoiq

Les panneaux pre'pares à la colle ont

(i) Les huiles propres à la peinture sont l'huile de Hn , l'huile dç noix et l'huile de pavot , qui est I^ plus blanche, ^juui^Uiiuai^i u

î54 Essai

cet avantage de boire assez promptemeRê l'huile des couleurs , et parconséquent de leur conserver plus de fraîcheur; mais ceux qui ne sont point accoutume'is à peindre sur ces fonds, doivent être avertis que les teintes sèchent très-promptement et paraissent toujours ternes > ce qui ne doit pas les effrayer quand ils seront bien sûrs de les avoir faites très-fraîches sur leurs palettes , ainsi tout ceci n'est que l'effet de Tembu, On peut peindre avec facilité sur les panneaux à la colle et lorsque l'on est bien rempli de son sujet. Ces tableaux étant vernis ensuite produisent des tons bien plus transparents à cause de la présence du fond blanc qui perce toujours à travers les couleurs même les plus terreuses ou opacjues; c'était ainsi qu'en usait David Teniers , dont la couleur GSt si transparente, et beaucoup d'autres peintres flamands.

La plupart des artistes français de nos jours qui peignent de petite proportiojx

SUR LE Paysage. i55

ont aussi adopte cette manière d'opérer. Les personnes qui ne seraient pas à portée de se procurer des toiles toutes préparées ne seront pas fâchées d'apprendre de quelle manière elles se préparent.

On fait faire d'abord un châssis, la tneil^ leure manière est de le faire construire à clef, par la raison que j'en ai donnée plus haut. On cloue sa toile et lorsqu'elle est bien tendue on passe ensuite dessus une couche de colle de gants à froid , que l'on étend avec une longue truelle de fer ou un large couteau. On la laisse bien sécher , â^t-ès quoi on y passe la pierre |)oncépdur en faire disparaître tous les nœuds , on se sert ensuite delà même truelle pour y passer au moins deux couchés de couleur l'une après l'autre , la âérnîèré ' couclie se fait ordinairement aVec^une teinte de gris blanc perlé : d'autres peintres y préfèrent une teinte légèrement couleur de chair jaunâtre , cette préparation leur paraissant plus agréable pour ré-

1 56 TLiSKi

bauehe. Vernet avait l'habitude d'employer souvent des fonds de cette couleur , qui ont l'avantage , lorsqu'on est assez maître de son sujet pour peindre au premier coup , de produire des tons chauds et vigoureux qui font le meilleur effet.

Les fonds tous blancs employés par les Flamands et les Hollandais , ont paru pendant long-temps peu propres aux Français pour servir la rapidité de leur génie , en ce qu'il est diflicile de sentir de suite le véi*i' table effet des couleurs avant d'avoir couvert son tableau en entier , mais il est vrai de dire que l'on jouit après avec usure de sa patience.

11 faut avoir soin d'^empâter très-peu ses ébauches sur les fonds blancs polis ; lesquels sont bien plus avantageux au peintre assez maître de sa pense'e pour exe'cuter au premier coup. Lorsqu'on se de'termine à ébaucher d'abord, et c'est en ge'nèral lamé^ thode la plus suivie, il faut bien dessiner

SUR lE Paysage. tS^

et arrêter son sujet , commencer ensuite par les ciels qu'il faut tenir toujours très-clairs, ébaucher avec des tons argente's et lumineux les lointains et toutes les parties fuyantes.

Quant aux premiers plans , si le peintre a l'intention de les tenir vigoureux , il doit y employer les couleurs les plus chaudes pour pouvoir y placer ensuite avec plus d'avantage ses glacis , c'est ce que l'on ne peut trop admirer dans les tableaux de l'école hollandaise et flamande. On sait que jusqu'ici les peintres de ces écoles ont été inimitables dans cette belle partie de la peinture. P^an Gojenj David Teniers , Ruisdaalj Paul Potter et plusieurs autres en ont tiré un parti merveilleux. »no2 '4it>Vîi

Je ne dirai rien de la manière de finir sur son ébauche , j'observerai seulement qu'il faut attendre qu'elle soit parfaitement sèche avant de finir son tableau; et comme à l'ébau? cil e il faut commencer par le ciel en passant ensuite aux lointains qui doivent être

*53 ESSAI

finis autant qu'il est possible de la même palette ou dans le même jour, car il serait dangereux d'y revenir plus tard , sans risquer d'être lourd.

Je ne puis trop recommander de peindre les ciels transparents , d'e'viter de se servir des couleurs terreuses et opaques qui en absorberaient la lumière. Il faut arriver ensuite aux plans qui succèdent aux lointains et ainsi de suite jusqu'aux devants les plus forts et les plus vigoureux. Lorsque le tableau est presque fini , c'est alors que l'ami de l'harmonie revient sur tout l'ouvrage , en augmentant les tons lumineux qui doivent dominer sur une partie principale du tableau par des touches larges , car il est de principe inviolable en peinture qu'il faut agrandir ses masses de lumière et répandre d'heureux et savants glacis sur les devants et dans les fortes ombres , pour produire de savantes oppositions*

stTR LE Pats AGE. iSg

Les grands paysagistes d'Ralie , si l'on en excepte le Titien et le Giorgion , se sont moins servis de glacis que les peintres des écoles que j'ai cite'es auparavant ; ils ont en ge'nëral plus cherché à empâter et à tou3( cher largement leurs paysages.

S'ils n'ont pas surpasse les premiers pour la couleur , ils sont bien audessus d'eux par le grand style et le grandiose de leurs coU". ceptions.

Annihal Carrache , le Dominiquin , le Poussin ont pensé et traité en grand les sujets de leurs paysages et sont des modèles à suivre pour obtenir une exécution franche et facile.

Salçator Rosa qui parut après eux prit une route toute différente , ainsi que le Benedette , l'un s'est plu a produire des paysages d'un effet terrible et de formes souvent gigantesques; le second les a traités d'une manière plus agréable, et ils se sont tous deux servi de glacis avec avantage»

i6d Essai

les ouvrages du premier ont souvent jJoussé au noir,

Claude le Lorrain , le patriarche des paysagistes , ce peintre consomme' , savant observateur de là nature , est parvenu à plaire et à fîier l'admiration de la postérité avec une manière d'opérer qui lui était particulière et que ses élèves quoique trèsliabiles , n'ont pu saisir ; le Courtois ou le Bourguignon , Herman , Svvan€i>elt l'ont pourtant imité de très-près , mais par d'autres moyens; ils avaient reçu de la nature plus de facilité pour l'exécution , que leur maître qu'elle semblait avoir formé poUr en faire un modèle inimitable : en effet , tous ceux qui sont venus depuis lui et qui ont voulu l'imiter , n'ont souvent produit que des^réminiscences lourdes. La plupart des paysagistes français du dix-septième siècle semblent avoir voulu prendre pour modèles les paysagistes d'Italie , comme on le faisait alors pour les autres genres de la peinture»

SUR LE Paysage. ï6£

Depuis quelques anne'es , nos paysagistes modernes, devenus plus familiers avec les productions des e'coles flamande et hollandaise , ont su faire un heureux me'lange de la belle couleur , de la transparence des uns et du grand style des autres , qui leur mérite chaque jour de nouveaux applaudissements, du public.

Le Pastel»

Le pastel qui par sa fragilité' et la mollesse de ses crayons paraît peu propre pour traiter le paysage , a souvent e'të employci avec succès par quelques artistes dont la main le'gère et la touche spirituelle ont su s'en servir pour faire promptement des études d'après nature.

Quelques peintres en ont tire' le meilleur parti pour l'harmonie^ils sont même parvenus à toucher avec esprit et même avec fermeté

i62 Essai

les formes diverses des feuilles des arbres et les accessoires les plus de'licats et les plus de'lies , ainsi que les figures qu'ils ont rendues avec beaucoup d'esprit et de sentiment.

On connaît des paysages au pastel qui approchent de la force de l'huile.

Ce genre de peindre avec de simples crayons de diverses couleurs rend parfaitement , sous une main preste et habile , la vapeur des brouillards et les effets brillants du lever et du coucher du soleil.

Le pastel peut être aussi employé avec succès pour retoucher et animer avec goût et intelligence des dessins de paysages au papier de couleur , au bleu sur-tout et rehaussés de blanc. Je me suis moi-même assez bien trouvé de cette pratique qui rapprocliait mon dessin de la vérité des tons de la nature.

Je suis pourtant loin d*en conseiller l'usage à moins que l'on n'ait acquis une

SUR LE Paysage. i6§

grande habitude par une longue pratique "de l'art , car sans cela on risquerait de produire des tons lourds , s'ils devenaient fatigues ; le pastel dans ce cas ne doit pour ainsi dire qu'effleurer le papier et être touché vivement : au surplus ce genre de peinture est le moins usité pour le paysage, et il y aurait peut - être du danger de s'y adon-* ner d'abord pour ceux qui commencent , ce qui les entraînerait facilement et sans s'en apercevoir à des tons faibles et faux.

Je crois être entre' dans tous les détails qui peuvent éclairer et conduire les amateurs dans l'étude si attrayante du paysage , leur avoir indiqué la véritable route pour arriver au but , celui de s'amuser et de plaire aux autres.

Fim

NOTICES

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