U AU TOM N E
J 'ai dit au commencement de cet ouvrage que toutes les saisons étaient propres à l'étude , et qu'elles oftVaient au paysagiste des scènes également intéressantes ; maià c'est sur-tout en automne qu'il doit laisser reposer ses crayons , pour parcourir les campagnes la palette à la main.
Ce n'est qu'avec des couleurs qu'il peut s'emparer des beautés de la nature , qui dans cette saison se montre parée de ses plus riches ornements.
C'est dans ce moment si favorable à la peinture , qu'elle déploie cette variété , cette abondance de teintes différentes qui font le charme du paysagiste.
Malheur au cœur froid , au stérile génie qui ne se sent pas enflammé de la passion de l'étude dans ces moments précieux où la nature sentant approcher sa dépouille
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annuelle , semble vouloir faire les derniers efforts pour exciter d'autant plus nos regrets par les richesses qu elle e'tale avec tant de somptuosité.
En effet, quelle varie'te de couleurs se trouvent réunies au même moment, le plus beau vert du printemps brille encore auprès du vert dore'.
Le jaune ëtincelant le dispute au ton de roses et de saffran et à mille autres couleurs dont l'ensemble varie et enrichit le paysage.
L'azur des cieux , la blancheur éblouissante des nuages du matin , semble encore ajouter un nouvel éclat à la couleur forte et dorée de l'automne.
L'âpretë des verts tranchants du printemps , est adoucie et lempërëe par la longue présence du soleil de l'ëtë.
Les plus célèbres paysagistes ont formé leur manière habituelle et leurs études d'après les riches récoltes de cette saison.
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le Gtorgion , le. Titien , ces coloristes par excellence, Claude le Lorrain ^ le Poussin, leGuaspre, Sali^ator Kosa^ Herman Swanc velt , Bercheni , Carie Dujardin , Ruis" daal , Both d'Italie, Jean Miel, JVouwer^ mans , Moucheron et une infinité' d'autres habiles peintres ont souvent fait passer dans leurs immortels tableaux tous les charmes et toute la varie'té de l'automne , si propres à enflammer le génie du paysagiste.
Que de scènes diverses , que de sujets charmants et naïfs dans cette abondante saison ? Le peintre ami des scènes champêtres , veut-il représenter une re'coîte de fruits , une vendange ? Combien ces tableaux n'offrent-ils pas de richesses , de couleur ? Combien d'épisodes et d'attitudes différentes? Quel ragoût dans la représention de tous les instruments, de tous les accessoires indispensables dans ces exploitations rurales? Les charriots chargés de fruits ; les vignerons courbés sous le poids des hottes rem-?
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plies (le raisins ; que de moyens se pre'sentent au peintre de paysages pour enrichir ses compositions et faire briller avec le plus grand e'clat toutes les ressources de la palette!
Le peintre de paysages historiques s'empresse de tracer ses pensées. Une fête à Bacchus se pre'pare au son des cymbales €t des clairons, des libations se re'pandent à grands flots sur l'autel du dieu du plaisir et du vin, les bacchantes au teint enlumine' , les faunes , les satyres couronne's de pampres agitent leurs thyrses et forment mille danses différentes autour du dieu qui les anime. La joie , le desordre sont portes à l'exeès , lorsque Silène le vieux nourricier de Bacchus , dont les jambes chancellent sous le poids énorme de son corps , arrive au milieu de la fête , soutenu par les faunes et environne d'une foule de jeunes gens qui l'ont tout barbouille de .mûres , et vient ajouter au fracas de celle
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scène tumultueuse. Le Poussin est un des peintres qui a le mieux entendu ces sortes de compositions , sans sortir des bornes d'une honnête décence. On sait assez quel grand parti le savant Annihal Carrach& a su tirer aussi de ces belles pages de la fable. Le ce'lèbre Lafage dans ses dessins pleins de sublimes pensées , s'est distingué souvent par des compositions de bacchanales, mais il y l'ègne souvent une telle licence qu'il serait d'un dangereux exemple de les exécuter en peinture et de les proposer pour modèles.
Cette courte digression ma écarté pour un moment de la suite des tableaux d'automne. Dans celui-ci , c'est Bacchus luimême , plein de fraîcheur et de jeunesse, c*estle vainqueur de l'Inde qui, monté sur la proue de son vaisseau dont l'aspect présente une forêt flottante sur la mer, s'avance avec sa troupe joyeuse vers le rocher de Kaxos où Ariane abandonnée par son per-
fîde amant , pleure ses malheurs et son infortune. Le dieu du plaisir s'e'lance de son vaisseau et s'empresse de consoler cette amante délaissée : Ariane attendrie et sensible aux caresses du dieu , laisse tomber sur lui un regard languissant , elle consent , pour suivre son nouvel amant, à quitter le rocher désert où l'abandonna si lâchement l'ingrat Thésée; assise sur son char de triomphe , déjà ses hautes destinées s'annoncent par la couronne d'étoiles qui brille sur sa tête çt qui la place au nombre des constellations.
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surlePatsage. 8^
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Xj'hiver , cette saison glace'e où la nature engourdie et plongée dans tin sommeil l'ethargique semble ne rien promettre au paysagiste , a cependant paru plaire , et a fourni les sujets de fort jolis tableaux aux peintres accoutumes à vivre dans les pays glace's du nord de TEurope , et couverts du deuil de la nature.
Les peintres de l'e'cole hollandaise , plus long-temps témoins de ce long engourdissement , y ont puise des sujets de tableaux pleins d'intérêt. Les galeries , les cabinets les plus célèbres sont ornés de représentations d'hiver.
Tantôt ils ont peint des scènes naïves et familières , puisées dans les habitudes des gens de la campagne ; tantôt ce sont <Jes rivières , des canaux glacés , couverts
go Essai
d'un nombre infini de patineurs , de traî-
naux, c'est un jour de fête.
Si la variété' de ce tableau plait et charme l'amateur , il ne goûte pas moins de plaisir à considérer la simple imitation de l'humble chaumière du paysan couverte de neige ainsi que les arbres qui l'environnent , quoique d'une teinte uniforme y mais où quelques figures charge'es de bois et de bourrées ëgayent le silence de la nature. L'effet sombre et vaporeux du ciel ajoute encore à la blancheur de la neige qui n'est obscurcie que par la fumëe des chaumières. Les deux frères Ostade, JVouwermans et Teniers se sont exerces avec succès dans la repre'sentation de l'hiver.
Il faut que le paysagiste soit bien en garde contre la crudité des couleurs , et qu'il ne rejette pas ce défaut commun dans les ouvrcTges de quelques grands maîtres ^ sur l'exacte imitation de la nature , qui ne se présente qu'avec le vernis de l'harmonie^k
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Il est à remarquer que quelles que soient la force et la vigueur des tons qu'elle présente , il y a toujours pour l'œil de l'observateur exerce' un passage insensible du fort au faible. Il existe un air ambiant entre l'œil et l'objet qui corrige l'àcrete' des couleurs.
C'est cet air ambiant qui se fait sur-tout remarquer dans les beaux temps de l'e'té , par une espèce d'oscillation qui adoucit et qui re'pand une sorte de tendresse sur les objets à mesure qu'ils s'éloignent de l'œil , d'où naît cette douce harmonie , cette vapeur qui causent au peintre un plaisir qu'il est difficile d'exprimer.
Le peintre de paysages doit être bien persuadé que ses tableaux plairont d'autant plus qu'il aura trouvé l'art d'y semer beaucoup de variété , soit dans le choix des lignes , soit dans celui des diverses espèces d'arbres dont il doit parfaitement désigner le feuiller et les formes différentes.
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0^ Essai
C'est de ce contraste que de'pend le succès du peintre qui doit observer sans cesse pour ne pas se laisser entraîner à la fastidieuse monotonie de certains artistes dont le fouiller est sans cesse le même par tout , jusques dans les derniers plans du tableau , quelle que soit la de'gradation de la perspective aérienne.
Il est nécessaire qu'il s'attache de bonne beure à varier non seulement les formes des arbres , mais à donner à chaque espèce le caractère et la couleur qui lui conviennent et qui les fassent reconnaître au premier aperçu ; c'est en quoi le Poussin , ce savant et judicieux observateur de la nature , s'est montré si supérieur.
II est facile de remarquer que ce grand peintre lorsqu'il s'est livré au paysage , a affecté de placer chaque espèce d^arbres à l'endroit le plus convenable du tableau ; il a eu soin de disposer dans les plans les plus éloigne's les ai^bres dont le feuille?
stjrlePâysage. g3
|)roduit les plus grandes masses ^ et il a place sur les autres plans jusque sur le devant de son tableau ceux dont les feuilles sont plus larges et de formes plus distinctes. Claude le Lorrain brille e'galement par l'ordre où il a su les placer , et dans l'art de faire reconnaître chaque espèce particulière. Plusieurs autres grands paysagistes ont suivi le même système , et ont laissé de savants et durables monuments de leur talent.
Je ne puis cesser de parler des arbres que la nature se plait à placer sous les yeux du paysagiste , sans l'engager , s'il est curieux de sa réputation et de captiver les suffrages des amateurs , à les étudier chacun en particulier pour se pénétrer de la forme , de la couleur de chaque tronc €t de leur feuiller.
Beaucoup de peintres paysagistes , sans s'inquiéter de cette étude d'où dépend tout leur succès , se font une manière de feuiller
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de pratique qu'ils adaptent à tous les arbres , ce qui rend leur touche lourde , ou sèche et monotone : aussi est-il impossible de distinguer dans leurs tableaux un orme d'avec un saule , ni un chêne avec un tilleul ; ils ne veulent pas observer que la nature leur apprend à connaître , même de fort loin , tous les arbres , par la diffe'rence de leur couleur ou de leur forme.
Pour parvenir à la véritable perfection , il faut bien étudier la nature , les diverses espèces de feuilles et la couleur qu'oflrent les arbres vus à une certaine distance ; remarquer si les masses en sont grandes ou serrées ; de quelle manière elles forment des bouquets , et comment se termine la tête des arbres ; chez les uns , comme le hêtre , le marronnier , en formes arrondies ; chez les autres , comme l'orme, le chêne, le frêne , le platane , en formes plus aiguës €t plus délie'es. Le paysagiste ne doit pas ctre moins attenlii à observer le vert des
siTR lE Paysage. gS
arbres depuis leur naissance au printemps jusqu'à leur accroissement en e'të , et leur de'cre'pitude à la fin de l'automne.
Il ne doit pas porter moins d'attention à la forme des troncs d'arbres qui sont tantôt droits , tantôt tortus suivant les terrains où ils sont plantes.
Il faut bien observer qu'il existe autant de différence entre les troncs d'arbres qu'entre leur feuiller , et qu'ils offrent des formes plus belles ou plus pittoresques , tant par leur couleur locale que par les accidents qui les varient à l'infini. Ce qui doit sur - tout fixer l'attention du paysagiste , c'est de ne pas placer le feuiller d'un frêne sur le tronc d'un chêne ou d'un tilleul , ni celui d'un saule sur un orme ; car chaque espèce de tronc a le feuiller qui lui est propre : observation que ne'gligent un grand nombre de ceux qui s'adonnent au paysage.
Il faut aussi e'viter avec grand soin du
f^G Essai
ne pas découper sur le ciel d'une manière dure le feuiller des arbres ; Te'tude de la nature et la re'flexion nous apprennent que les extrémités des arbres , même les plus proches de la vue , se fondent avec le ciel , et y deviennent vagues et indécises ; cet effet est sur-tout bien plus remarquable encore dans les lointains où tous les objets ^^ont se perdre et se fondre avec l'horison.
Le peintre du genre de paysage héroïque ne doit pas mettre moins d'attention à ne placer dans ses scènes historiques que les espèces d'arbres propres au pays où il place son sujet; mais je le suppose assez instruit par la lecture des auteurs pour ne pas tomber en de semblables fautes ; car rien de plus ridicule que de voir une fuite en Egypte , placée dans un paysage moderne et couverte de chaumières , de'faut qui se remarque souvent dans les paysages des peintres de l'e'cole flamande et hollandaise»
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La présence, du soleil est de ne'cessité absolue pour la beauté' du paysage , à moins qu'il ne soit question de repre'senter die grands effets de pluie , ou des orages ; hors ces cas particuliers , le soleil est Tanie du paysage. C'est le soleil qui prodigue et assigne à tous les objets cette couleur brillante et lumineuse qui donne tant de charmes à la peinture , et qui décide la forme exacte de l'ombre et de la lumière sans lesquelles un tableau ne peut produire aucun eftet.
Le paysagiste doit bien observer que tous les objets que lui pre'sente la nature ont une teinte transparente et semblable à l'émail , qu'ils ne doivent être peints qu'avec beaucoup de légèreté et sans être peines par un travail difficile : il faut éviter d'employer des couleurs lourdes et opaques dans les ombres , et sur-tout bien se garder de tout ce qui sent la pesanteur , la froideur et la peine.
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Le ciel et l'eau veulent être traites par une main facile et intelligente , qui sache bien en combiner les formes et la couleur; rien de plus désagréable que de fatiguer et de revenir plusieurs fois sur^ces deux belles parties du paysage qui en sont Tame pour ainsi dire.
Les terrains divers , les pierres , les marbres , les écorces d'arbres demandent à être traités d'une manière transparente et fine ; les écorces d'arbres sur-tout ont je ne sais quoi de léger et de brillant qu'il est impossible de bien imiter sans glacis , je suppose même qu'il faille empâter par-dessus certaines parties , lorsqu'elles sont frappées des rayons du soleil , ou couvertes de diverses couches de mousses de couleurs claires.
L'observation de la nature peut seule in- <liquer au peintre ce qu'il est plus aisé de sentir soi-mcme par la pratique , que de faire entendre ; c'est dans l'habitude de
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la voir , de la consulter , que l'on prend de grandes leçons , la manière de rendre chaque objet, et la touche qui lui est propre.
Je le répète encore , malheur aux peintres négligents qui , se laissant aller à un travail d'habitude et journalier , n'ont qu'une seule et même touche propre pour toutes les par-? Ùes de leur tableau , et qui ne font sans cesse que se répéter. Ce n'est plus alors qu'un métier , ce ja'est plus qu'une fabrique de tableaux.
too Essai
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z js s Arbres.
XL est à remarquer que vers le milieu de l'automne quelques arbres commencent à perdre de leurs feuilles, et laissent apercevoir déjà une grande partie de leur bois , je dirais presque de leur osteologie ; ce qui produit un assez bon effet sur la masse des autres arbres qui ont conservé leur feuillage intact.
A cette époque , les cliênes , les ormes sont encore d'un beau vert , tandis que les hêtres commencent à se revêtir d'une teinte jaunâtre et couleur de feuille morte. Diverses espèces d'arbres , tels que les peupliers , les tilleuls ne présentent plus dans leurs rameaux dépouillés qu'un long assemblage de branches fines qui vues de loin ressemblent un peu à des plumes.
Les bouleaux aux feuilles jaunissantes , se
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détachent en clair sur les grandes niasses des forêts.
Leur e'corce le'gère , tantôt blanche et éblouissante comme l'argent , tantôt de couleur de chair, ou souvent d'un jaune vif et dore , a tout le poli du métal le plus brillant.
Ce n'est qu'avec des glacis que le peintre pourra parvenir à rendre toute la finesse , la le'gèrete et la transparence de ces diverses ecorces , dont quelques-unes offrent l'image de la plus brillante peau de serpent.
L'écorce blanche et lisse du hêtre , souvent traversée par de longues taches grises et noires , est couverte par plusieurs espèces de mousses jaunes et blanchâtres qui se mêlent à une autre espèce de mousse du plus beau vert , laquelle prenant naissance vers sa base se prolonge le long de son tronc , et produit sur cet arbre les effets les plus pittoresques et les plus baillants.
iô§ Essai
Le chêne arrivé à un grand âccroisscinent offre un feuiller de forme très-piquante. Rien de plus pittoresque que ce ge'ant des forêts , dont l'aspect imposant plait toujours à Tœil , et qui veut être peint avec beaucoup d'esprit et de tact. L'écorcè du chêne à quelque chose d'âpre au premier aperçu , tantôt de couleur grisé fonce'e , d'un ton vineujt, ou brun fort suivant les différents terrains sur lequel cet arbre est planté. Son écorce sillonnée du haut en bas en forme de cordes enlacées , lui donne un caractère heurté et rude au toucher, et le fait différer des autres arbres : assez souvent une mousse blanche trèsclaire vient égayer la couleur triste de son écorce , et elle se prolonge chez beau^ coup d'individus dans toute l'étendue des branches qui, peu semblables à celles des autres arbres , sont presque toujours bizarrement fourchues et tortueuses. C'est ce que Berchem , Both d'Italie , Evcrdingeft
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et Pinaher ont merveilleusement rendu dans leurs tableaux charmants et pleins d'esprit \ en France le Prince ne les a pas peints avec moins de talent , on peut même dire que c'est une des parties où il a. triomphe.
Le platane dont les feuilles larges et épaisses ont quelque ressemblance avec celles du sycomore , qui sont cependant plus légères , est encore un des arbres les plus pittoresques. Son feuiller, d'un vert brillant , devient vers l'automne , partie jaune , partie d'un rouge vif couleur de feu , ce qui donne à cet arbre beaucoup d'éclat. Rien n'est plus piquant et plus transparent que ses feuilles éclairées en dessous exposées à la lumière du soleil ; elles prennent alors un ton d'un vert jaunâtre, d'une transparence admirable. Cet arbre est des plus propres au paysage > à cause des formes variées qu'il présente en tous seiïs.
to/f Essai
J'ai remarqué jusqu'ici dans les ouvrage* des peintres français, un exemple frappant de ce que je viens d'annoncer de l'effet du platane éclairé en-dessous par l'effet du coucher du soleil , c'est dans un tableau peint par un amateur (i) des beaux arts , qui a pris une place très-distinguée parmi les artistes de nos jours. Son paysage exposé au salon de 1810, représentait une maison de campagne aux environs de Rome , où sur le haut d'un perron , Horace lisait ses odes à Mécènes. Ce tableau peint avec tout l'esprit possible et du plus beau ton de couleur , attirait tout les regards et devail obtenir les suffrages de tous les hommes de goût. Jamais le caractère distinctif du platane ne fut rendu avec plus de vérité et d'esprit. L'écorce du platane est d'un blanc gris , il la perd périodiquement et elle se détache du tronc en grands mor-
(i) M. cle Turpin»
SUR LE Paysage. ro5
ceaux de diverses formes; alors la nouvelle peau qui se de'couvre à la chute de l'ëcorce , est d'un vert lisse et quelquefois de couleur jaunâtre.
Les troncs de tous les arbres sont assez ordinairement de couleur grise plus ou moins .fonce'e , souvent mêlée d'un ton vineux ou violâlre qui en adoucit Pâprete, Les diverses mousses et les plantes parasites qui les enlacent et qui les couvrent en tous sens, y apportent une diversité de formes et de couleur très-agréables.
Le châtaignier et le marronnier d'Inde forment les plus belles masses de feuilles. L'ccorce de ces arbres est brune ou d*un gris blanchâtre par l'effet des mousses qui s'y attachent. Us. ont été chéris particulièrement par de très-habiles peintres de paysages ; on les voit souvent paraître dans les savants tableaux du Poussin et du Lorrain.
Le feuiller de l'acacia d'un vert très-brillant, tombant en forme de plumes, se détachq
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merveilleusement sur des arbres plus rembrunis. Ce joli arbre produit à certaine distance des masses le'gères , son aspect est pittoresque.
Le noyer d'un feuiller large et d'un beau vert peut être employé avec succès dans les groupes d'arbres d'une haute proportion ; son ensemble est grand et majestueux.
Le frêne doit occuper une place honorable dans les tableaux de paysages , il veut être associé aux très - grandes masses d'arbres , adossé et mêlé avec les chênes et les hêtres , sur-tout dans les parties les plus éclairées du tableau , à cause de sa belle couleur d'un vert clair et de la légèreté de son feuiller. Il est à remarquer que ses feuilles , disposées en forme de main ou d'éventail, se présentent en descendant, dans l'état de calme, et ne changent de forme que lorsqu'elles sont agitées par le vent.
Les arbres sombres et toujours verts , tels que le sapin , les mélèzes , les cèdres > les
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cyprès , les ifs , veulent être placés sur les tôchers où ils semblent se complaire et ou ils produisent un bon eflet , par Toppositioa de leur couleur forte et rembrunie avec la blancheur et les tons dore's de la pierre.
Everdiiigen est un des paysagistes qui a su employer les sapins avec le plus de succès dans ses tableaux admirables où il a peint des chutes d'eau.
On aime à voir dans les lieux frais et humides s'abaisser le saule pleureur et se peindre dans le cristal des eaux ; cet arbre se plait a couvrir de son ombre hospitalière , l'urne de l'amour et de l' amitié, les restes d'un e'poux , d'une épouse , ou de l'enfant doux gage de leur hymene'e.
La pre'sence du saule pleureur inspire naturellement la mélancolie , son feuiller souple et léger se détache merveilleusement sur les masses qui l'environnent et lui ser* vent de fonds.
Divers arbres dont les ecorces sont pour
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l'ordinaire d'une couleur tendre , paraissent très-bruns et d'u"n vert sombre et noir lorsque plantes dans des lieux humides , ils se couvrent bientôt d'une mousse noirâtre. Presque tous deviennent ligneux et raboteux ; le lierre parasite ( image de ces êtres qui sans cesse s'attachent à nos pas avec l'air de l'amitië , dont ils n'ont que l'apparence , ) s'accroche avec ténacité à leur tronc et les serre jusqu'à la cime.
Rien de plus riche cependant que ces nouveaux ornements d'un beau vert , qui offrent au peintre le moyen de varier ses jouissances et l'effet de ses tableaux. Le Lorrain et Htrnian d'Italie n'ont pas néglige' d'en enrichir leurs admirables productions.
Les arbustes , les buissons de toutes les formes, de toutes les couleurs, contribuent aussi à donner au paysage cette richesse , cette abondance qui contrastent avec la sécheresse et la ste'rilité de certains tableaux:
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maigres où l'herbe croît à peine et dans lesquels le peintre a craint de faire paraître des arbres.
S'il est nécessaire de découvrir en certaines occasions les branches des arbres , il ne faut pas trop en multiplier la présence dans les grandes compositions où l'on doit voir, autant qu'il est possible de belles masses ; cette remarque s'étend particulièrement au genre héroïque. C'est sur-tout sur les premiers plans qu'il est nécessaire de faire briller les détails, lesquels deviennent presque inutiles dans les autres plans , et à mesure qu'ils s'éloignent de l'œil. Combien de peintres sont tombés dans cette faute , pour avoir voulu trop finir et entrer dans des détails minutieux.
La nature vue à différentes distances donne d'excellentes leçons à celui qui veut l'observer avec attention.
Les arbres dont les feuilles sont d'une
tio EssAt
grande proportion , tels que le figuier , le catalpa , le platane , le sycomore et autres de cette espèce , doivent trouver leur place et briller sur les premiers plans du tableau y parce qu'il est plus aisé d'en accuser les de'tails.
Est-il rien de plus pittoresque que de voir ces arbres place's près d'un grand monument et groupes près des ruines d'édifices antiques , avec lesquelles ils se lient toujours majestueusement.
Viennent ensuite les plantes à feuilles larges , rampantes , ou formant buisson , lesquelles produisent un bon effet sur les devants du tableau , et dont la variété et les
détails enrichissent les terrasses (i).
(i) On appelle terrasse en peinture ,Ies chemins, les diverses portions de terre , ce qui s'entend bien différemment d'une partie e'ieve'e de jardin , qui est l'ouvrage de la main de l'horame , et que l'on appelle terrasse. Ce mot est encore employé dans l'art de fortifier les places de guerre.
surlePaysage. iir
La grande consoude aux feuilles larges en forme d'acanthe , les diverses espèces de chardons , les roses-trëmières , les molaines et les touffes de guimauve à la feuille grise et veloutée, toutes ces plantes auxquelles la nature a assigné des couleurs et des verts si différents , ne sont pas moins admirables dans -les détails, placées sur le devant du tableau. Peignez-vous des lieux aquatiques , des fonds de forets , des lacs , des rivières , des ruisseaux d'eau vive et courante ? N'oubliez pas la large feuille du nénuphar élevant sa tête à la surface de l'eau, les roseaux de diverses formes , les iris , les joncs de toute espèce qui se reproduisent avec autant d'abondance que de variété dans les lieux humides , et qui ne plaisent qu'autant qu'ils sont exécutés par une main prompte et avec une touche fine et spirituelle. Croyez que rien n'est plus désagréable à l'œil et plus insipide que ces objets traités d'une manière lourde et fatiguée.
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Les pierres , les divers cailloux places à propos mais comme par hasard , concoiirent souvent à faire briller un tapis de verdure. Il faut les placer en plus grande quantité , lorsqu'ils sont plus près des rochers ou des terrains expose's à la dégradation des pluies ou des torrents.
C'est toujours avec mode'ration qu'il faut employer cette ressource , qui , quoique pittoresque , conduit naturellement à des de'tails trop arides , souvent minutieux ; on sait que le trop est voisin du pire.
Une des choses qui doit fixer particulièrement l'attealion du paysagiste , c'est la diversité des tons de couleur , lorsqu'ils sont animés par la lumière du soleil , suivant l'heure du jour et les saisons , leur couleur naturelle ou éclairée , et celle qu'ils conservent dans l'ombre.
Il faut remarquer sur-tout cette variété infinie de couleurs , et le passage continuel du jaune au gris , du rouge , des bruns au
sr r. I E P A Y > A GE. Il5
blanc. A peine troiive-t-oa sm- la palette la richesse immense de tons que présentent les bizarreries de la nature.
Est-il rien tle plus imposant , de plus riche en tons de couleurs que l'aspect de ces vastes ravins creuses par le temps et qui devenus des antres profonds servent de retraite aux animaux sauvages qui eVitent la pre'sence de l'homme.
Il est rare de ne pas e'prouver une sorte de terreur secrète lorsqu'on y pénètre pour la première fois.
C'est dans ces vestiges de la nature bouleversée , où les diverses couches de pierres et de terres sont à nu , que le peintre découvre une foule de détails et une infinité de tons de couleurs plus riches les uns que les autres , et les eîYets les plus pittoresques. Des arbres à demi-rompus, dont les racines découvertes par le passage des eaux ont formé d'autres troncs d'arbres qui paraissent ne plus appartenir à la terre qui les
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nourrit , menaces sans cesse d'une chute prochaine , ils re'sistent depuis long-tems aux torrents qui les traversent , les e'branlent et qui les entraîneront un jour.
Des ronces épaissies par les années , des lianes dont les nouvelles pousses s* abaissent chaque printemps sur les débris des anciennes , tapissent tristement ces lieux sauvages où la présence du soleil produit par d'heureux hasards les effets les plus piquants.
Comme ce tableau s'anime lorsqu'après un grand orage y les eaux arrivant en abondance , se précipitent par toutes les ouvertures de ce ténébreux réduit avec un bruit semblable à celui de l'Océan en courroux , el entraînent dans leur chute rapide des masses de terre et de rochers qui tombent et se brisent au fond de ces gouffres , dont elles augmentent chaque année la profondeur.
Ainsi la nature se plait à donner au peintre , par son intarissable variété , de grandes leçons pour qu'il évite la monoto*
stJR LE Paysage. ii5
tiie qui refroidit le génie et qui altie'dit les conceptions des arts.
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Des rochers , des montagnes et