INTRODUCTION
Rien n’est plus instructif, plus passionnant même, que de suivre l’évolution des idées en phtisiologie depuis une vingtaine d'années. L'histoire de la médecine y trouvera plus tard matière à un de ses chapitres les les plus substantiels et les plus féconds en enseignements de tout genre.
Il faut bien le reconnaître, la phlisiologie n’a pas eu de chance à ses débuts. Tandis qu’à la suite des travaux de l'Ecole pastorienne, toutes les branches de l’art de guérir connaissaient une véritable renaissance, scule la phtisiothérapie restait la redoutable inconnue contre laquelle allaient s’épuiser tous les efforts. A tout bien considérer, il n’est peut-être pas absolument paradoxal de dire que les grandes acquisitions biologiques de la fin du xix* siècle ont retardé sensiblement les progrès de la technique phtisiologique. Les découvertes fondamentales de Vizcemin et de Kocx eurent pour conséquence immédiate d’orienter les recherches dans le sens des doctrines contemporaines de l’atténuation des virus et des phénomènes d’immunité. Pour le traitement des tuberculeux pulmonaires, c'était malheureusement s’engager dans une impasse ; et les bienfaits que nous
devons à la vaccinothérapie et à la sérothérapie dans la thérapeutique des maladies infectieuses furent durement compensés, dans le point qui nous occupe, par trente années de coûteux efforts et de cruelles désillusions. Rappellerons-nous les résultats décevants des premières tentatives de sérothérapie antituberculeuse ? Ce qui n’empêcha pas BenriNG et Krrasato de reprendre la même idée quelques années plus tard à propos de l'infection diphtérique, avec les résultats que lon sait.
A l'heure actuelle, nous ne sommes pas plus avancés. Les diverses variétés de tuberculines, les différents sérums, les innombrables vaccins curatifs que Pon a proposés, bref toutes les tentatives pour déclencher artificiellement les processus d'immunité, n’ont abouti à rien. Même résultat négatif dans la lutte contre l’agent causal, malgré le merveilleux développement de la chimiothérapie, Le moins que l’on puisse dire du dernier en date de ces essais, c’est qu’il n’est guère encourageant.
L’ère des progrès s’ouvrit lorsque la clinique reprit ses droits sur les idées théoriques. Deux grands observateurs, BREHMER et surtout DETTWEILLER, condensèrent leur longue expérience dans les règlements, en apparence si simples, de la cure hygiéno-diététique. Il y avait évidemment une bonne part d'empirisme dans les principes du repos systématique et de l’aération continue tels que les avaient formulés ces précurseurs, mais les premiers vrais succès en phtisiothérapie datent de leur application.
Si toutefois la cure hygiénique constitue le traitement de fond, la base thérapeutique essentielle de la phlisie
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pulmonaire dans ses diverses modalités cliniques, il n'en est pas moins certain que nous ne pouvons actuellement lui conserver la part prépondérante que lui attribuaient nos devanciers. Elle a dû faire une large place aux méthodes collapsothérapiques, véritables « traitements d'attaque », qui constituent pour elle l’appoint le plus précieux, indispensable même. Ne lui demandons pas plus qu’elle ne peut donner. Considérée isolément, son efficacité intrinsèque demeure restreinte, parce que les processus spontanés de guérison qu’elle met en œuvre n’opèrent qu'avec une extrême lenteur, et parce qu’ils se montrent impuissants à enrayer l'évolution des formes étendues ou rapidement extensives. Résultats précaires et résultats tardifs, tels sont les deux écueils de la cure sanatoriale classique.
Certaines formes localisées, évoluant d'emblée favorablement chez des sujets particulièrement résistants, placés sous une surveillance médicale constante et bénéficiant de délais de cure prolongés pendant des années, en constituent la principale indication. On ne la rencontre guère dans la pratique, exception faite pour un nombre infime de privilégiés. Dans l’immense majorité des cas, le début évolutif apparent est marqué par un ou plusieurs incidents aigus, révélateurs de désordres anatomiques déjà importants,après lesquels on n’obtient, par celte seule méthode, qu’une accalmie, une sédation temporaire des phénomènes inflammatoires : rien de plus. Et les anciennes statistiques des sanatoriums populaires, à temps de séjour limité, en disent long sur le sort réservé jadis à la plupart de ces malades,
En créant la technique du pneumothorax artificiel, l'immense mérite de ForLANINI n’a pas élé seulement de mettre entre les mains du praticien une arme merveilleusement souple et puissante, mais surtout d'engager la lutte dans une voie nouvelle et de concentrer nos efforts, non plus sur le bacille, ni sur le lerrain, mais sur la lésion même.
Malgré les beaux travaux de lEcole lyonnaise (de TRipier, en particulier) on avait trop négligé jusque-là l'importance capitale des processus analomiques locaux dans l’évolution de la tuberculose pulmonaire. Tandis que la primo-infection de l’enfant se présente comme une infection à prédominance lympho-ganglionnaire, sans reliquats pulmonaires appréciables (nodule de ParRoT-Küss), la tuberculose pulmonaire de l’adulte, au contraire, évoluant dans un organisme en état d'allergie, apparaît moins comme une maladie que comme une affection locale, caractérisée avant tout par une lésion du type constructif ou nécrotique, les deux processus élant assemblés le plus souvent. Bien avant Papparition de la collapsothérapie (du moins en France), le professeur Barp avait insisté dans son enseignement sur l'importance du facteur lésionnel, non seulement pour une classification anatomo-clinique des différentes formes de tuberculose pulmonaire, mais aussi pour leur classification pronostique. Tandis que certains auteurs, TuRBAN et GEHRARDT entre autres, accordaient une part
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prépondérante à l'étendue lésionnelle, considérée en bloc (à l’état statique en quelque sorte), Barp, au contraire, eut soin de mettre en évidence l’importance primordiale des formes analomiques lésionnelles. Si sa division des formes parenchymateuses de la tuberculose pulmonaire peut prêter à la discussion, du moins a-t-clle l'avantage de donner des indications suffisamment précises sur /a tendance évolutive de chaque Jorme considérée : tant il est vrai que l’évolution anatomique lésionnelle et l’évolution clinique sont étroilement liées dans leurs diverses manifestations (poussées évolutives locales, ensemencement à distance).
L'importance du facteur lésionnel a été mis en valeur récemment dans les travaux de Léon BernarD et Br- THOUX, qui ont individualisé les lobites supérieures, et en ont décrit les particularités anatomo-cliniques.
A notre avis, le problème de la guérison du foyer tuberculeux est un problème cellulaire. Tout ce que nous appelons en phtisiologie résistance, immunité, allergie, terrain, se résume en fin de compte en une certaine aptitude de l'individu à organiser la lutte par des réactions histologiques de défense, par des processus tissulaires locaux. Et devant notre impuissance à définir et à mesurer les processus d'immunilé, nous ne saurions appuyer nos acquisitions cliniques sur une base plus solide que les constatations anatomiques matérielles indiscutäbles qué nous äpportent l'écran, le film et lanatomo-pathologie.
L'intérêt doctrinal considérable de la collapsothérapie à été de montrer que, dans une cerlainc mesure, nous