CHAPITRE PREMIER
labiés comme le roc qui leur servait d'assises, ne tardèrent pas à jeter leur ombre menaçante sur le pays ; l'Oust, sous le calme apparent de son cours paisible, qui en baignait les pieds, constituait un nouveau défi à l'envahisseur et rendait ce côté inexpugnable ; et là, serfs et manants, chevaliers et soldats, prêtres et moines, vinrent chaque jour plus nombreux chercher aide et protection autour de la bannière de la Vierge et de l'étendard des Porhoët.
Le seing de Guéthenoc se trouve sur plusieurs actes que nous a transmis Dom Morice. On le voit assister le duc Geoffroy lors d'une cérémonie, à la cathédrale de Rennes, pour la ratification du droit de bouteillage accordé au chapitre de Saint-Pierre. La piété du prince s'affirme encore par la donation, aux moines du Mont-Saint-Michel, de plusieurs villas (fermes) situées dans les vigueries de Miniac et de Mofcn.
Vers 1040, il meurt, laissant de son mariage avec Alarum de Cornouailles, sœur d'Alain Cagnard, trois fils : Josselin (1), Maingui et Tutgual. Suivant son désir, son corps fut inhumé dans l'église de Redon.
C'est ce Josselin, l'aîné des fils de Guéthenoc, qui
[\) Guethenocus et Gozolinus ejus fUius ^D. M., P., t. 1, col. 362V
20 ESSAI su H I.K POItHOiOT.
fît passer son nom ;\ la postérité on le donnant au château dont il t(îrniina la construction : aux xT et xn" siècles, on l'énonce ellectivement, Castelium ou Castrwn Goscelinl et, en 1283, Tofi voit pour la première fois dans hîs archives de rahbaye de la Joie : Chastel Josselin. Il ne se contenta pas d'achever seulement la forteresse de son père. En témoignage des bienfaits de Dieu et pour la gloire de sa nouvelle ville, il fonda le prieuré de Sainte- Croix.
Vers 1059, il écrivit à Perennesius, abbé de Redon et successeur de Catuallon, le priant de se rendre auprès de lui. Quand l'abbé fut arrivé, on parla d'abord du monastère que Guéthenoc avait fait vœu de bâtir dans son château. L'emplacement qu'ils choisirent ne fut pas le château même, mais le lieu où quelques années auparavant Guéthenoc avait fait construire une chapelle en l'honneur du Sauveur du Monde.
Le monastère ayant été dédié à la Sainte Croix, sous l'invocation de sainte Corneille et de saint Cyprien, martyrs, Josselin y fit don de tout « le vieux faubourg jusqu'au milieu de l'Ont » et de tous les droits qu'il avait sur les habitants du lieu ; ajoutant encore à cette libéralité plusieurs terres situées dans les diocèses de Saint-Malo et de Saint-Brieuc