CHAPITRE
Or cette succession, ouverte en 1231, ne manqua pas de difficultés et ne fut réglée définitivement qu'en 1248 (1).
Les héritiers naturels du comte étaient donc : 1° Raoul de Fougères, représentant sa mère en sa qualité de fille aînée d'Eudon ; 2° Aliénor, devenue dame de Chemillé ; 3° Jeanne, dame de Montauban. L'accord se fit difficilement entre les trois branches qui héritaient. Raoul de Fougères se montra, il semble, exigeant envers ses oncles et ses tantes. Un premier partage fut conclu au mois de septembre 1239 et, la même année, Raoul de Fougères rendit hommage au duc Jean le Roux pour ses terres de Porhoët ; puis un second en 1241 et enfin un dernier en 1248. D'après ces partages, qui ne diffèrent au fond que de bien peu de choses, Raoul de Fougères devint propriétaire des deux tiers du comté de Porhoët, y compris Josselin et son château, Lanouée et sa forêt avec la paroisse de Mohon. Aliénor et son époux reçurent les villes de la Trinité, de la Chèze avec son château, de Loudéac avec la forêt du nom, etc. Rien, dans les actes, n'indique les noms des propriétés échues à Jeanne de Porhoët
(1) Toutes les pièces ayant rapport à cette succession se trouvent à
la Bibliot. Nat. Manuscrits fr. 22 330 (Titres Fougères et Porhoët).
Elles figurent également, en grande partie, dans les Preuves de Dom
Morice.
50 ESSAI SUH LK POKHOËT.
et à son mari, (|ui ccperidaiit eurent leur moitié d'un tiers du comté.
Jean P% dit le Roux, confirma ces partages par une lettre datée de Ploërmel, février 1248. Ces dispositions, comme nous le verrons, subirent dans la suite de nouvelles transformations.
Aliénor, connue sous le nom de dame de la Chèze, choisit comme résidence le château de ce nom et y administra elle-même le patrimoine dont elle venait d'hériter. Le château de la Chèze paraît avoir été bâti par le comte Eudon, grand-père d'Aliénor, pour commander le bassin supérieur du Lié. M. Geslin de Bourgogne nous dit qu'il a été amené à cette opinion par cette considération surtout que ce prince fonda indubitablement l'abbaye de Lantenac (1), pendant qu'il était reconnu comme comte des Bretons. Or, toute l'histoire de la féodalité bretonne établit que chacune de nos abbayes, chacun de nos prieurés a été le complément nécessaire d'un castrum aux xii*' et xiii" siècles. C'était la force morale près de la force matérielle ; recevant protection, mais, en retour, enseignant l'obéissance et le respect, parfois même rendant la justice pour le seigneur. Les moines ont fait marcher de
(1) Lantenac, à l'extrémité de ia forêt de Loudéac (par. de La Perrière).