‹ Essai sur le PorhoëtChapitre 32 sur 113 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Jean, son fils, qui, l'année 13!28 en fit cession à Charles de France, comte d'Alençon. Ce dernier les conserva de 1328 à 1346. Marié à Marie d'Espagne, il en eut quatre fils : Charles, qui devint archevêque de Lyon ; Philippe, qui fut archevêque de Rouen puis cardinal; Pierre, qui épousa Marie Chamaillard, comtesse de Beaumont, et Robert, comte du Perche. Fougères et Porhoët furent l'apanage des deux aînés ; puis finalement ceux-ci l'abandonnèrent vers 1361 à leurs deux cadets. Ces fîefs devaient rester entre leurs mains jusqu'en 1370.

Mais voyons quelle était la situation intérieure de la province.

La paix et la justice n'avaient cessé de régner sous le duc Jean III le Roux, mais dès sa mort tous les maux fondirent sur la Bretagne. Les revendications de deux familles firent naître une nouvelle guerre de succession.

Pendant vingt-quatre ans, de 1341 à 1365, la Bretagne fut le théâtre du plus héroïque et du plus douloureux spectacle que l'ambition des rois ait donné au monde.

Tous deux doués d'un courage semblable, l'un des prétendants était un héros, l'autre un saint. « Tour à tour vainqueurs et prisonniers l'un de

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l'autre, dit Pitre-CJievalier, aujourd'hui la couronne en tête, demain les fers aux pieds, les destins nispectifs de leurs armes et les vicissitudes de leurs vies dépassent dans leur naïveté l'intérêt des fictions romanesques. Tous les prodiges que peuvent faire la bravoure et le patriotisme, tous les crimes que peut commettre la méchanceté, toutes les trahisons que peut méditer la perfidie, tous les dévouements que peuvent susciter l'amour chevaleresque, la piété conjugale et maternelle^ toutes les horreurs que la guerre traîne à sa suite furent les événements journaliers de cette incroyable histoire. »

L'élite de la noblesse bretonne et même européenne, les trois quarts de la population de la vieille Armorique, furent décimés par le fer, par l'eau ou par la flamme. Non seulement Bretons et

Français, mais Anglais, Espagnols, Ecossais, Flamands, se heurtèrent dans cette échauflburée meurtrière. Dès le début de la lutte, derrière Charles de Blois et Jean de Montfort, avaient surgi deux rivaux irréconciliables : le roi de France, prêt à saisir cette Bretagne désirée si vivement par ses pères et qui résistait seule à l'unité monarchique, et le roi d'Angleterre, convoitant non plus seulement la possession de son ancienne alliée, mais visant la conquête de la France entière.

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