CHAPITRE V
permet pas de retracer toutes les phases de la lutte. Enfin, en 1651, deux siècles après TAssemblée du duc Pierre, un arrêt vint trancher d'une manière diplomatique, une question aussi difficile ; on décida de la présidence alternative des Rohan et des Vitré.
La rivalité de ces deux maisons amena naturellement des vilenies de toutes sortes. Alain IX fut arrêté subrepticement par le duc Pierre et enfermé au château de Nantes, accusé d'avoir trempé dans le meurtre de René de Keradreux, tué au château de Josselin. Il fut heureusement reconnu innocent et relâché. Le bruit courut que les amis du baron de Vitré, très embarrassé lui-même par l'affaire de préséance, avaient suscité cette arrestation.
Alain IX mourut le 20 mars 1461, après avoir été marié trois fois. En 1407, il avait épousé Marguerite de Bretagne, quatrième fîUe de Jean V et de Jeanne de Navarre, dont il eut quatre enfants : Alain, comte de Porhoët, qui épousa en 1443 lolande de Laval et mourut sans enfants en 1454; Jeanne, Marguerite et Catherine.
Puis il s'allia à Marie de Lorraine. Celle-ci laissa un fils, Jean, qui à la mort de son frère aîné devint l'héritier de Porhoët. Enfin, il prit en troisièmes noces Perronelle de Maillé.
124 ESSAI SUH LE PORIIOKT.
Alain VllI et Alain IX. premiers seigneurs dr; Porhoët, de la lignée des Holian, ont su laisser à Josselin l'empreinte inellaçable de leur nom, en même temps qu'un souvenir d'art qui égale en richesse les beautés les plus pures de la renaissance. Nous leur devons en effet cette merveille architecturale qui est la façade nord du château de Josselin. La preuve de l'époque de la construction apparaît d'une manière certaine quoique allégorique dans la façade même : « En efiPet, dit Cayot Delandre, le chiffre d'un A et d'un Y entrelacés, qui se trouve répété plusieurs fois dans la devise des Rohan A PLUS, et dans les autres ornements de la façade, révèle le nom d'Alain VIII, vicomte de Rohan ; mais la supposition qu'il est l'auteur de cette construction ne peut être admise qu'à la condition d'en attribuer une part à son fils Alain IX, comme le font supposer les macles et hermines souvent répétées dans l'intervalle des ornementations et qui ne sont autres que les armes Rohan-Bretagne d'Alain IX » (son mariage avec Marguerite de Bretagne lui permit en effet de réunir les armes de ces deux maisons). Voici, d'après le même auteur, l'explication de cette allégorie. « Alain IX épousa Marguerite de Bretagne en 1407, l'année même où mourut Clisson, son grand-père. Alain VIII devint
Sa
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donc à cette époque propriétaire du château de Josselin, du chef de sa femme, Béatrix de Clisson, et il put entreprendre, en continuation des travaux du Connétable, la reconstruction de la façade intérieure. 11 mourut en 1429 et son fils, Alain IX, dut achever ce grand et beau travail, sur lequel il mit son écusson. 11 faut donc placer cet achèvement dans la période de 1429 à 1462. » (( [
Louis XI, qui en 1461 avait remplacé Charles VII sur le trône de France, avait juré de porter un coup fatal aux survivants de la féodalité. Mes deux cousins de Bourgogne et de Bretagne tomberont les premiers, s'était-il dit. Mais étouffer l'indépendance bretonne n'était pas chose aussi facile qu'il pensait. Nous avons déjà vu quelle énergie cette vieille province montrait dans la défense de ses intérêts et de ses aspirations nationales. La levée générale des boucliers ne se fit pas attendre. Derrière leur duc François II, tous les grands chefs se levèrent. Il y avait naturellement le jeune comte de Porhoët, Jean II ; Oudon de la Rochebernard, du Faouet, (jouyou du Quelenec, Beaucorps, Malestroit, les seigneurs de Maure, de Derval et cent autres. Bouillants d'impatience, ils ne purent de pied ferme attendre l'ennemi et s'avancèrent le long de la
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Loire avec l'intention audacieuse d'atteindre Paris.
Le roi de France, menacé jusqu'au cœur du royaume, ne se troubla cependant pas; il eut recours à ses moyens habituels : par fourberies et par ruse, il s'efforça de diviser les partis.
Dans un moment de désespoir, la Bretagne se voyant jouée, dut même rechercher Falliance de l'ennemi juré de sa race, l'Angleterre. La lutte qui s'engagea fut longue. Mais ce qu'il y eut de plus pénible à constater, c'est que malgré tant de courage déployé sur les champs de bataille, le sentiment national s'évanouissait. La querelle entre le duc et ses vassaux qui avait si souvent ensanglanté la Bretagne, allait renaître et absorber toutes les forces vives, incapables alors de s'unir dans un élan chevaleresque , pour chasser hors du duché le Français envahisseur cjni voulait à tout prix faire brèche dans cette dernière forteresse féodale. Traités signés avec la France, tantôt par un parti, tantôt par un autre ; paroles données, serments violés ; trahisons et mensonges de tous côtés jetèrent la Province dans un désarroi complet, et lorsque l'élément étranger se fut introduit partout à la Cour et dans le camp du duc ; lorsque les compétitions s'élevèrent pour la main de la princesse Anne, fille de François II, la versatilité des seigneurs et le
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manque de sens patriotique de leur chef précipita la déchéance. L'œuvre de déséquilibrement général poursuivie par Louis XI avait pleinement réussi. Son fils en recueillit le fruit.
Jean II n'eut guère une conduite plus brillante que la plupart des autres seigneurs ; après avoir suivi François II, il le quitta soudain pour aller grossir les forces confédérées, et bientôt après il s'érigeait en chef de parti, briguant même la couronne que le duc laissait choir.
Le vicomte de Rohan, comte de Porhoët, avait épousé en 1461 Marie de Bretagne, fille du duc François F"" et par là même belle-sœur de François II. Cette alliance le rapprochait évidemment de la couronne puisqu'il était, par sa femme, l'un des héritiers de François F". Le duché tombant en quenouille avec la princesse Anne, ce prince, sur l'instigation du maréchal de Rieux et avec l'appui des seigneurs unis dans une foi commune pour la conservation de leurs libertés, se présenta comme l'un des compé-
■ titeurs. Le sire d'Albert, le prince d'Orange et lui ne cessèrent d'intriguer et de remuer sourdement la
P Bretagne. 11 s'armait, justement du reste, de l'exclu-
^^. sion prononcée par son beau-père et consacrée par trois règnes, contre l'avènement des filles et se
I^H disait issu en droite ligne par les comtes de Rennes,
128 ESSAI sua LE l'OHHOËT.
du premier roi Conan de Mériadec. Sa naissance, ses qualités, les charmes de sa personne et de sa fortune (l) le rendaient digne du trône, mais ses prétentions ne furent pas jugées sulfisamment fondées, comme celles du reste de ses rivaux.
Le duc ne montrait de complaisances que pour les étrangers ; ceux-ci s'érigeaient en maîtres aussi bien à l'armée qu'à la Cour. Ces agissements exaspérèrent les seigneurs bretons, à un tel point, qu'une désertion antinationale se produisit au détriment du souverain de la Bretagne. L'armée royale trouva pour auxiliaires : Rohan, Rieux, Laval, même le baron d'Avaugour, fds naturel du duc.
La délivrance de Nantes par un groupe de fidèles amena une suspension d'armes. Si la Bretagne échappait encore une fois à la domination, elle n'échappait pas à la vengeance des Français. Les armées françaises et bretonnes se retrouvèrent en présence à Saint-Aubin du Cormier, le 25 juillet 1488, jour à jamais fatal pour l'indépendance bre-
(1) Disons en passant qu'il eut cent mille écus d'or neufs, 22 sojS 11 deniers la pièce, pour la dot de sa femme, somme énorme pour l'époque, et à la mort de son beau-père il lui fut adjugé le comté de Montfort, la seigneurie de Neaufle et les baronnies de Chantocé, d'ingrandes, de Fougères, etc. — outre la moitié de tous les meubles de la maison du duc qui lui étaient communs avec Marguerite, sa belle-sœur — (Moréri). C'était donc un puissant personnage.