CHAPITRE VI
^f En 1589, Sébastien de Rosmadec, capitaine de la ville de Josselin, prévoyant le danger qu'il y avait à laisser la ville sans défense, résolut de reconstruire toutes les fortifications qui, un siècle auparavant, avaient été en partie démantelées sur l'ordre du duc François II (1). Les troupes du duc de Mercœur ne lui en laissèrent guère le temps ; de Vannes, elles marchèrent subitement sur Josselin ; la ville surprise ne put résister et tomba aux mains des ligueurs presque sans coup férir ; peu s'en fallut qu'ils ne saisissent même le gouverneur, qui n'eut que le temps de sortir de l'église et de se réfugier au château. Là il opposa une belle résistance, mais faute de ressources finit par se rendre à Saint- Laurent, le célèbre lieutenant de Mercœur. Le duc fit de Josselin une de ses principales places d'armes. Il en tira quelques mois après (5 nov. 1590) « une force considérable en artillerie » qui fit brèche à Hennebont et décida de la capitulation. Le jeune prince de Donibes, du tac au tac voulut répondre à Mercœur ; de Vannes avec ses royaux il accourut menacer Josselin, mais tenta en vain de s'en emparer le 2 mai 1590 et dut s'en aller camper du côté de Malestroit.
(1) En 1488 le duc François II avait ordonné de démanteler celte ville, pour n'être pas obligé d'y tenir une garnison qui eût affaibli
kson armée.
138 ESSAI SUH LK POHHOKT.
Le maréclial (rAuiiioiit ressaisit enfin, pour le roi, le pouvoir (juc !<; prince était incapal)le à maintenir; et l'abjuration de Henri IV allait détruire la Ligue dans sa racine, si l'ambition de Mercœur n'avait été plus forte que le souci des intérêts de sa patrie. Mais il ne put soutenir la lutte bien longtemps ; peu à peu, ses partisans l'abandonnaient ; l'Armada espagnole envoyée à son secours fut engloutie dans une épouvantable tempête; Quimper, Crozon, Saint-Malo, puis Vannes firent leur soumission. Le roi, vainqueur des derniers rebelles d'Amiens, venait en personne donner le coup de grâce aux ligueurs bretons ; reçu à Nantes avec enthousiasme, il y signa le fameux édit qui réglait le sort des protestants en France.
L'année suivante, les Etats lui fournirent l'occasion de porter le coup fatal aux débris de la féodalité en Bretagne. Sollicité par eux, il ordonna la démolition des fortifications des villes et des châteaux particuliers de la province, afin de prévenir le retour de la guerre civile. L'édit parut en 1599, et bien que Josselin y figure, l'ordre royal ne fut exécuté à son égard que trente ans après. Les habitants résistèrent en effet à cette condamnation le plus longtemps possible. Que de souvenirs se rattachaient à ces vieilles murailles ! Que d'assauts elles