CHAPITRE PREMIER
terrain, on était trop heureux de trouver quelqu'un pour prendre charge de gouverner, de défendre, de défricher, de repeupler cette solitude. Aussi n'en fit-on qu'un fief décoré exclusivement du titre de Comté ou Vicomte de Porhoët (on trouve l'un et Fautre), fief important (1) où s'épanouirent plus tard cent quarante paroisses et, dès avant 1008, concédé à un certain Guéthenoc, vicomte de Chateau-Thro, le premier dont les titres nous sont fournis par des actes authentiques, considéré par certains comme fils de Juthael.
Bien qu'il y ait contestation à ce sujet, nous n'hésiterons pas à affirmer que le fief de Porhoët fut un apanage du Comté de Rennes. Du Paz n'a point écrit les raisons qui lui faisaient regarder Juthaël comme premier Comte de Porhoët, mais ce pays ayant fait partie du comté de Rennes depuis l'an 874 jusqu'à la fin du x*" siècle, il ne peut en avoir été démembré que pour une inféodation ou par un partage. L'attention que Conan le Tors mit dès le commencement de son règne à recueillir toutes les portions du
(1) N'a-t-il pas été qualifié même de royaume (!)
Dans la charte de fondation de Sainte-Croix de Josselin il est dit que les bienfaits de Josselin et de son père envers le monastère de Redon sont les causes de la prospérité de leur « royaume >' : Regnum ej'us (Guetenoei). . . et regnum suiim (Gosselini). . . fuisse muUiplicatum . . . amplificatum, etc.
6 ESSAI Si: h LK POIUIUKT.
Domaine, qui avai(M)t ct6 usurpées par les seifiiicurs particuliers et luême par les enfants naturels d'Alain Barbe-Tortc , ne permet |)as de croire qu'il ait inféodé à un sinq)le chevalier de sa cour une terre aussi considérable que Tétait alors le comté de Porhoët, tandis qu'il avait des frères et des enfants (1) à doter. Il est encore moins croyable qu'il ait permis à ce chevalier de prendre le titre de comte qui n'appartenait qu'aux souverains du pays et à leurs puînés. Le Poutrécoët n'a donc été démembré du comté de Rennes qu'en faveur d'un cadet de cette maison.
Le raisonnement précédent se trouve confirmé d'une façon absolue par les titres de vicomte de Rennes et de comte de Bretagne que les seigneurs de Porhoët ont constamment portés.
Josselin V\ en effet, est qualifié de vicomte de Rennes dans la confirmation d'une donation à l'abbaye de Redon, en 1048, et plus tard dans une donation faite à l'abbaye de Marmoutiers, le jour que Conan II fut proclamé comte de Bretagne (2).
(1) Conan le Tors, lorsqu'il mourut en 992, laissa plusieurs enfants, entre autres : Geoffroi, qui lui succéda ; Juthaël, comte du Porhoët, d'après du Paz ; Judicaël, évéque de Vannes, et Catuallon, abbé de Redon.
(2) Fada sunt hœc in Rhedonensi civitate coram Conano Comité, in die quel Cornes factus est favenlibus Goscelino Vicecomite Rhedonix et Roberto Vitriensiinn custode. Ces deux seigneurs étaient
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Ccmtre^ccL de^ I^orh^^etn
Le Sckau de Porhoet (Tiré de Dom Moiicc).
CHAPITHE PKEMIER. \3
Ses successeurs portent également ce titre, comme l'attestent différentes pièces, en particulier le sceau d'Eudon III, de 1*231, sur lequel on lit : Einlo filins Comitis Vicomes Bhedonenitis. Ce sceau, qu'on retrouve aussi sur un autre acte de 1227, d'après M. Piéderrière, est très caractéristique. Sa reproduction figure dans le premier tome des Preuves de Dom Morice ; au dessous du sceau personnel du comte, se trouve le contre-scel de Porhoët chargé des plumes de paon traditionnelles de la maison de Rennes (au nombre de trois, su])erposées deux et une).
Mais encore étaient-ils Comtes de Bretagne, c'està-dire puînés de cette maison. Sans tenir compte des titres d'Eudon II qui pourraient paraître suspects par le fait des prétentions qu'il eut à la succession de Conan III, avant lui, Josselin est appelé
"venus à Rennes pciu" le couronnement du jeune Conan qui était le chef de leur maison. Le consentement de Josselin n'était pas nécessaire pour valider cette donation ; mais il l'était pour celle qu'Hervé de Martigné fit quelque temps après à la même abbaye, c'est pourquoi le notaire qui en a passé l'acte ajoute : Hxc coiicessit Herveus assentientibus filiis et filiabiis suis... ntc non et Goscelino Rhedonensium Vicecoynile, ex ciijus heneficio hxc tenebat . Ces paroles sont remarquables et prouvent deux choses : la première, que le vassal ne pouvait disposer de ses fonds en faveur des Eglises sans le consentement de son seigneur ; la seconde, que Josselin n'était pas qu'un simple officier des comtes de Rennes, tels que sont les vicomtes en Normandie, mais un seigneur propriétaire de la vicomte de Rennes et un apanagcr de cette maison. — (D. Morice, Hisi. B.,i.] .)
10 ESSAI SUR LE PORIlOi'T.
Vicomte; de Bretagne dans une charte (1(î Geoffroy Martel, comte d'Anjou, en faveur de saint INicolas d'Angers (1). Le IVère de c(î même J^]udon, Alain de Porhoet, est dit Comte de Uretague dans une charte du prieuré de SuawelFey, en Angleterre, de même qu'Eudon III dans une lettre écrite par Charles de Valois, comte d'Alençon (2).
Il serait superflu d'ajouter ici d'autres preuves ; celles-ci nous paraissent suffisantes pour montrer que les comtes de Porhoet étaient issus des comtes de Rennes qui régnèrent sur la Bretagne pendant la durée d'un siècle. Avec juste raison, ils s'enorgueillirent de cette illustre origine et, comme nous le verrons, la qualité de premier prince du sang de Bretagne, reconnue aux Rohan, leur valut la préséance parmi les autres Barons du Duché et la présidence dès les premiers temps des Etats.
Le Porhoët n'est donc point un nom de château (3)
(1) C. Desbois.
(2) DoM MoRiCE, H. B., t. l.
(3) D'après Cayot Delandre, l'étymologie la plus sérieuse décompose le nom de Porhoët en deux mots celtiques, Porlh (cour, château) et coët (bois, forêt), et le traduit par : Château au milieu des bois. Ce château fort, qu'il présume s'être élevé dans la paroisse de la Trinité-Porhoët et qui aurait été le berceau de la famille de ce nom, est malheureusement absolument imaginaire. Aucun texte n'en fait mention ni même permet cette supposition. On trouve : {villa de) Trinitale, en 1251, ce qui prouve que le nom de Porhoët n'est qu'un déterminatif de la Trinité.