‹ Essai sur le PorhoëtChapitre 8 sur 113 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

ni de terre particulière ; mais celui d'un pays considérable, situé principalement au diocèse de Saint- Malo, couvert de forêts et de Lois qui s'éclaircirent peu à peu sous la hache des premières peuplades bretonnes venues occuper le centre armoricain.

Cette région centrale fut appelée par les Venètes : Pagus trans sylvam^ qu'on traduisit communément en breton, Pou tre coet (1). « Peut-être, tout d'abord, avant de porter ce nom que les Bretons lui donnèrent, en avait-il eu déjà un autre, car, dans un récit relatif à des faits du vi^ siècle, il est ainsi désigné : Inpago Placato, qui Transilva dicebatur [2)^ le pagus Tranquille (tranquille par excellence, à cause de sa profonde solitude), qu'on appelait aussi Tro-coët (à travers bois). Peut-être Pagus Placatus était-il son premier nom avant les Bretons ; simple conjecture. » (3)

Mais cherchons la signification exacte de Pagus trahis sylvam. Certains auteurs traduisent cette expression par « Pays d'au-delà des bois », ce qu'ils expliquent par la situation même de ce pays par rapport à

(1) Pagus trans sylvaîn vel Poutrecoè't. — (Cart. Red. 833). — Très exactement, pagus se traduisait en breton par Prou, par altération, Vr disparut.

(2) Vita S. Mevenni, document très sérieux dont la rédaction est t ^ du xie s. B. N.

(3) La Bordrrie, Hist. Bref., L. I.

N'aiiiK's, dont il était séparé p.ii- iiih; ioiifiue cliaino <1(' l)()is (I). M.). Cependant ici \(t sens précis (h* l/'(Uis ii(,' paraît pas éti'e « au-delà »^ mais « à travers » (1). L'appellation signifierait donc : le Pays à travers bois, Pays sons hois, et justifierait ainsi l'existence ancienne de l'ininiense forêt centrale, la Brecilien primitive, dont les restes subsistent encore dans les forets de Paimpont, Lanouée, Lorges, Loudéac, Quenécan, Camors, ïredion... etc. (2), qui s'étendait, non pas seulement sur la limite sud, mais sur toute Fétendue du territoire central. M. de la Borderie se prononce catégoriquement pour cette dernière interprétation : « Au xi" siècle, nous dit-il, la grande furet avait été défrichée en partie, surtout vers l'Est, et de ce côté se trouvent les plous (paroisses bretonnes) mentionnés dans le Carlulaire de Redon comme sis dans le « Pou tro coët ».

Que cette traduction bretonne, qui pourrait au premier abord être considérée comme simple variante ne passe pas inaperçue ! On la retrouve dans les plus anciens textes, et dans la partie du

(1) Trans est souvent employé dans ce dernier sens en latin et en français.

(2) L'énorme forêt centrale se serait appelée toute entière Brecelien ou Brecilien. Ce nom, encore maintenant, a été relevé par la Borderie dans différents points extrêmes oii s'étendait cette forêt. Les poètes du moyen âge en firent Brocéliente ou Broceliande.

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