CHAPITRE IX
ville ; l'existence et les biens de ceux-ci avaient la plus sûre garantie dans la députation qu'ils exerçaient et dans le rang- même qu'occupait aux Etats le comte de Porhoët.
Aussi, partant de cette situation acquise de paix intérieure, ne devons-nous pas nous étonner de voir qu'en 1788, les députés de Josselin aux Etats particuliers réunis à Rennes se séparèrent carrément de leurs collègues des quarante-deux villes qui demandaient, dans leur cahier commun de réclamations, l'égalité d'impôts, celle du Tiers aux deux autres ordres et le vote par tête.
Mais le bouleversement dans la discipline et la hiérarcliie religieuse qu'amena le serment civique blessa au vif les sentiments les plus intimes de ces Bretons croyants et poussa parfois leur irritation jusqu'au paroxysme de la fureur.
A de très rares exceptions, tout le clergé du Porhoët refusa le serment ; la plupart des recteurs ou desservants se cachèrent, et avec l'aide de la population, parvinrent à échapper à la vengeance du Directoire départemental ; mais ceux qui, traqués de trop près, (1) furent saisis, durent monter à l'écha-
(1) « Traqués » n'est pas trop fort et doit être pris à la lettre puisque Prieur ordonnait le 16 Brumaire an II : « Les troupes devront servir à faire la chasse générale aux prêtres réfractaires et aux nobles conjurateurs », Archiv. Nat. AF ii.
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faud, coiniiif le rliaj)f;lain des Forces et le vicaire de Guégon, Bertrand Carol, ou ne purent se soustraire à la déportation : le recteur de Trégranteur fut envoyé en Espagne, celui de Guéhenno à la Guyane, celui de Ménéac à l'Ile de Ré, etc. Bien peu abandonnèrent le pays pour s'enfuir en Angleterre ] comme le firent le doyen de Lanouée et tous ses vicaires.
Les prêtres jureurs, qui s'étaient assuré une sécurité relative d'un côté, la perdirent de l'autre ; les chouans ne voulaient pas parmi eux de schismatiques. Le prieur recteur de Brignac, qui eut la faiblesse de prêter le serment, fut tué trois ans après. En revanche, les paysans entendaient conserver leurs pasteurs fidèles et savaient au besoin les défendre au péril de leur vie. M. le Méé, recteur de Ménéac, avait été supplanté par un intrus. Celuici, devant la réprobation universelle, dut démissionner ; aussitôt le Conseil municipal, sur le vœu de la population, demanda au Directoire le retour de ses anciens prêtres, et comme il ne recevait aucune réponse, les rappela de lui-même, endossant toutes conséquences de cet acte courageux. Il s'en suivit le blâme, la cassation du Conseil municipal, mais rien ne fit varier les sentiments des gens de Ménéac ; le recteur et les vicaires, quoique condamnés de