SUIS A
affermies par les exemples et les conseils de l’histoire. Cette économie politique est née toute entière au xvi° siècle, elle eut des représentants dignes d'être ressuscités. [ a été donné aux économistes actuels d’aller puiser à l'école de ces anciens maîtres, de ces précurseurs, qui pour n'avoir pas tout deviné, ont su au moins entrevoir l'avenir et proclamer au milieu d'erreurs fatalement échappées à leur inexpérience, des principes solidement établis.
Jean Bodin se place au premier rang de ces hommes de génie et il nous serait précieux d'aller demander à ses œuvres un tableau forcément vécu du commerce de l'argent à son époque.
Malheureusement, dans cette question comme dans bien d’autres, notre premier économiste n’a pas su se débarrasser des préjugés de son temps, et deceux que lessiècles précédents avaient érigés en principes immuables. Nous allons voir que les réflexions que lui sugoëre l'usure ne sont pas de nature à nous satisfaire aujourd'hui, car il est loin d'admettre comme plusieurs de ses contemporains dont nous nous avons relevé l'avis, la légitimité du prêt.
Il ne se montre pas cependant partisan de l'abolition des dettes. Cette mesure vexatoire fut souvent pratiquée, et il est bien certain qu'il ne pour vait entrer dans la pensée de ceux quine voyaient même pas l'obligation de rendre un capital prêté, de considérer comme légitime le moindre intérêt,
«L'abolition des dettes,dit Bodin(1}, est chose de mauvais exemple, non pas tant pour la perte des créanciers que pour l'ouverture qui se fait de rompre les justes conventions et pour l’occasion que les mutins empoignent pour troubler un état sous l'espérance qu'ils ont toujours de la rescision des dettes. »
Le sort des créanciers ne l’intéresse que médiocrement, il ne voit dans cette mesure ridicule qu'un état politique défectueux, une rupture d'équilibre qui pourrait compromettre l'Etat.
On comprend qu'avecde pareilles idées, ildevait être peu destiné à admettrele commercedel'argent et à souhaiter que ce dernier devint la source d’un esprit remunérateur. Aussi se montre-t-il l’'adversaire de l’usure. La raison naturelleet la Bible, telles sont ici, comme si souvent, les principales autorités invoquées par l’auteur de la République.
Il regarde l’usure comme la source de tous les maux, comme la cause la plus active de la misère et par suite du désordre. Toujours cette idée d’équilibre social le hante et c'est lui qui fait proscrire de sa République les prêteurs d'argent qui sont pour lui des agents de troubles et de discorde. Il s'appuie comme nous le disions tout à l'heure sur les prescriptions bibliquesetsur des considérations d'humanité. Dans sa vive censure se montre tout ce qui manque à l’auteur de la République en notions exactes d'économie politique puisqu'il
(1) La République, livre LV*, chapitre !T,