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semble parfois faire porter sa critique sur l'intérêt même de l'argent. Il est regrettable de voir qu'en cette matière un économiste se soit montré moins libéral et plus scrupuleux que des juristes euxmêmes. Calvin avait mieux vu et plus juste comme nous le ferons remarquer plus loin.
On trouve cependant les idées les meilleures dans les passages que Bodin consacre à l’usure: il montre parfaitement, s’il ne remonte pas à la véritable cause, la contradiction qu'il y a de la part de l'Etat à défendre l'usure aux particuliers et à la pratiquer pour son proprecompte. Il relève encore avec plus de force une contradiction pareille dans l'Eglise, signale sa richesse excessive comme étant souvent le fruit de captations, dénonce les subtilités pour anéantir le vœu de pauvreté, approuve en cette matière la sévérité des parlements, se plaint, avec une grande modération de termes, que les richesses ecclésiastiques donnent prétexte à l’avidité des princes et aux murmures du peuple. « Le moyen d'arrêter le cours des usuriers et donner un soulagement perpétuel aux pauvres et garder les obligations légitimes est de suivre la loi de Dieu qui a défendu toute sorte d'usure, quelle qu'elle soit, entre les sujets ».
C'est toujours la vieille formule à peine rajeunie, ici, Bodin se montre de son siécle, il ne voit pas les merveilles que pouvait enfanter le crédit, et en cela il est moins perspicace que Montchrétien qui ne craint pas de proclamer dans son « Œconomie politique » : « Le crédit est l'âme de
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tout commerce ; il le faut maintenir en réputation qui le veut rendre utile et profitable ». La loi qui réprime l'usure est au contraire pour Bodin des meilleures. « Elle a été, dit-il, fort estimée de tous les législateurs et de tous les grands politiques : Solon, Lycurgu, Platon, Aristote et même les commissaires-députés, pour corriger les mœurs de Rome et faire choix des lois les plus utiles, ne voulurent pas que l’usure fût plus haute que d’un denier par an ». C’est à la suite de tous ces ennemis du prêt que Bodin se place; pour lui c'est un mal dont le seul remède apparaît dans la suppression de l'intérêt, même le plus minime. Il n'ignore pas cependant que plusieurs de ses contemporains se sont engagés dans une voie contraire et font tour à tour campagne contre la vieille idée qu'il tend à rajeunir et à conserver. « Ceux qui soutiennent, dit-il, sous voile de religion, que les usures modérées et rentes constituées à 4 ou 5 pour cent sont justes, attendu que le débiteur en tire plus de profit que le créancier, abusent de la loi de Dieu qui défend si disertement qu'on ne peut la révoquer en doute (1) ». La logique de ce propos : le débiteur en tire plus de profit que le créancier, l'inquiète bien un peu, il se demande alors où est l'injustice, mais il se console bien vite et finit quand même par condamner l'usure par une triste raison : « Si quelqu'un en
(1) En effet, à cette époque croire à l’illégitimité de l'intérêt est un article de foi,
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use modérément, cent mille en abusent(1) », I va jusqu'à accuser Dumoulin d’avoir falsifié les. textes pour fortifier sa thèse de la légitimité du prêt à intérêt. Durestt, 1e mécanisme de ce contrat semble lui échapper complétement. TN regarde le préteur comine un homme charitable qui doit abandonner à l’'emprunteur le maigre profit qu'il devrait lui bailler sous forme d'intérêt : « Le bienfait du créancier sera bien plus méritoire et honorable de prêter sans profit que de recevoir des pauvres paysans, en qualité d'usure, une poignée de blé pour un bienfait si grand et si nécessaire »,
Bodin partage donc lui aussi l'erreur commune, il confond le prêt et la charité.
Cependant les papes Calixte IT et Martin V avaient donné la vogue aux rentes constituées, qui étaient peu en usage auparavant. Les conséquences de ce contrat frappent notre économiste, et comme elles vont contre son gré, il voit d'un œil défiant ces engagements qui permettent de contracter de véritables emprunts susceptibles de produire des intérôts, sans avoir la forme du prêt Jui-même. Il s'en indigne et va jusqu'à prétendre que les intérêts ont monté si haut, que les usures limitées par Justinien et en partie pratiquées dans les Républiques des ligues, sont beaucoup plus
(1) Bonin.— Les 4 livres de la République, chap. V.
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douces et plus supportables. Il y voit la source de fortunes scandaleuses, il cite tel qui à Gênes a plus de quatre ou cinq cent mille ducats, d’autres plus d’un miülion d'or, comme Adam le Centenier, et Thomas Marin qui en avait deux fois autant.
S1 Bodin attaque l'usure dans son essence en la proclamant injuste comme les canonistes, et honteuse pour celui qui s’y livre, il l'envisage également dans ses conséquences qu'il regarde comme désastreuses.
L'usure, selon lui, c'est le profit immédiat et immodéré, c'est l'accaparement des gros capitaux entre les mains d'un seul, c'est la richesse puissante avec la mollesse qui l'accompagne. « Le marchand pour la douceur du profit devient casa nier, l'artisan méprise sa boutique, le berger son bétail ». C’est la fiévre de l'or et de la spéculation qui brûle et dévore la pauvre humanité et qui traîne à sa suite la misère et le crime. «Le noble vend ses héritages pour tirer quatre ou cinq cents livres de rentes constituées, au lieu de cent francs de rente foncière ; et puis la rente constituée s'éteint et l'argent S'én vole en fumée ; de sorte que ceux qui se savent aucun métier pour gagner, s’adonnent à voler ou semer des séditions ou ouerres civiles pour brigander en sûreté ».
Si l’agiotage et l'abus de la spéculation ont pu de nos jours faire songer aux anciennes imprécations de Bodin, il y a loin de là à prétendre que le prêt est la source unique et fatale de terribles calamités. Lui, pourtant s'attache à cette idée et la développe longuement. Il voit par là l'équilibre