‹ Essai sur le principe de populationChapitre 101 sur 368 · ISO LIVRE II — CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

ISO LIVRE II — CHAPITRE IV

nérale de morlaülé pour tous les pays en commun; mais lors même que l’on pourrait obtenir une telle mesure , je ne vois pas à quel usage on pourrait l’employer. Elle serait peu utile pour déterminer la population de l’Europe ou de tout le globe; et si nous voulions en faire usage dans des cas ou dans des lieux particuliers, il est évident qu'elle nous jetcrait dans de grossières erreurs, Puisqu’en différents pays et en^ifférentes situations, la mortalité de la race humaine varie entre des limites aussi écartées que les rapports de I à 20 et de I à 00, on ne peut, dans un cas particulier, user avec sécurité de la moyenne, sans avoir en même temps connaissance des circonstances où le pays se trouve placé, du nombre des villes qu’il renferme, des habitudes du peuple, de la salubrité du climat; connaissance qui tend à rendre inutile le rapport général et moyen, en y substituant celui qui convient au pays dont on s’occupe.

Il y a cependant une circonstance qui affqctc la mortalité d’un pays, et que l’on peut considérer comme étant d'nne nature générale; elle est d’ailleurs pleinement accessible à l’observation. C’est le nombre des villes, et le rapport du nombre de ceux qui les habitent à celui des habitants de la campagne. Les effets défavorables qu’ont sur la santé les habitations étroites et renfermées^ aiusi que les occupations sédentaires des villes, se font sentir en tout temps et en tous lieux ; par conséquent, la mortalité générale doit dépendre partout en grande partie du nombre de ceux qui vivent de la sorte et du nombre des hommes qui s’occupent des travaux de l’agriculture. D’après ce principe, on a calculé que lorsque les habitants des villes sont aux habitants des campagnes dans le rapport de 1 à 3, la mortalité est environ de 1 sur 36; elle est de 1 sur 35 ou de 1 sur 35, lorsque les citadins sont aux campagnards comme 2 est à 5, ou comme 3 est à 7. La mortalité est moindre que de 1 sur 36, lorsque le rapport des habitants des villes aux habitants des campagnes est de 2 à 7, ou de I à -4. Conformément à ce calcul, on trouve qu’en Prusse la mortalité est de 1 sur 38; en Poméranie , de 4 sur 57 12; dans la nouvelle Marche, de 1 sur 57; dans la Marche électorale, de 4 sur 55; selon les registres pour 1756'.

La mesure moyenne de la mortalité pour tous les pays, la plus approchée, en y comprenant les villes et les villages, est, selon Sussmilch, de 1 sur 36*. Mais Crome croit que cette mesure, qui peut avoir été bonne au temps de Sussmilch, n’est plus exacte actuellement, parce

' Sussmilch, Gœtlliche Ordnung, vol. 111, p. fil). u Vol.I,i*li. Il, srcl. XXW, p. SM.

OBST A I.A POPULAT. PANS LES PARTIES MOYENNES DE L'EUROPE, lÿj (|ue dans la plupart des États de l'Kurope, les villes ont augmenté en nombre et en grandeur’. Il parait croire même, qu’au temps où Sussmilch écrivait, son estimation était un peu faible; et qu’à présent le rapport de 1 à 50 approcherait plus de la vérité. Il est assez probable, en effet, que le rapport indiqué par Sussmilch est trop petit, parce que cet auteur, ainsi que plusieurs autres écrivains de statistique, a quelque penchant à supprimer dans ses calculs les années marquées par des épidémies. Mais Çrorne n’a point étayé sur des preuves sullisantcs la mesure qu’il substitue à celle de Sussmilch. Il se fonde sur l'autorité de Busching, qui établit la mortalité de 1 sur 50, dans la totalité des Ktats de la monarchie prussienne mais il parait que celte moyenne n’a été déduite que des registres de trois années, période beaucoup trop courte pour obtenir un résultat digne de conGancc. Ce rapport, pour la monarchie prussienne, se trouve même tout-à-làit contredit par quelques observations subséquentes citées par Cromc. On voit par les registres de cinq années, terminées en 1781, que la mortalité n’a été que de 1 sur 57 ’. Pendant cette même période, les naissances furent aux morts comme 151 à 100. En Silésie, la mortalité, de 1781 à 1784, fut de 1 sur 50; et les naissances furent aux morts comme 128 est à 100. En Gueldre, de 1776 a 1781 , la mortalité fut de 1 sur 27, et les naissances dans le rapport de 1 à 26. Ces deux provinces de la monarchie prussienne sont celles où la mortalité est la plus grande; il y en a d’autres où elle est extrêmement petite. De 1781 à 1784, la mortalité moyenne, àNeufchâtel et Vallengin , ne fut que de 1 sur 44, et les naissances de 1 sur 51. Dans la principauté d’Halberstadt, de 1 778 à 1 784, ta mortalité fut encore moindre, savoir de 1 sur 45 ou 46, et le rapport des naissances aux morts fut de 157 à 100*.

I.a conséquence générale que Crome tire de ces faits, est que les États de l'Europe peuvent être divisés en trois classes, auxquelles on peut appliquer une mesure différente de mortalité.

Dans les pays les plus riches et les plus peuplés, où le nombre des habitants des villes est à celui des habitants des campagnes comme 1 est à 5, la mortalité peut être estimée de 1 sur 50. Dans les pays qui sont dans un état de population et de civilisation moyen, la mortalité

1 Cromc, Über die Grosse un d Uevœlk. (1er Eur. Staatcn, p. 116.

* Ibid., p. US. — * lbiil ., p. 120.

* Ibid. Adjoint]! depuis 1S15, comme canton, à la Confédération Helvétique. (Sole i les traducteurs. )

* Ibid., p. 122.

UVUE II. — CHAPITRE V.

peut être estimée de 1 sur 52. Enfin, dans ceux qui sont faiblement peuplés, on peut envisager comme juste le rapport de 1 h 56 indiqué par Sussmilch'.

Ces rapports semblent établir une trop grande mortalité générale, même en comprenant dans le calcul les années épidémiques. Il est probable que les habitudes de propreté, qui, dans le cours de ces dernières années, ont généralement prévalu dans presque toutes les villes de l’Europe, ont fait plus que compenser, quant à la salubrité, l’effet pernicieux de l’accroissement que ces villes ont reçu.

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